Le col de Lana, le sommet « volatilisé »

 

LE COL DE LANA

Drapeau du Royaume d’Italie

LE « SOMMET VOLATILISÉ »

Cima di Lana

Armoiries de l’Autriche-Hongrie

LA « MONTAGNE DE SANG » …

Le front italien de la Première Guerre mondiale (1915-1918), opposant le Royaume d’Italie à l’Empire austro-hongrois, fut l’un des théâtres d’opérations les plus extrêmes du conflit. Surnommé la « guerre verticale » ou la « guerre blanche », il se déroula en grande partie, dans les conditions impitoyables des Alpes.

Le « Col di Lana » (ou « Cima di Lana ») est un sommet des Dolomites qui se dresse entre la vallée du « Cordevole » et le col du « Falzarego », dans la province de « Belluno ». Au cours de la « Grande Guerra », en raison de sa position à cheval entre le Royaume d’Italie et l’Empire austro-hongrois, il fut, ainsi que le Monte Sief voisin, le théâtre de violents combats.

La « Cima di Lana » est peut-être la montagne la moins imposante et celle qui présente le moins de caractéristiques dolomitiques sur tout le front. Sa situation en fit rapidement un croisement stratégique disputé par les deux armées.

Aujourd’hui, il ne subsiste que l’énorme cratère créé par une mine italienne en 1916. Il est le témoin des affrontements brutaux qui ont eu lieu ici. Une petite église, accessible à pied par de nombreux sentiers, a été construite en souvenir de ceux qui y ont laissé leur vie.

SOMMAIRE

LA GUERRE DES MINES ET LA MONTAGNE VOLATILISÉE (avril 1916) …

Entre 1915 et 1917, les troupes alpines des deux camps (les « Alpini » italiens et les « Alpenkorps » austro-hongrois) combattirent dans des conditions extrêmes, dans une guerre de tranchée impitoyable. Les assauts frontaux répétés coûtèrent la vie à des milliers de soldats.

Le « Col di Lana » était une montagne stratégique tenue et fortifiée par les « Alpenkorps » autrichiens. Ne pouvant pas les déloger du sommet, les ingénieurs italiens entreprirent un travail colossal : ils creusèrent à la main, pendant des mois, de longues galeries sous la montagne, et y placèrent 5 tonnes de dynamite. Dans la nuit du 17 au 18 avril 1916, ils firent exploser une mine gigantesque de 5,5 tonnes de gélatine explosive. La détonation fut si puissante qu’elle pulvérisa littéralement le sommet, décimant ainsi la garnison de défenseurs austro-hongrois. L’explosion modifia à jamais la géologie de la montagne.

LA GUERRE DES MINES…

L’expression « sommet volatilisé du Col di Lana » fait référence à un événement extraordinaire et tragique survenu dans les Dolomites, sur le front italo-autrichien. Au moyen d’une mine souterraine géante, l’armée italienne fit littéralement sauter le sommet de cette montagne, alors occupée par les troupes austro-hongroises. Depuis, la montagne est surnommée « Col di Sangue » (le Col du Sang).

Le « Col di Lana » (parfois appelé Col de Lana en français, ou d’une manière impropre Col de Lana en « ladin ») n’est pas un col routier, mais un sommet montagneux des Dolomites italiennes s’élevant à 2 462 mètres d’altitude.

Le « ladin » est une langue romane appartenant au groupe rhéto-roman, parlée par environ 30 000 locuteurs au cœur des Dolomites, dans le nord-est de l’Italie.

Situé dans la province de « Belluno », en Vénétie (commune de « Livinallongo del Col di Lana »), ce sommet est mondialement célèbre pour son rôle tragique dans les événements qui se sont déroulés durant la Première Guerre mondiale.

LA « MONTAGNE DE SANG » (Col di Sangue)

Entre 1915 et 1917, le « Col di Lana » fut le théâtre d’affrontements d’une violence inouïe entre les soldats italiens et les troupes austro-hongroises. Il faut dire que ce sommet offrait un poste d’observation stratégique idéal sur les vallées environnantes. L’explosion de la mine italienne souffla littéralement la montagne et en modifia la forme géologique, emportant la crête rocheuse et tuant instantanément des centaines de soldats (environ 150 à 200 soldats austro-hongrois). Ce qui permit aux troupes italiennes de s’emparer immédiatement du sommet dévasté.

UNE POSITION STRATÉGIQUE

Situé à 2 462 mètres d’altitude, le « Col di Lana occupait une position hautement stratégique. Il bloquait la route vers les vallées du Tyrol aux forces italiennes. Entre 1915 et 1916, les tentatives d’assaut frontal des fantassins italiens contre les fortifications autrichiennes tournèrent au massacre. Les pertes en vies humaines furent énormes. Ces combats acharnés lui valurent le surnom morbide de « Montagne de Sang » (Col di Sangue).

FORCES EN PRÉSENCE

Le Alpenkorps

POUR LES ITALIENS

Commandants :

Sous-lieutenant Gelasio Caetani : ingénieur des mines et officier du génie italien, concepteur et maître d’œuvre de la galerie souterraine et de la mine géante de 5 tonnes.

Colonel Peppino (Giuseppe) Garibaldi : commandant des troupes d’assaut (notamment des unités d’infanterie et de volontaires) qui s’emparèrent immédiatement du cratère après la détonation (petit-fils du célèbre Giuseppe Garibaldi).

Peppino Garibaldi

L’armée italienne avait pour objectif de capturer ce sommet stratégique, situé à 2 462 mètres d’altitude, pour contrôler la route des Dolomites. L’offensive principale fut menée par les troupes de la 4ème armée italienne :

L’infanterie :

Elle est composée principalement de la Brigade des Alpes (« Brigata Alpi »), incluant notamment les 59ème et 60ème régiments d’infanterie.

Les troupes de montagne :

De nombreuses compagnies d’« Alpini » (chasseurs alpins italiens), spécialisées dans le combat vertical et l’artillerie de montagne.

Le Génie militaire :

Des équipes de sapeurs et d’ingénieurs italiens ont accompli la prouesse de creuser une galerie de 105 mètres de long sous la roche, pour y déposer la mine destructrice de 5 tonnes de gélatine explosive.

Pour s’emparer des lignes austro-hongroises, la 4ème armée italienne a rassemblé un contingent permanent d’environ 12 bataillons d’infanterie et 14 compagnies d’Alpini (chasseurs alpins), soit un effectif global estimé entre 12 000 et 15 000 soldats italiens déployés dans ce secteur fortifié.

POUR LES AUSTRO-HONGROIS

Commandants :

– Capitaine Erich von Gasteiger : commandant du 2ème bataillon du 2ème régiment de « Kaiserjäger » tyroliens, responsable du secteur du sommet.

– Lieutenant-colonel (Oberleutnant) Anton von Tschurtschenthaler : commandant de la 6ème compagnie du 2ème régiment des « Kaiserjäger », qui tenait directement la position du sommet au moment de l’explosion, et fut fait prisonnier avec les survivants.

Le sommet a vu défiler différentes unités d’élite au fil des mois pour bloquer l’avancée italienne :

Début 1915

Troupes territoriales :

Le secteur est d’abord défendu par des formations locales de « Standschützen » (miliciens tyroliens) et de « Landsturm » (milices ou unités militaires composées de troupes de qualité inférieure).

Été 1915

L’« Alpenkorps » allemand :

Les chasseurs d’élite allemands de l’ « Alpenkorps » sont venus en renfort (notamment le 2ème bataillon de « Jäger bavarois », et les « Jägers de Goslar »).

Environ 200 à 240 soldats sont présents au sommet (dont 10 officiers, 16 sous-officiers et 214 soldats).

1915-1916

Les troupes d’élite autrichiennes :

La relève et la défense principale face à la guerre des mines ont été assurées par les célèbres « Kaiserjäger » (notamment le 3ème, puis le 2ème régiment de « Kaiserjäger » tyroliens) et les « Landesschützen » (« chasseurs territoriaux », ou « troupes territoriales »). Lors de l’explosion finale du sommet, le 17 avril 1916, c’est la 6ème compagnie du 2ème régiment de « Kaiserjäger » menée par l’ « Oberleutnant » Anton von Tschurtschenthaler (1888-1967) qui occupait la position.

DÉROULEMENT DE L’OPÉRATION DE MINAGE

À la fin de l’année 1915, après des attaques frontales italiennes extrêmement coûteuses en vies humaines, les « Alpini » parviennent à se retrancher sur le flanc sud-oriental de la montagne, à seulement une centaine de mètres du sommet autrichien. Face à l’impossibilité de percer à découvert, le front se fige, et la terrible guerre des mines débute.

LE CREUSEMENT DE LA GALERIE (de janvier à avril 1916)

Dès le début de l’hiver, sous la direction de l’ingénieur et officier Gelasio Caetani, l’armée italienne entame un travail titanesque.

Le forage : les soldats italiens creusent une galerie longue de plus de 100 mètres à travers la roche, directement sous les pieds des positions autrichiennes.

Les contre-mines : les Autrichiens entendent les bruits de forage, et tentent de creuser leurs propres contre-mines pour intercepter les Italiens. Ce qui va créer une tension psychologique insoutenable pour les troupes installées au sommet.

La charge : début avril, la chambre de mine italienne est achevée à environ 90 mètres de profondeur. Elle est remplie de plus de 5 tonnes de gélatine explosive (nitro-gélatine).

L’EXPLOSION ET L’ATTAQUE (nuit du 17 au 18 avril 1916, au milieu du printemps)

La mise à feu : le 17 avril 1916, à 23h30, la mine est mise à feu.

L’impact : une explosion gigantesque pulvérise littéralement le sommet de la montagne, déplaçant 10 000 tonnes de roche et modifiant à jamais la configuration du relief. Environ 200 soldats austro-hongrois sont tués sur le coup ou ensevelis.

La prise du sommet : immédiatement après la détonation, l’infanterie italienne s’élance à l’assaut à travers la fumée et les débris. Elle investit le cratère et capture les survivants autrichiens en état de choc.

LE « MONT SIEF »

La bataille est loin d’être terminée ; le « Mont Sief » continue de s’opposer à l’avancée vers Alta Badia. Un combat obstiné débute alors sur une crête escarpée et accidentée, bombardée par l’artillerie et les mitrailleuses, et parcourue la nuit par les faisceaux des projecteurs.

Le « Mont Sief » (ou « Monte Sief » en italien) est un sommet des Dolomites s’élevant à 2 424 mètres d’altitude. Situé dans la province de Belluno (Vénétie, Italie), il est structurellement lié à son célèbre voisin, le « Col di Lana ».

Les deux belligérants recommencent à creuser des tunnels et des cavernes, jusqu’à dresser deux véritables forteresses face à face : l’italienne, sur le « col di Lana », à 2 462 mètres d’altitude, et l’autrichienne, sur l’étroite crête du « Sief », une quarantaine de mètres plus bas. Ces terribles fortifications contribuent à annihiler tous les assauts d’infanterie, alors que pendant ce temps, le creusement des galeries de mines se poursuit.

Ce sont les Autrichiens qui, fin juin 1916, entreprennent les travaux d’une mine destinée à détruire la garnison italienne de « Dente del Sief », qu’ils viennent de conquérir. Les Italiens ne comprennent la manœuvre que tardivement, et ne commenceront les travaux sommaires d’un tunnel de contre-mine qu’en mars 1917. Celui-ci s’avèrera cependant trop court, et ne détruira qu’une partie des lignes ennemies. L’explosion provoque un cratère qui sépare les deux camps, mais qui n’empêche pas les Autrichiens de poursuivre leurs travaux. Ceux-ci prennent fin le 27 octobre. 45 000 kilogrammes d’explosifs dévastent la montagne, créant un cratère de 80 mètres de profondeur et tuant 64 Italiens.

Ce même jour, une seconde mine autrichienne est prête, encore plus puissante. Elle est censée pulvériser la totalité de la « Dente del Sief ». Mais aussitôt, les Italiens se replient en masse sur la ligne du Piave et du Monte Grappa. Ils abandonnent aux Autrichiens cette montagne des Dolomites (où ils ont combattu avec tant de férocité), ainsi que les corps de milliers de soldats tombés au combat.

La deuxième mine austro-hongroise sur le Piccolo Lagazuoi

L’APRÈS-BATAILLE ET LA FIN DES COMBATS

Bien que le sommet du « Col di Lana » soit désormais fermement aux mains des Italiens, l’impact stratégique reste limité :

– les Autrichiens réussissent à maintenir leurs positions sur la crête voisine du « Mont Sief », bloquant toute progression italienne ultérieure vers l’intérieur du Tyrol.

– le reste de l’année 1916 et l’année 1917 voient une guerre de positions stérile, rythmée par des duels d’artillerie incessants et par le froid extrême.

– les Italiens occuperont cette cime au prix de sacrifices humains immenses, jusqu’au désastre de la bataille de Caporetto en novembre 1917, qui les contraindra à abandonner définitivement la zone. Aujourd’hui, un immense cratère et une chapelle commémorative sont encore visibles sur la crête du « col de Lana ».

De nos jours, le relief du « Col di Lana » est devenu un lieu de mémoire. Il porte encore les cicatrices ouvertes de cette guerre souterraine, avec un immense cratère sur son sommet.

PERTES

Les pertes globales durant l’ensemble de l’opération s’élèvent à 8 000 morts (tous camps confondus au fil des combats, des intempéries et des avalanches). De violentes avalanches dans les Dolomites ont tué des milliers de soldats (italiens et autrichiens) sur l’ensemble du front, s’ajoutant aux morts causés par le froid extrême et la faim.

POUR LES ITALIENS

Les troupes d’infanterie italiennes, restées à l’abri dans leurs galeries ou en retrait juste sous la crête, s’emparent du sommet dans la foulée avec des pertes minimes lors de cette nuit précise.

Entre 1915 et 1918, environ 6 000 soldats italiens ont trouvé la mort au total sur le massif du « Col di Lana » (« Col di Sangue »), et 11 000 à 12 000 ont été blessés. Cette disproportion s’explique par la guerre de position : une simple compagnie fortifiée au sommet d’un pic escarpé pouvait bloquer des milliers d’assaillants en contrebas.

278 morts seront comptabilisés à cause des avalanches dans les rangs des troupes alpines italiennes. De manière générale dans les Dolomites, le froid, la faim et les éléments naturels ont causé plus de victimes que les armes.

POUR LES AUSTRO-HONGROIS

Autriche-Hongrie

 

 

 

Les Austro-Hongrois s’étaient retranchés sur les sommets, transformant la roche en forteresse (tranchées creusées, galeries, nids de mitrailleuses).

Leurs pertes s’élèvent à environ la totalité des défenseurs de la garnison, soit 150 à 200 soldats (les archives historiques font état d’« au-delà de 100 » corps ensevelis sous les décombres de la Grosse Kaverne).

Prisonniers : 140 à 180 survivants autrichiens ont été capturés par l’infanterie italienne juste après la détonation.

CIMETIÈRE AUSTRO-HONGROIS DE NASSWAND-TOBLACH

 

                                                 BORGHINO GIOVANNI, UN PIÉMONTAIS SUR LE PIAVE…

ORDRE DE VITTORIO VENETO

Ci-dessus à gauche : le diplôme de mon Grand-Père Giovani (Jean) Borghino (1894-1982)

L’« Ordre de Vittorio Veneto » est créé en mars 1968, en même temps que la Médaille d’Or en Souvenir de la Guerre 1915-1918, pour le 50ème anniversaire de la victoire. Son nom rappelle la grande offensive victorieuse d’octobre 1918 qui allait sceller le sort de la guerre sur ce front.

Il est décerné à tous les anciens combattants de la Première Guerre mondiale encore vivants, ayant servi au moins 6 mois et décorés de la Croix du Mérite de Guerre. L’attribution de cet « ordre » fut étendue aux anciens combattants de l’armée austro-hongroise devenus italiens après les modifications de frontière qui ont suivi la Première Guerre mondiale.

La Croix du Mérite de Guerre (Croce al Merito di Guerra) : l’attribution de l’Ordre de Vittorio Veneto était conditionnée par l’obtention préalable d’une croix en métal bruni, décernée pour sa participation active aux combats dans des zones particulièrement exposées (comme la Bataille d’Ortigara).

Mon grand-père Giovanni Borghino et ma grand-mère, son épouse née Domenica Miretti

Mes grands-parents dans les années 1960/70 Giovanni Borghino et Domenica, son épouse, née Miretti

Je n’ai jamais pu retrouver la ou les Croix en métal bruni de mon Grand-Père.


 

Lire :

– Giovanni, un piémontais sur le Piave

– la Bataille d’Ortigara

Sources :

Mes photos

Photos publiques Facebook

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Piave

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Vittorio_Veneto

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Caporetto

https://fr.wikipedia.org/wiki/Batailles_de_l’Isonzo

https://fr.wikipedia.org/wiki/Isonzo

https://www.italia.it/fr/venetie/le-plateau-dasiago

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Mont_Ortigara

https://fr.wikipedia.org/wiki/Offensive_du_Trentin

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mont_Ortigara

https://fr.wikipedia.org/wiki/Onzi%C3%A8me_bataille_de_l’Isonzo

https://fr.wikipedia.org/wiki/Char_Fiat_2000

 

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