La guerre du vin, un « dopant » avant l’assaut
LA GUERRE DU VIN CHEZ LES « ALPINI »

Drapeau du Royaume d’Italie
UN « DOPANT » AVANT L’ASSAUT

Des soldats italiens transportent des barils de vin pour leur distribution aux soldats
En 1915, année de son entrée dans la Grande Guerre, l’armée italienne (le « Regio Esercito ») utilise le vin de manière très prohibitive et logistiquement secondaire par rapport à d’autres armées, comme l’armée française. Alors que le « pinard » coule à flots dans les tranchées de l’Ouest, les soldats italiens font face à des rations maigres et à une vision militaire moralisatrice de l’alcool.

Le transport du vin
LA GUERRE DU VIN
Le moral des fantassins italiens (les « Alpini ») repose énormément sur les rations de vin. L’armée italienne distribue environ un quart de litre de vin par jour et par homme. Le transport du vin jusqu’aux sommets, souvent acheminé par des téléphériques de fortune ou à dos de mules, est une priorité logistique absolue. D’ailleurs, les Autrichiens tenteront parfois de bombarder les réserves de vin pour briser le moral italien.
Lire: les téléphériques, la terreur suspendue dans les cimes
La consommation de vin des soldats italiens (les « Alpini ») est strictement réglementée par l’état-major du « Regio Esercito », selon les périodes du conflit et les zones de combat. Contrairement à l’armée française, qui augmente massivement ses distributions jusqu’à un litre par jour, l’Italie maintient une approche beaucoup plus restrictive.

La distribution de vin
LA MÉFIANCE HYGIÉNISTE DU COMMANDEMENT

Le général Luigi Cadorna
L’armée italienne de 1915, commandée par le général Luigi Cadorna (adepte d’une discipline de fer particulièrement sévère), redoute par-dessus tout l’ivrognerie, l’indiscipline, et la dégradation de la santé physique des troupes. Les distributions restent donc sous un contrôle moral strict ; contrairement à la France, qui vante les mérites patriotiques et « hygiéniques » du vin (considéré comme un aliment microbicide face à l’eau souillée).

L’ÉVOLUTION DES RATIONS AUTORISÉES DE VIN

La distribution de vin
En 1915, au début du conflit, la ration de base réglementaire est fixée à 250 ml (un quart de litre) de vin par jour. Cette dose s’intègre dans un régime théorique très riche en calories (environ 4 000 kcal), destiné à soutenir les efforts physiques en haute montagne.
À la fin 1916, face aux immenses difficultés d’approvisionnement et à la crise des transports, l’État-major adopte des restrictions draconiennes en réduisant drastiquement les rations alimentaires. La distribution de vin n’est plus quotidienne : elle tombe à un quart de litre, distribué seulement 3 fois par semaine, voire totalement supprimé dans certaines unités à l’arrière.
Ce manque de remontants, combiné à la détérioration globale de la nourriture, pèse lourdement sur le moral des troupes avant la défaite de Caporetto en 1917.
En 1918, sous le commandement du général Diaz (qui a remplacé Luigi Cadorna fin 1917), la ration de 1915 est rétablie. Le vin redevient quotidien. Il est complété par des distributions régulières d’alcools plus forts (« coraggio liquido ») sous forme de « grappa », de cognac, de rhum ou de « Marsala » (environ 60 ml). On assiste alors à un rétablissement du moral.

La quantité : la ration réglementaire est de seulement un quart de litre (25 cl) par jour. La fréquence : ce quart de litre n’est pas quotidien. En 1915, il n’est généralement distribué que 3 fois par semaine (le règlement prévoit environ 70 distributions de vin par an, contre 180 de café). L’exception de la montagne : seules les troupes combattant en haute altitude (comme les « Alpini », dans les Dolomites) bénéficient d’une distribution quotidienne systématique de vin pour lutter contre le froid extrême.

LE VIN COMME DOPANT AVANT L’ATTAQUE…

Le transport du vin
Plutôt qu’un aliment du quotidien, le vin (et les alcools forts comme la grappa ou le rhum) est utilisé par l’état-major italien de manière stratégique et psychologique : il est distribué en priorité juste avant l’assaut (notamment lors des sanglantes premières batailles de l’Isonzo en 1915-1916).
Lire : la bataille pour Gorizia à l’assaut du Mont Sabotino
Le but est d’enhardir les soldats, de leur donner du courage face aux mitrailleuses autrichiennes, et de vaincre leur peur.

UNE LOGISTIQUE FRAGILE ET UN COÛT EXORBITANT

L’Italie entre en guerre en mai 1915 sans y être pleinement préparée industriellement et logistiquement.

LE MARCHÉ NOIR ET L’APPROVISIONNEMENT PARALLÈLE

Le marché noir dans les tranchées : si un soldat souhaite boire davantage de vin pour tromper l’ennui ou la détresse, il doit l’acheter avec son propre argent auprès des coopératives militaires ou des civils à l’arrière.
Le problème du prix : en 1915, la solde d’un soldat de base est de 50 centimes de lire par jour, ce qui correspond exactement au prix d’un litre de vin. Acheter du vin en dehors de la ration signifie y passer la totalité de sa paye. Les soldats s’adonnent donc souvent au pillage des caves des villages abandonnés ou occupés. Puis, l’inflation fait grimper le prix du litre à 1,80 lire en 1917, rendant le vin hors de prix pour la solde de base (qui n’excède pas 90 centimes).

LES TROUPES DE MONTAGNE
Les unités combattant en première ligne ou à haute altitude (notamment les Alpini sur le front de la « Guerre blanche ») bénéficient de suppléments.
Un soldat allemand de la Première Guerre mondiale portant le casque à pointe (Pickelhaube), en train de verser de l’alcool dans son gobelet de rationnement

Un soldat français en uniforme bleu horizon coqué du casque Adrian, levant son verre de vin (le fameux pinard). Lorsque débute la Grande Guerre, le vin est, en France, un produit de consommation quotidien au même titre que le pain. Dans les années 1910, la consommation des français est alors de 60 millions d’hectolitres de vin par an, ce qui représente une moyenne de 105 à 120 litres de boissons alcoolisées par habitant. De fait, pendant la guerre, le vin fait partie, avec le tabac et le café, des produits indispensables du ravitaillement non alimentaire. Bien que non essentiel pour vivre, il est très recherché. Et n’oublions pas que les combattants français ont une relation affectueuse avec le vin qu’ils le surnomment pinard.


Lire :
– Ortigara 1917, le sacrifice des « Alpini »
– Bataille du Solstice, fureur sur le Monte Grappa
– Caporetto, débâcle sur l’Isonzo
– « I Ragazzi des 99 », la génération perdue
– Giovanni, un Piémontais sur le Piave
– « Viaggio movimentato a Trieste » – 1ère bataille de l’Isonzo
– 1917, bataille d’ « Aresto » les stopper coûte que coûte
– La bataille pour Gorizia à l’assaut du Mont Sabotino
– Fraternisations sur le Piave
– Vincere o morire sul Piave, il fiume dell’ inferno
– Le col de Lana, le « sommet volatilisé »
– Le général Armando Diaz
– La guerre des mines dans les cimes
– Gabriele D’Annunzio, écrivain et Nationaliste
– La Guerre Blanche
– Les exploits des « Alpini »
– Le fidèles compagnons des « Alpini »
– Les téléphériques, la terreur suspendue dans les cimes
– La « Strada delle 52 Gallerie » du Mont Pasubio
Sources :
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