La « Strada delle 52 Gallerie » del Monte Pasubio
LA « STRADA DELLE 52 GALLERIE
DEL MONTE PASUBIO »

Drapeau du Royaume d’Italie
LA MONTAGNE AUX 10 000 MORTS

La Strada delle 52 Gallerie
LOCALISATION
Le Mont « Pasubio » est une montagne des Préalpes vicentines culminant à 2 232 m d’altitude à la « Cima Palon ». Cette crête calcaire marque la frontière entre les provinces italiennes de Vicence et de Trente. Elle fut le théâtre de l’un des épisodes les plus oppressants, claustrophobiques et titanesques de la Première Guerre mondiale. Ce massif stratégique a été le lieu d’une guerre souterraine acharnée entre Italiens et Austro-Hongrois.
SOMMAIRE
Au cours de la Première Guerre mondiale, le Mont Pasubio fut pendant plus de deux ans (de juin 1916 à novembre 1918) le théâtre de combats sanglants entre les armées italiennes et austro-hongroises. De ces durs affrontements (et en particulier des travaux de sape), il ne subsiste aujourd’hui que de multiples galeries, cavernes et bastions, que les soldats des deux camps ont taillés à l’explosif et à la pioche. La crête orientée nord-sud porte encore les stigmates de la guerre, notamment les deux sommets aplanis : celui du nord, alors occupé par les Autrichiens (« Dente Austriaco »), celui du sud par les Italiens (« Dente Italiano »). Ils étaient séparés par un glacis que les Austro-Hongrois appelaient le « Dos de Mulet » (« Eselsrücken »), et les Italiens, la « Selletta dei Denti » ; un no man’s land où des milliers d’hommes trouvèrent la mort. C’est pourquoi le « Pasubio » est parfois cité comme le « massif du front » (« Schlachtbank »), la « meule à cadavres » (« Menschenmühle »), ou le « Mont aux 10 000 morts ».
À partir de 1917, les deux camps entreprirent le creusement d’un réseau de galeries pour miner le no man’s land qui les séparait. Le 13 mars 1918, les Autrichiens mirent à feu une charge de 55 tonnes de dynamite (la plus forte de la guerre), sans toutefois parvenir à en déloger leurs ennemis. Jusqu’à la fin de la guerre, les combats sur le « Pasubio » ne permirent jamais à un camp d’emporter la décision.

Autriche-Hongrie
LA GUERRE SOUTERRAINE
Les tunnels du Pasubio
En 1917, sur le Mont Pasubio, la guerre souterraine atteint son paroxysme, et les tensions dans les deux camps sont grandissantes. Chacun creuse vers l’autre. Pour savoir où creuse l’ennemi, les soldats utilisent des stéthoscopes plaqués contre la roche. Dès que le bruit s’arrête, cela signifie que l’ennemi a fini de creuser et s’apprête à faire sauter sa mine. L’angoisse ressentie par les hommes est alors immense : c’est le signal qu’il faut évacuer en urgence.
Le terme « tunnel du Pasubio » fait référence à deux chefs-d’œuvre de l’ingénierie militaire nés de cette fureur des sommets : la légendaire « Strada delle 52 Gallerie » (la Route des 52 tunnels), et le réseau de galeries de la guerre des mines.

LA « STRADA DELLE 52 GALLERIE : UN EXPLOIT D’INGÉNIERIE
En 1917, les Italiens sur le Pasubio sont dans une situation critique : leur seule voie de ravitaillement est constamment bombardée par l’artillerie autrichienne. Le capitaine du génie militaire, Picone, reçoit une mission irréalisable : construire une nouvelle route d’accès totalement invisible pour l’ennemi. Pour ce faire, elle devra traverser la montagne.
L’exploit technique
De mars à décembre 1917 (en seulement 10 mois), une poignée d’ouvriers et de soldats du génie parvient à tracer et tailler une route de 6,5 kilomètres à flanc de falaise verticale.
Les 52 tunnels
Pour traverser la roche, ils creusent 52 tunnels (gallerie) totalisant 2,3 kilomètres. Chaque tunnel est numéroté. Le tunnel n°19 est si long et si sinueux qu’il tourne sur lui-même comme un tire-bouchon hélicoïdal à l’intérieur de la montagne.
Les dimensions
La route doit faire exactement 2,20 mètres de large pour permettre le passage simultané de deux mules chargées, et sa pente ne doit pas dépasser 22 % pour que les animaux puissent grimper sans s’épuiser.
La guerre des mines : l’enfer sous la roche
Pendant que la route des 52 tunnels se construit à l’arrière, le sommet du « Monte Pasubio » (« le Dente Italiano » et le « Dente Austriaco », deux éperons rocheux séparés par quelques mètres à peine) est le siège d’une guerre souterraine effroyable. Ne parvenant pas à s’emparer des tranchées en surface, les deux camps décident de creuser mutuellement pour se pulvériser.
La guerre des stéthoscopes
Dans les entrailles de la roche, les mineurs des deux camps creusent à la main ou à la dynamite. Pour repérer l’avancée de l’adversaire, les soldats appliquent contre la roche des stéthoscopes médicaux ou des microphones. Si le bruit des pioches ennemies s’arrête brusquement, c’est la panique absolue : cela signifie que l’adversaire a fini de creuser, qu’il remplit la pièce d’explosifs et que la déflagration est imminente. Il faut déguerpir en urgence.
La guerre des gaz souterrains
Souvent, l’explosion d’une mine ne détruit pas seulement la roche, elle libère d’immenses quantités de monoxyde de carbone dans les tunnels étroits. Des dizaines de soldats sont morts asphyxiés dans les galeries du « Pasubio », piégés dans le noir absolu, sans que la moindre balle n’ait été tirée.
L’explosion gigantesque du 13 mars 1918
L’apogée de cette folie souterraine a lieu au début de l’année 1918. Les Autrichiens découvrent que les Italiens creusent une mine gigantesque sous leurs pieds. Pour les devancer, ils préparent une contre-mine titanesque, encore plus puissante.
Le 13 mars 1918, à 4h 50 du matin, les Austro-Hongrois font sauter 50 tonnes d’explosifs (un mélange de dynamite et de nitrate d’ammonium) sous le « Dente Italiano ». L’explosion est si puissante que le sommet de la montagne est pulvérisé, modifiant pour toujours la topographie du « Pasubio ». La secousse est ressentie jusque dans la plaine du Pô. L’effondrement bloque instantanément les galeries italiennes, tuant sur le coup ou asphyxiant plus de 50 soldats italiens.

Explosion d’une mine
Aujourd’hui, le site du « Pasubio » est une « zone sacrée ». La « Strada delle 52 Gallerie » est devenue l’un des sentiers de randonnée les plus célèbres, spectaculaires et chargés de l’Histoire de l’Italie. Les marcheurs qui l’empruntent doivent traverser ces tunnels munis de lampes torches, avançant dans les pas des soldats et de leurs mules.

CARACTÉRISTIQUES PRINCIPALES
Longueur totale : 6,55 km, dont environ 2,33 km répartis à travers 52 tunnels creusés dans la roche.
Dénivelé : environ 750 à 800 mètres (de « Bocchetta Campiglia », à 1 216 m d’altitude, jusqu’aux « Porte del Pasubio », à environ 1 928 m).
Pente : jusqu’à 22 % par endroits.
Construction : construite en un temps record, de février à novembre 1917, par le génie militaire italien (notamment la 33ème compagnie) pour ravitailler le front à l’abri des tirs ennemis.
Spécificités : certains tunnels sont remarquables, comme les numéros 19 et 20 qui s’élèvent en spirale directement à l’intérieur de la roche.

Sources :
Mes photos
Photos publiques Facebook
Certaines infos ont été obtenues avec l’IA
https://fr.wikipedia.org/wiki/Strada_delle_52_gallerie
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mont_Pasubio

Lire :
– Ortigara 1917, le sacrifice des « Alpini »
– Bataille du Solstice, fureur sur le Monte Grappa
– Caporetto, débâcle sur l’Isonzo
– « I Ragazzi des 99 », la génération perdue
– Giovanni, un Piémontais sur le Piave
– « Viaggio movimentato a Trieste » – 1ère bataille de l’Isonzo
– 1917, bataille d’ « Aresto » les stopper coûte que coûte
– La bataille pour Gorizia à l’assaut du Mont Sabotino
– Fraternisations sur le Piave
– Vincere o morire sul Piave, il fiume dell’ inferno
– Le col de Lana, le « sommet volatilisé »
– Le général Armando Diaz
– La guerre des mines dans les cimes
– Gabriele D’Annunzio, écrivain et Nationaliste
– La Guerre Blanche
– Les fidèles compagnons des « Alpini »
– Les téléphériques, la terreur suspendue dans les cimes
– Les mutineries sur le Front italien entre 1915 et 1917