Gabriele D’annunzio, écrivain et nationaliste

GABRIELE D’ANNUNZIO,

ÉCRIVAIN ET NATIONALISTE…

(1863-1938)

Gabriele D’Annunzio

Gabriele D’Annunzio (ou d’Annunzio, prince de « Montenevoso ») est un écrivain, poète, dramaturge et homme politique italien. Il naît à Pescara le 12 mars 1863 et meurt à Gardone Riviera le 1er mars 1938.

Armoiries de Gabriele D’Annunzio

Héros de la Première Guerre Mondiale et fervent nationaliste, il soutint le Fascisme à ses débuts pour s’en éloigner par la suite. Personnage flamboyant et controversé, il mena une existence théâtrale alliant l’esthétisme littéraire à l’héroïsme militaire. Principale figure du décadentisme italien, il est reconnu pour deux de ses sept romans : L’Enfant de volupté (1889), et Les Vierges aux rochers (1895).

Le décadentisme (également appelé « mouvement décadent », ou « décadisme ») est un mouvement littéraire et artistique controversé, qui se développa en Europe et aux États-Unis principalement au cours des vingt dernières années du XIXème siècle. Il consistait en un attrait pour l’irrationnel, la mort, le mystère, et un rejet de la science.

Son art fut si déterminant pour la culture de masse, qu’il influença les us et coutumes en Italie sur une période qui sera plus tard définie distinctement comme le « D’Annunzioisme ».

NAISSANCE ET FAMILLE

Le 12 mars 1863, il y a exactement 160 ans, naissait Gabriele D’Annunzio

Son père, Francesco Paolo Rapagnetta, est un riche propriétaire terrien, et un moment maire de Pescara. En 1851, à la suite de son adoption par sa tante maternelle (qui, en deuxième noce, a épousé Antonio D’Annunzio), il fait ajouter « D’Annunzio » à son nom. À la naissance de son fils Gabriele, il l’inscrit sur le registre de l’état civil uniquement sous le nom de « D’Annunzio ».

Mon peuple n’a peur de rien, pas même des mots – Gabriele D’Annunzio

GABRIELE D’ANNUNZIO, UN JEUNE ÉCRIVAIN…

Le jeune Gabriel quitte ses Abruzzes natales pour étudier au prestigieux collège Cicognini de Prato, en Toscane. C’est un élève brillant, mais indiscipliné.

À l’âge de seize ans, il publie son premier recueil poétique, intitulé « Primo Vere » (1879). Il est influencé par les « Odi barbare », de Giosuè Carducci (dont il est l’admirateur), mais aussi par le poète Lorenzo Stecchetti, alors à la mode pour son ouvrage « Postuma ».

En 1881, il entre à l’université de Rome (« La Sapienza »), où il fréquente différents cercles littéraires (dont celui de la revue « Cronaca Bizantina »), et écrit des articles de critique littéraire pour la presse locale.

En 1882, il publie « Canto Nuovo », « Terra Vergine », puis « L’Intermezzo di Rime » en 1883, « Il Libro delle Vergini » en 1884. La plupart de ses nouvelles sont ensuite recueillies sous le titre « San Pantaleone » en 1886. La critique littéraire voit très vite en lui un enfant prodige.

D’Annunzio incarne le culte de la beauté, le raffinement sensoriel et l’exaltation du moi. Ses écrits explorent les liaisons passionnées, la volupté, et l’influence du concept de surhomme de Nietzsche.

Son premier chef-d’œuvre, « Il Piacere » (Le Plaisir, traduit en français sous le titre de « L’Enfant de volupté »), paraît en 1889 (mettant en scène un aristocrate romain prisonnier de ses désirs esthétiques et charnels).

Il est suivi en 1891 par « L’innocente » (traduit en français par Georges Hérelle sous le titre « L’Intrus ») ; un roman psychologique sombre acclamé à l’étranger, notamment en France par Marcel Proust. Puis vient « le Triomphe de la mort » en 1894.

Ces trois romans forment une trilogie et font une forte impression sur le public. L’« Innocente » est encensé par les critiques littéraires étrangers.

En 1903 paraît « Alcyone », un recueil poétique majeur célébrant la fusion charnelle de l’homme avec la nature méditerranéenne.

MARIAGE

En 1883, D’Annunzio épouse Maria Hardouin di Gallese (1864-1954). Leur relation est désapprouvée par la famille de Maria en raison de leur différence de classe sociale. Le couple continue néanmoins à se fréquenter en secret, jusqu’au « péché de mai » (« peccato di maggio ») et à leur fuite à Florence, dont les journaux italiens se font l’écho.

Maria Hardouin di Gallese

Maria, alors enceinte, contraint son père à accepter un « mariage réparateur ». Il est célébré le 28 juillet de la même année, dans la chapelle du palais « Altemps », à Rome. Ni le père de la mariée, ni la famille D’Annunzio n’y assisteront.

Maria D’Annunzio, princesse de Montenevoso, née Maria Hardouin, duchesse de Gallese (30 janvier 1864-18 janvier 1954), est une aristocrate italienne, connue en tant qu’épouse de l’écrivain Gabriele D’Annunzio.

Elle lui donnera trois fils : elle est la mère de l’homme politique Mario D’Annunzio (1884-1964), de l’acteur et cinéaste Gabriellino D’Annunzio (1886-1945), et de l’ingénieur Ugo Veniero D’Annunzio (1887-1945).

En 1908, lors d’un voyage en Italie, Gabriele D’Annunzio rencontre Victor Goloubew et sa femme Natalia Cross. Le 18 septembre, cette dernière devient sa maîtresse et, à la demande du poète, quittera son mari fin 1908. Une liaison qui durera jusqu’en 1916.

Nathalie de Goloubeff

Dans la nuit du 2 au 3 février 1909, D’Annunzio achève les cinq actes de sa « Fedra » (Phèdre), composée pour Natalia. Elle en commence aussitôt la traduction.

En 1910, D’Annunzio fuit en France, à Arcachon, pour échapper à ses créanciers. Il y collabore avec Claude Debussy et Léon Bakst pour « Le Martyre de Saint Sébastien » (1911), écrit pour Ida Rubinstein et chorégraphié par Michel Fokine.

Ida Rubinstein

D’Annunzio écrit en 1912 le roman « Leda senza Cigno », dont l’héroïne est à nouveau inspirée de Natalia Cross.

Le 3 août 1914, il est à Chantilly, enivré par un goût de sang et de mort à l’idée du conflit qui s’annonce. Mais en nationaliste exalté, il songe surtout à la gloire de sa patrie.

HÉROS DE GUERRE ET NATIONALISTE…

Gabriele D’Annunzio

Francophile et aventurier, D’Annunzio vit un temps en exil en France pour fuir ses créanciers avant de devenir, en 1915, un ardent défenseur de l’entrée en guerre de l’Italie. Malgré son âge, il s’engage activement comme aviateur et réalise des exploits spectaculaires, comme le survol de Vienne en 1918 pour y lancer des tracts patriotiques.

Voici le texte de la brochure écrite par le Poète :

« Courage, frères ! Courage et persévérance ! Pour vous libérer le plus vite possible, nous combattons sans respirer. À Trentino, à Cadore, à Carnia, sur l’Isonzo, nous conquérons la terre tous les jours. Il n’y a pas d’effort de l’ennemi qui ne soit pas brisé par la valeur de la nôtre. Il n’y a pas de mensonge impertinent qui ne soit pas dégonflé par nos baïonnettes. Nous avons déjà fait vingt mille prisonniers. En bref, toute la Carso sera vide. Je vous le dis, je vous jure, frères : notre victoire est certaine. Le drapeau d’Italie sera planté sur le grand Arsenal et sur la colline de San Giusto. Courage et persévérance ! La fin de votre martyre est proche. L’aube de notre joie est imminente. De là-haut, de ces ailes italiennes qui conduisent « Giuseppe Miraglia », je vous jette ce message et mon cœur à vous.

« Je suis Gabriele D’Annunzio ». Dans le ciel du Pays, le 7 août 1915 ».

LA « GRANDE GUERRA » ET SON ENGAGEMENT POLITIQUE

Gabriele D’Annunzio

D’Annunzio retourne en Italie dès le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il fait de nombreux discours publics, et milite en faveur de l’entrée en guerre de l’Italie dans le camp allié. Il s’engage volontairement dans l’aviation, et perdra l’usage d’un œil dans un accident de vol.

Destins croisés durant la Première Guerre Mondiale – Maurizio Pagliano et le poète Gabriele D’annunzio…

LE « CAMOUFLET DE BAKAR »

(du 10 au 11 février 1918)

Gabriele D’Annunzio

Le « Camouflet de Bakar » (connu en italien sous le nom de « Beffa di Buccari », soit la « bouffonnerie de Buccari ») est un raid maritime audacieux mené par la Marine Royale Italienne dans la nuit du 10 au 11 février 1918.

En février 1918, afin de redonner le moral aux Italiens après le désastre de Caporetto, D’Annunzio effectue un raid sur le port austro-hongrois de « Bakar ». Cette opération militaire est réalisée dans la « baie de Bakar » (« Buccari », aujourd’hui en Croatie), qui abrite alors une base de la marine austro-hongroise.

DÉROULEMENT DE L’OPÉRATION

L’opération est dirigée par le capitaine de frégate (Capitano di Fregata) Costanzo Ciano, et comprend trois vedettes lance-torpilles italiennes MAS (« Motoscafo armato silurante ») : les 94, 95 et 96, avec un équipage total de 30 hommes.

Les MAS (notamment le MAS 96) réussissent à déjouer la surveillance autrichienne et à s’infiltrer profondément dans la baie de Bakar. En raison des filets de protection, et bien que les torpilles soient lancées, l’opération ne provoquera aucun dommage matériel majeur à l’ennemi. Le but de la mission est avant tout psychologique et politique.

Le MAS 96 est commandé par le lieutenant de vaisseau (tenente di vascello) Luigi Rizzo, qui mènera ensuite l’attaque du cuirassé SMS Szent István au large de Premuda. Le poète Gabriele D’Annunzio se trouve également à bord.

LES TROIS FIGURES MAJEURES QUI PARTICIPENT AU RAID

– Luigi Rizzo : commandant emblématique de la marine.

– Costanzo Ciano : officier et commandant de la flottille MAS.

– Gabriele D’Annunzio : le célèbre poète et écrivain nationaliste italien. C’est lui qui a personnellement jeté à la mer des bouteilles contenant un message de défi ironique destiné à l’ennemi. L’opération, malgré cet échec technique, va se transformer en un immense succès de propagande, et remonter le moral de l’armée italienne après la défaite de Caporetto.

Les torpilles, mal réglées, explosent dans le quai (s’étant prises dans les filets de protection ennemis) sans causer de dégâts militairement significatifs. Le génie propagandiste de D’Annunzio sait exploiter médiatiquement cette incursion audacieuse, qu’il baptise « La beffa di Buccari » (Le camouflet de Bakar).

 

                                                               TROIS BOUTEILLES À LA MER…

D’Annunzio va transformer l’expédition en un triomphe moral. Avant de rebrousser chemin, il jette dans la baie trois bouteilles de verre noir, ornées de rubans tricolores italiens. À l’intérieur de chaque bouteille se trouve un texte provocateur et ironique écrit de sa plume, destiné à humilier l’état-major autrichien : « Au mépris de la très prudente flotte autrichienne, occupée à couver sans fin dans ses ports sûrs la petite gloire de Lissa, les marins d’Italie sont venus avec le fer et le feu secouer la prudence dans son refuge le plus confortable… »   

LA NAISSANCE D’UNE LÉGENDE

Cet épisode a eu un retentissement psychologique immense. Quelques mois après la terrible défaite italienne de Caporetto, ces « bouteilles à la mer » ont galvanisé le moral des troupes et de la population italienne. C’est d’ailleurs au cours de cette nuit que D’Annunzio invente la célèbre devise : « Memento Audere Semper » (souviens-toi de toujours oser), plaisantant sur l’acronyme des navires MAS. Le récit de cette épopée a été publié par l’écrivain lui-même sous le titre « La Beffa di Buccari », souvent sous-titré ou accompagné en français de la mention « Trois bouteilles à la mer… »


LA GRANDE HUMILIATION DES AUTRICHIENS 

Gabriele D’Annunzio lit le texte du message de la Beffa di Bucari

Dès le lendemain matin, la découverte de ces bouteilles provoque la stupéfaction, la honte, et une profonde réorganisation militaire au sein du commandement de la marine austro-hongroise.

L’IMPACT SUR LES ÉTATS-MAJORS AUTRICHIENS :

– LE DOUTE, PUIS LA CONSTERNATION

Au cours de la nuit, l’alerte a bien été donnée après l’explosion des torpilles italiennes (qui ont terminé leur trajet dans les filets de protection). Dans le doute, les gardes côtes autrichiens n’ont pas tiré sur les navires en fuite. Ils pensaient qu’il était absolument impossible que des navires ennemis se soient infiltrés aussi profondément dans leur rade ultra-fortifiée. Ils ont cru qu’il s’agissait de leurs propres bateaux.

Au matin, des matelots autrichiens repèrent un flotteur rehaussé d’un ruban tricolore italien. La première bouteille est repêchée et immédiatement transmise au commandement austro-hongrois, à Fiume (aujourd’hui Rijeka). En faisant traduire le texte provocateur de D’Annunzio, l’état-major réalise avec stupeur l’audace du raid italien.

– UNE GROSSE HUMILIATION PSYCHOLOGIQUE

À la lecture du pamphlet, les officiers autrichiens ressentent une véritable gifle. Se faire insulter sur sa poltronnerie au sein même de sa base navale par le « pire ennemi de l’Autriche » est insupportable. L’action de D’Annunzio a fait apparaître au grand jour les défauts colossaux de leur système de surveillance et de défense côtière.

– LA RÉPONSE IMMÉDIATE DES AUTRICHIENS

La marine autrichienne réagit aussitôt afin de laver l’affront et de corriger ses failles. Elle renforce d’abord ses défenses : l’état-major ordonne immédiatement la rectification complète des réseaux de barrages, des filets anti-torpilles et des patrouilles dans toute la zone de l’Adriatique.

L’opération de représailles (Ancona) est mise en place. Ayant découvert l’extrême menace des MAS (les vedettes rapides italiennes), dans la nuit du 5 au 6 avril 1918, le commandement autrichien risque un coup de force. Un commando débarque près d’ « Ancona » (la base des MAS italiens) pour faire le plus de dégâts possible : il a pour mission de saboter les vedettes, et de couler les navires dans le port. Mais cette tentative de réplique échoue complètement, et les soldats autrichiens sont capturés.

En définitive, si l’attaque militaire des Italiens a été un échec technique, la réaction d’urgence et la paranoïa semée chez l’ennemi prouvent que la guerre psychologique de D’Annunzio a parfaitement fonctionné.

POSTÉRITÉ

Aujourd’hui, le MAS 96, la vedette utilisée par D’Annunzio lors de ce raid, est précieusement conservée et exposée au « Vittoriale des Italiens », l’ancienne demeure majestueuse du poète, située au bord du lac de Garde.

LA RÉGENCE ITALIENNE DU « CARNARO »

Régence italienne du Carnaro 1919 -1920

La solution proposée lors de la conférence de la paix de Paris (concernant la résolution du problème de Fiume) inquiète l’écrivain italien Gabriele D’Annunzio. Selo lui, la ville doit obtenir un statut international, et éventuellement accueillir le siège de la Société des Nations.

Fiume 1920

Le 12 septembre 1919, à la tête d’irréguliers italiens, D’Annunzio s’empare de la ville (« Entreprise de Fiume »), obligeant les troupes d’occupation alliées (Américaines, Britanniques et Françaises) à l’abandonner ; il veut la rattacher à l’Italie. Mais le gouvernement italien refuse et entreprend son blocus, exigeant de surcroît la reddition de D’Annunzio.

Celui-ci proclame alors que la ville est gouvernée par la régence italienne du Carnaro, avec une constitution subtile, dont Mussolini reprendra plus tard la notion de « corporatisme ». D’Annunzio l’administre en tant que « Commandante », avec le titre officieux de « Vate » (Poète). Il passe outre le traité de Rapallo, et déclare la guerre à l’Italie. Il ne capitulera qu’en décembre 1920, à la suite d’un bombardement de la marine italienne.

À l’origine, le « corporatisme » désigne une doctrine socio-économique qui prône l’organisation de la société et de l’économie par professions. Elle regroupe à la fois les employeurs et les salariés ; et, dans son sens courant et péjoratif, la défense propre des intérêts d’un groupe professionnel au détriment de l’intérêt général.

L’ÉPHÉMÈRE ENTREPRISE DE FIUME

(1919-1921)

HISTORIQUE

En 1466, Fiume se trouve sous la domination des d’Habsbourg. Après 1870, la ville est transférée sous contrôle hongrois. Avec une population italienne et croate mélangée et stratégiquement importante, c’est le seul débouché maritime en eaux profondes de l’Autriche. Après la Première Guerre mondiale, Fiume est contestée entre l’Italie, le Royaume des Serbes (nouvellement créé), celui des Croates, et celui des Slovènes (une des six républiques de la future Yougoslavie). Une force armée alliée occupe la ville en novembre 1918, tandis que l’on négocie son statut futur à la Conférence de la paix de Paris (1919). En septembre 1919, le poète nationaliste italien Gabriele d’Annunzio réunit ses milices et s’empare de Fiume. Il prend ainsi, au nom de l’Italie, les l’îles d’ « Arbe », de  « Veglia », et la province du « Carnaro ». D’Annunzio y établit une administration autonome, qui se trouvera bientôt en conflit avec le gouvernement italien. S’en suivront plusieurs années d’instabilité, avec trois interventions italiennes après 1920.  En janvier 1924, la Convention de Rome entre l’Italie et la Yougoslavie établira la souveraineté formelle de Fiume.

SOMMAIRE

Au XIXème siècle, Fiume est principalement peuplée d’Italiens, de Croates et d’administrateurs hongrois. Beaucoup sont bilingues ou trilingues. Le statut particulier de la ville, ainsi que sa localisation au croisement de plusieurs États, contribuent à l’établissement d’une identité locale « fiumienne », dans laquelle se reconnaît la majorité de la population. Les langues officielles sont le hongrois et l’allemand, mais les langues usuelles sont l’italien (langue du commerce et des navigateurs) et, au quotidien dans la ville, le « vénitien fiumien » et le « croate tchakavien ». Ce dernier est également parlé aux environs de la ville par une partie des ruraux.

                                                                                                FIUME

Fiume 1921

Rijeka (Fiume en italien) est le principal port du pays.

C’est une ville et une municipalité croate située dans la baie de Kvarner, chef-lieu du comitat de « Primorje-Gorski Kotar ».

Le toponyme croate « Rijeka » signifie « rivière » en croate.

Après la Première Guerre mondiale et le démantèlement de l’Autriche-Hongrie, Rijeka est occupée conjointement par l’armée italienne et par un corps interallié.

Fin juin 1919, les « Vêpres fiumaines » éclatent. Elles opposent les troupes italiennes à des troupes françaises du corps des puissances alliées.

De 1919 à 1920, l’écrivain italien Gabriele D’Annunzio occupe la ville (c’est l’« Entreprise de Fiume ») qui ne faisait pas partie de l’Istrie annexée par l’Italie, et crée l’éphémère « Régence italienne du Carnaro », suivie par l’ « État libre de Fiume ». La ville est annexée par l’Italie en 1924, après la signature d’un traité avec la Yougoslavie. Celui-ci est officiellement ratifié et entre en vigueur le 16 mars 1924.

LA PRISE DE FIUME,

LE COUP DE FORCE…

 

CONTEXTE

Une « victoire amputée » : après la fin de la Première Guerre mondiale, lors de la conférence de la paix de Versailles, l’Italie n’obtient pas le rattachement de la ville de Fiume, pourtant à majorité italienne. La cité est alors sous le contrôle d’un contingent international (armées italienne, française, britannique et américaine) en attendant son statut définitif.

LE DÉROULEMENT

Dans la nuit du 11 au 12 septembre 1919, D’Annunzio quitte « Ronchi » (qui sera rebaptisée plus tard « Ronchi dei Legionari ») à la tête d’une troupe composite d’environ 2 500 hommes. Cette force est composée d’anciens combattants, de Nationalistes, et surtout d’ « Arditi » (les troupes de choc de l’armée italienne).

Traversée de la frontière : parvenus à la hauteur du fleuve Rasa (ou de la ligne de démarcation à Cantrida), les légionnaires rencontrent un détachement de l’armée royale italienne commandé par le général Giovanni Pittaluga.

Au lieu d’engager le combat, D’Annunzio brave les ordres de Rome et s’avance à découvert ; il est persuadé qu’on ne tirera pas sur des patriotes italiens. Les hommes fraternisent aussitôt, et les soldats de l’armée régulière italienne applaudissent le poète et laissent passer la troupe.

D’Annunzio entre triomphalement dans Fiume, sans résistance majeure. Les forces d’occupation alliées (françaises et britanniques), qui veulent éviter un bain de sang, se retirent devant ce fait accompli.

Du haut du palais communal, Gabriele D’Annunzio proclame solennellement le rattachement de Fiume au Royaume d’Italie, défiant le gouvernement italien et la diplomatie européenne. Il y instaure la Régence italienne du Carnaro, et coécrit la « Charte du Carnaro », un texte révolutionnaire (une constitution moderne) qui garantit l’égalité des sexes, le droit de vote des femmes, et un salaire minimum.

La régence italienne du Carnaro (en italien : « Reggenza Italiana del Carnaro ») est un État indépendant proclamé le 8 septembre 1920 par Gabriele D’Annunzio, dans la ville de « Fiume » (aujourd’hui « Rijeka », en Croatie). Le nom vient de la baie de « Kvarner » (ou « golfo del Carnaro » en italien, « Kvarnerski zaljev » en croate), sur les rives de laquelle se trouve la ville. La Régence du « Carnaro » n’obtiendra jamais la reconnaissance internationale, et sera remplacée en décembre 1920 par l’« État libre de Fiume ».

Cette action marque le début de l’« Entreprise de Fiume », une période de quinze mois d’autogestion politique et d’expérimentations libertaires et nationalistes.

Le 12 novembre 1920, Italiens, Serbes, Croates et Slovènes signent le « traité de Rapallo » (par lequel les deux parties s’engagent à « reconnaître et à respecter éternellement la liberté et l’indépendance complètes de l’État de Fiume »). L’État libre de Fiume est donc officiellement créé, mais il ne va durer qu’un an de « facto », et quatre de « jure ».

De facto signifie « en fait » (dans la réalité pratique), tandis que de jure signifie « en droit » (officiellement établi par la loi).

L’État est aussitôt reconnu par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni.

L’« ÉTAT LIBRE DE FIUME »

Aussi connu sous le nom d’État libre de « Rijeka » (en croate : « Slobodna Država Rijeka » ; en italien : « Stato libero di Fiume »), c’est un micro-État indépendant qui a vu le jour de 1920 à 1924 dans la ville de Fiume (aujourd’hui Rijeka, en Croatie) et la région alentour.

Le 12 septembre 1919, la ville est prise par les milices de Gabriele D’Annunzio, qui en fait un « État libre » reconnu au traité de Rapallo (1920), tandis que le traité de Trianon oblige la Hongrie à y renoncer.

Rattachée à l’Italie en 1922, revendiquée par le royaume des Serbes, Croates et Slovènes, la ville devient yougoslave en 1945, et croate en 1991.

UNE EXISTENCE ÉPHÉMÈRE

En avril 1921 ont lieu les premières élections parlementaires. Le « Movimento Autonomista » (Mouvement autonomiste), soutenu par la plupart des Croates, obtient 6558 voix, tandis que le « Blocco nazionale » (bloc national, composé de partis fascistes, libéraux et démocratiques) en obtient 3443.

Cependant, le 3 mars 1922, un coup d’État fasciste renverse le gouvernement légal, qui doit se réfugier à « Kraljevica ».

En janvier 1924, par l’accord de Rome, le royaume des Serbes, Croates et Slovènes reconnaît l’annexion de la ville par l’Italie, qui prend effet le 16 mars (en fait, une petite partie du territoire de l’État libre est annexée par les Yougoslaves).

Le gouvernement en exil de l’État libre de Fiume de D’Annunzio refuse de reconnaître l’accord, et continue ses activités.

D’Annunzio est expulsé de la ville par les troupes régulières italiennes au cours des derniers jours de décembre 1920 (appelés en italien « Natale di sangue », (« Noël sanglant »).

LE « NOËL SANGLANT »

Lire : Louisa Zeni, l’Irredentiste

Le « Noël sanglant » fait référence aux affrontements qui ont lieu à Fiume autour de Noël 1920. Ils opposent les troupes de l’Armée royale aux forces militaires de la régence italienne autoproclamée du « Carnaro », dirigée par Gabriele D’Annunzio, et marquent la fin de l’entreprise de Fiume.

FORCES EN PRÉSENCE

L’Entreprise de Fiume

POUR LE ROYAUME D’ITALIE

8000 hommes, placés sous le commandement du général Enrico Caviglia.

Enrico Caviglia

Pertes : 25 soldats tués, 139 soldats blessés, 2 civils morts (Fiume) et 7 civils blessés (Fiume).

POUR LA RÉGENCE DU CARNARO

Régence italienne du Carnaro 1919 -1920

2500 légionnaires, placés sous les ordres de Gabriele D’Annunzio.

Gabriele D’Annunzio

Pertes : 22 légionnaires morts (Fiume), 4 légionnaires morts (Veglia, île Croate), 46 légionnaires blessés, 5 morts civils (Fiume) et 15 civils blessés (Fiume).

LA MONNAIE À FIUME EN 1919

Moneta della Città di Fiume1920

En 1919, la monnaie utilisée à Fiume (aujourd’hui Rijeka en Croatie) était la couronne de Fiume (« Fiume krone »), créée par timbre ou surcharge sur les anciennes couronnes austro-hongroises, ainsi que sur la lire italienne.

CONTEXTE MONÉTAIRE EN 1919

Moneta della Città di Fiume1920

Création : elle fut introduite le 18 avril 1919 par le Conseil national de Fiume, en timbrant et surchargeant les billets et couronnes de l’ancienne Banque austro-hongroise.

Valeurs : des coupures allant de 1 couronne à 10 000 couronnes ont circulé.

Double circulation : la lire italienne était également très présente, en raison des revendications nationalistes et de l’occupation de la ville par Gabriele D’Annunzio. En novembre 1919, 1 couronne de Fiume valait environ 0,40 lire italienne.

Rijeka – Fiume

LES TIMBRES POSTAUX À FIUME EN 1919

Les timbres de Fiume de 1919 sont le reflet de l’histoire mouvementée de cette ville de l’Adriatique juste après la Première Guerre mondiale, entre occupations militaires et surcharges de timbres hongrois ou italiens.

CONTEXTE ET ÉMISSIONS DE 1919

Surcharges et types locaux : après l’effondrement de l’Autriche-Hongrie, Fiume émet ses propres timbres en surchargeant des timbres existants (notamment hongrois) avec la mention « Franco Fiume » ou « Fiume ».

Thèmes et visuels : l’année 1919 voit l’apparition de timbres définitifs et commémoratifs, représentant des monuments ou des symboles locaux (comme la tour de la cloche de la mairie, ou le port et le drapeau italien).

Cotation : leur valeur varie beaucoup selon l’état du timbre (neuf avec charnière, neuf sans charnière, ou oblitéré) et le catalogue de référence utilisé, tel que le Catalogue « Yvert & Tellier ».

Après le 31 mars 1924, les timbres de Fiume seront remplacés par ceux de l’Italie.


D’ANNUNZIO, ET LES HEURES SOMBRES DU FASCISME…

Les relations de D’Annunzio avec Mussolini sont pour le moins complexes. Le Fascisme s’affiche beaucoup avec le décorum paramilitaire créé par D’Annunzio lors de l’expédition de Fiume (chemises noires, cri de ralliement, salut romain, culte de l’héroïsme, etc.).

Bien qu’il soit influencé, à partir de 1923, par l’idéologie mussolinienne, D’Annunzio ne s’impliquera jamais directement dans le gouvernement fasciste au pouvoir.

Le fascisme est d’abord le nom que le mouvement et le régime de Mussolini se sont donnés. Le terme est issu de la fondation par Mussolini, après la Première Guerre mondiale, du mouvement « Fasci italiani di combattimento » (« faisceaux italiens de combat »), à l’origine des termes « fasciste » et « fascisme ».

C’est un emprunt à l’italien « fascismo », mot dérivé de « fascio » (faisceau), utilisé comme symbole politique en Italie (du latin « fascis », de même sens). Le mot a servi à désigner d’abord le mouvement politique fondé en 1919 par Benito Mussolini, établi en Italie d’octobre 1922 à juillet 1943….

Bien que D’Annunzio se soit distancié de Benito Mussolini et opposé à l’alliance avec Hitler, le régime fasciste lui a emprunté une grande partie de sa rhétorique, de ses slogans et de sa théâtralité politique (les bains de foule, les discours au balcon).

L’emblème du dictateur Mussolini est en fait un emprunt romain : en témoigne le salut romain avec le bras levé.

Mussolini redoute que la renommée et le talent de propagandiste avéré de D’Annunzio ne lui fassent de l’ombre. Il le pousse à se retirer dans la magnifique villa de « Gardone Riviera », achetée par l’État italien fasciste pour en faire un « monument aux victoires italiennes » (Vittoriale degli italiani). L’écrivain est endetté, et Mussolini accepte de payer la demeure à une condition : qu’à sa mort, elle soit léguée à l’Italie.

D’Annunzio perçoit cependant favorablement les actions militaires du fascisme italien, et vante ses conquêtes coloniales (recueils d’articles et de discours : « Je te soutiens, Afrique », 1936).

En 1921-1922 il tente de créer son propre centre de pouvoir politique, rivalisant avec celui du fascisme.

En 1924, il reçoit du roi Victor-Emmanuel III le titre héréditaire de prince de « Monteneveso » et, en 1937, il dirige l’Académie royale des sciences.

Mussolini accorde à D’Annunzio un budget très avantageux pour les transformations de sa propriété. Mussolini lui-même explique : « Quand vous avez une dent pourrie qui vous fait mal, vous pouvez soit la faire arracher, soit la remplir d’or… dans le cas de D’Annunzio, j’ai choisi la deuxième solution ».

D’Annunzio n’aura d’ailleurs que peu d’estime pour les Fascistes, les qualifiant de « carne agglomerata » (« agglomérat de viande »). Il refusera la proposition d’être candidat sur les listes du parti, et ne renouvellera pas sa carte des Faisceaux.

Faisceaux italiens de combat-(Fasci italiani di combattimento)

Alors que le secrétaire du parti Michele Bianchi lui envoie une lettre qu’il conclut par « Vive le fascisme ! », Gabriele D’Annunzio y répond par : « Je n’ai eu, et je n’ai, je n’aurai jamais à prononcer qu’un cri : Vive l’Italie ! »

LES DERNIÈRES ANNÉES…

Gabriele D’Annunzio

D’Annunzio passe les dernières années de sa vie reclus dans sa monumentale et insolite demeure, le « Vittoriale degli Italiani », située au bord du lac de Garde. Ce complexe abrite un navire de guerre encastré dans la colline, un avion, un amphithéâtre, et des collections d’objets d’art d’un goût et d’une profusion extrême. Aujourd’hui, c’est un musée très visité, transformé à sa propre gloire.

Le Vittoriale degli Italiani est un complexe composé de monuments, de rues, de places, d’un théâtre à ciel ouvert, de jardins et de cours d’eau, situé à Gardone Riviera, sur les bords du lac de Garde.

L’écrivain, poète et héros de guerre italien Gabriele D’Annunzio meurt le 1er mars 1938, à l’âge de 74 ans. Son décès survient brusquement dans sa célèbre et excentrique résidence.

Le poète a succombé à une hémorragie cérébrale (apoplexie) alors qu’il travaillait tard le soir à son bureau.

Le climat de suspicion

En raison de ses relations de plus en plus complexes et tendues avec Benito Mussolini, des rumeurs d’empoisonnement ont longtemps circulé. D’Annunzio s’opposait fermement au rapprochement de l’Italie avec l’Allemagne d’Adolf Hitler. L’hypothèse médicale reste cependant la seule officiellement reconnue.

DES FUNÉRAILLES NATIONALES MAJESTUEUSES

Mussolini, qui considérait D’Annunzio à la fois comme un mentor encombrant et un rival politique potentiel, récupère immédiatement sa mort pour en faire un événement de propagande d’État.

Un hommage d’État

Des funérailles nationales et fascistes grandioses sont organisées en présence du Duce lui-même.

Le cortège funèbre  

Le cercueil du poète est placé sur un affût de canon et transporté à travers le domaine du « Vittoriale », salué par une foule immense et par des délégations militaires.

Le lieu de sépulture  

Son corps repose aujourd’hui au sommet du domaine du « Vittoriale degli Italiani », au sein d’un monumental mausolée en pierre qu’il avait lui-même imaginé, entouré des arches funéraires de ses fidèles compagnons d’armes de l’aventure de Fiume.

Sources :

Sources obtenues avec l’IA

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriele_D%27Annunzio

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tat_libre_de_Fiume

https://fr.wikipedia.org/wiki/Camouflet_de_Bakar

Lire dans la même collection:

Un taxi pour Gagny 

Malgré moi

Une source en enfer

Journey to Gallipoli, l’Embarquement

Journée to Gallipoli, Terminus Gaba Tépé

Nuages Flamands

Une journée sur le front

Le Zeppelin « A stairway to hell ! »

La plume blanche

Les taupes de Cardiff

On garde le moral

Les chemins de la Repentance

La guerre d’Antonin

Un Poilu du Levant

Giovanni, un Piémontais sur le Piave

Luisa Zeni, l’irrédentiste italienne.

 

 

Donnez votre avis sur l'article

commentaire(s)

Ecrit par le .

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge