Les téléphériques, la terreur suspendue dans les cimes
LES TÉLÉPHÉRIQUES, LA TERREUR SUSPENDUE DANS LES CIMES

Royaume d’Italie
UN ESPOIR DANS LE VIDE…

Un téléphérique pour le transport de vivres, de munitions, d’armes et dans les cas graves des blessés, sur le Pasubio à 2 232 m d’altitude
Les téléphériques militaires (appelés « teleferiche » en italien) ont été le poumon logistique absolu de la « Guerre blanche ». Cette innovation technologique a permis le maintien de milliers de soldats à plus de 3 000 mètres d’altitude ; sans elle, tout aurait été simplement impossible.
Le transport des blessés en haute montagne était particulièrement périlleux et pénible. Pour redescendre les corps des soldats vivants ou morts, l’acheminement par câbles fut la seule solution. Les téléphériques devinrent aussitôt des moyens vitaux dans les deux camps.

Autriche-Hongrie
QUELQUES ANECDOTES MARQUANTES DE CES « FUNICULAIRES » DU CIEL
Le téléphérique humain clandestin
Bien que le transport des hommes vivants ait été officiellement interdit sur la plupart des lignes légères pour des raisons de sécurité, les soldats bravaient les ordres en cachette, et s’en servaient pour s’éviter des heures de marche épuisante. Certains officiers fermaient les yeux, tandis que d’autres punissaient sévèrement les « passagers clandestins » pris sur le fait.
La frayeur des câbles rompus
L’artillerie des deux camps pointait particulièrement les stations de téléphériques, afin de bloquer le ravitaillement adverse. Si un obus sectionnait le câble porteur alors qu’une nacelle était engagée, les occupants ou le matériel plongeaient irrémédiablement dans des abîmes de plusieurs centaines de mètres.

La photo représente le téléphérique au Col de Lagoscuro avec deux Alpins dans le chariot qui descendent en aval.
Le moteur des Alpini : les mules
Là où les moteurs à essence manquaient (surtout du côté austro-hongrois, à cause du blocus), la force motrice des téléphériques était parfois assurée par des manèges de mules au sol qui tournaient en rond pour enrouler le câble, ou même par des groupes de prisonniers de guerre.

La mule (croisement d’un âne et d’une jument) était le véritable soutien logistique de la « Guerre Blanche ». Plus résistante que le cheval (son pied était beaucoup plus sûr) et moins sujette au vertige, sa participation était inestimable. Chaque bataillon en possédait des centaines. Ces animaux, d’une endurance extraordinaire, transportaient le gros du matériel sur les sentiers escarpés. Les « Alpini » avaient un respect immense envers leurs mules, partageant souvent leurs maigres rations d’eau ou de nourriture avec elles. De nombreuses histoires racontent que certaines mules, séparées de leur maître blessé, parvenaient à retrouver seules le poste de secours en contrebas à travers le blizzard.

La surveillance acoustique
Le grincement métallique des poulies de téléphériques résonnait dans le silence de la montagne. Les sentinelles localisaient ce bruit nocturne pour cibler où l’ennemi renforçait ses positions, et où s’il s’apprêtait à lancer une offensive.
Avant 1915, les téléphériques étaient rares, et principalement utilisés dans les mines. Face à la verticalité du front des Dolomites et des Alpes, le génie militaire dut innover donc dans l’urgence.
Les chiffres du vertige
L’armée italienne a construit à elle seule plus de 2 100 téléphériques au cours du conflit, totalisant plus de 1 000 kilomètres de lignes. L’armée austro-hongroise en a déployé un nombre identique.

Une station de transport en câble sur le Monte Nero, près de Caporetto.
Des records d’altitude
Certains câbles reliaient le fond des vallées à des crêtes situées à plus de 3 400 mètres d’altitude. Ils surplombaient des gouffres avec des portées (distance entre deux pylônes) de plus d’un kilomètre au-dessus du vide.
Tout passait par le câble : du vin aux canons
Ces « teleferiche » transportaient chaque jour des dizaines de tonnes de matériel et de vivres.
Lire : la guerre du vin
Les pièces d’artillerie
Pour hisser des canons de plusieurs tonnes sur des pics rocheux abrupts et inaccessibles, les ingénieurs démontaient les armes, puis transportaient les pièces les plus lourdes à l’aide de téléphériques renforcés, conçus spécialement pour l’occasion.
La cargaison habituelle
On y entreposait les rations (notamment les barils de vin et la nourriture chaude dans des conteneurs isolés), les munitions, le charbon pour le chauffage, et le fil de fer barbelé.
Le retour des blessés
Au retour, les nacelles descendaient les blessés et les corps des soldats gelés ou tués au combat. Pour les cas graves, le voyage suspendu dans le vide, au milieu des courants d’air glacés, était une épreuve terrifiante.

Sources :
Mes photos
Photos publiques Facebook
Certaines infos ont été obtenues avec l’IA
Lire :
– Ortigara 1917, le sacrifice des « Alpini »
– Bataille du Solstice, fureur sur le Monte Grappa
– Caporetto, débâcle sur l’Isonzo
– « I Ragazzi des 99 », la génération perdue
– Giovanni, un Piémontais sur le Piave
– « Viaggio movimentato a Trieste » – 1ère bataille de l’Isonzo
– 1917, bataille d’ « Aresto » les stopper coûte que coûte
– La bataille pour Gorizia à l’assaut du Mont Sabotino
– Fraternisations sur le Piave
– Vincere o morire sul Piave, il fiume dell’ inferno
– Le col de Lana, le « sommet volatilisé »
– Le général Armando Diaz
– La guerre des mines dans les cimes
– Gabriele D’Annunzio, écrivain et Nationaliste
– La Guerre Blanche
– Les exploits des « Alpini »
– Le fidèles compagnons des « Alpini »
– La « Strada delle 52 Gallerie » du Mont Pasubio