1916, le « Vendredi Blanc »

1916, LE « VENDREDI BLANC » …

Drapeau du Royaume d'Italie

Drapeau du Royaume d’Italie

 LA « MORT BLANCHE » DANS LES DOLOMITES…

(Le 13 décembre 1916)

La majestueuse Marmolada …

Autriche-Hongrie

SOMMAIRE

Le « Vendredi blanc » (en anglais « White Friday ») est l’une des catastrophes naturelles liées aux avalanches les plus meurtrières de l’histoire mondiale. Cet événement tragique s’est déroulé en décembre 1916 dans le massif des Dolomites, sur le front italien de la Première Guerre mondiale.

Le « Vendredi Blanc » se produisit lorsqu’une avalanche frappa des casernes austro-hongroises sur le « Mont Marmolada », tuant 270 soldats. Le même jour, d’autres avalanches frappèrent des positions italiennes et austro-hongroises, tuant des centaines de personnes. Selon certains rapports, les deux camps tirèrent intentionnellement des obus dans les couches de neige tendres, afin de provoquer des glissements et d’enterrer l’ennemi sous la glace.

On ne dispose pas d’une estimation précise du nombre de victimes de ces avalanches, mais des documents historiques citent au moins 2 000 militaires et quelques dizaines de civils.

LA « MORT BLANCHE »

Le 13 décembre (la Sainte-Lucie) est une fête religieuse commémorative pratiquée par la majorité des catholiques italiens. Bien que les avalanches meurtrières (qui se produisirent en 1916 dans les Dolomites) aient eu lieu un mercredi, c’est le terme « Vendredi Blanc » qui sera retenu pour désigner cette terrible catastrophe humaine.

LE CONTEXTE HISTORIQUE

L’hiver 1916-1917 est particulièrement rude. Il est marqué par des chutes de neige exceptionnelles qui, en s’accumulant, forment des couches de plusieurs mètres de poudreuse instables sur les sommets.

En plein conflit, le front alpin (« la Guerre blanche ») oppose Italiens et Austro-Hongrois. Ces hommes doivent non seulement s’affronter, mais aussi survivre à des conditions hivernales extrêmes à plus de 3 000 mètres d’altitude.

La caserne militaire austro-hongroise « Kaiserschützen » fut construite sur le sommet du « Gran Poz » au mois d’août 1916, à environ 3 350 m d’altitude sur le « Mont Marmolada »). L’édifice (bâti en bois) abritait les hommes du 1er Bataillon du « Kaiserschützen Regiment n°III ». Afin de le protéger des assauts italiens et pour défendre le sommet très convoité du « Mont Marmolada », le bâtiment se trouvait dans un lieu choisi et bien protégé. Pour le prémunir des tirs directs de l’ennemi, l’emplacement était hors de portée des mortiers à grand angle, le long des falaises rocheuses.

Au cours de l’hiver 1916, de fortes chutes de neige et un brusque dégel dans les Alpes, ont engendré des conditions favorables aux avalanches. Dès le début du mois de décembre, on constate au sommet un amoncèlement de poudreuse de 8 à 12 mètres d’épaisseur. Le commandant austro-hongrois du 1er Bataillon du « Kaiserschützen Regiment n°III », le capitaine Rudolf Schmid, remarque le danger auquel sa compagnie est confrontée. Redoutant que ses lignes ne soient bientôt intenables, il écrit une requête à son supérieur (le lieutenant maréchal Ludwig Goiginger, de la 60ème division d’infanterie), pour délaisser le sommet du « Gran Poz ». Mais sa demande sera rejetée. Dans les jours qui suivent, de nouvelles et abondantes chutes de neige perturbent les lignes de communication téléphoniques. Chaque avant-poste est bloqué par un manque de ravitaillement, et laissé isolé.

Les témoignages et écrits de survivants de la « Guerre blanche » mettent l’accent sur l’horreur psychologique et physique vécue par les soldats, face à ce qu’ils nommaient le « monstre blanc ». On note dans les extraits de carnets de bord des soldats des deux camps, à travers leurs lettres et les journaux de marche de décembre 1916, l’impuissance des hommes face à la nature.

Armoiries de l’Autriche-Hongrie

Le journal du capitaine Rudolf Schmid est révélateur… L’un des témoignages documentés les plus marquants provient du capitaine austro-hongrois Rudolf Schmid, commandant de la 90ème division d’infanterie stationnée au camp de « Gran Poz » (Marmolada).

Dans les jours précédant le Vendredi Blanc, il note l’accumulation terrifiante de neige : « Il neige sans discontinuer depuis huit jours. La couche atteint plus de deux mètres. Les hommes sont terrés comme des rats dans les baraquements, entendant le glacier craquer au-dessus de leurs têtes. »


La peur de la « mort stupide » : les lettres des Alpini italiens

Du côté italien, notamment dans les secteurs entourant le « Val Ciampi d’Arei », les lettres des soldats adressées à leurs familles témoignent d’un désarroi omniprésent. À l’inverse des combats classiques, la mort par avalanche était ressentie comme une injustice absurde.

Arnaldo Berni (un jeune officier des « Alpini » dont les lettres ont été publiées par le projet historique « Trentino Grande Guerra ») écrivait au sujet des avalanches : « Nous venons d’enterrer douze de nos garçons, broyés par la neige. Les commandants et les « gros chiens » de l’état-major sont montés pour les funérailles… Mais ce qui ronge le plus le moral ici, c’est la stupidité de cette mort. Mourir ainsi, sans pouvoir se battre. »

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                                                                                     ARNALDO BERNI

(Mantoue, 2 juin 1894 – Punta San Matteo, 3 septembre 1918)

Le capitaine Arnaldo Berni

« Nous sommes presque étonnés de pouvoir vivre tranquillement notre vie quotidienne alors que la mort met à l’épreuve la jeunesse de quatre nations dans les plaines de Belgique » …

Extrait du journal d’Arnaldo Berni

NAISSANCE ET FAMILLE

Arnaldo Berni naît le 2 juin 1894 à Mantoue, Italie. Il meurt à 24 ans, le 3 septembre 1918 (enseveli dans la glace) à San Matteo, Italie.

Issu d’une famille de Mantoue, Arnaldo est le fils du professeur Archinto, un intellectuel connu dans les cercles urbains. Sa mère, Lucia Menozzi, meurt alors qu’il est encore enfant.

SA JEUNESSE

Après avoir obtenu son diplôme de comptable, Berni s’inscrit à l’université. Au début de 1915, avec l’approche de la Première Guerre mondiale (juste avant de pouvoir passer son examen de fin d’études), il est mobilisé dans l’armée royale et envoyé à l’École des officiers de Modène.

Le 16 septembre 1915, ayant terminé sa formation d’officier, Berni est nommé sous-lieutenant des « Alpini », et affecté au bataillon « Tirano », du 5ème régiment « Alpini », en première ligne.

Arnaldo Berni (Mantova 2 giugno 1894 – Punta San Matteo 3 settembre 1918).

Son bataillon, stationné dans la Haute Valteline et dans le Trentin, est spécialisé dans la guerre en montagne.

En 1915, Arnaldo Berni participe, avec la 46ème compagnie, à la bataille pour la conquête de la côte 2 931 du mont « Scorluzzo ».

À l’été 1916, ils luttent pour prendre le « col des Ables », à « Valfurva ». Ces deux positions s’inscrivent dans le dispositif des opérations du massif de l’ « Ortles-Cevedale » .

En partant de la position d’« Ables », Berni prend part à la conquête du mont « Cristallo ». Avec ses 3 434 mètres, celui-ci devient, pour les Italiens, une position stratégique clé prise aux Autrichiens.

Promu capitaine pour des mérites de guerre, Berni est apprécié pour sa connaissance des techniques de combat en haute altitude. Il va passer la majeure partie du conflit à mettre à profit ses compétences lors des affrontements en haute montagne.

LA FIN DE LA GUERRE

Vers la fin du conflit, il est chargé de conquérir et de maintenir la « Punta San Matteo » à 3678 m (le lieu où se sont déroulés les affrontements les plus acharnés de la guerre en altitude, notamment la bataille de « San Matteo »).

Berni conquiert la position à très haute altitude et se retranche pour la défendre. Le 3 septembre 1918, il est tué lors de la contre-attaque Austro-Hongroise ; son corps ne sera jamais retrouvé.

Arnaldo Berni recevra à titre posthume la médaille d’argent pour sa bravoure militaire.

IN MEMORIA

Le capitaine enterré dans la glace

Non loin du col de « Gavia » (Valtellina), en Valfurva, il lui est dédié le « refuge Berni » à 2 541 mètres d’altitude, ainsi qu’un monument à côté de la petite église.

Il lui est aussi attribué le volume « Il Capitano sepolto nei ghiacci », écrit par le lieutenant-colonel Giuseppe Magrin (Bormio, 2001).

Une petite place lui a été consacrée, toujours à « Valfurva », près du bâtiment de l’école.

Avant de mourir en pleine bataille, il charge un porteur (auquel il sauve pratiquement la vie) de livrer au commandant du col de « Gavia » un dernier message : « L’ennemi bombarde intensément le sommet et l’arrière. Les baraques et des galeries sont en partie démolies. Je considère une attaque imminente. Envoyer des renforts. Cap. Berni » …

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LA CATASTROPHE DU MONT « MARMOLADA »

L’événement principal va se produire le vendredi 13 décembre 1916 (pourtant un mercredi. Mais c’est le nom de « Vendredi blanc » qui restera dans l’histoire).

À 5h30 du matin, ce jour-là, plus de 200 000 tonnes (environ 1 million de mètres cubes) de neige et de glace déferlent le flanc de la montagne directement sur la caserne. Les bâtiments en bois, bondés de soldats, s’effondrent sous le poids de l’avalanche, écrasant les occupants. Sur les 321 soldats présents, 229 étaient des fantassins de montagne du « Kaiserschützen », et 102 étaient des « Bosniaques » d’une colonne d’appui. Seuls quelques-uns pourront être mis en sécurité, tandis que 270 seront ensevelis vivants. Seuls 40 corps seront récupérés dans les éboulis. Parmi ceux qui survivront, le capitaine « Schmid » et son aide-de-camp s’en sortiront légèrement blessés.

UNE VILLE DE GLACE !

La « Città di Ghiaccio » : une ville sous le glacier !

Sur le glacier de la « Marmolada », les soldats autrichiens subissent le feu de l’artillerie italienne, mais aussi le froid extrême et les crevasses. L’ingénieur autrichien Leo Handl a alors une idée de génie : creuser des galeries directement à l’intérieur du glacier.

 

Ce réseau de tunnels de plusieurs kilomètres protège ainsi les hommes du froid de surface et des tirs. La température à l’intérieur reste constante, autour de 0°C à -2°C. C’est extrêmement rude, mais bien plus supportable que les tempêtes de blizzard à -30°C à l’extérieur.

Cette véritable « ville de glace » (Eisstadt) souterraine peut abriter 1 500 soldats. Elle comprend des dortoirs chauffés, des cuisines, des bureaux, une infirmerie, et même une chapelle, entièrement protégés des bombes et des tempêtes de neige. On y trouve aussi des bureaux de commandement et des stations de téléphériques internes pour monter le matériel, une centrale électrique, et des lignes téléphoniques, des dépôts de munitions et de vivres colossaux.

La disparition de la Ville de Glace…

Malgré son génie, cette structure est par nature éphémère. Le glacier de la « Marmolada » est un organisme vivant qui bouge constamment. Au fil des mois, le mouvement naturel de la glace déforme les galeries, tord les poteaux de soutien en bois, et menace d’effondrement les cavités.

Après la retraite italienne de Caporetto, en novembre 1917, le front des Dolomites se déplace, et les Austro-Hongrois abandonnent la position. En quelques années, le mouvement inexorable du glacier et la fonte estivale vont totalement broyer et engloutir la Ville de glace.

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Les « Alpini » (les troupes de montagne italiennes) ont installé des positions d’artillerie et des tireurs d’élite juste en face, sur la crête de la « Serauta ». Traverser le glacier est suicidaire. Une idée folle est alors proposée : plutôt que de marcher sur la glace au péril de leur vie, les soldats passeront dessous.

Des chiffres démesurés

Les travaux débutent à l’été 1916 et progressent à une vitesse phénoménale. En moins d’un an, les soldats creusent un réseau titanesque :

– 12 kilomètres de galeries circulent à l’intérieur du glacier.

– les tunnels mesurent environ 2 mètres de haut sur 1,5 mètre de large.

– certaines installations sont enfouies jusqu’à 60 mètres de profondeur sous la surface.

L’existence des soldats dans les entrailles du glacier

Ce qui n’était au départ qu’un simple tunnel de ravitaillement s’est rapidement transformé en une véritable base militaire souterraine, abritant jusqu’à 300 soldats en permanence. À l’abri des bombes et des tempêtes, la « ville » devient un labyrinthe ultra-organisé, avec des postes de tir d’artillerie directement forés à travers la roche des falaises.

Bien que protégés des obus ennemis, les soldats y vivent dans des conditions extrêmes. L’humidité est constante, et l’air est souvent vicié par la fumée des poêles. De plus, le glacier bouge constamment (la dynamique glaciaire déforme et écrase régulièrement les galeries, forçant les soldats à les recreuser sans cesse).

La fin de la ville de glace

L’ « Eisstadt » est occupée pendant un peu plus de dix mois. En novembre 1917, après la bataille de Caporetto, l’armée italienne doit battre en retraite générale. Le front des Dolomites se déplace, et la ville de glace est définitivement abandonnée par les Autrichiens.

En quelques années seulement, la nature a repris ses droits. Le mouvement naturel de la glace et la fonte progressive ont entièrement englouti et broyé la ville. Dès 1922, il ne restait plus aucune galerie praticable.

UN DÉSASTRE DANS LES DOLOMITES

Le drame ne prend pas fin à la « Marmolada ». Ce même jour et les suivants, une suite d’avalanches meurtrières frappe de nombreuses autres positions, détruisant également des casernes italiennes (comme celle du Val Ciampi d’Arei).

Dans le « Val Ciampi d’Arei », une monumentale déferlante de neige submerge complétement et détruit les baraquements de montagne de la division italienne du 7ème régiment Alpini. En raison de la date de cette tragédie, les soldats italiens vont surnommer cette journée funeste « La Santa Lucia Nera » (La Sainte-Lucie noire).

Ces tragédies survenues de part et d’autre des lignes de front (notamment au sommet du « Gran Poz », côté austro-hongrois) ont provoqué l’une des pires catastrophes liées à la « Mort Blanche » de l’histoire.

LA NATURE UTILISÉE COMME ARME DE DESTRUCTION MASSIVE 

Au-delà de l’aspect purement climatique, des rapports de l’époque indiquent que les deux camps ont parfois délibérément tiré des obus dans les amas de neige suspendus au-dessus des lignes ennemies. Cette tactique visait à provoquer volontairement des avalanches pour ensevelir l’adversaire, transformant la nature en une arme de destruction massive.


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PERTES

Soldats tiroliens Austro-Hongrois honorant un camarade dans un cimetière militaire sur les Dolomites pendant la Grande Guerre

Le bilan global de cette semaine de décembre 1916 reste difficile à chiffrer avec exactitude. Mais les historiens estiment d’une manière globale que ce sont 2 000 à 10 000 soldats et civils qui sont morts sous la neige en l’espace de quelques jours.

La journée du 13 décembre 1916 représente le pic de la catastrophe de la « guerre blanche » sur le front des Alpes, particulièrement meurtrière en dehors des combats : les historiens estiment que durant tout le conflit, près de 40 000 à 80 000 soldats sont morts dans les Alpes à cause du froid, des engelures, des maladies et des avalanches. Le nombre de victimes dues au conditions de montagne et à la météo, a parfois dépassé le nombre de soldats tués par les balles ou l’artillerie ennemie dans ce secteur des Alpes.

LES CONDITIONS DE VIE DES SOLDATS DANS L’ENFER DE LA « GUERRE BLANCHE »

Dolomites, Marmolada

Sur le front des Dolomites, les soldats italiens (Alpini) et austro-hongrois (Kaiserjäger) affrontaient un ennemi bien plus terrible que les balles : la haute montagne et son climat extrême. Plus de la moitié des victimes sont mortes gelées, affamées ou emportées par des éléments naturels.

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LES PRINCIPALES CAUSES DE LEURS SOUFFRANCES…

Le froid

À plus de 3 000 mètres d’altitude, les températures chutaient régulièrement en dessous de -30°C en hiver. Les soldats vivaient confinés dans des baraquements en bois précaires, ou des cavernes humides creusées à même la roche et les glaciers (comme la célèbre « Ville de Glace », sous la « Marmolada »).

Les souffrances du ravitaillement

L’approvisionnement en nourriture, munitions et bois de chauffage dépendait de lourdes corvées à dos d’homme, de mulets ou de téléphériques militaires rudimentaires. Parfois, les câbles italiens et autrichiens se croisaient de si près que les soldats s’envoyaient des messages, ou s’échangeaient discrètement du tabac et du café lors des périodes de trêve informelle.

En cas de tempête, les lignes étaient coupées, et des garnisons entières restaient des semaines sans nourriture ni charbon, subissant une famine éprouvante.

Les engelures et les maladies

À cause d’un manque d’équipement adéquat dès le début du conflit, les cas de pieds de tranchée (gangrène due à l’humidité et au froid) et d’hypothermie étaient nombreux. Le manque d’hygiène et l’incapacité à se laver engendraient la prolifération des poux.

Le trouble mental

Vivre suspendu au-dessus du vide sous la menace constante d’un bombardement, d’un éboulement de falaise ou d’un affaissement de glacier, brisait le moral des troupes. Pour tenir, des rations d’alcool fort (grappa, rhum) étaient distribuées en abondance.

LES SOLUTIONS RUDIMENTAIRES DES TECHNIQUES DE RECHERCHES ET DE SECOURS EN 1916

En 1916, le secours moderne en montagne n’existait pas. Face aux avalanches géantes du « Vendredi Blanc », les méthodes de sauvetage étaient effroyablement rudimentaires, lentes et inopérantes.

1 – La localisation visuelle et auditive : les survivants scrutaient la zone recouverte par l’avalanche à la recherche de signes de surface (un bout d’uniforme, un fusil, une main qui dépasse). Ils essayaient d’écouter les cris ou les gémissements étouffés sous la neige, une tâche quasi impossible sous des mètres de poudreuse compressée.

2 – Le sondage à la baïonnette : faute de sondes d’avalanche télescopiques (inventées bien plus tard), les soldats se servaient de leurs propres baïonnettes, de longues tiges de fer ou de longues perches en bois taillées, pour les enfoncer dans la neige et tenter de repérer les corps.

3 – Les fouilles de masse à la pelle : dès qu’une victime était circonscrite, des dizaines de soldats se mettaient à creuser énergiquement à la pelle, ou même à mains nues. Le risque de sur-avalanche était énorme, et de nombreux sauveteurs ont été à leur tour ensevelis.

4 – L’absence d’équipes cynotechniques d’avalanche : il n’existait pas encore de services cynotechniques pour retrouver des personnes ensevelies sous la neige en altitude (bien que de nombreux chiens fussent utilisés, mais pour d’autres tâches).

5 – Le transport des blessés : les rares survivants que l’on avait réussi à déterrer étaient en état de choc ou d’hypothermie grave. Ils devaient être descendus vers les postes de secours de fortune, à l’arrière. Ce transport se faisait sur des traîneaux en bois rudimentaires, ou sur le dos de leurs camarades, le long de sentiers glacés et vertigineux ; ce qui condamnait par avance les blessés les plus graves.

En raison de ces limites techniques et de la fureur du climat, la grande majorité des soldats ensevelis lors du « Vendredi Blanc » n’a pas pu être sauvée. Beaucoup de corps n’ont été restitués par les glaciers des Dolomites que des décennies plus tard.

LES VESTIGES « RESTITUÉS » …

Aujourd’hui, il ne reste plus rien d’apparent de cette citadelle gelée. Cependant, avec le réchauffement climatique et la fonte accélérée du glacier de la « Marmolada », la glace « restitue » continuellement des vestiges de cette époque : des boîtes de conserve, des restes de câbles, des planches de bois, des munitions et, parfois encore, les corps figés de soldats disparus il y a plus d’un siècle.

Une grande partie des objets retrouvés est aujourd’hui exposée au Musée de la Grande Guerre de la Marmolada, situé à 2 950 mètres d’altitude, à la station de téléphérique de « Serauta ».

CONSÉQUENCES

1916 – Dolomites, Marmolada.

Au cours de cette seule semaine de décembre, on estime entre 9 000 et 10 000 les soldats tués dans les deux camps. Certaines de ces avalanches ont été déclenchées volontairement par des tirs d’artillerie ciblés pour ensevelir l’ennemi. Au total, il s’agit du plus grand nombre de décès de l’histoire causés par des éboulements de débris, de neige et de glace. L’avalanche qui s’abatit sur la caserne autrichienne de « Gran Poz », sous la « Marmolada », tua instantanément plus de 300 soldats.

Si l’on tient compte de tous les décès liés aux avalanches (y compris les coulées de boue et de rochers déclenchées ultérieurement), le « Vendredi Blanc » est la deuxième pire catastrophe jamais enregistrée après celle de « Huascarán », au Pérou, en 1970.

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                                                   BORGHINO GIOVANNI, UN PIÉMONTAIS SUR LE PIAVE…

ORDRE DE VITTORIO VENETO

Ci-dessus à gauche : le diplôme de mon Grand-Père Giovani (Jean) Borghino (1894-1982)

L’« Ordre de Vittorio Veneto » est créé en mars 1968, en même temps que la Médaille d’Or en Souvenir de la Guerre 1915-1918, pour le 50ème anniversaire de la victoire. Son nom rappelle la grande offensive victorieuse d’octobre 1918 qui allait sceller le sort de la guerre sur ce front.

Il est décerné à tous les anciens combattants de la Première Guerre mondiale encore vivants, ayant servi au moins 6 mois et décorés de la Croix du Mérite de Guerre. L’attribution de cet « ordre » fut étendue aux anciens combattants de l’armée austro-hongroise devenus italiens après les modifications de frontière qui ont suivi la Première Guerre mondiale.

La Croix du Mérite de Guerre (Croce al Merito di Guerra) : l’attribution de l’Ordre de Vittorio Veneto était conditionnée par l’obtention préalable d’une croix en métal bruni, décernée pour sa participation active aux combats dans des zones particulièrement exposées (comme la Bataille d’Ortigara).

Mon grand-père Giovanni Borghino et ma grand-mère, son épouse née Domenica Miretti

Mes grands-parents dans les années 1960/70

Giovanni Borghino et Domenica, son épouse, née Miretti

Je n’ai jamais pu retrouver la ou les Croix en métal bruni de mon Grand-Père.

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Lire :

– Giovanni, un piémontais sur le Piave

– la Bataille d’Ortigara

Sources :

Mes photos

Photos publiques Facebook

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vendredi_Blanc_(1916)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Piave

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Vittorio_Veneto

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Caporetto

https://fr.wikipedia.org/wiki/Batailles_de_l’Isonzo

https://fr.wikipedia.org/wiki/Isonzo

https://www.italia.it/fr/venetie/le-plateau-dasiago

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Mont_Ortigara

https://fr.wikipedia.org/wiki/Offensive_du_Trentin

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mont_Ortigara

https://fr.wikipedia.org/wiki/Onzi%C3%A8me_bataille_de_l’Isonzo

 

 

 

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