La guerre des mines dans les cimes

LA GUERRE DES MINES DANS LES CIMES

Drapeau du Royaume d’Italie

LE « LAGAZUOI » ET LE « CASTELLO DELLE TOFANE »

Lagazuoi, cœur de pierre et d’histoire.

SOMMAIRE

Le front italien de la Première Guerre mondiale (1915-1918), opposant le Royaume d’Italie à l’Empire austro-hongrois, fut l’un des théâtres d’opérations les plus extrêmes du conflit. Surnommé la « guerre verticale » ou la « guerre blanche », il se déroula en grande partie dans les conditions impitoyables des Alpes.

Le « Lagazuoi » et le « Castelletto delle Tofane » furent le théâtre d’une incroyable « guerre des mines » souterraine et verticale, à plus de 2 000 mètres d’altitude, opposant les « Alpini » italiens aux « Kaiserjäger » austro-hongrois.

LOCALISATION

Le « Lagazuoi » est une montagne qui s’élève à 2 835 m d’altitude près de « Cortina d’Ampezzo », au sein du « groupe de Fanes » (« gruppo di Fanes » en italien, « Fanesgruppe » en allemand), dans les Dolomites.

Les « Tofane » sont une montagne des Dolomites, massif alpin qui se trouve en Vénétie. Situées à l’ouest de « Cortina d’Ampezzo », les « Tofane » dominent le bassin d’« Ampezzo » et la vallée du « Boite » (val de la « Guóite » ; en ladin « cadorino »). Elles sont en grande partie situées dans le parc naturel des Dolomites d’Ampezzo.

Le ladin (en italien, « ladino ») est une langue romane du groupe rhéto-roman. Proche du romanche et du frioulan, le ladin est la langue maternelle d’environ 30 000 locuteurs dans le nord-est de l’Italie (plus précisément en « Ladinie », dans la région des Dolomites, dans le Trentin-Haut-Adige, en Vénétie, et dans une faible minorité au Frioul).

Drapeau de la monarchie des Habsbourg

LE « CASTELLO DELLE TOFANE »

C’est un impressionnant pilier rocheux (rattaché aux pentes occidentales de la « Tofana di Rozes ») qui surplombe la « Forcella Col dei Bos ».

Au début de 1915, la position austro-hongroise fut jugée longtemps imprenable par les Italiens. Pour la détruire, l’armée italienne y fit exploser, le 11 juillet 1916, une gigantesque mine souterraine (35 tonnes d’explosifs).

Aujourd’hui, les « Gallerie del Castelletto » se visitent via des sentiers de randonnée et de superbes parcours de galeries hélicoïdales, creusées dans la roche.

LA GUERRE SOUTERRAINE AU « CASTELLETTO DELLE TOFANE »

La guerre des mines au « Castelletto delle Tofane » (dans les Dolomites) est l’un des moments les plus extraordinaires et tragiques des combats de montagne durant la Première Guerre mondiale. Figées par le relief escarpé, les armées italienne et austro-hongroise y ont combattu dans une guerre souterraine inédite. Elles ont creusé à même la roche pour faire sauter les positions adverses.

LE CONTEXTE ET LA STRATÉGIE

Le « Castelletto » (« Schreckenstein », ou « rocher de la terreur », pour les Autrichiens) est un colossal éperon rocheux adossé à la face sud-ouest de la « Tofana di Rozes » (sommet emblématique des Dolomites italiennes qui culmine à 3 225 mètres, près de Cortina d’Ampezzo). Il domine stratégiquement les vallées de « Costeana » et de « Travenanzes ». Dès le début du conflit, en 1915, cette position fortifiée est fermement occupée par les chasseurs impériaux autrichiens (« Kaiserjäger »).

Malgré de nombreux assauts meurtriers, les forces italiennes (les Alpini) n’arrivent pas à s’en emparer, la paroi étant inaccessible par le bas et imprenable depuis le sommet.

LE PERCEMENT DE LA GALERIE

Fin 1915, face à cet obstacle infranchissable, les Italiens décident de contourner la difficulté par le sous-sol. Sous la direction des ingénieurs et officiers Malvezzi et Tissi, les soldats entreprennent de creuser un tunnel de mine hélicoïdal secret, long de plus de 500 mètres, à travers les parois rocheuses de la « Tofana di Rozes ».

Durant l’hiver et le printemps 1916, les travaux, d’une pénibilité extrême, vont s’étaler sur plusieurs mois. Les Autrichiens, percevant le vacarme sourd des marteaux piqueurs à travers la roche, sentent le danger s’approcher et pilonnent alors la zone avec leur artillerie.

LA DÉFLAGRATION DU 11 JUILLET 1916

Au début de l’été, les travaux de la galerie sont fin prêts ; la chambre de tir se situe juste sous la selle rocheuse qui relie le « Castelletto » à la montagne. Les Italiens y entreposent 35 tonnes d’explosifs (gélatine explosive).

Explosion d’une mine sur le Castelletto della Tofana

Le 11 juillet 1916, à 3 h 30 du matin, la mine est mise à feu en présence du roi d’Italie et du général Cadorna, qui observent la scène depuis les « Cinque Torri ». L’explosion monumentale décapite littéralement une partie de la crête, et les aiguilles rocheuses méridionales s’effondrent. Le souffle et l’éboulement qui s’ensuit tuent instantanément environ 150 soldats Austro-Hongrois.

L’ATTAQUE ET LA LUTTE DANS LE CRATÈRE

Le site présente maintenant un immense cratère, et sa prise va s’avérer extrêmement chaotique et compliquée.

Les gaz toxiques  

En sortant du tunnel pour se jeter à l’assaut, les premiers soldats italiens sont asphyxiés par les poches de monoxyde de carbone engendrées par la détonation souterraine.

La résistance  

Dans un premier temps, les survivants autrichiens réussissent à repousser les vagues d’assaut des Alpini à coups de fusils et de jets de pierres.

La capture  

Le 14 juillet 1916, après de durs combats au corps à corps au milieu des éboulis, les Alpini finissent par sécuriser totalement le secteur du « Castelletto », et obligent les Autrichiens à reculer vers le « Lagazuoi ».

UN MUSÉE À CIEL OUVERT…

Le « Castelletto » est aujourd’hui un haut lieu du tourisme historique dans le Parc naturel des « Dolomites d’Ampezzo ». Entièrement réhabilité, le site abrite un musée en plein air.

Les randonneurs chevronnés peuvent emprunter les sentiers balisés (notamment via les refuges « Dibona » ou « Giussani ») pour traverser la célèbre « Galleria del Castelletto » (lampe frontale et équipement spécialisé vivement recommandés) afin de découvrir le cratère d’explosion, les anciennes casemates, ainsi que la « Galleria del Cannone » (la galerie du canon).

LE « LAGAZUOI » (« PICCOLO LAGAZUOI »)

Il culmine à 2 778 mètres d’altitude près du « Passo Falzarego ».

C’est la montagne la plus transpercée des Dolomites. Les troupes italiennes et austro-hongroises y ont creusé des kilomètres de tunnels et de galeries.

Aujourd’hui, il est possible de visiter l’un de ces musées en plein air en gravissant ou en descendant la célèbre galerie du Lagazuoi (se munir d’une lampe de poche et d’un casque), ou en profitant du téléphérique du « Lagazuoi » qui mène au « Rifugio Lagazuoi ».

LES COMBATS DU « LAGUZUOI »

 Le « Mont Lagazuoi » est situé au cœur des Dolomites, près de « Cortina d’Ampezzo ». Il est l’un des symboles les plus impressionnants de la « Guerre Blanche » (1915-1917). Durant la Première Guerre mondiale, ce sommet stratégique est devenu le théâtre d’affrontements épouvantables entre l’armée italienne (les Alpini) et l’armée austro-hongroise (les Kaiserjäger). Pour s’emparer des positions ennemies sans s’exposer aux tirs, les deux camps ont littéralement transpercé la montagne. Les belligérants ont créé un réseau colossal de tunnels, de galeries et de tranchées.

Situé juste en face, le « Mont Lagazuoi » a subi un sort identique, devenant la montagne la plus transpercée des Dolomites.

L’enfer des galeries  

Les deux armées ont creusé des kilomètres de labyrinthes, de chambrées et d’embrasures de tir, directement dans les parois calcaires. Les conditions de vie y étaient très dures : froid intense, obscurité permanente, humidité, et risques constants d’avalanches.

La guerre souterraine

Pour déloger l’ennemi, l’armée italienne a entrepris un travail titanesque : creuser l’intérieur de la roche pour atteindre les lignes autrichiennes par le bas.

Au total, pour tenter d’effondrer les positions adverses, c’est 5 mines majeures qui ont explosé sur le secteur du « Lagazuoi » (4 déclenchées par les Autrichiens, et 1 par les Italiens). Le 20 juin 1917, la plus grosse mine italienne (33 000 kg d’explosifs) a explosé, transformant à jamais la silhouette de l’ « Anticima du Lagazuoi » et modifiant à jamais sa topographie.

Positions figées  

Les Austro-Hongrois occupaient le sommet du « Petit Lagazuoi » (« Piccolo Lagazuoi ») et le bastion fortifié de « Vonbank ». Les Italiens, bloqués en contrebas sur une vire rocheuse (la « Cengia Martini »), ne pouvaient pas avancer à découvert.

Une Vire rocheuse est une terrasse étroite, plate ou en pente douce, située en plein milieu d’une paroi verticale ou d’une falaise de montagne.

Autriche-Hongrie

LE TUNNEL HÉLICOÏDAL DE L’« ANTICIMA »

ORIGINE MILITAIRE

Durant la « Guerre Blanche » (1915-1917), le sommet du « Piccolo Lagazuoi » était occupé par l’armée austro-hongroise. Pour la surprendre et contourner ses lignes de défense, les soldats italiens ont entrepris un travail titanesque : creuser une galerie en spirale (hélice) à l’intérieur même de la montagne.  

Le chef-d’œuvre technique de ce front demeure le tunnel d’ « Anticima » (« Galleria del Lagazuoi »).

Caractéristiques  

Ce tunnel s’élève à l’intérieur de la montagne sur plus d’un kilomètre de long, avec un dénivelé de plusieurs centaines de mètres.

Ingénierie  

C’est un ouvrage creusé en colimaçon, de forme hélicoïdale. Des ouvertures, ou « fenêtres » artificielles, sont taillées de temps à autre dans la falaise pour évacuer les débris, apporter un peu de lumière, et servir de postes de tir.

Vie souterraine  

Ce labyrinthe abrite des chambrées, des postes de commandement, des cuisines et des dépôts de munitions, permettant aux hommes de vivre et de combattre sous terre.

LE TUNNEL HÉLICOÏDAL

Le tunnel hélicoïdal de l’ « Anticima » (ou « Galleria de l’Anticima ») est une célèbre structure souterraine historique située au « Monte Lagazuoi », à proximité de « Cortina d’Ampezzo », dans les Dolomites.

Contrairement à la majorité des tunnels hélicoïdaux qui sont ferroviaires, celui-ci est un tunnel militaire piétonnier creusé au cœur de la roche pendant la Première Guerre mondiale.

Un tunnel hélicoïdal (ou tunnel en boucle) est une prouesse d’ingénierie ferroviaire conçue pour les reliefs montagneux. Le train y effectue une courbe permanente en forme de spirale à l’intérieur de la montagne ; ce qui lui permet de gagner ou de perdre une altitude importante dans un espace horizontal très réduit, tout en respectant les pentes maximales autorisées pour le transport sur rail. La sortie du tunnel se situe généralement presque à la verticale de son entrée.

LE TUNNEL DE NOS JOURS : UNE PROMENADE INSOLITE

Le site a été entièrement restauré, et transformé en un musée à ciel ouvert de la Grande Guerre. Il constitue aujourd’hui l’une des randonnées et vie ferrate les plus originales de la région.

PERTES HUMAINES

Lors des violents combats de la Première Guerre Mondiale dans les Dolomites (1915–1917), le « Castelletto delle Tofane » et le « Monte Lagazuoi » furent le théâtre d’une cruelle guerre des mines. Les pertes humaines directes liées aux explosions de mines majeures sur ces positions stratégiques s’établissent ainsi :

AU « CASTELLETTO DELLE TOFANE »

Le 11 juillet 1916, l’explosion de la colossale mine italienne (chargée de 35 tonnes d’explosifs) pulvérisa la roche, et entraîna instantanément la mort de 150 soldats autrichiens.

 

AU « LAGAZUOI »

Entre 1915 et 1917, cinq explosions majeures de mines (quatre autrichiennes et une italienne) ébranlèrent la montagne. Bien que le bilan exact global reste difficile à chiffrer en raison des dynamitages successifs et des éboulements, l’explosion de la mine italienne du 20 juin 1917 ensevelit la quasi-totalité de la garnison autrichienne qui tenait l’avant-poste de la « Vonbank Stellung ».

Hormis les explosions de mines, la plupart des pertes sur ce front de haute altitude fut causée par des conditions de vie extrêmes, notamment le froid intense, l’épuisement, et les avalanches déclenchées par les bombardements.

                                            BORGHINO GIOVANNI, UN PIÉMONTAIS SUR LE PIAVE…

ORDRE DE VITTORIO VENETO

Ci-dessus à gauche : le diplôme de mon Grand-Père Giovani (Jean) Borghino (1894-1982)

L’« Ordre de Vittorio Veneto » est créé en mars 1968, en même temps que la Médaille d’Or en Souvenir de la Guerre 1915-1918, pour le 50ème anniversaire de la victoire. Son nom rappelle la grande offensive victorieuse d’octobre 1918 qui allait sceller le sort de la guerre sur ce front.

Il est décerné à tous les anciens combattants de la Première Guerre mondiale encore vivants, ayant servi au moins 6 mois et décorés de la Croix du Mérite de Guerre. L’attribution de cet « ordre » fut étendue aux anciens combattants de l’armée austro-hongroise devenus italiens après les modifications de frontière qui ont suivi la Première Guerre mondiale.

La Croix du Mérite de Guerre (Croce al Merito di Guerra) : l’attribution de l’Ordre de Vittorio Veneto était conditionnée par l’obtention préalable d’une croix en métal bruni, décernée pour sa participation active aux combats dans des zones particulièrement exposées (comme Bataille d’Ortigara).

Mon grand-père Giovanni Borghino et ma grand-mère, son épouse née Domenica Miretti

Mes grands-parents dans les années 1960/70

Giovanni Borghino et Domenica, son épouse, née Miretti

Je n’ai jamais pu retrouver la ou les Croix en métal bruni de mon Grand-Père.


Lire :

 

– Giovanni, un piémontais sur le Piave

– la Bataille d’Ortigara

Sources :

Mes photos

Photos publiques Facebook

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vendredi_Blanc_(1916)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Piave

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Vittorio_Veneto

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Caporetto

https://fr.wikipedia.org/wiki/Batailles_de_l’Isonzo

https://fr.wikipedia.org/wiki/Isonzo

https://www.italia.it/fr/venetie/le-plateau-dasiago

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Mont_Ortigara

https://fr.wikipedia.org/wiki/Offensive_du_Trentin

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mont_Ortigara

https://fr.wikipedia.org/wiki/Onzi%C3%A8me_bataille_de_l’Isonzo

 

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