Giovanni, un Piémontais sur le Piave…

GIOVANNI, UN PIÉMONTAIS SUR LE PIAVE…

Giovanni Borghino (1894-1982)

Giovanni Borghino (né en 1894 à Sanfront, Italie – décédé en 1982 à Marseille, France)

Armoiries de la ville de Sanfront

– 1915/1917 : 80ème Divisione di fanteria Alpini », « 4ème Reggimento di fanteria » – « Brigata Piemonte ».

– 1918 : Reggimento di « Fiamme Verdi ».

Le 4ème régiment d’« Alpini »

Il s’agit du régiment historique de l’armée de terre italienne. Fondé à l’origine dans le Royaume de Sardaigne, il est devenu le 4ème régiment d’infanterie de la brigade « Piemonte ». Il était basé dans le Piémont.

Ses bataillons spécialisés (Mondovì, Pinerolo, Aga, etc.) ont tenu, de 1915 à 1918, les sommets des Dolomites, de l’Ortigara et du secteur de l’Adamello/Tonale.

Le bataillon Alpini « Mondovì » a reçu une médaille d’argent de la valeur militaire pour sa conduite lors de la bataille du Mont Ortigara, du 10 au 19 juin 1917.

BATAILLE DU MONT ORTIGARA

 (Du 10 au 25 juin 1917)

Le Mont Ortigara

Lire : Ortigara 1917, le sacrifice des « Alpini »

Les zones de combat où luttèrent les forces italiennes et Austro-Hongroises, lors de la Première Guerre mondiale, furent souvent (et improprement) considérées comme des théâtres d’opérations secondaires. De 1915 à 1918, le « front italien » fut réparti sur environ 650 kilomètres de régions montagneuses, allant du plateau de l’Asiago (en passant dans les Dolomites et les Alpes de Carinthie, puis le long du fleuve Isonzo) jusqu’à la Mer Adriatique. Mis à part une offensive importante dirigée par l’armée austro-hongroise sur l’Asiago, à l’été de 1916, la totalité des combats eut lieu sur un front rétréci d’à peine 100 kilomètres, le long de l’Isonzo.

Voici les faits de guerre de mon Grand-Père Giovanni Borghino, venu de Sanfront, dans son Piémont natal, pour combattre les envahisseurs Austro-Hongrois. Les recherches ont été effectuées avec l’IA

Pour une meilleure compréhension et facilité de lecture, certains passages traduits de l’Italien ont été arrangés.  

À l’exception de Giovanni Borghino, mon grand-père, qui a véritablement existé, cette nouvelle est une fiction. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait qu’une pure coïncidence. Seuls les événements historiques sont authentiques.


Le Piave est devenu à jamais connu comme la rivière qui a sauvé l’Italie.

ANNÉE 1915

Depuis le début du conflit, la brigade « Piemonte » est stationnée en « Carnie » (région historico-géographique dans le nord-ouest du Frioul). Le terrain est difficile, et les routes quasi inexistantes. Au cours de cette période, le front est silencieux ; les deux camps préfèrent rester sur la défensive et s’observer.

Les premiers mouvements sont à mettre à l’actif de quelques compagnies du Piémont qui, en juin, vont occuper les sommets du « Freikofel », du « Cianalot », et le groupe montagneux appelé « les Deux Pizzi ».

Le 31 août, deux autres compagnies du 4ème RI tentent de percer la ligne ennemie le long de la vallée du « Seebach » ; mais l’assaut, bien qu’énergique et audacieux, est stoppé par l’artillerie Austro-Hongroise.

Le 18 octobre, les Autrichiens contre-attaquent les positions italiennes de la 15ème compagnie du 4ème régiment. Le feu nourri et dévastateur de l’artillerie ne perturbe pas les fantassins de la brigade « Piemonte », qui maintiennent leurs positions, tout en repoussant les tentatives d’assaut répétées des troupes autrichiennes.

Jusqu’à la fin de l’année, il ne se passera plus rien d’important… Le commandement italien n’a pas su profiter de l’effondrement des lignes autrichiennes, mal ravitaillées et mal défendues. Il fera preuve d’une prudence extrême durant les premières semaines de la guerre et. Ainsi, après une longue période d’accalmie, il sera décidé de reprendre l’offensive qu’après l’arrivée d’un nombre suffisant de pièces d’artillerie. Cette attente permettra aux défenseurs Austro-Hongrois de consolider leurs positions de manière décisive.

1915, EMBARQUEMENT EN GARE DE TRI D’AOSTE

En juin 1915, trois trains relient chaque jour Aoste à Turin, et trois autres assurent le retour ; sans compter les trains de marchandises. La ligne devient presque totalement destinée au transport des soldats et des produits nécessaires à l’effort de guerre.

Le transport ferroviaire des blessés pendant la Grande Guerre

En 1915, le réseau ferroviaire du Piémont s’articule principalement autour du grand nœud de triage d’« Alessandria » (Alexandrie) et de la grande gare de « Torino Porta Nuova », qui deviennent des centres logistiques majeurs pour la mobilisation militaire lors de l’entrée en guerre de l’Italie.

Giovanni Borghino (1894-1982)

Giovanni Borghino : gare d’Aoste, le 14 avril 1915

« Le jour de l’embarquement nous nous retrouvons une poignée de copains enrôlés dans la même galère : Canavese Lorenzo, de Sanfront comme moi, Dossetto Luigi, de Saluces, Brondino Giuseppe, de Revello, et Miretti Pietro, de Sampeyre. Avec Lorenzo, nous avons usé nos fonds de culottes sur les mêmes bancs de l’école du village. Malgré les circonstances, je suis ravi de les revoir là. Notre transfert sera moins pénible ; nous avons tellement de souvenirs en commun…On parlera du pays…

Mais je me trompe lourdement. Notre périple, pour traverser le Nord de l’Italie, va durer presque 72 heures ; ce sera très long et laborieux d’atteindre la frontière avec l’Autriche : les transports sont bondés de soldats entassés les uns sur les autres. Les gares traversées sont encombrées d’une multitude de personnels : de la Croix Rouge, des services sanitaires, d’ambulances, d’intendance… sans oublier les congrégations religieuses, qui apportent une aide précieuse, et oh ! combien morale. 

PREMIERS CONTACTS AVEC L’ENNEMI

Sommet du « Freikofel », été 1915

J’ai dit galère, mais j’aurais dû dire enfer… Depuis plusieurs heures, nous sommes cloués au sol par les tirs de l’artillerie autrichienne. Notre bel assaut, qui était prometteur au départ, s’est transformé en débâcle ; ceux d’en face tiennent les hauteurs du « Freikofel » et nous canardent copieusement…

Autour de moi, ce n’est que morts et blessés ; il ne fait aucun doute que de nombreux copains sont tombés foudroyés par la mitraille. Dans cet univers pierreux, chaque obus, chaque projectile provoque la pulvérisation de la roche, qui se transforme en autant d’éclats meurtriers.

Les tranchées de pierre, des abris creusés dans la roche

Contrairement au front de l’Ouest, où les soldats creusaient la terre avec une pelle et une pioche, les soldats des Alpes devaient percer le granit à la dynamite et au pic. Les éclats de roche projetés par les obus faisaient office de shrapnels aux fragments meurtriers.

L’ennemi qui nous fait face (à peine 30 mètres) en est d’autant plus conscient que ce matin, un des leurs, muni d’un porte-voix, nous a lancé un message : « courageux Italiens ! ne vous faites pas tuer inutilement ! Votre bravoure vous honore, vous avez fait votre devoir, alors renoncez et reculez, ne versez plus votre sang en vain !! »

Le son de ses paroles est parfois inaudible, et couvert par les échos renvoyés par les sommets. Alors nos officiers, qui n’en ont cure, ordonnent une nouvelle charge.

Attaques et contre-attaques se succèdent sur la ligne de crête, et les copains tombent comme des mouches. La tuerie va durer des semaines…

Et puis, progressivement, la fureur des combats s’atténue. Au bruit et aux échos, au vacarme des canons et à la résonnance de la bataille, succède un silence morbide … Un petit malin a écrit sur un panneau, accroché contre la guitoune de l’officier : « da qui non si puo passare ! ». Une fois de plus, on les a contenus et ils ne sont pas passés…

Décidément, l’été 1915 n’en finit plus ; on n’en est pas au bout, loin s’en faut. Finalement, il va se passer dans un calme relatif. Excepté quelques tirs sporadiques de part et d’autre, nous nous en sommes bien tirés… Je pense que les Autrichiens doivent être aussi épuisés que nous…

Pour le moment, notre principale activité consiste à batailler contre les mouches et insectes en tous genres, attirés par tous les corps en décomposition. Ces sales bestioles nous collent sur les yeux, et il est difficile de s’en débarrasser.

L’intermittence des salves ennemies nous permet de déterminer où va tomber l’obus. D’aucuns affirment même qu’ils ont le temps de le distinguer alors qu’il fend les airs en s’abattant sur nos têtes. Ils disent qu’il a la grosseur d’une bouteille d’un litre.  

Au bout du compte, je ne m’en sors pas trop mal. Encore une fois, j’ai sauvé ma peau, ma bonne étoile m’a préservé, et j’ai retrouvé tous mes copains piémontais ; mais jusqu’à quand ? 

Octobre 1915

L’hiver arrive à grand pas, et déjà je ressens sa morsure ; et bien sûr ma capote est insuffisante pour me réchauffer. Mais les Autrichiens vont se charger de nous donner des coups de chaleur.

Une contre-attaque aussi soudaine que meurtrière me fait sursauter en ce matin du 18 octobre. La torpeur glaciale de la nuit se transforme vite en un brasier incandescent sur nos lignes encore engourdies…

À côté de moi, sur ma gauche, j’ai Lorenzo, et sur ma droite, plaqué contre moi, Pietro, qui, la tête dans les épaules, est effrayé autant que je le suis. Il essaie, par réflexe, de brandir son fusil Carcano face à l’ennemi. Mais que compte-t-il atteindre ? l’ennemi est invisible et nous canonne de très loin.

LE FUSIL « CARCANO M 91 »

« Carcano » est le nom d’une série de fusils italiens militaires à verrou. Les fusils et carabines « Carcano » furent utilisés par les Forces armées italiennes de la fin du XIXème siècle jusqu’au milieu du XXème siècle.

Ils furent employés durant la guerre italo-turque, la Première Guerre mondiale, la Seconde guerre italo-éthiopienne, et au cours de la Seconde Guerre mondiale, par les soldats du royaume d’Italie, de la République sociale italienne, et par les forces éthiopiennes en 1940-1941.

Apparu en 1891, ce fusil était d’un calibre 6,5 × 52mm. Il avait été développé en 1890 par Salvatore Carcano, à l’arsenal militaire de Turin, sous l’appellation Modèle 91 (M91), et fut produit de 1891 à 1941. Le M91 équipa la majorité des troupes italiennes pendant la Première Guerre mondiale.

Le plus célèbre modèle de Mannlicher-Carcano est le fusil M 91/38 en 6,5 × 52 mm, désigné par la commission Warren comme étant l’arme avec laquelle Lee Harvey Oswald assassina le président Kennedy à Dallas, le 22 novembre 1963. Oswald avait acheté le fusil par correspondance, pour un montant de 21,95 $, en même temps qu’un revolver.


Mais nous résistons. Les Autrichiens essaient sans cesse de contre attaquer, et à chaque fois nous les repoussons. Cette fois-ci, ce sont eux qui subissent notre tir meurtrier, et leurs morts s’agglutinent dans les crevasses et les parois rocheuses du « Freikofel ».

Puis progressivement, les assauts des forces ennemies baissent en intensité. Ont-ils compris qu’il est inutile d’insister ?  À croire que oui, puisque les hostilités vont disparaître et nous laisser tranquilles jusqu’à la fin de l’année…

Les villes de glace Les Autrichiens ont construit une véritable « ville de glace » (« Eisstadt ») sous le glacier de la Marmolada. Ce réseau de tunnels de plusieurs kilomètres comprenait des dortoirs, des cuisines et des stations radio, protégeant ainsi les hommes du froid de surface et des tirs.

Adieu 1915 ! quand je pense à toutes les misères et les blessures que nous venons d’endurer… au froid et aux engelures de l’hiver, à la chaleur de l’été, aux longues marches en montagne, chargés comme des mules, et à tous ces morts qui jonchent les parois et les falaises rocheuses du « Freikofel ». Certains, n’ont pas eu la chance d’avoir une sépulture chrétienne, puisqu’ils ont disparu sans laisser de trace, bien souvent engloutis dans des crevasses rocheuses sans fond ; perdus à jamais…

« Nous avons fait le ménage ou nettoyage » en dialecte piémontais.

ANNÉE 1916

La brigade quitte la région de la Carnie et se déplace (avec la 24ème division) sur l’Isonzo (« Ravnilaz »).

« Ravnilaz » est un site stratégique du plateau du « Carso », sur le front de l’Isonzo. Il fut le théâtre de violents affrontements entre l’Italie et l’Autriche-Hongrie pendant la Première Guerre mondiale. Le nom de « Ravnilaz » apparaît dès le début de l’année 1916 dans les journaux de marche et historiques des unités engagées dans cette zone hautement disputée.

Lors des « Campagnes du Karst », des troupes de l’armée italienne (telles que la brigade « Piemonte » et le 5ème régiment d’infanterie « Aosta ») y ont participé aux côtés d’autres unités.

Le plateau du « Carso » (Karst) indique une zone rocheuse calcaire qui s’étend du nord-est de l’Italie (région de Gorizia et Trieste) jusqu’en Slovénie. Ses paysages stériles et ses cavités naturelles ont engendré des conditions de combat extrêmement difficiles pour les armées belligérantes des deux camps.

Puis, avec le début de l’offensive « Strafexpedition » (également appelée bataille d’Asiago, ou bataille des Plateaux) dans le Trentin, la brigade effectue un autre déplacement vers le plateau de l’Asiago, dans le secteur du Mont Kaberlaba.

« Strafexpedition » : nom donné à l’offensive lancée, en mai 1916, par le général austro-hongrois Franz Conrad von Hötzendorf, sur le flanc gauche de l’armée italienne, dans le Trentin. Elle avait pour but de couper la route à l’armée « Alpini » de l’Isonzo, et de s’emparer de Venise.

Le 7 juin, les troupes du 4ème RI repoussent les tentatives d’assauts ennemis et contre attaquent les jours suivants pour récupérer une partie du terrain perdu.

Le 25 juin, la brigade « Piemonte » se trouve dans le secteur du Monte Lemerle (sommet des Préalpes vénitiennes de 1 233 mètres d’altitude, situé sur le plateau d’Asiago).

En raison du soudain recul autrichien le long du cours moyen du torrent « Assa », le 4ème RI est envoyé à sa poursuite. Il a pour mission d’empêcher que les anciennes positions alpines perdues puissent devenir des points de résistance pour l’ennemi. Mais le déplacement stratégique des Autrichiens a parfaitement réussi, et lorsque l’ennemi est repoussé, il est trop tard ; l’infanterie des « Alpini » doit donner l’assaut sur un terrain découvert. L’avancée rapide des soldats italiens ne lui permet pas d’avoir un soutien intensif de son artillerie. Elle progresse sous le tir croisé des nombreuses positions de mitrailleuses austro-Hongroises : les pertes subies lui permettront seulement de s’établir sur le Plateau d’Asiago.

D’après les bruits qui courent, nous allons être déplacés ; mais nul ne sait où. D’indiscrétions en indiscrétions, le bouche à oreille nous apprend (et c’est une certitude) que le terminus se trouve sur le plateau du « Carso », sur le front de l’Isonzo.

Ce n’est pas fait pour nous rassurer. Je sais, par des soldats qui en reviennent, que les combats y font rage (on parle d’assauts au corps à corps) ; et que par endroits le fleuve Isonzo coule rougeoyant du sang versé des combattants « Alpini ». Rien de rassurant vous dis-je… D’autant que, depuis les « offensives Hötzendorf » du mois de mai, les Autrichiens ont sérieusement grignoté nos terre « irredenti ». Je suppose que l’État-Major compte sur nous pour les reconquérir… 

Les terres irrédentes (terre « irredenti » en italien) désignent les territoires habités par des populations de langue ou de culture italienne qui sont sous domination étrangère (principalement celle de l’Autriche-Hongrie), depuis l’unification de l’Italie au XIXème siècle.

Notre départ se précise chaque jour. Des dizaines de camions FIAT font la navette entre le front et nous. Aujourd’hui, la brigade « Piémonte » s’apprête à être évacuée. Avec les copains, nous essayons de rester ensemble et de garder notre rassurante union ; mais est-ce une bonne idée ? Que se passerait-t-il si, par malheur, l’un (ou plusieurs) d’entre nous était touché ou venait à mourir ? Je n’ose y penser… il faut que je chasse ceci de mon esprit ; nous sommes déjà assez torturés comme çà… 

Début juin 1916

Nous occupons d’anciennes tranchées creusées à même la roche par les précédents locataires. A voir l’état des lieux, tout laisse à penser qu’ici, dans cette immonde excavation rocheuse, des drames horribles se sont déroulés. Par endroits, les bords du talus sont déchiquetés par les explosions d’obus, et sont tapissés des traces de sang séchées laissées par nos frères « Alpini ».

Et puis ça recommence ! Attaques et contre-attaques se succèdent les unes aux autres, avec leur lot d’horreur, de blessés, et de morts… Mais nous les repoussons avec vaillance à chaque fois.

Certaines rumeurs prétendent qu’à la demande de Luigi Gadorna, les Russes ont attaqué en Galicie. C’est ce qui expliquerait la baisse d’activité guerrière des Austro-Hongrois qui semblent abandonner leur pression sur nous, de peur d’être pris à revers par l’armée du Tzar.

Effectivement, nous constatons un ralentissement de l’artillerie autrichienne. L’intensité de ses bombardements se fait chaque jour moins pressante, moins meurtrière, jusqu’à devenir presque nulle… Ouf, il était temps que ça cesse ! Tous les effectifs de la brigade « Piemonte » profitent de cette accalmie pour se renforcer, évacuer les morts et les blessés, et rafistoler tout ce qui peut l’être… Mais Pietro a entendu des bruits qui courent : paraît-il que nous allons être relevés…   

Plus tard, Giovanni racontera sa vision du plateau d’« Asiago » : il lui apparut brûlé, bouleversé, recouvert d’une terre jaune et de roches grisâtres, semé de cadavres et jonché de blessés. Une vision dramatique, et en même temps ahurissante, car de ces trous, de ces crevasses, de ces tranchées remplies de cadavres courageux et audacieux, on voyait émerger les casques des « Alpini » et les canons de leurs fusils.

La relève

C’est non sans peine que nous laissons notre place au 5ème régiment d’infanterie « Aosta » ; des gars du pays, eux aussi.

Mais là, cette fois, c’est à pied que nous effectuons le retrait. Nous arpentons une étroite route de montagne (je devrais dire un sentier tortueux) qui descend dans la vallée vers « Asiago ». Imaginez plusieurs centaines, voire milliers d’hommes, les uns derrière les autres, se traînant lamentablement, épuisés…

Soudain, une petite voix se met à chanter, vite accompagnée d’une autre, puis d’une autre, et bientôt c’est toute la brigade qui se met à chanter « Sul ponte di Bassano » !!! 

SUL PONTE DI BASSANO

« Sur le pont de Bassano » est un célèbre chant populaire alpin lié à la tradition des soldats italiens, et dédié au célèbre « Ponte Vecchio » qui traverse la rivière Brenta.

De Bassano del Grappa est une ville médiévale connue pour son pont en bois construit sur la rivière Brenta, sous le nom de « Ponte Vecchio », ou « Ponte degli Alpini » …

Sul ponte di Bassano
noi ci darem la mano,
noi ci darem la mano
ed un bacin d’amor.
Per un bacin d’amore
succedon tanti guai,
non lo credevo mai
doverti abbandonar.
Doverti abbandonare,
volerti tanto bene,
rompere le catene
che m’incatena il cuor.
Che m’incatena il cuore
sarà la mia morosa,
a maggio la va sposa
e mi vo a fà ‘l soldà.

« Sasso » : plateau d’Asiago

Le mot « sasso » signifie en français « caillou » ou « rocher ». Il désigne principalement un grand massif montagneux, ou plusieurs petits villages en Italie. Sasso d’Asiago est un hameau de la commune d’Asiago, dans la province de Vicence (Vénétie). La région a été fortement touchée par les combats de la Première Guerre mondiale, en particulier après la déroute de Caporetto. Lors des batailles des « Tre Monti », le front se tenait tout près de Sasso. À la suite de l’offensive de printemps, deux ans plus tôt, tous les villages furent détruits et la population forcée de se réfugier.

Notre repos aura été de courte durée, c’est le moins que l’on puisse dire ; à peine arrivés (depuis 72 heures), nous devons plier bagages et repartir : les Autrichiens reculent, alors on nous envoie à leur poursuite. Bien sûr, toute l’opération s’effectuera en terrain découvert, sous la mitraille ; il ne faut pas laisser le temps à l’ennemi de s’installer dans nos anciennes tranchées perdues lors de l’offensive « Strafexpedition » du mois de mai.

Mon régiment (le 4ème RI) a été choisi pour effectuer cette dangereuse mission d’infiltration dans les lignes adverses. Avec un groupe de copains Piémontais, nous allons soutenir les hommes du Génie qui doivent saboter les ponts servant de voies de retraite à l’ennemi. Pour cela, il nous faut d’abord traverser la rivière « Assa » (ou devrais-je dire torrent « Asssa ») sur de frêles embarcations.

À la faveur de la nuit, 6 barques sont mises à l’eau : 4 pour les hommes du rang, et 2 pour le Génie et son matériel.    

À peine arrivés à mi-parcours, nous sommes surpris et cernés par des détonations, suivies de gerbes d’eau et de pierraille. Nul doute, les Austro-Hongrois ont eu vent de notre tentative, et font tout ce qu’ils peuvent pour nous en empêcher. Malheureusement, certains tirs font mouche, et les embarcations sautent les unes après les autres, tuant tous leurs occupants. Alors je redouble d’efforts pour pagayer le plus vite possible et échapper au déluge de feu. Puis finalement, tant bien que mal, au bout d’un certain temps qui m’a paru une éternité, nous accostons de l’autre côté de la rivière.

Mais le plus dur reste à faire…Dans l’obscurité, nous déchargeons dans l’urgence hommes et matériel sous les tirs aveugles de l’ennemi autrichien. C’est alors que je me rends compte que seules deux barques ont réussi à traverser ; ce qui diminue d’autant plus nos chances de survie. Je jette un bref coup d’œil en arrière, et je vois les corps de mes malheureux camarades flotter sur l’eau, dérivant dans le courant tumultueux.

Avec le recul, je me dis que cette mission était d’avance vouée à l’échec… Mais maintenant, il nous faut nous extirper de cette mauvaise posture et éviter de nous faire capturer. Alors commence une marche osée en terrain hostile, chargés comme des mules. Nous ne sommes plus qu’une vingtaine : les hommes de la brigade, et ceux du Génie. Mais ces derniers savent parfaitement ce qu’ils doivent faire. Munis de cartes et de boussoles, ils se dirigent avec assurance, et nous parvenons enfin à destination. Devant nous apparaît le fameux pont : l’ouvrage de toutes nos convoitises.

Sur l’édifice, l’armée Austro-Hongroise circule méthodiquement dans une retraite calculée. Nulle précipitation, ni encombrement ; elle se déplace stratégiquement. Finalement, rien ne laisse penser que ces hommes sont en train d’effectuer une évacuation.

Le jour commence à pointer. Les hommes du Génie, dans un silence de cathédrale, posent minutieusement leurs explosifs au nez et à la barbe de l’ennemi. Une fois qu’ils ont terminé leur besogne, nous repartons aussi furtivement que possible. Dès la distance de sécurité atteinte, les gars du Génie actionnent la mise à feu de leurs mines. Une violente déflagration s’ensuit : le pont vole en éclats, projetant des milliers de fragments et de pierraille dans les airs.

Mais l’alerte est donnée, et les Autrichiens se lancent à notre poursuite dans la pénombre de la nuit qui tarde à se lever ; ce qui augmente nos chances de survie. Mais voilà déjà les balles ennemies qui sifflent à nos oreilles. Je cours le plus rapidement possible sans demander mon reste. Plusieurs « Alpini » sont touchés, mais nous ne pouvons rien pour eux. Il nous faut regagner au plus vite les rives de la rivière. Nos deux embarcations sont encore là à nous attendre. C’est une vraie course contre la montre, jamais je n’ai cavalé aussi vite de ma vie. Soudain, je ressens une vive douleur au mollet : une balle autrichienne vient de m’atteindre. En claudiquant sur une seule jambe, j’atteins le bord de l’eau et, avec l’aide des copains, je parviens à me hisser dans la barque. Mais nous ne sommes pas sortis d’affaire : voilà l’ennemi qui se rue sur nous, et nous arrose avec leurs armes automatiques.

Apparemment, ce jour-là, le seigneur dans sa grande bonté a décidé de me porter secours ! de l’autre côté, en secteur italien, les nôtres amorcent une contre-attaque, et nos poursuivants sont stoppés net dans leur élan revanchard.

Malgré notre succès, au demeurant éphémère, nous n’avons pu concrétiser notre avancée. L’artillerie n’a pas suivi ; mais nous sommes parvenus à nous installer pour un bon bout de temps sur le Plateau d’Asiago.

Fin juin 1916

Grâce aux copains qui ont réussi à appeler deux brancardiers à l’aide, je suis transporté vers l’antenne chirurgicale, aux postes de premiers secours (« Posti di medicazione »).

Le « Monte Lemerle », situé sur le plateau d’Asiago (Altopiano di Asiago), fut le théâtre de violents affrontements entre le 10 juin et le 16 juin 1916, lors de l’offensive de printemps austro-hongroise appelée « Strafexpedition ».

Dans ce secteur de montagne, les postes de secours et les formations sanitaires militaires ont dû s’adapter d’urgence. Il fallait évacuer et soigner les nombreux blessés, et faire face aux violents combats de la « brigata Piemonte ». Le dispositif s’appuyait sur des postes de secours avancés, des hôpitaux de campagne, et des ambulances chirurgicales mobiles.

Ensuite, pour leur convalescence, les blessés étaient transportés dans des Hôpitaux de campagne (« Ospedali da campo »), établis dans les vallées avoisinantes (comme à Val Magnaboschi) pour la stabilisation et les soins de base.


Juillet 1916, Giovanni se remet lentement de sa blessure…  

Progressivement, je reprends des forces. C’est pour cette raison que je suis orienté vers l’« Ospedaletto da campo n° 150 » (« Campomezzavia »).

L’hôpital se trouve à « Campomezzavia » (une localité d’Asiago), une petite structure sanitaire mobile de 50 lits de l’Armée italienne. Il a été mis en place pour absorber le flux massif de blessés, après l’arrêt de l’offensive autrichienne du mois de mai (offensive de Printemps) que nous venons d’affronter.

C’est sous la pluie d’un orage d’été que j’arrive ce matin-là. Je me sens fiévreux, isolé, ne sachant à quel Saint me vouer. Le personnel est si occupé que nul ne fait attention à moi. Pourtant, dès ma descente du train, un infirmier se précipite pour épingler sur le col de ma vareuse un « SI », ce qui me paraît rassurant : d’autres blessés, eux, affichent un « NO » ; inquiétant…

On m’a entreposé, avec d’autres gars en souffrance, sur un brancard, dans une placette obscure à l’intérieur de l’enceinte de l’hôpital. L’endroit est mal choisi, en tous les cas inapproprié, pour des blessés qui ne savent pas ce qui va leur arriver… En effet, par-delà les hauts murs se trouve le cimetière, et les grilles de l’immense porte dévoilent un spectacle bien étrange et inquiétant : une armée de terrassiers creuse sans compter des trous anthropomorphes qui ne laissent planer aucun doute. Ces gens-là, me dis-je, anticipent sur notre avenir bien incertain, et ce sont nos tombes qu’ils aménagent. 

L’hôpital où je suis se trouve dans un grand bâtiment robuste, et je partage une chambre avec trois autres soldats blessés. Ici, je suis très bien traité : les nonnes et les infirmières sont toujours disponibles et gentilles, et elles me soignent avec affection. Elles m’apportent du café, du chocolat, et quand je frissonne, elles me bordent avec des couvertures chaudes et épaisses.

Soldats blessés traités dans un hôpital, sur le front de Piave en juin 1918.

Je garde le moral, Saint-Christophe veille sur moi. Une foule de pensées envahit alors mon esprit qui s’égare, et me fait presque oublier ma condition d’éclopé. Les gros nuages noirs chargés d’eau s’éloignent au-delà des sommets, et il cesse de pleuvoir.

Décembre 1916, la mort « blanche ».

Il neige, et nous sommes glacés tout au fond de nos êtres. En altitude, les températures et la morsure du froid sont insupportables. Nombreux sont les gars de la compagnie qui ont les pieds gelés. Dans cet univers de glace, le danger peut survenir à n’importe quel moment ; sournois et insidieux, il frappe sans crier gare. Je veux parler des avalanches, qui se déclenchent par surprise, la plupart du temps engendrées par les tirs d’artillerie des deux camps… 

Le fléau des pieds de tranchée (« trench foot ») comme disent les Anglais.

L’humidité constante, combinée au gel, provoque de graves engelures et la gangrène. Les soldats doivent s’enduire les pieds de graisse de porc pour tenter de les protéger.

Des températures polaires

 En outre, le thermomètre chute régulièrement sous les -30 °C, gelant instantanément toute notre l’eau, notre pain, et nos rations.

Les avalanches, « le tueur silencieux » …

La vie quotidienne des soldats (surnommés les « Alpini » côté italien, et les « Kaiserjäger » côté austro-hongrois) dans les tranchées de roche et de glace de la Première Guerre mondiale (la « Guerre blanche ») poussa l’endurance humaine à ses limites absolues. À plus de 3 000 mètres d’altitude, le climat fut un ennemi tout aussi redoutable que l’artillerie adverse.

Le 13 décembre 1916, lors du tristement célèbre « Vendredi blanc » (« White Friday »), une série d’avalanches déclenchées par de fortes chutes de neige, et provoquées par des tirs d’artillerie ciblés, ensevelit plusieurs milliers de soldats.

Plus de 200 000 tonnes de neige et de glace dévalèrent la montagne directement sur les baraquements en bois Austro-Hongrois du « Gran Poz ».

La mémoire collective et de nombreuses sources estiment que le bilan total de ce mois de décembre 1916 s’élèva à près de 10 000 soldats tués par la « mort blanche », faisant de cet hiver l’un des plus meurtriers de la « Guerre blanche ».

Alpini

ANNÉE 1917

Les jours et les semaines s’écoulent. Je reprends du « poil de la bête », et ma rééducation est encourageante. Le docteur m’a dit : « vous, les Piémontais, vous êtes de rudes gaillards, il en faut beaucoup plus que çà pour vous abattre ! Votre convalescence touche à sa fin, vous allez pouvoir bientôt sortir ». 

Mais sortir pour aller où ? retourner au casse pipes, c’est certain…

Effectivement, une fois sur pied, on m’ordonne gentiment de regagner le front pour rejoindre mon unité.

Début juin, la brigade « Piémonte » se déplace (avec la 52ème division) dans le secteur du Mont Ortigara.

La grande bataille débute le 12 juin. La brigade a le 4ème RI sur la ligne avancée, entre le col de l’Agnella et la côte 2105, et le 3ème RI en deuxième ligne de soutien.

Les attaques et les contre-attaques se succèdent sans discontinuer (on distingue dans les deux camps des moments de très grand héroïsme). Le sacrifice de milliers de soldats italiens n’a pas permis d’atteindre l’objectif fixé : la « bouche du Portule » (à partir de laquelle on peut contrôler et bloquer la ligne des ravitaillements de l’ennemi autrichien en provenance de Trente), à travers le « Val Sugana ».

La « Bocchetta di Portule » (souvent appelée la bouche ou le passage du Portule) désigne un site historique et de randonnée de la Grande Guerre situé sur le plateau d’Asiago, dans les Alpes italiennes.

Après une courte période de repos, la brigade Piémont s’installe dans le Carso, sous les ordres de la 48ème division.

Le 20 août, XIème Bataille de l’Isonzo.

La brigade « Piemonte » opère contre le « Mont San Marco », disputant chaque mètre de terrain à l’adversaire.

Le 28 août, l’assaut des « Alpini » obtient un succès partiel et conquiert la côte 171. Les pertes sont importantes : 697 soldats (du 3ème, du 328ème et du 4ème RI) gisent sur le terrain.

DÉSATRE DE CAPORETTO (du 24 octobre au 9 novembre 1917).

Le 27 octobre, XIIème bataille de l’Isonzo

La brigade entame sa retraite comme arrière-garde vers le « Tagliamento » (fleuve italien de 178 km de long, tributaire de la mer Adriatique, qui coule dans la région du Frioul-Vénétie Julienne).

Malheureusement, ses troupes sont partiellement dispersées et capturées ; le 6 novembre, les survivants sont à « Campodarsego » (commune italienne de la province de Padoue, dans la région Vénétie, dans le Nord de l’Italie) où ils attendent l’arrivée de nouveaux renforts.

Voilà, c’est fini…Je reviens juste pour la grande bataille qui s’annonce pour la conquête du Mont Ortigara. Mais c’est avec joie que je retrouve les copains, même si Giuseppe Brondino est manquant ; il a été blessé lors de la dernière attaque. Mais on me dit qu’il devrait bientôt être rétabli ; ce que je lui souhaite vivement.

12 Juin 1917, Col de l’Agnella

Les secondes qui s’écoulent avant l’assaut sont terribles. Plaqué contre la paroi de la tranchée, nul ne dit mot, chacun est perdu dans ses pensées. Puis l’officier porte son sifflet à ses lèvres et donne la charge ; alors nous bondissons avec fureur hors de nos abris en hurlant. Les balles sifflent autour de mes oreilles, les mitrailleuses ennemies crépitent, et les hommes tombent par dizaines. Plusieurs fois on a failli atteindre la ligne autrichienne ; il ne manquait que quelques mètres… mais à chaque fois nous avons été repoussés. Les attaques et contre-attaques se succèdent, ininterrompues, et les morts s’entassent sur ce sol rocheux et grisâtre. Les « Alpini » se sacrifient par milliers sur la côte 2105 ; c’est ce qui va donner son nom à ce « Mont de malheur ».

Le sacrifice des Alpini

Lire : Ortigara 1917, le sacrifice des « Alpini »

Enfin, comme toute chose a une fin, les combats cessent… en attendant de reprendre plus tard. Pour le moment, la brigade est au repos.

Mont San Marco, fin août 1917, sur l’Isonzo

À chaque fois c’est la même chose : on retourne s’abriter dans nos tranchées respectives, puis on recommence à s’entretuer ; mais comment est-ce possible ? ne sommes-nous pas des nations civilisées ? Cette fois nous combattons avec les gars des 3ème et 328ème RI à nos côtés. Mais à chaque fois le résultat est le même, c’est-à-dire nul ; des tas de blessés et de cadavres jonchent le no mans’ land, pour rien… 

Le 27 octobre, retraite vers le Tagliamento

Notre brigade recule. En fait, nous entamons une retraite dans le désordre, éparpillés ; et en plus, j’ai perdu de vue tous les copains ; je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. Mais pour le moment, il faut que je me sauve le plus rapidement possible : l’ennemi est à nos trousses…Je cours aussi vite que je le peux, et je parviens à éviter la capture ; mais nombreux seront pris et emprisonnés.

J’espère que ce n’est pas le cas pour les copains. J’ai demandé un peu partout de leurs nouvelles, sans succès. Mais je compte bien les retrouver, sains et saufs.

Campodarsego, le 6 novembre

Notre reculade nous a emmenés jusque dans la région de Padoue, en Vénétie. Là, nous sommes cantonnés et mis au repos. Jusqu’à la fin de l’année, il ne se passera rien en ce qui nous concerne. Je pense passer Noël à l’abri des combats.

Giuseppe Brondino est rentré de convalescence, et c’est avec joie que je retrouve aussi Lorenzo Canavese. Il a échappé comme moi à la capture. Mais aucune nouvelle de Luigi et de Pietro.

La Croix Rouge nous a livré des colis, ce qui va mettre du beurre dans les épinards pour notre repas de fête. Noël est une fête sacrée pour moi : tous les Chrétiens se réunissent pour communier et fêter la naissance du Christ (au pays, chaque dimanche, je ne manque pas d’aller à la messe). Depuis le début de la guerre, pour la première fois je ne serai pas en première ligne, j’irai donc à la messe de minuit.

ANNÉE 1918

En juin débute la « bataille du Solstice » (ou « bataille du Piave », ou « offensive du Piave »). La brigade « Piemonte » est envoyée au nord du « Montello » (relief montagneux de taille modeste de 371 m, dans la province de Trévise, qui s’étend d’est en ouest de la ville de « Nervesa della Battaglia » à « Montebelluna » et « Crocetta del Montello ») avec l’ordre de reprendre le village de « Nervesa ».

Entre le 19 et le 22 juin, les fantassins de la brigade combattent maison par maison. L’ennemi, à court d’hommes et de munitions, est contraint d’abandonner le terrain pour se replier sur la rive gauche du Piave.

Le 18 octobre 1918, les « troupes de choc » (en italien « reparti d’assalto ») sont engagées dans de violents affrontements dans le secteur de la vallée de la « Vallarsa ». Une âpre lutte de position et de haute montagne se déroule dans le secteur du massif du « Pasubio » et du « Monte Corno ».

En octobre débute la grande bataille victorieuse de Vittorio Veneto.

En novembre, la brigade « Piemonte » reçoit l’ordre de traverser la rivière pour renforcer la tête de pont dans le village de « Sernaglia ». Les Autrichiens s’enfuient, et la brigade se lance à leur poursuite. La déroute austro-hongroise se terminera le 3 novembre dans les Préalpes Bellunaises (groupe de montagnes situées dans le nord-est de l’Italie, dans la région de la Vénétie, au sud des Dolomites).

Juin 1918, des Piémontais sur le Piave…

Luigi Dosseto et Pietro Miretti sont de retour parmi nous. Ils nous ont raconté qu’ils avaient été capturés lors de la retraite sur le Tagliamento. Mais les Austro-Hongrois étaient autant désorganisés dans la victoire que nous l’étions dans la défaite. Les Autrichiens accusant un certain relâchement par manque d’organisation et d’effectifs humains, tous deux ont profité d’une situation favorable pour s’évader. Nous revoilà au complet, et j’en suis heureux. 

Bataille du Piave, province de Trévise

Notre brigade est envoyée pour défendre le « Montello », un sommet qui se situe à 371 mètres d’altitude. Une hauteur modeste par rapport aux précédentes batailles que nous avons eu à livrer jusqu’alors. Cette fois, nous devons reconquérir la ville de Nervesa. 

Une fois de plus nous attaquons, et pour équilibrer la situation, l’ennemi contre-attaque ; et les morts s’entassent. Mais, cette fois, notre action va être un peu différente des autres batailles, puisque les combats vont se dérouler dans une ville.

Nous combattons pied à pied avec un ennemi qui s’accroche et résiste vaillamment, maison par maison. De nombreuses habitations sont incendiées par les éclats d’obus incandescents. Ces fragments rougeoyants virevoltent et entaillent les chairs, coupent et arrachent net des bras, des jambes, et causent des blessures irréparables. L’ennemi parvient à s’abriter dans une tranchée de secours, dernière ses lignes. Cette ultime position fortifiée est défendue bec et ongles par les Autrichiens, et nos assauts viennent s’y briser les uns après les autres.

Mais cette fois, dans un ultime effort, la tranchée autrichienne est atteinte ; et nous nous y ruons comme des bêtes assoiffées de sang. Pas de quartier, « tuez lez tous, Dieu reconnaîtra les siens … »

Puis, après le chaos, le calme revient insidieusement. Alors, avec les rares survivants de cet holocauste, nous nous regardons, pétrifiés par la violence qui vient de s’accomplir ici. Et là, je suis pris d’effroi : nous ne sommes plus que sept. Sept Italiens. Aucun ennemi n’a survécu. Alors, abasourdi, hébété par tant de morts, j’erre au milieu des corps mutilés. Pris de panique, je commence à accélérer le pas, puis je me mets à courir n’importe où.

Finalement, épuisé, je m’arrête en titubant. Les quelques « Alpini » survivants m’ont suivi, épouvantés, ne sachant plus quoi faire…

Mais comme un malheur n’arrive jamais seul, les « Carabinieri » nous arrêtent, croyant que nous avons déserté. Et là, ça ne sent pas bon pour nous : si nous sommes reconnus coupables, c’est le peloton d’exécution … 

Portrait des carabiniers royaux pendant la Grande Guerre avec un masque polyvalent à protection séparée

Après maintes explications, nous sommes transférés illico devant un tribunal militaire d’exception.

Pendant la Première Guerre mondiale, l’Italie a appliqué une justice militaire d’une extrême fermeté, marquée par l’usage de tribunaux d’exception et de procédures sommaires contre la désertion. Le chef d’état-major général italien, le général Luigi Cadorna, jouissait de pouvoirs absolus ; il disposait d’une autorité discrétionnaire totale sur la zone des opérations pour gérer la discipline.

Cadorna rendit le Code pénal militaire de guerre encore plus sévère et ordonna aux officiers de punir instantanément toute forme de désobéissance, de recul ou d’insubordination.

On nous emmène « manu militari » dans une petite guitoune aménagée pour la circonstance. À ce moment-là, je ne donne pas cher de notre peau… J’implore alors Dieu, dans sa grande miséricorde, de venir encore une fois à mon secours…

Face à nous trônent quatre officiers qui affichent une allure stricte et des mines inquiétantes. Après avoir lu brièvement l’acte d’accusation, le gradé qui se trouve au centre du groupe nous accuse de haute trahison, et cite notre sentence : fusillés pour l’exemple.

Mais encore une fois, le Seigneur dans sa grande bonté va m’épargner d’une mort déshonorante : on nous accorde des circonstances atténuantes, car ils n’ont pas pu prouver que nous avions déserté, voire pris la fuite. En effet, nous avons été capturés dans le « no man’s land », sur le champ de bataille. 

Mais pour la peine, le Tribunal de circonstance nous affecte dans une unité des « Fiamme Verdi », en premières lignes. Alors je me dis : « à la grâce de Dieu ! » de toutes façons, ça fait bientôt quatre ans que je risque ma peau en première ligne.

Eh bien, j’ai eu chaud ! et puis, cette maudite guerre va bien s’arrêter un jour ?

Les Flammes Vertes (en italien « Fiamme Verdi »), fortes de quatre unités, constituaient une part importante des troupes d’assaut italiennes durant la Première Guerre mondiale.

Créés à partir de 1918, face aux exigences de la guerre de tranchées et de haute montagne, ces corps autonomes regroupaient des volontaires d’élite issus des régiments d’« Alpini ». Dispensés des corvées de tranchée ordinaires, ils étaient spécialisés dans les coups de main et les raids en terrain difficile (notamment sur le front de l’Adamello, du massif du Grappa et de la Val Lagarina). À l’instar des « fiamme nere » (flammes noires) des « Arditi » d’infanterie, les « Alpini » d’assaut arboraient des flammes distinctives de couleur verte sur le col de leur veste.


Octobre 1918

Cette fois-ci, c’est pour de bon. Tout le monde en parle : la bataille qui s’annonce doit être la dernière. C’est la poussée ultime ; nous devons bouter les Austro-Hongrois hors de nos frontières ; et la guerre sera finie. Les Alliés sont enfin arrivés, et leur venue nous a remonté le moral et a revigoré nos forces. 

Mon nouveau Corps est autonome ; il se distingue des troupes de fantassins traditionnelles. Nous avons reçu un entraînement poussé, destiné à l’infiltration rapide des lignes ennemies. Nous utilisons du matériel lourd de soutien (grenades, lance-flammes…) et le groupe est composé d’une forte quantité de volontaires (enfin… souvent des volontaires désignés d’office, comme moi). En fait, je fais partie des « troupes de choc » (en italien, « reparti d’assalto »), et à ce titre, mon unité est toujours la première à monter à l’assaut.

Le 18 Octobre 1918 (Combats de Vallarsa)

Les Autrichiens se défendent corps et âme; certains disent « avec la fureur du désespoir ». Des prisonniers nous ont révélé l’état défaillant de leurs forces armées et de leur moral, qui décline chaque jour un peu plus. Ils ont compris que la guerre était perdue pour eux, ce qui expliquerait le nombre croissant de désertions dans leurs rangs… Mais peut-on les blâmer ?

Pourtant, à chaque fois que nous attaquons, nous sommes repoussés… Et nous retournons nous mettre à l’abri dans nos tranchées. Et les morts et les blessés stagnent dans le « no man’s land ».

Cette fois, nous n’avons pas eu le temps de regagner nos abris pour nous protéger. L’ennemi, dans une extrême fureur combative, nous a presque aussitôt contre attaqués, poursuivis, et acculés contre le rebord de notre tranchée. J’ai à peine le temps de bondir dans le fond, en me tordant la cheville, que déjà un Autrichien me menace en brandissant sa baïonnette contre ma poitrine. Mais en voulant prendre appui sur bord du parapet, il glisse malencontreusement, et c’est lui qui vient s’embrocher sur la lame de mon fusil « Carcano », qui le transperce net. J’ai vu son regard au moment où il a senti qu’il allait mourir. Un moment d’effroi s’est alors affiché sur son visage juvénile, accompagné d’une moue sur ses lèvres qui ont laissé échapper un mince filet de sang. Ouf, j’ai eu chaud ! j’ai la bouche rendue amère par l’adrénaline. S’ensuit une explosion assourdissante ; puis plus rien…  

Six pieds sous terre…

Quels sont ces sons qui me parviennent, si lointains, si confus ? où suis-je ? J’ai un tintamarre sourd dans les tympans, j’essaye de me débattre, de remuer un bras, une jambe, mais non, je ne peux esquisser le moindre geste ; je suis immobilisé ; comme si mon corps était écrasé par une masse étrangement pesante… Toute la substance de mon âme flotte dans une sorte de langueur détachée de mon être ; suis-je déjà mort ?

J’essaie de réunir mes souvenirs, de faire travailler mon cerveau, puisque lui seul répond à mes désirs. Peut-être saurait-il m’expliquer ma présence ici, dans ce lieu inconnu qui me tourmente tant ! Pourtant, je ne ressens aucune douleur ; si ce n’est ce flou autour de moi, je dirais que je suis même bien, installé dans un certain confort. Je me risque enfin à ouvrir les yeux ; mes paupières sont lourdes, douloureuses. Quelques clignements me permettent d’apercevoir des bribes d’images. Qu’est-ce ? Le ciel ? Je fixe délibérément une forme grisâtre de cette voûte qui se dévoile petit à petit à mon regard.

Je commence à comprendre… Je me trouve enchevêtré sous un monticule de terre et d’objets hétéroclites, qui m’interdisent tous mouvements. Je découvre, horrifié, que je suis enlacé avec deux cadavres ; et ces deux corps n’ont pas le même uniforme que le mien ! Soudainement, tout s’éclaire, et je comprends ! La mémoire qui me faisait tant défaut revient tout à coup. Je me souviens de la contre-attaque autrichienne, la charge à la baïonnette, les corps gisants autour de moi, une grande explosion, et puis le noir complet.

Quelqu’un essaie de venir à mon secours. Je perçois des mains qui s’affairent à débarrasser les décombres autour de moi. Ils sont deux, leurs mains virevoltent dans un ballet infernal, semblables à des pirouettes de marionnettistes. Les deux Autrichiens qui me ceinturaient sont écartés. Leurs étreintes, qui semblaient de prime abord fraternelles, n’avaient pour but que de m’emmener avec eux jusque dans la mort. Mes sauveteurs sont deux brancardiers ! La tranchée a été reprise par les nôtres, mais à quel prix ! Le terrain est recouvert de cadavres. C’est une aubaine pour moi d’avoir survécu sans une égratignure sérieuse. Je suis redressé promptement sur mes jambes, et j’accuse un sursaut de douleur : j’avais presque oublié l’entorse à la cheville. Il faut faire vite : une contre-attaque austro-hongroise se précise au fil des secondes. Je dois foutre le camp le plus rapidement possible.

J’apprendrai bien plus tard, avec effroi, que j’étais le seul survivant de l’assaut, et que toute la compagnie a été décimée. Décidément, dès que je le pourrai, je porterai un cierge à tous les Saints qui me protègent de leur bienveillante miséricorde. 

Encore un petit séjour à l’antenne médicale, juste le temps de me bander la cheville, et me revoilà apte à retourner au « casse pipes ».

Pendant ce temps, la Ière armée italienne est parvenue à s’emparer définitivement du Monte Corno de Vallarsa, infligeant un revers local aux forces austro-hongroises après des années de combats acharnés en haute montagne.

Octobre 1918, Vittorio Veneto

Vittorio Veneto est une ville située dans la province de Trévise, en Vénétie (Italie). Elle est née en 1866, de la fusion des communes de Serravalle et de Ceneda.

Armoiries de Vittorio Veneto

Après avoir sévèrement battu les troupes austro-hongroises lors de la bataille du Piave, l’armée italienne lança une grande contre-offensive, capturant plus de 5 000 pièces d’artillerie et plus de 350 000 soldats ennemis. La victoire des Alliés fut remportée par 52 divisions italiennes, 3 divisions britanniques, 2 divisions françaises et un régiment américain, face à 61 divisions austro-hongroises. L’Autriche-Hongrie capitula le 3 novembre 1918, et signa l’armistice de Villa Giusti, près de Padoue.

Le Traité mit fin à la guerre sur le front italien, et aux combats contre les puissances de l’Entente.

Vittorio (du 29 au 30 octobre 1918)

Hors des zones de combats, les troupes utilisent les habitations civiles réquisitionnées, les villas locales étant réservées pour les états-majors. La troupe occupe des abris aménagés dans la région préalpine (dans les localités de la plaine de Vénétie et le long du fleuve Piave, notamment à « Borso del Grappa », « Pederobba » et « Valdobbiadene ») pour parer aux intempéries et préparer la prochaine offensive. Les troupes ne bénéficient pas de casernements structurés, mais de cantonnements de fortune dictés par l’urgence et la météo d’automne.

Les troupes de la 8ème armée italienne et des corps alliés s’emparent de « Vittorio » (Vittorio Veneto) et de « Conegliano ». Les bâtiments de la ville servent de cantonnements temporaires pour le repos de la troupe et la gestion des nombreux prisonniers, avant l’armistice de Villa Giusti, signé le 3 novembre 1918.

« Moriago » : zone de cantonnement des « Fiamme Verdi » (en arrière-front immédiat de la rive gauche et droite du Piave).

Moriago, le 20 octobre 1918  

Chers parents

Ces quelques mots pour vous donner de mes nouvelles.

Aujourd’hui, nous sommes au repos, et il a plu toute la journée. Hier, on nous a distribué des masques à gaz, puis, à l’entraînement, on nous a fait traverser des nappes de gaz pour qu’on s’y habitue.

Ce matin, j’ai reçu une lettre de l’oncle Pietro dans laquelle il me dit que vous vous faites du mauvais sang pour moi. Ça ne sert à rien de s’inquiéter, et ça ne fait pas avancer les choses. Le cousin Domenico m’a aussi écrit, il me dit qu’il est en première ligne et que son régiment a eu pas mal de tués.

Hier, on a fait une marche harassante avec tout notre barda sur le dos, et on a fait la « petite guerre » avec d’autres régiments. A un moment, les fusils et les mitrailleuses ronflaient fort au-dessus de nos têtes.

J’espère que vous êtes en bonne santé. Il me tarde de vous voir et de retourner à Sanfront.

Votre fils Giovanni

Une rencontre fortuite…

Nous sommes cantonnés dans les alentours de « Moriago ». Toute la journée, on effectue des reconnaissances le long du fleuve Piave, en se gardant bien de trop s’exposer : les tireurs d’élite ennemis nous observent depuis la rive opposée. Pour cette mission, et malgré une légère douleur récurrente à la cheville, j’accompagne une escouade d’« Alpini ».

À l’entrée du village, qui a bien souffert par les bombardements successifs, nous nous séparons par groupes de deux. Les rues, ou ce qu’il en reste, sont entièrement défoncées par les trous d’obus ; rares sont les habitations encore debout. Au détour d’une petite maison en ruine, je me rends compte que je me trouve isolé : le soldat avec lequel je patrouillais a disparu. Soudain, au fond d’une petite ruelle, il me semble entendre de l’agitation : quelqu’un marche sur des décombres et ne se préoccupe pas du bruit qu’il génère. Je pense alors que c’est mon collègue qui a pris un autre chemin que le mien. Sans prendre garde, je patiente quelques secondes pour le voir arriver…

Quelle n’est pas ma surprise lorsque j’aperçois un soldat autrichien apparaître, transportant un agneau sur ses épaules, et le tenant par les pattes serré autour de son cou. Momentanément surpris par ma présence, il marque un temps d’arrêt et d’étonnement. Ne sachant pas quoi faire, ni quelle va être ma réaction, il me fixe un court moment, puis continue son chemin avec son animal, comme si de rien n’était… Je suis médusé par ce que je viens de voir ; je me suis dit que personne ne me croira…  D’ailleurs, lorsque j’ai raconté la scène que je venais de vivre à mon collègue, celui qui s’était égaré, je doute qu’il m’ait cru.

« Moriago » (aujourd’hui « Moriago della Battaglia »).

Nous sommes prêts pour la grande bataille qui s’annonce. Certains disent que cette fois, c’est la dernière.

Dans la nuit du 26 au 27 octobre 1918

Nos troupes d’assaut sont composées des « Arditi » et des unités de « Fiamme verdi », et on nous a ordonné de franchir le fleuve Piave à Moriago.

À 7 h 15, la traversée est diabolique sous la pluie et le brouillard (le niveau d’eau du fleuve qui, en temps ordinaire, est bas, atteint 2 mètres et l’eau coule à 3 m/s). Dans la nuit, les troupes italiennes du génie tentent de jeter 11 ponts de barques sur le Piave entre « Pederobba » et « Ponte della Priula ». Le courant du fleuve est extrêmement fort et les canons autrichiens font voler en éclats 5 ponts avant qu’ils ne soient terminés. C’est un véritable massacre : par dizaines, les corps mutilés des « Alpini » flottent dans le torrent ; il devient alors impossible d’achever les ponts. Il nous faut embarquer sur des chaloupes à partir du Montello. Au milieu de la nuit, nous abordons la plus grande île de gravier du fleuve, au niveau de Moriago.

Dans la matinée du 27 octobre, après des combats au corps à corps d’une violence inouïe, nous réussissons à nous emparer des positions ennemies.

Nous allons persévérer et avancer rapidement jusqu’au 4 novembre (la plus grande partie du Frioul et du Trentin sera occupée). Nous faisons un nombre considérable de prisonniers, qui se rendent sans coup férir.

Ouf ! ma bonne étoile m’a encore protégé, mais jusqu’à quand ? ce serait idiot de me faire tuer si près de la fin de la guerre ! Parce que tout le monde en est sûr, cette tuerie est bientôt terminée … 

Le choc des « Ragazzi del 99 »

Ragazzi del 99

Les combats durent jusqu’au 29 octobre. Parmi les milliers de morts figurent de très nombreux conscrits de la classe 1899 (« les Ragazzi del 99 »), à peine âgés de 18 ou 19 ans. Le décor spectral de l’île, entièrement couverte de corps, donnera au site son nom éternel d’ « Isola dei Morti » (« l’Île des Morts »).

Trois Bersagliers italiens, classe 1899, appartenant au 12e régiment, posent pour une photo souvenir.

Lire : les « Ragazzi del 99 ».

VICTOIRE ITALIENNE DÉCISIVE  

La Villa Giusti Padova où l’armistice a été signé le 4 novembre 1918.

Giovanni voit juste, l’Autriche-Hongrie s’effondre presque aussitôt. Le 3 novembre 1918, à 15 heures (avec effet le 4 novembre 1918 à 15 heures), est signé l’« Armistice de Villa Giusti », à Mandria, près de Padoue. Il met fin à l’Empire Austro-Hongrois.

L’armistice de « Villa Giusti » fait de l’Allemagne le dernier pays à combattre la Triple Entente. De surcroit, il prévoit notamment que les Alliés pourront traverser le territoire autrichien pour ouvrir un nouveau front ; ce qui aggrave la situation militaire déjà désespérée des Allemands. Dès le lendemain, le 5 novembre, l’Allemagne demande à son tour un armistice. Il sera signé le 11 novembre 1918, en forêt de Compiègne, dans la clairière de Rethondes. 

                                  PARCOURS MILITAIRE ET DISTINCTION DE GIOVANNI BORGHINO

Giovanni Borghino (1894-1982)

Unité d’appartenance : Giovanni Borghino a servi au sein des unités d’« Alpini » (troupes de montagne italiennes) qui ont fourni les contingents d’assaut des « « Fiamme Verdi ».

Ordre de Vittorio Veneto : Il a reçu le titre honorifique de « Cavaliere di Vittorio Veneto », distinction créée en 1968 pour commémorer le 50ème anniversaire de la victoire, et honorer les combattants de la Grande Guerre ayant servi au moins six mois en première ligne.

Mémoire familiale : Les archives de son parcours, incluant son acte de naissance, son diplôme de l’Ordre et son chapeau alpin de dotation (modèle 1910 en feutre), sont préservées et documentées par ses descendants.    

Cappello degli Alpini

L’équipement réglementaire de Giovanni Borghino et des « Alpini »

L’identité visuelle et le paquetage des Alpini et des commandos d’assaut (Fiamme Verdi), pendant la Grande Guerre, reposent sur des pièces hautement symboliques. Le couvre-chef et les attributs spécifiques distinguent immédiatement ces combattants de la montagne de l’infanterie de ligne ordinaire.

 

Le chapeau Alpin (Cappello Alpino Modèle 1910)  

C’est la pièce maîtresse :        

Cappello degli Alpini

Matière et couleur : le chapeau est confectionné en feutre de poil de lapin ou en laine de couleur « grigio-verde » (gris-vert), la couleur réglementaire adoptée par l’armée italienne en 1909 pour le camouflage en haute montagne. La calotte est bombée, avec une fente centrale longitudinale, et le bord arrière est relevé.  

La plume (« la Penna ») : symbole absolu du Corps, il s’agit d’une plume de corbeau noir pour la troupe (comme Giovanni Borghino), mesurant environ 25 à 30 cm. Elle est insérée dans un passant, sur le côté gauche du chapeau.  

La Cocarde et la Frise (« il Fregio ») : sur le devant du chapeau se trouve une frise brodée en fil noir, représentant un aigle aux ailes déployées qui surmonte un cor de chasse croisé avec deux fusils ; symbole officiel des troupes alpines. Au centre du cor, un disque en tissu indique le numéro du régiment (par exemple le 7ème ou le 8ème régiment).  

Les nappines : (« La Nappina ») : c’est le petit pompon en laine situé à la base de la plume. Sa couleur permettait d’identifier le bataillon au sein du régiment (Blanc pour le 1er bataillon, Rouge pour le 2ème, Vert pour le 3ème, Bleu pour le 4ème).  

Renseignements obtenus avec l’IA.

                                                  BORGHINO GIOVANNI, UN PIÉMONTAIS SUR LE PIAVE…

ORDRE DE VITTORIO VENETO

Ci-dessus à gauche : le diplôme de mon Grand-Père Giovanni (Jean) Borghino (1894-1982)

L’« Ordre de Vittorio Veneto » est créé en mars 1968, en même temps que la Médaille d’Or en Souvenir de la Guerre 1915-1918, pour le 50ème anniversaire de la victoire. Son nom rappelle la grande offensive victorieuse d’octobre 1918 qui allait sceller le sort de la guerre sur ce front.

Il est décerné à tous les anciens combattants de la Première Guerre mondiale encore vivants, ayant servi au moins 6 mois, et décorés de la Croix du Mérite de Guerre. L’attribution de cet « ordre » fut étendue aux anciens combattants de l’armée austro-hongroise devenus italiens, après les modifications de frontière qui suivirent la Première Guerre mondiale.

La Croix du Mérite de Guerre (Croce al Merito di Guerra) : l’attribution de l’Ordre de Vittorio Veneto était conditionnée par l’obtention préalable d’une croix en métal bruni, décernée pour sa participation active aux combats dans des zones particulièrement exposées (comme la Bataille d’Ortigara).

Mon grand-père Giovanni Borghino et ma grand-mère, son épouse née Domenica Miretti

Mes grands-parents dans les années 1960/70 Giovanni Borghino et Domenica, son épouse, née Miretti

Je n’ai jamais pu retrouver la ou les Croix en métal bruni de mon Grand-Père, ni son portrait en uniforme des « Alpini ».

Quant à son chapeau, il a tout bonnement disparu…

Lire : Ortigara 1917, le sacrifice des Alpini

Sources :

Mes photos

Photos publiques Facebook

« Sul ponte di Bassano » You Tube

Les recherches ont été effectuées avec l’IA

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Piave

https://fr.wikipedia.org/wiki/Batailles_de_l’Isonzo

https://fr.wikipedia.org/wiki/Isonzo

https://www.italia.it/fr/venetie/le-plateau-dasiago

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Mont_Ortigara

https://fr.wikipedia.org/wiki/Offensive_du_Trentin

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mont_Ortigara

https://www.difesa.it/fra/primo-piano/un-peu-dhistoire–ortigara-1917-la-montagne-du-sacrifice-des-alpini/101531.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Monte_Grappa

https://www.venarbol.net/chronique-familiale/la-venetie-2/le-monte-grappa-theatre-de-guerres

https://journals.openedition.org/rhcf/2846?lang=en

https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Battle_of_Monte_Piana?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc

https://www.storiaememoriadibologna.it/archivio/organizzazioni/fanteria-3deg-e-4deg-reggimento-brigata-piemonte

Lire dans la même collection:

Un taxi pour Gagny 

Malgré moi

Une source en enfer

Journey to Gallipoli, l’Embarquement

Journée to Gallipoli, Terminus Gaba Tépé

Nuages Flamands

Une journée sur le front

Le Zeppelin « A stairway to hell ! »

La plume blanche

Les taupes de Cardiff

On garde le moral

Les chemins de la Repentance

La guerre d’Antonin

Un Poilu du Levant

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