Ortigara 1917, le sacrifice des « Alpini »
BATAILLE DU MONT ORTIGARA

Drapeau du Royaume d’Italie
ORTIGARA, LE SACRIFICE DES « ALPINI »
Du 10 au 25 juin 1917

Image Archives historiques
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Au cours de ce conflit, les Italiens combattirent en ayant reçu peu de soutien de la part de leurs alliés de la « Triple Entente ». Ce qui ne fut pas le cas de leurs ennemis, qui perçurent une aide substantielle de l’Empire Allemand ; surtout après la reddition des Russes à l’Est (Traité de Brest-Litovsk, le 3 mars 1918). Citons comme exemple celui qui nous concerne dans cet article : en 1917, 7 divisions d’élite allemandes vinrent soutenir les Autrichiens, afin de monter une offensive de grande ampleur dans le secteur du village de Caporetto (Kobarid, en Slovénie) ; un assaut qui aura des résultats catastrophiques pour les Italiens…
LOCALISATION
Le Mont Ortigara est un sommet d’Italie culminant à 2 105 mètres d’altitude. C’est un lieu sacré pour les « Alpini ». Avec les montagnes attenantes, il affiche une imposante crête aisément accessible depuis le plateau de l’Asiago ; mais depuis la vallée de Sugana, son sommet est difficilement atteint par des chemins raides et abrupts. Ce mont représente pour les Italiens un site essentiel de l’histoire de la Première Guerre mondiale. Il fut le théâtre de leurs durs combats contre les Austro-Hongrois pour la conquête de son sommet. Il est le plus connu de la région avec le musée en plein air de Zebio, où l’on peut encore voir des chemins, des tranchées et des abris ; il fut le théâtre d’une terrible bataille en juin 1917.
SOMMAIRE
Pendant la Première Guerre mondiale, la terrible bataille du Mont Ortigara se déroula du 10 au 29 juin 1917. Elle opposa l’armée italienne et l’armée austro-hongroise sur le plateau des sept communes (plateau d’Asiago).
Les combats virent la 6ème armée italienne du général Ettore Mambretti attaquer en force le secteur austro-hongrois, défendu par la 11ème armée du général Viktor von Scheuchenstuel.
L’attaque est devenue célèbre principalement par la violence des combats des « Alpini » pour la possession du Mont Ortigara. Pour l’Italie, il fallait reconquérir les vastes portions de territoire perdues sur le plateau lors de l’offensive austro-hongroise de mai 1916 (offensive de printemps « Frühjahrsoffensive »).
L’offensive du Trentin (également appelée « bataille d’Asiago », « bataille des Plateaux » ou « Strafexpedition ») est le nom donné à l’offensive lancée, en mai 1916, par le général austro-hongrois Franz Conrad von Hötzendorf sur le flanc gauche de l’armée italienne, dans le Trentin, ayant pour but de couper la route à l’armée de l’Isonzo et de s’emparer de Venise.
Cette partie du front, que le chef d’état-major de l’armée Luigi Cadorna considérait comme un niveau secondaire par rapport au front de l’Isonzo, prit une importance stratégique de plus en plus croissante dans l’évolution du conflit. Cela devint évident en 1916. Les Austro-Hongrois (par leurs offensives acharnées dans cette zone) avaient clairement fait comprendre aux commandements italiens qu’ils voulaient percer ce côté du front pour entrer dans la plaine de Padana, et prendre ainsi à revers les armées alpines situées sur le Carso et l’Isonzo.
Le commandement militaire suprême italien (« Comando supremo militare italiano ») décida que le front affecté par l’attaque aurait une longueur de 14 kilomètres (principalement sur un terrain situé entre 1 700 et 2 100 mètres d’altitude). Dans les zones les plus élevées, le terrain présentait des caractéristiques calcaires particulières qui le rendaient difficile, aride, et dépourvu de ressources, en particulier d’eau. Afin d’assurer un soutien logistique à l’énorme masse d’hommes et de matériels que les hauts commandements entendaient déployer le long du front, la construction d’aqueducs et d’imposants travaux routiers fut entreprise sur tout le secteur.
Malgré les énormes efforts consentis, les commandements italiens ne surent pas diriger au mieux les situations et les imprévus ; les tentatives d’avancée furent complexes, et souvent mal gérées. Le sacrifice en vies humaines fut très élevé, et après presque 20 jours de bataille, la 6ème armée recula vers les positions de départ ; signant effectivement l’échec complet de l’offensive.
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FORCES EN PRÉSENCE

Soldats alpins sortant d’une tranchée pendant la Grande Guerre 19917
POUR LES AUSTRO-HONGROIS
Drapeau de la monarchie des Habsbourg
11ème armée
100 000 hommes, répartis en 48 bataillons, affrontent la 6ème armée italienne, établissant un rapport de 3 contre 1 en faveur des Italiens. En outre, les Austro-Hongrois peuvent compter sur le soutien d’environ 500 canons de différents calibres, et autant de mitrailleuses.
Les commandants
Les soldats Austro-Hongrois
LE FRONT DES DOLOMITES
Mes photos…
POUR LES ITALIENS
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6ème armée
Les forces armées italiennes sont réparties en 114 bataillons d’infanterie, 22 Alpins et 18 Bersaglier ; auxquels il faut rajouter 10 bataillons du Corps du Génie et les diverses unités de mitrailleuses, de génie, de service, et d’artillerie.
Au total, ce sont près de 300 000 hommes (dont un peu plus de la moitié appartient au XXème corps d’armée), 1 072 pièces d’artillerie et 569 mortiers de tranchées ; soit un canon tous les 9 mètres. Ce qui représente la plus forte densité d’artillerie employée jusqu’alors sur le front italien (proche de celle du front de l’Ouest, en France, au cours de l’Offensive Nivelle).
Les commandants
Les Alpini
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Les Alpins (en italien : « Alpini ») sont les troupes de l’armée italienne spécialisées pour le combat en zone montagneuse. Formées en 1872, ces unités se trouvent être les plus anciennes des troupes de montagne actuelles. Leur mission d’origine était de défendre les frontières montagneuses du nord de l’Italie face à la France et à l’Autriche-Hongrie. Les Flammes Vertes (en italien « Fiamme Verdi »), fortes de quatre unités, constituaient une part importante des troupes d’assaut italiennes durant la Première Guerre mondiale. Les « Arditi » étaient des unités composées de soldats intrépides (troupes alpines), spécialisées dans les attaques surprises contre les forces ennemies. Les « Bersaglieri » : l’élite mobile de l’armée italienne. Créés en 1836, les Bersaglieri étaient réputés pour leur mobilité et leur discipline. À la différence de l’infanterie traditionnelle, ils se déplaçaient souvent à vélo, puis en moto ou en véhicules motorisés, pour incarner une force rapide, capable d’intervenir là où la ligne de front l’exigeait.
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« Carcano » est le nom d’une série de fusils italiens militaires à verrou. Les fusils et carabines « Carcano » furent utilisés par les Forces armées italiennes de la fin du XIXème siècle jusqu’au milieu du XXème siècle. Ils furent employés durant la guerre italo-turque, la Première Guerre mondiale, la Seconde guerre italo-éthiopienne, et au cours de la Seconde Guerre mondiale, par les soldats du royaume d’Italie, de la République sociale italienne, et par les forces éthiopiennes en 1940-1941. Apparu en 1891, ce fusil était d’un calibre 6,5 × 52mm. Il avait été développé en 1890 par Salvatore Carcano, à l’arsenal militaire de Turin, sous l’appellation Modèle 91 (M91), et fut produit de 1891 à 1941. Le M91 équipa la majorité des troupes italiennes pendant la Première Guerre mondiale. Le plus célèbre modèle de Mannlicher-Carcano est le fusil M 91/38 en 6,5 × 52 mm, désigné par la commission Warren comme étant l’arme avec laquelle Lee Harvey Oswald assassina le président Kennedy à Dallas, le 22 novembre 1963. Oswald avait acheté le fusil par correspondance, pour un montant de 21,95 $, en même temps qu’un revolver.
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DÉROULEMENT DE LA BATAILLE

Il sacrificio degli Alpini sull’Ortigara
LE PLAN D’ATTAQUE
Le 31 mai 1917, le plan établi dans « l’ordre d’opérations no 1 » de la 6ème armée est approuvé par le général Luigi Cadorna. Il prévoit une « action principale » et une action « concurrente » (secondaire) sur le plateau, tandis que la Valsugana (vallée au sud-est du Trentin, à la limite avec la province de Vicence) sera le lieu d’une « action subsidiaire » (annexe).
– L’« action principale » doit se dérouler sur un front de 14 kilomètres, tenu au nord par le XXème corps d’armée, et au sud par le XXIIème corps d’armée (du sommet de Caldiera au sillon du Val d’Assa, près du village de Camporovere).
– L’« action concurrente », elle, est confiée à l’aile droite du XXVIème corps d’armée, déployée à gauche du grand sillon du Val d’Assa. Cet assaut doit être lancé en même temps que l’offensive principale. Il comporte principalement une attaque sur les fortifications sud de l’adversaire, sur le Mont Rasta (immédiatement derrière le village de Camporovere).
– L’« action subsidiaire » est confiée au XVIIIème corps d’armée déployé à Valsugana. Celui-ci doit, dans un premier temps, engager l’ennemi, puis se déplacer sur le Monte Civeron afin de créer une liaison avec le XXème corps d’armée (ce dernier, entre-temps, avancera sur le bord du plateau dominant).
Malgré les mesures de précaution ordonnées par les commandements Italiens, les Austro-Hongrois découvrent rapidement que le seul objectif de ce plan est d’effectuer une attaque sur le plateau.
Le 9 juin, à la veille de la date prévue pour l’attaque, 22 officiers appartenant aux deux bataillons du 145ème régiment d’infanterie « Catania », se rendent à une altitude de 1 603 mètres (appelée « lunetta di monte Zebio », ou plus simplement « lunetta ») pour examiner le terrain où ils doivent attaquer.
La position est une paroi rocheuse de 7 mètres de haut, au pied de laquelle se tiennent les Italiens. À quelques mètres au-delà du bord débutent les tranchées autrichiennes, sous lesquelles, à partir de la base du mur, les Italiens ont creusé un tunnel de mine et sa chambre de tir. La quantité d’explosifs (dont l’estimation exacte, bien qu’inconnue, varie vraisemblablement entre 1 000 et 4000 kilogrammes) doit être mise à feu à la fin de la préparation d’artillerie. Le but consiste à ouvrir une profonde brèche dans la paroi rocheuse, pour permettre aux hommes du 145ème régiment de percer les positions ennemies. Les Austro-Hongrois sont parfaitement avertis du plan italien, et ont effectué d’importants travaux de terrassement et de creusement afin de contrer les intentions des « Alpini ».
Vers 17 h 00, les officiers atteignent la « lunetta ». Alors qu’ils grimpent sur l’échelle de corde installée pour atteindre le bord du mur, la mine explose de manière imprévue. L’explosion provoque un cratère de 35 mètres de diamètre et tue 180 hommes, dont des fantassins et des sapeurs ; seuls deux des officiers du 145ème sont encore indemnes. L’ennemi Austro-Hongrois perd 35 hommes de la garnison, prise par surprise. La bataille ne commence donc pas sous les meilleurs présages.
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L’ATTAQUE TRANSALPINE
Le général Mambretti (prenant acte du mauvais temps qui sévit et qui a durement touché le plateau pendant la nuit) décide que l’attaque sera pour le lendemain, 10 juin, mais pas plus tard. La puissante armée italienne est prête, et retarder l’attaque plus longtemps pourrait causer de graves dommages logistiques et atteindre le moral des troupes. Bien que les Austro-Hongrois s’attendent à une attaque imminente, un ajournement de 24 heures permettrait aux Italiens d’avoir encore quelques chances de succès.
Ainsi, le 10 juin, en dépit de l’aggravation des conditions climatiques, les commandants italiens déclenchent les hostilités. À 5 h 15, un violent bombardement s’abat contre les lignes austro-hongroises.
Entre 11h 00 et 13h 30, le bombardement baisse en intensité, pour permettre aux officiers de vérifier l’ouverture de brèches dans la ligne défensive ennemie.
À 12h 30, le commandant de la 52ème division, le général Como Dagna Sabina, demande au commandement du corps d’armée de prolonger le bombardement jusqu’à 16h 00.
Mais sa demande n’est pas accordée. Car à 7h 40 du matin, il a déjà été décidé de reporter l’attaque de l’infanterie (prévue à 14h 45) à 15h 00 précises. De plus, le tir trop court de l’artillerie retombe sur les tranchées où la Brigade « Sassari » attend de bondir contre les tranchées ennemies très proches. Malgré des appels désespérés pour faire corriger le tir, pendant plusieurs heures les fantassins de « Sassari » sont soumis à un bombardement fratricide intense, et subissent de lourdes pertes ; surtout dans les rangs du 151ème régiment.
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La légendaire brigade Sassari appelée les Dimonios. La brigade « Sassari » est une brigade de l’armée de terre italienne, créée le 1er mars 1915 à Sinnai et à Tempio Pausania. Elle est conçue avec les nouveaux 151ème RI (stationné à Sinnai), et 152ème RI (stationné à Tempio Pausania) pour participer à la Première Guerre mondiale. Ces régiments sont composés presque entièrement de Sardes, donc unis par un esprit de groupe. Pour son comportement héroïque au combat, la brigade sera décorée par 13 médailles d’or de la Valeur militaire (4 aux drapeaux + 9 aux soldats). « Dimonios » (« Diables » en langue sarde) est l’hymne de la « Brigade Sassari », une brigade mécanisée de l’ « Esercito italiano » (armée de terre), basée à Sassari. Elle est la brigade la plus décorée depuis sa création en 1915. Ses hommes sont surnommés les « Diables rouges » (couleurs : rouge et blanc). L’hymne a été composé en 1994 par le capitaine Luciano Sechi, du 45ème régiment Reggio, tout comme la musique, qui a été ensuite harmonisée et arrangée par la bande de la brigade Sassari.
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L’ÉCHEC DES BRIGADES…

Un brouillard dense se lève alors sur tout le plateau, et la pluie commence à tomber. Au signal de l’attaque, les fantassins alpins bondissent hors des tranchées sous le mauvais temps. Ils sont avantagés par la brume épaisse qui, en certains points du front, cache leur avance, les rendant invisibles à l’ennemi.
Au sud de la ligne de front (dans le secteur de la 25ème division), les unités de la brigade « Cremona » (engagées dans l’attaque « secondaire » sur le Mont Rasta) subissent de lourdes pertes. Il en est de même pour la brigade « Porto Maurizio », engagée à l’Est de la même zone.
À 15h 05, au nord, sur le Mont Rotondo, la mine déposée au préalable explose. Elle est sans conséquences fâcheuses pour les Autrichiens, qui peuvent repousser avec succès l’avancée de la brigade « Piacenza ».
Plus à droite, la brigade « Sassari », malgré les lourdes pertes subies lors du bombardement, s’engage dans les tranchées ennemies dans un furieux combat au corps à corps. Ses hommes prennent d’abord l’avantage, mais sont finalement repoussés par une puissante contre-attaque.
Dans le secteur de la 13ème division, les choses sont identiques ; les brigades « Veneto », « Catania » et « Pesaro » attaquent, et subissent des échecs face aux redoutables positions ennemies du mont Zebio. Les « Alpini » pénètrent et combattent avec acharnement dans la « lunette », sur les pentes de la cote 1 706, et sur les pentes abruptes de la cote 1 727. Partout ils sont confrontés à une résistance farouche ; à la fin de la journée, l’« attaque principale », au sud du front, est un échec.
Dans le secteur nord du front, la situation est similaire pour les Italiens. Dans un premier temps, l’attaque du Mont Forno par la brigade « Arno » de la 29ème division est encourageante. Elle ouvre une large brèche sur le versant Est de la montagne, ce qui permet au 213ème bataillon d’atteindre le plateau qui sépare les deux sommets. Mais sur le versant opposé, les Austro-Hongrois sortent de leurs tranchées, et avec l’aide d’une batterie installée sur le Mont Colombara, empêchent les Italiens de recevoir des renforts. Ils parviennent à isoler et à décimer le bataillon du 213ème, ce qui met fin à l’assaut italien.
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À LA CONQUÊTE DU MONT ORTIGARA
Sur le flanc nord du front, l’attaque du mont Ortigara débute à travers trois brèches. Deux colonnes de la 52ème division (la colonne « Cornaro » et la colonne « Di Giorgio », qui sera elle-même divisée en deux colonnes : « Stringa » et « Ragni ») doivent avancer à découvert vers Pozza dell’ Ortigara et la vallée de l’Agnellizza, puis gravir les pentes du mont.
Sur la gauche, la colonne Cornaro (à travers la Valle dell’Agnella) attaque la ligne adverse en grimpant du sud-est, vers une altitude de 2 105 mètres, et essaie de progresser, le long de la crête de Ponari et du mont Campigoletti, vers le sommet plat d’Ortigara. Elle doit se joindre sur sa gauche (grâce aux bataillons alpins « Monte Stelvio » et « Valtellina ») à la 29ème division engagée sur le mont Forno.
La colonne centrale (commandée par le colonel Stringa), qui doit prendre directement d’assaut le versant oriental vers une altitude de 2 105 mètres, se divise en deux parties pour attaquer en deux vagues : le premier assaut doit être mené par les bataillons expérimentés « Sette Comuni » et « Verona », tandis que les bataillons « Valle Arroscia » et « Mercantour » doivent renforcer la position. Avantagés par le brouillard, les hommes des « Sette Comuni » atteignent les lignes de fortification ennemies ; mais celles-ci sont toujours intactes. Les hommes sont alors contraints de battre en retraite pour se mettre à l’abri, alors qu’ils recherchaient désespérément des brèches. Puis le brouillard se dissipa.
Pendant ce temps, le bataillon « Verona » arrive ; ses hommes sont eux aussi contraints de s’abriter, et de trouver un endroit pour dormir. À la tombée de la nuit (alors que les deux divisions tentent de se réorganiser), les bataillons « Valle Arroscia » et « Mercantour » arrivent à leur tour, créant le surnombre et une pagaille.
À l’extrême droite, la colonne du colonel Ragni a pour mission d’occuper l’extrémité nord d’Ortigara (soit l’altitude 2 101, correspondant à l’altitude 2 071 de « Lepozze » pour les Austro-Hongrois), via le col de l’Agnella et l’altitude 2 003.
Avec l’aide momentanée du brouillard, le bataillon alpin « Bassano » se lance vers la vallée de l’Agnellizza (qui prendra le nom de « Vallone della Morte »). Après avoir occupé le col, il conquiert la cote 2 003 et fait 200 prisonniers tout en perdant de nombreux hommes, dont son commandant. Derrière le « Bassano », le bataillon « Monte Baldo » descend aussi dans la vallée. Avec son flanc droit protégé, il peut partir à l’attaque de la pente menant à l’altitude 2 101. L’assaut est stoppé, car il rencontre tout d’abord une sévère résistance. Mais les bataillons « Val Ellero » et « Monte Clapier » viennent à son secours ; et la cote 2 101 est conquise. Les soldats ont tenu bon, et peuvent fortifier les positions conquises.
La 52ème division aura mené la seule action réussie sur tout le front de l’attaque, mais les pertes sont énormes : 122 officiers et 2 463 soldats morts, blessés et disparus.
Général Aldo Cabiati, chef d’état-major du XXème corps d’armée.
L’offensive est stoppée. À 22h 45, le général Mambretti donne l’ordre de tenir les positions et d’effectuer de nouvelles percées dans les secteurs du Mont Campigoletti-Ortigara et de Casara Zebio-Mont Rotondo ; comme si rien ne s’y était passé.
Le 11 juin, à 2h 00 les commandements de la 52ème division reçoivent l’ordre de se préparer pour reprendre l’attaque le lendemain. À 05h 30, un message de la 6ème armée stipule que toutes les attaques (en raison du mauvais temps) sont suspendues, au bénéfice de petites actions destinées à « améliorer » la situation.
Dans la situation présente, la 52ème division de Côme Dagna est destinée à poursuivre les attaques en direction du col de Val Caldiera et du sommet de l’Ortigara, à une altitude de 2 105 m.
En prévision de cela, de 12 heures à 16 heures, l’artillerie italienne bombarde les positions autrichiennes. Le bataillon « Monte Spluga » et une compagnie du « Tirano » (partis d’une altitude de 2 101 m) attaquent pour la deuxième fois le col de Val Caldiera, à l’ouest d’Ortigara. Ils atteignent, au prix de lourds sacrifices, les positions près du col ; mais sous une pluie torrentielle, ils sont forcés de reculer pour ne pas se faire encercler.
À 17h 30, le général Mambretti avertit les commandements que la poursuite des opérations ne pourra pas s’effectuer avant trois jours.
Tandis que les forces italiennes opèrent les changements et renforcent les hommes sur la ligne, le 15 juin, à 2h 00, les Austro-Hongrois réagissent violemment en déclenchant un tir de barrage d’une demi-heure contre la côte 2 101.
Dès la fin du bombardement, les Austro-Hongrois se ruent sur les positions italiennes qui se défendent avec acharnement et courage, obligeant l’adversaire à renouveler l’attaque.
À 3h 30, l’artillerie de l’adversaire recommence le bombardement ; puis les troupes Austro-Hongroises se jettent à nouveau contre les lignes alpines, une fois la canonnade achevée. Les Italiens résistent si bien qu’au lever du jour, l’action des attaquants a échoué.
Pendant la journée (avec l’aide des renforts fournis par la brigade « Piémont »), une attaque à l’altitude 2 105 est tentée ; en vain. Au cours de cette action, l’ennemi Austro-Hongrois a perdu environ 600 hommes, tandis que les Italiens en ont perdu environ la moitié.
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À LA CONQUÊTE DU SOMMET…
Le 14 juin, le commandement de la 6ème armée émet l’« ordre d’opérations no 2 », dans le but de « poursuivre l’offensive » avec les mêmes objectifs que l’« ordre d’opérations numéro 1 » du 28 mai.
Le 18 juin, la préparation d’artillerie débute à 8h 00 et se poursuit jusqu’au lendemain. La 25ème division attaque à 14h 00 entre le « Mont Rotondo » et le « Mont Zebio ». L’attaque est renouvelée à 17h 45, laissant 800 hommes sur le terrain. Les brigades « Cremona » et « Porto Maurizio » viennent s’écraser contre les défenses du « Mont Rasta », perdant en vain 787 hommes ; pour un gain tactique quasiment nul. Sur le « Mont Zebio », la 13ème division, malgré les attaques répétées et les efforts déployés, échoue en ayant de lourdes pertes : 1 647 hommes morts, blessés et disparus. À 06h 00, la 29ème division donne l’assaut sur le « Mont Forno » avec les 214ème et 238ème régiments d’infanterie « Grosseto, qui sont sévèrement fauchés par l’artillerie ennemie ; ils perdent 1 460 hommes sans aucun gain de terrain.
Pendant ce temps, à 6h 00, la 52ème division (sur trois colonnes) sort des tranchées et se lance à l’assaut de la cote 2 105. La colonne « Cornaro » attaque par le sud-est, tandis que la colonne « Di Giorgio » (qui compte également des fantassins des 3èmes et 4èmes régiments de la brigade « Piemonte » et du 9ème régiment de Bersaglieri) attaque par l’est et le nord-est.
En 45 minutes, la « Cima Ortigara », que l’on croyait imprenable, est conquise de plusieurs côtés. Mais les troupes alpines sont harassées et anéanties. Elles ne sont pas en mesure de continuer l’assaut pour occuper le « Monte Campigoletti », se diriger vers la « Cima Portule », et s’emparer à nouveau du plateau afin de parachever leur succès.
La colonne qui, du sommet nord de la montagne, se dirigeait vers le col de « Caldiera », est stoppée par le feu de l’ennemi à 2 060 mètres d’altitude. Le mélange des divisions, les tirs de barrage austro-hongrois et le manque de confiance des commandements tactiques, l’ont empêchée d’exploiter toute avancée.
À 20h 45, le général Mambretti informe le commandement suprême qu’il ne reconnaît pour l’instant aucune possibilité d’avancée victorieuse sur le plateau. Il décide de rester sur la défensive sur l’ensemble du front, à l’exception du mont Ortigara. Là, de petites actions tenteront d’obtenir des résultats qui n’ont pas pu aboutir avec les assauts de grande envergure.
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LA CONTRE ATTAQUE AUSTRO-HONGROISE
Le 21 juin, à 11h 45, le commandement austro-hongrois, ayant constaté le relâchement des Italiens (après avoir reconstruit dans l’urgence ses positions défensives), entrevoit une riposte. Le QG de la 6ème division impériale ordonne une contre-attaque à mener dans les 5 à 6 jours. Son exécution est confiée au colonel-brigadier Adolf Sloninka von Holodow (commandant de la brigade IIC Kaiserschützen). Dans la soirée du 22 juin, après une concertation du plan d’attaque, il est décidé que l’offensive aura lieu dans la nuit du 25 juin.
Les unités choisies pour l’opération sont peu nombreuses, mais bien préparées et volontaires pour en découdre avec l’ennemi.
L’attaque doit débuter le 24 juin, à 19h 30. Afin de tromper les « Alpini », on procède à une série répétée de courtes canonnades sur le Mont Ortigara ; ceci afin d’user psychologiquement l’ennemi et de l’épuiser.
Le 25 juin, à 2h 30 du matin, le sommet de l’Ortigara tremble sous un puissant bombardement. Le tir se propage avec des obus à gaz sur la vallée de l’Agnellizza. Puis les troupes austro-hongroises assaillent, avec des lance-flammes et des grenades à main, les défenseurs alpins au sommet de la montagne (altitude 2 105). Le bataillon « Bassano », les trois bataillons du 9ème Bersaglieri (à l’altitude 2 103), et les bataillons « Arroscia » et « Bicocca », sur la crête du Ponari, sont submergés. Les quelques soldats italiens encore en vie sont dans l’incapacité de reculer et de communiquer avec l’arrière (en raison des tirs de barrage et de gaz sur la vallée de l’Agnellizza) ; ils n’ont d’autre choix que de se rendre.
À 3h 10, le Mont Ortigara est conquis. Avec une action éclair et de faibles pertes, les Austro-Hongrois ont regagné cette montagne si cher payée par les Italiens, au prix de multiples souffrances répétées et de vies humaines sacrifiées.
Le 26 juin, à 12h10, le général Cadorna apprend la perte d’Ortigara. Deux jours plus tard, il stoppe les actions prévues sur « Pasubio », et ordonne aux 1ère et 6ème armées de rester sur la défensive. Le 29 juin, les derniers « Alpini » sont faits prisonniers par les Austro-Hongrois, ce qui met un terme définitif à la bataille du Mont Ortigara.
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Le « Pasubio » est une montagne des Préalpes Vicentines culminant à 2 232 m d’altitude, à la Cima Palon. Cette crête calcaire marque la frontière entre les provinces italiennes de Vicence et de Trente. Lors de la Première Guerre mondiale, le « Pasubio » fut pendant plus de deux ans (de juin 1916 à novembre 1918) le théâtre de combats sanglants et acharnés entre les armées italiennes et austro-hongroises. Au cours de ces terribles combats, des travaux de sape furent accomplis. Il subsiste encore aujourd’hui de multiples galeries, cavernes et bastions, que les soldats des deux camps ont taillés à l’explosif. La crête orientée nord-sud porte encore les stigmates de la guerre, notamment les deux sommets aplanis : celui du nord était occupé par les Autrichiens (« Dente Austriaco »), l’autre par les Italiens (« Dente Italiano »). Ils étaient séparés par un glacis que les Autrichiens appelaient le « Dos de Mulet » (« Eselsrücken »), et les Italiens la « Selletta dei Denti » ; un no man’s land où des milliers d’hommes trouvèrent la mort. Le « Pasubio » est parfois cité comme le « massif du front » (« Schlachtbank »), « la meule à cadavres » (« Menschenmühle »), ou « le Mont aux 10 000 morts ». STRADA DELLE 52 GALLERIE À partir de 1917, les deux camps entreprirent le creusement d’un réseau de galeries pour miner le no man’s land qui les séparait. Le 13 mars 1918, les Autrichiens mirent à feu une charge de 55 tonnes de dynamite (la plus forte de la guerre) au pied de la plate-forme italienne ; sans toutefois parvenir à en déloger leurs ennemis. Les combats sur le « Pasubio » ne permirent jamais, jusqu’à la fin de la guerre, d’emporter la décision.
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BILAN & PERTES
POUR LES AUSTRO-HONGROIS
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1 000 morts, 6 500 blessés et 1 500 prisonniers.
POUR LES ITALIENS
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2 800 morts, 16 000 blessés et 3 000 prisonniers.
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Un Piémontais sur le Piave ORDRE DE VITTORIO VENETO Armoiries de Vittorio Veneto Ci-dessus le diplôme de mon Grand-Père Giovani (Jean) Borghino (1894-1982) L’« Ordre de Vittorio Veneto » est créé en mars 1968, en même temps que la Médaille d’Or en Souvenir de la Guerre 1915-1918, pour le 50ème anniversaire de la victoire. Son nom rappelle la grande offensive victorieuse d’octobre 1918 qui allait sceller le sort de la guerre sur ce front. Il est décerné à tous les anciens combattants de la Première Guerre mondiale encore vivants, ayant servi au moins 6 mois, et décorés de la Croix du Mérite de Guerre. L’attribution de cet « ordre » fut étendue aux anciens combattants de l’armée austro-hongroise devenus italiens, après les modifications de frontière qui suivirent la Première Guerre mondiale. Je n’ai jamais pu retrouver la ou les Croix en métal bruni de mon Grand-Père.

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Sources :
Mes photos
Photos publiques Facebook
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Piave
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Vittorio_Veneto
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Caporetto
https://fr.wikipedia.org/wiki/Batailles_de_l’Isonzo
https://fr.wikipedia.org/wiki/Isonzo
https://www.italia.it/fr/venetie/le-plateau-dasiago
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Mont_Ortigara
https://fr.wikipedia.org/wiki/Offensive_du_Trentin
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mont_Ortigara
https://fr.wikipedia.org/wiki/Monte_Grappa
https://www.venarbol.net/chronique-familiale/la-venetie-2/le-monte-grappa-theatre-de-guerres