Bataille du Solstice, fureur sur le Monte Grappa

BATAILLE DU SOLSTICE

Drapeau du Royaume d’Italie

FUREUR SUR LE MONTE-GRAPPA

(Du 10 au 25 juin 1918)

Battaglia del Solstizio

LE CLIN D’ŒIL

Les zones de combat où luttèrent les forces italiennes et Austro-Hongroises, lors de la Première Guerre mondiale, furent souvent (et improprement) considérées comme des théâtres d’opérations secondaires. De 1915 à 1918, le « front italien » fut réparti sur environ 650 kilomètres de régions montagneuses, allant du plateau de l’Asiago (en passant dans les Dolomites et les Alpes de Carinthie, puis le long du fleuve Isonzo) jusqu’à la Mer Adriatique. Mis à part une offensive importante dirigée par l’armée austro-hongroise sur l’Asiago à l’été de 1916, la totalité des combats eut lieu sur un front rétréci d’à peine 100 kilomètres le long de l’Isonzo.

Au cours de ce conflit, les Italiens combattirent en ayant reçu peu de soutien de la part de leurs alliés de la « Triple Entente ». Ce qui ne fut pas le cas de leurs ennemis, qui perçurent une aide substantielle de l’Empire Allemand ; surtout après la reddition des Russes à l’Est (Traité de Brest-Litovsk, le 3 mars 1918).

Citons comme exemple : en 1917, 7 divisions d’élite allemandes vinrent soutenir les Autrichiens, afin de monter une offensive de grande ampleur dans le secteur du village de Caporetto (Kobarid, en Slovénie) ; un assaut qui aura des résultats catastrophiques pour les Italiens…


SOMMAIRE

La « bataille du Piave » (ou « offensive du Piave », ou « bataille du Solstice ») se déroula du 10 au 25 juin 1918 dans le Nord de l’Italie, au cours de la Première Guerre mondiale. Ce sera la dernière offensive majeure austro-hongroise de la guerre, qui y sera défaite.

CONTEXTE

La Vénétie est le théâtre de plusieurs batailles pendant le conflit. Après la défaite des Italiens à Caporetto le 26 octobre 1917 face aux Autrichiens, les troupes italiennes se replient jusqu’au fleuve Piave. Le sommet du massif du Monte Grappa, qui représente une protection naturelle entre le nord et le sud, va devenir l’un des points vitaux des lignes de défenses italiennes.

Le front italien finit par se stabiliser sur le Piave (en partie en raison de l’épuisement de l’offensive des puissances centrales, des renforts acheminés en urgence par les Alliés, et de la préparation d’une ligne de défense sur le fleuve). Au cours des mois suivants, les troupes austro-hongroises tenteront plusieurs franchissements du fleuve ; leur objectif : envahir la plaine de Vénétie et prendre en tenaille l’armée italienne.

Tandis que les Alliés tentent la reconquête des territoires perdus, les troupes italiennes, grâce à des abris creusés dans la roche et à des postes d’artillerie, parviennent à conserver le contrôle de ce front.

LE MONTE GRAPPA

Le monte Grappa est une montagne des Alpes de 1 775 mètres d’altitude. Il fait partie des Dolomites, et trace la frontière entre les provinces de Vicence, Trévise et Belluno.

Il fut le théâtre d’affrontements décisifs au cours de la Première Guerre mondiale, et de certains événements de la Seconde. Il est particulièrement connu pour le cimetière militaire du Monte Grappa, qui contient les restes de soldats italiens et austro-hongrois ainsi qu’un musée de la Grande Guerre.

Après la défaite italienne de Caporetto (aujourd’hui « Kobarid », en Slovénie), le sommet devint le pivot de la défense italienne. Les Autrichiens tentèrent inutilement et plusieurs fois de le conquérir, pour s’ouvrir l’accès à la plaine Veneto-Frioulane. Depuis des postes fixes d’artillerie installés dans des cavernes construites dans la roche, les Italiens dominèrent et gardèrent le front sous contrôle jusqu’au « Montello », le long d’une ligne partant du « Monte Valderosa » jusqu’au col « Caprile ».

Le massif du Grappa et les rives du Piave deviennent ainsi le théâtre de plusieurs grandes batailles :

– la 10ème bataille de l’Isonzo (du 10 mai au 8 juin 1917) permet d’arrêter l’avancée de l’ennemi.

– la 11ème bataille de l’Isonzo (du 18 août au 12 septembre 1917) se termine par un statu quo.

– la « bataille du Solstice » (les 15 et 16 juin 1918) montre la solidité des défenses alpines, et se conclut par une victoire italienne.

– la « bataille de Vittorio Veneto » (du 24 au 29 octobre 1918) scelle définitivement la victoire italienne contre l’Autriche-Hongrie.

PRÉPARATIFS

L’offensive des Autrichiens est préparée durant le premier trimestre de l’année 1918, conjointement avec le commandement allemand. Elle vise à obtenir la défaite et la capitulation de l’Italie, afin de la pousser à sortir définitivement du conflit.

Le 12 mai (au cours de la conférence de Spa), le commandant des forces austro-hongroises, Arthur Arz von Straußenburg, annonce à ses homologues allemands (qui l’approuvent) sa décision de lancer une offensive pour le mois suivant contre le front italien, sur le Piave. Mais sa préparation prend du retard, et l’offensive est repoussée de quatre semaines : l’attaque planifiée pour le 20 mai 1918 aura lieu le 15 juin.

Divers plans sont élaborés. Mais l’indécision de l’Empereur aboutit à la mise sur pied de deux offensives ; ce qui va les affaiblir l’une et l’autre. En effet, Charles, incapable de choisir, accepte deux attaques conjointes : l’attaque frontale, appuyée par le maréchal Svetozar Boroevic von Bojna, et la manœuvre de contournement, soutenue par Franz Conrad von Hötzendorf. De plus, ses deux généraux souhaitent mener leurs opérations propres, sans concertation.

Les atermoiements de la mise en œuvre de ces plans sont rapidement éventés pars les généraux alliés. Ces derniers planifient aussitôt des ripostes pour contrer l’attaque austro-hongroise.

FORCES EN PRÉSENCE

POUR LES ITALIENS & LES ALLIÉS

 – Italiens : 900 000 hommes.

– Britanniques : 40 000 hommes.

– Français : 25 000 hommes.

Commandants

Soldats italiens

QUELQUES COMPOSANTES DE L’ARMÉE ITALIENNE

Les Alpins (en italien : Alpini) sont les troupes de l’armée italienne spécialisées pour le combat en zone montagneuse. Formées en 1872, ces unités se trouvent être les plus anciennes des troupes de montagne actuelles. Leur mission d’origine était de défendre les frontières montagneuses du nord de l’Italie face à la France et l’Autriche-Hongrie.

Les Flammes Vertes (en italien « Fiamme Verdi »), fortes de quatre unités, constituaient une part importante des troupes d’assaut italiennes durant la Première Guerre mondiale.

Les « Arditi» étaient des unités composées de soldats intrépides (troupes alpines), spécialisées dans les attaques surprises contre les unités ennemies.

Les « Bersaglieri » étaient l’élite mobile de l’armée italienne. Créés en 1836, les Bersaglieri étaient réputés pour leur mobilité et leur discipline. À la différence de l’infanterie traditionnelle, ils se déplaçaient souvent à vélo, puis en moto ou en véhicules motorisés, pour incarner une force rapide, capable d’intervenir là où la ligne de front l’exigeait.


LE FUSIL « CARCANO M 91 »

« Carcano » est le nom d’une série de fusils militaires italiens à verrou. Les fusils et carabines « Carcano » furent utilisés par les Forces armées italiennes de la fin du XIXème siècle jusqu’au milieu du XXème siècle.

Ils furent employés durant la guerre italo-turque, la Première Guerre mondiale, la Seconde guerre italo-éthiopienne, et au cours de la seconde Guerre mondiale, par les soldats du royaume d’Italie, de la République sociale italienne, et par les forces éthiopiennes en 1940-1941.

Apparu en 1891, ce fusil était d’un calibre 6,5 × 52mm. Il avait été développé en 1890 par Salvatore Carcano, à l’arsenal militaire de Turin, sous l’appellation Modèle 91 (M91), et fut produit de 1891 à 1941. Le M91 équipa la majorité des troupes italiennes pendant la Première Guerre mondiale.

Le plus célèbre modèle de Mannlicher-Carcano est le fusil M 91/38 en 6,5 × 52 mm, désigné par la commission Warren comme étant l’arme avec laquelle Lee Harvey Oswald assassina le président Kennedy à Dallas, le 22 novembre 1963. Oswald avait acheté le fusil par correspondance, pour un montant de 21,95 $, en même temps qu’un revolver.


POUR L’AUTRICHE-HONGRIE

Drapeau de la monarchie des Habsbourg

 

 

 

 

 

946 000 hommes répartis en quelques 58 divisions (austro-hongroises uniquement) sont engagés dans la grande attaque du nord de l’Italie, destinée à prendre les Italiens en tenaille. Cependant, ces troupes n’ont les capacités opérationnelles que d’une trentaine de divisions, souvent insuffisantes et mal équipées.

Commandants

Soldats austro-hongrois

LE FRONT DES DOLOMITES

Mes photos…

LE FRONT ALPIN

Dès l’automne 1916, le général Luigi Cadorna (alors chef d’état-major de l’armée italienne) procéda à la fortification de la crête du massif du Grappa. Il avait pressenti l’intérêt stratégique du site. Le général fit tracer et ouvrir une route (qui porte aujourd’hui son nom), plus large et moins sinueuse que l’ancienne voie, pour accéder au sommet du Grappa. Des téléphériques furent installés pour transporter sur les cimes le matériel et le ravitaillement.

Des travaux hydrauliques furent entrepris pour alimenter les troupes en eau. La galerie « Vittorio Emanuele III », creusée sous la roche et longue d’1,5 km, donnait accès à de nombreux corridors débouchant sur des postes d’artillerie et d’observation.

LE DÉROULEMENT DE LA BATAILLE

Le 13 juin 1918

Les troupes Austro-Hongroises lancent une attaque de diversion sur le col de Tonale, dans le nord de l’Italie, afin que les Italiens ne soupçonnent pas qu’ils préparent une offensive sur le Piave. Malgré quelques succès initiaux, les gains territoriaux acquis ne sont pas exploités, car les ripostes italiennes sont efficaces.

Du 15 au 22 juin

Dès le premier jour, l’offensive austro-hongroise se heurte à une armée italienne prête à en découdre.

En effet, des déserteurs ennemis ont parfaitement informé les Italiens des projets autrichiens. Les contre-attaques italiennes bousculent les austro-hongrois. Les tirs de barrage détruisent un certain nombre de batteries sur les positions ennemies. Les déploiements d’unités austro-hongroises (ayant été signalés au commandement italien par les déserteurs) sont également pris sous le feu italien.

Dans le nord, les Xème et XIème armées de Hötzendorf sont stoppées dès le 2ème jour de l’offensive. Puis elles subissent les vigoureuses contre-attaques des réserves des Vème et VIème armées italiennes, renforcées par des unités britanniques et françaises. Contraints de reculer malgré des succès initiaux, les Austro-Hongrois laissent sur le champ de bataille 40 000 victimes.

À l’est, sur un front large de 24 km, les Austro-Hongrois donnent l’assaut sur la ligne du Piave. Durant plusieurs jours, leurs IVème et Vème armées avancent difficilement, avant de se heurter aux défenses des IIIème et VIIIème armées italiennes. Après avoir construit de fragiles ponts sur le Piave, elles finissent par investir la rive droite. Malgré un abondant ravitaillement, ils ne pourront pas élargir ces têtes de ponts.

Le 18, les Italiens utilisent des réserves entassées à proximité des lignes, et lancent une contre-attaque obligeant les Autrichiens à se replier sur la rive gauche.

Le XXIVème corps austro-hongrois, commandé par Ludwig Goiginger, résiste sur la tête de pont de Montello ; il ne l’abandonnera que le 23 juin.

 

FRANCESCO BARACCA

Le 19 juin, l’as de l’aviation italienne, Francesco Baracca, trouva la mort alors qu’il effectuait une mission de harcèlement avec la 91ème « Squadriglia » (escadrille) au-dessus des positions ennemies.


RAID AU-DESSUS DE VIENNE…

Le 9 août 1918, 11 avions italiens, avec à leur bord les capitaines Natale Palli et Gabriele D’Annunzio, effectuèrent un raid sur plus de 1 200 km.

Arrivés sur Vienne, ils auraient pu lâcher des bombes ; au lieu de cela, ils lancèrent 50 000 tracts tricolores.

Un geste fou, courageux, qui marqua l’histoire de la grande guerre : les mots au lieu des armes, la propagande au lieu de la destruction.


ISSUE DE LA BATAILLE

L’Empereur Charles et le général Arz von Straußenburg décident d’arrêter une offensive coûteuse et ruineuse pour les ressources de l’empire ; ceci contre l’avis du général Borojević qui veut, lui, continuer à se battre.

L’offensive austro-hongroise se désintègre à cause du mauvais temps et des attaques aériennes, qui épuisent les lignes de communication et rendent difficile l’approvisionnement des troupes. Le 22 juin, c’est la débâcle. Les Austro-Hongrois sont en déroute et battent en retraite sur le Piave. Leurs pertes s’élèvent à 150 000 hommes, dont 24 000 prisonniers.

Général Armando Diaz

Le général italien Armando Diaz décide pourtant de ne pas poursuivre l’ennemi, malgré les demandes insistantes de Foch. Il préfère renforcer ses unités pour une offensive ultérieure, qu’il souhaite définitive. C’est pourquoi il repousse son attaque au mois d’octobre, et demande aux Alliés de lui fournir de gros moyens (des chars, des obus à gaz et des renforts américains).

 BILAN

Lors de l’offensive du Solstice, l’artillerie et les unités pour exploiter la percée ont fait défaut au moment crucial. Cette bataille montre l’état de décomposition de la force militaire austro-hongroise à ce moment du conflit : en effet, démoralisée par son échec, l’armée va s’enfoncer dans une crise dont elle ne sortira pas jusqu’à sa dissolution.

PERTES

Les lieux symboles de la Grande Guerre – le cimetière militaire de Sorgenti (Monte Piana) 1915 – 1917.

POUR LES ITALIENS & LES ALLIÉS

 – 8 396 morts.

– 30 603 blessés.

– 48 182 prisonniers.

Soit un total de 87 181 victimes.

POUR L’AUTRICHE-HONGRIE

– 11 643 morts.

– 80 852 blessés.

– 25 547 prisonniers.

Soit un total de 118 042 victimes.

                                                BORGHINO GIOVANNI, UN PIÉMONTAIS SUR LE PIAVE…

ORDRE DE VITTORIO VENETO

Ci-dessus le diplôme de mon Grand-Père Giovani (Jean) Borghino (1894-1982)

L’« Ordre de Vittorio Veneto » est créé en mars 1968, en même temps que la Médaille d’Or en Souvenir de la Guerre 1915-1918, pour le 50ème anniversaire de la victoire. Son nom rappelle la grande offensive victorieuse d’octobre 1918 qui allait sceller le sort de la guerre sur ce front.

Il est décerné à tous les anciens combattants de la Première Guerre mondiale encore vivants, ayant servi au moins 6 mois, et décorés de la Croix du Mérite de Guerre. L’attribution de cet « ordre » fut étendue aux anciens combattants de l’armée austro-hongroise devenus italiens, après les modifications de frontière qui suivirent la Première Guerre mondiale.

Je n’ai jamais pu retrouver la ou les Croix en métal bruni de mon Grand-Père.


Sources :

Mes photos

Photos publiques Facebook

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Piave

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Vittorio_Veneto

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Caporetto

https://fr.wikipedia.org/wiki/Batailles_de_l’Isonzo

https://fr.wikipedia.org/wiki/Isonzo

https://carlpepin.com/2011/03/18/guerres-mondiales-et-amertumes-un-condense-de-lexperience-italienne/

https://www.culturalis.fr/pages/histoire-militaire/contemporaine/la-bataille-de-caporetto-victoire-autrichienne-en-demi-teinte.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Monte_Grappa

https://www.venarbol.net/chronique-familiale/la-venetie-2/le-monte-grappa-theatre-de-guerres

 

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