» Viaggio movimentato a Trieste » – 1915, 1ère bataille de l’Isonzo
« VIAGGIO MOVIMENTATO A TRIESTE » …

1915, PREMIÈRE BATAILLE DE L’ISONZO
(Du 23 juin au 7 juillet 1915)

Ce 23 juin, l’armée royale italienne met baïonnette au canon et attaque vers le fleuve Isonzo

Les zones de combat où luttèrent les forces italiennes et Austro-Hongroises, lors de la Première Guerre mondiale, furent souvent (et improprement) considérées comme des théâtres d’opérations secondaires. De 1915 à 1918, le « front italien » fut réparti sur environ 650 kilomètres de régions montagneuses, allant du plateau de l’Asiago (en passant dans les Dolomites et les Alpes de Carinthie, puis le long du fleuve Isonzo) jusqu’à la Mer Adriatique. Mis à part une offensive importante dirigée par l’armée austro-hongroise sur l’Asiago à l’été de 1916, la totalité des combats eut lieu sur un front rétréci d’à peine 100 kilomètres le long de l’Isonzo. Au cours de ce conflit, les Italiens combattirent en ayant reçu peu de soutien de la part de leurs alliés de la « Triple Entente ». Ce qui ne fut pas le cas de leurs ennemis, qui perçurent une aide substantielle de l’Empire Allemand ; surtout après la reddition des Russes à l’Est (Traité de Brest-Litovsk, le 3 mars 1918).

SOMMAIRE
Le 23 juin 1915, le long de la rivière Isonzo, la Première Guerre mondiale débute par un nouveau front d’une extrême violence. Ce sera l’une des premières offensives majeures sur le front italien contre les Austro-Hongrois.
Le Royaume d’Italie attaque les positions fortifiées d’Autriche-Hongrie avec un objectif stratégique clair : s’emparer du port de Trieste. Cette bataille est la toute première d’une effroyable série de 12 offensives sur le front de l‘Isonzo.
L’Italie engage des moyens colossaux : 200 000 hommes et 700 pièces d’artillerie, contre une armée austro-hongroise en infériorité numérique ; ce qui représente un rapport de 2 contre1.
Malgré des assauts renouvelés jusqu’au début du mois de juillet, les gains territoriaux italiens restent négligeables, n’excédant pas 2 km à « Sagrado » (commune italienne de la province de « Gorizia », dans la région « Frioul-Vénétie Julienne ») ; l’offensive est un semi échec…
Les combats se soldent par une victoire tactique austro-hongroise. Ils coûtent la vie à plus de 25 000 soldats au total, et entraînent la déportation massive des populations locales vers des camps d’internement ; le résultat est dramatique.
Stratégiquement, la bataille a plus penché en faveur de l’Autriche-Hongrie, qui occupait des positions sur un terrain beaucoup plus élevé, et qui disposait d’une artillerie beaucoup plus moderne. Bien que l’Italie ait réussi à grignoter du territoire, l’attaque est largement considérée comme un échec.
À L’ASSAUT DU SOMMET DU « MONTE NERO » …
Le « Monte Nero » (le « Mont Krn » en autrichien), qui culmine aujourd’hui à 2 244 mètres dans les Alpes juliennes, fut un point stratégique majeur durant la Première Guerre mondiale. Il est situé sur le front de l’Isonzo, entre l’Italie et l’Autriche-Hongrie (aujourd’hui à « Kobarid », en Slovénie). Dès le 16 juin 1915, les troupes alpines italiennes réussissent un exploit en escaladant de nuit la paroi nord et en s’emparant du sommet, surprenant totalement la garnison austro-hongroise.
Ce succès permet aux Italiens de contrôler une position d’observation en hauteur ; mais le sommet reste isolé, exposé aux tirs, et difficile à approvisionner. Des combats acharnés vont s’y poursuivre pendant plus de deux ans, dans des conditions extrêmes de froid, de neige et d’altitude. Le sommet du « Monte Nero » va même perdre plusieurs mètres d’altitude en raison des bombardements intenses qui l’ont grignoté et morcelé.
En octobre 1917, lors de la bataille de Caporetto, les troupes austro-hongroises et allemandes percent le front italien. Le « Monte Nero » est repris, mettant fin à la domination italienne sur le sommet. Aujourd’hui, le site affiche de nombreux vestiges de ces combats de haute altitude.

En mai 1915, l’Italie attaque l’Autriche-Hongrie le long de la rivière Isonzo, dans le Trentin, dans l’espoir de conquérir un territoire considéré comme légitimement italien (« irredento »). À l’instar d’autres batailles, celle-ci se déroule dans des paysages de montagne grandioses, aux extérieurs variés.
Le mot « irredenti » est la forme du masculin pluriel de l’adjectif italien « irredento », qui signifie « non racheté ». Il désigne les territoires ou les populations de « terres irrédentes », c’est-à-dire non rattachés à la nation d’origine, et réclamés par un mouvement nationaliste. ORIGINE ET CONTEXTE HISTORIQUE L’irrédentisme italien est né en Italie à la fin des années 1870 (notamment en 1877). Ce mouvement politique réclamait l’union de tous les territoires italophones encore soumis à l’étranger, en particulier à l’Empire austro-hongrois. Par exemple le Trentin, Trieste, l’Istrie ou la Vénétie julienne, des régions considérées comme des terres irrédentes avant leur rattachement à l’Italie. Par extension, le terme s’applique à tout groupe ou territoire revendiqué par un État pour des raisons historiques, ethniques ou linguistiques.
Des torrents coulent dans des cuvettes glaciaires, et les liaisons routières et ferroviaires avec la région sont presque inexistantes. Afin d’améliorer le paysage pour le rendre plus adapté aux combats, des programmes intensifs de construction de routes sont entrepris. Des deux côtés, les armées doivent aussi construire des ponts pour franchir les ravins des montagnes, ainsi que des forts, des casernes, et des huttes pour servir de logement.
Les soldats du génie construisent des réseaux de grottes et de tunnels souterrains afin de s’abriter et de protéger les stockages. Ils creusent aussi des tranchées (lorsque cela est possible) en utilisant des explosifs puissants.
Il n’est pas surprenant que le combat ait été très difficile dans ces circonstances. L’artillerie ne peut pas identifier avec précision les cibles ennemies en raison du terrain accidenté ; et sans un tir d’artillerie efficace, il est extrêmement compliqué de coordonner une attaque.

DES POSITIONS INSOLITES…
Dès le 23 mai 1915, l’Italie et l’Autriche-Hongrie se livrent une lutte impitoyable dans les Dolomites.
Ci-dessus, un petit refuge alpin, incrusté dans la paroi abrupte d’une montagne italienne, construit à plus de 2700 m au-dessus du niveau de la mer dans les montagnes Dolomites d’Italie (Mont Cristallo).
Ce refuge incroyable a été édifié à l’intérieur de l’un des pics du massif, avec des murs en brique, un toit incliné, deux portes et quatre fenêtres encadrées de bois. Certaines des fenêtres possèdent même des volets.
À première vue, il semble que sortir par la porte du refuge, c’est plonger dans le vide, en contrebas. On pense que ce refuge a été construit par des soldats italiens pendant « la Guerre blanche » (en raison des conditions climatiques auxquelles les soldats étaient confrontés).
Les soldats et les animaux de bât transportent de l’artillerie et des munitions à travers un terrain sauvage et impitoyable, avec des routes d’approvisionnement et des tunnels creusés dans la roche et la glace. Les deux camps déclenchent des avalanches pour éliminer l’ennemi. Ces soldats construisent des refuges, utilisant des échelles de corde et des câbles pour accéder à des endroits difficiles d’atteinte, afin de s’abriter des combats acharnés.
Mes photos des Dolomites

FORCES EN PRÉSENCE

Attaque sur l’Isonzo, 1915
POUR LES AUSTRO-HONGROIS

Drapeau de la monarchie des Habsbourg
Les Austro-Hongrois déploient 115 000 soldats et 356 canons.
Commandants
– Feldmarschall Svetozar Borojević von Bojna (13 décembre 1856 – 23 mai 1920).
– Franz Graf Conrad von Hötzendorf
POUR LES ITALIENS

Drapeau du Royaume d’Italie
Les Italiens déploient les 2ème et 3ème armées, soit 225 000 hommes, et 700 pièces d’artillerie.
Commandants :
– Luigi Cadorna (1850-1928).
– Emmanuel-Philibert de Savoie
– Pietro Frugoni

DÉROULEMENT DE LA BATAILLE

Les deux ennemis
La première bataille de l’Isonzo va se dérouler en trois phases principales, sur un front de plus de 50 kilomètres.
1- Le 23 juin, début du Bombardement préliminaire
Secteur Nord (Plava) : Les Italiens tentent d’élargir une tête de pont, mais ils sont bloqués par les contre-attaques autrichiennes sur la côte 383.
Lors de cette première phase de la bataille, les 200 000 Italiens, au départ environ deux fois plus nombreux en hommes et en pièces d’artillerie que les Austro-Hongrois, gagnent du terrain.
L’artillerie italienne ouvre un feu intense sur l’ensemble des positions austro-hongroises.
Il va durer 7 jours, mais s’avèrera inefficace en raison d’une mauvaise coordination et d’un manque d’obus lourds.
Les Austro-Hongrois profitent de ce flottement pour renforcer leurs abris creusés dans la roche calcaire. Bien que dépassés en nombre de soldats et de canons, ils s’installent sur les hauteurs le long de la rivière Isonzo, en attendant une attaque frontale complète.
Les efforts italiens sur la rivière Isonzo sont concentrés au nord, à « Tolmin », et plus au sud, à « Plava », et sur le plateau du « Carso ». L’objectif immédiat est la ville de « Gorizia », puis la ville de « Trieste » ; l’objectif ultime est ensuite la ville de « Ljubljana ».
2 – Fin juin, début des attaques frontales
Secteur Centre (Gorizia) : mais leur principale offensive, qui débute le 30 juin 1915, se solde par un échec. En effet, les forces italiennes, qui attaquent sur un front de 30 km, n’arrivent à prendre position qu’à un seul endroit sur la rive gauche de l’Isonzo.
Les assauts massifs échouent totalement face aux barbelés intacts et aux hauteurs fortifiées de « Podgora » et du « Mont Sabotino ».
L’infanterie italienne, au prix de lourdes pertes, franchit l’Isonzo sous le feu des mitrailleuses ennemies.
- Début juillet, l’usure et la fin des combats

Mitrailleurs Austro-Hongrois
Secteur Sud (Karst) : le 5 juillet 1915, la 2ème armée, sous les ordres du général Pietro Frugoni, et la 3ème du duc d’Aoste, prennent la tête de la nouvelle offensive, mais donnent peu de résultats.
La 3ème armée italienne a pour objectif de rompre le front entre « Monfalcone » et « Sagrado », vers le haut plateau de « Doberdò », pendant que la 2ème armée avancerait entre « Sabotin » et « Podgora ». Le but est de conquérir la tête de pont de « Gorizia », de traverser l’Isonzo, de s’emparer des montagnes « Kuk » et « Priznica », et de mener également une attaque contre la tête de pont de « Tolmin ».
Malgré sa supériorité numérique, l’armée italienne ne pourra atteindre aucun de ses buts. À « Sagrado » seulement, elle parvient à pousser jusqu’au haut plateau de « Doberdò », pour un gain territorial de moins de 2 km ; mais l’élan est rapidement brisé.
Sur le plateau du « Karst », les soldats des deux camps suffoquent. Ils souffrent d’une chaleur étouffante et d’un manque d’eau alarmant. Les attaques italiennes sont épuisées, et se transforment en une succession de combats isolés et désespérés.
Le 7 juillet, face à l’épuisement total des munitions et des hommes, le général Cadorna suspend l’offensive. Un coup pour rien… Le 7 juillet 1915 sonne la fin de la première bataille de l’Isonzo.

PERTES

Arrivée de 60 prisonniers autrichiens, pris au Popoce, 1915.
Malgré une nette supériorité numérique et matérielle initiale (environ 200 000 soldats au début), l’armée italienne a buté sur des lignes de défense austro-hongroises solidement fortifiées dans la roche karstique. Cette première offensive s’est achevée par un échec tactique quasi total pour l’Italie. Cette bataille marque le début d’une longue et sanglante guerre d’usure le long du fleuve Isonzo (12 offensives).
Du 23 juin au 7 juillet 1915, les pertes totales des deux armées combinées s’élèvent à environ 26 000 hommes (morts, blessés et disparus).
POUR LES AUSTRO-HONGROIS

L’Empire Austro-Hongrois déplore la perte d’environ 9950 soldats : 1224 morts au combat, 7576 blessés ou intoxiqués par les gaz, et 1150 disparus et prisonniers.
POUR LES ITALIENS

Le Royaume d’Italie a perdu environ 14 947 hommes : 1916 morts au combat, 11495 blessés ou intoxiqués par les gaz, et 1536 disparus et prisonniers.

CONSÉQUENCES

Alpins et soldats du génie militaire sur le Monte Nero pendant la Grande Guerre
Conséquences militaires et tactiques
La première bataille de l’Isonzo (23 juin – 7 juillet 1915) s’est soldée par un échec stratégique total pour l’Italie. Malgré une triple supériorité numérique, l’armée italienne n’a pas réussi à percer les lignes austro-hongroises, ni à capturer ses objectifs principaux comme Gorizia ou Trieste.
Pour l’Italie, les gains territoriaux sont insignifiants, et le bilan humain est lourd. Cet échec marque le début d’une terrible guerre d’usure (une série interminable de 12 batailles sanglantes sur le même front), transformant le conflit en une guerre de positions et de tranchées particulièrement meurtrière, dans un relief montagneux difficile.
Conséquences civiles et humanitaires (déportations de civils)
En représailles, ou par suspicion de trahison, les troupes austro-hongroises vont déporter une grande partie des populations italiennes des villes frontalières occupées (comme « Monfalcone » et « Sagrado ») vers des camps d’internement situés plus au nord, notamment dans la ville de « Wagna » (commune autrichienne du district de « Leibnitz », en « Styrie », située à la confluence des rivières « Sulm » et « Mur », près de « Leibnitz »).

ORDRE DE VITTORIO VENETO Ci-dessus à gauche : le diplôme de mon Grand-Père Giovani (Jean) Borghino (1894-1982) L’« Ordre de Vittorio Veneto » est créé en mars 1968, en même temps que la Médaille d’Or en Souvenir de la Guerre 1915-1918, pour le 50ème anniversaire de la victoire. Son nom rappelle la grande offensive victorieuse d’octobre 1918 qui allait sceller le sort de la guerre sur ce front. Il est décerné à tous les anciens combattants de la Première Guerre mondiale encore vivants, ayant servi au moins 6 mois et décorés de la Croix du Mérite de Guerre. L’attribution de cet « ordre » fut étendue aux anciens combattants de l’armée austro-hongroise devenus italiens après les modifications de frontière qui ont suivi la Première Guerre mondiale. La Croix du Mérite de Guerre (Croce al Merito di Guerra) : l’attribution de l’Ordre de Vittorio Veneto était conditionnée par l’obtention préalable d’une croix en métal bruni, décernée pour sa participation active aux combats dans des zones particulièrement exposées (comme la Bataille d’Ortigara). Mon grand-père Giovanni Borghino et ma grand-mère, son épouse née Domenica Miretti Ci-dessus : mes grands-parents dans les années 1960/70 Giovanni Borghino et Domenica, son épouse, née Miretti. Je n’ai jamais pu retrouver la ou les Croix en métal bruni de mon Grand-Père.
Lire : Giovanni, un Piémontais sur le Piave.
Sources :
Mes photos
Photos publiques Facebook
Certains passages et textes sont traduits de l’Italien et arrangés pour une meilleure lecture.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Piave
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sixi%C3%A8me_bataille_de_l%27Isonzo
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Vittorio_Veneto
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Caporetto
https://fr.wikipedia.org/wiki/Batailles_de_l’Isonzo
https://fr.wikipedia.org/wiki/Isonzo
https://www.italia.it/fr/venetie/le-plateau-dasiago
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Mont_Ortigara
https://fr.wikipedia.org/wiki/Offensive_du_Trentin
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mont_Ortigara
https://fr.wikipedia.org/wiki/Onzi%C3%A8me_bataille_de_l’Isonzo
https://fr.wikipedia.org/wiki/Char_Fiat_2000