Les fidèles compagnons des « Alpini »

LES FIDÈLES COMPAGNONS DES « ALPINI »

Drapeau du Royaume d’Italie

« DES HÉROS MALGRÉ EUX »

Photo représentant les chiens sur le Front, sur le col du Monte Croce Carnico aux côtés des soldats italiens pendant la Grande Guerre

LES CHIENS SAUVETEURS ET MESSAGERS

Durant la Première Guerre Mondiale, et plus particulièrement sur le front alpin entre 1915 et 1917, l’armée italienne (« Regio Esercito ») a massivement mobilisé des chiens de grande taille. Les mules étaient parfois incapables de grimper les parois rocheuses abruptes pour assurer la logistique et le sauvetage en haute montagne. L’armée italienne a donc utilisé des chiens équipés de traîneaux pour transporter les munitions et la nourriture, et redescendre les blessés à travers les cols enneigés.

Un grand chien robuste harnaché à une petite charrette à deux roues chargée de sacs ou de ravitaillement.

Confrontées aux conditions extrêmes de la « Guerre Blanche » (Guerra Bianca) dans les Dolomites et les Alpes, les troupes italiennes ont dû innover pour surmonter le froid, la neige et le relief escarpé.

Sur le front des Alpes et des Dolomites, la logistique humaine et mécanique montra rapidement ses limites. C’est pourquoi, dans cet enfer vertical de roche et de glace, les animaux devinrent les héros de l’ombre. Sans la robustesse légendaire des mules et le flair des chiens sauveteurs, les troupes en haute altitude auraient été condamnées à mourir de faim, de froid, ou de leurs blessures.

Autriche-Hongrie

LE PARTAGE DES SOUFFRANCES ENTRE L’HOMME ET L’ANIMAL

Photo représentant Carlo Mazzoli, le capitaine des brigands, et de ses chiens bien-aimés dans le Val Dogne pendant la Grande Guerre.

Ces animaux ont partagé le destin des soldats et réalisé de véritables prouesses

Là où les pentes devenaient trop abruptes pour les mules, ou lorsque la couche de neige fraîche était trop épaisse, le relais était pris par les chiens. L’armée italienne a mobilisé des milliers de grands chiens, principalement des Saint-Bernard, des Terre-Neuve, des Bergers Allemands, et des chiens de traîneau.

LES SAINT-BERNARD, DES SENTINELLES ANTI- AVALANCHES

Le plus grand des dangers en hiver n’était pas l’ennemi, mais la neige. Des sections de Saint-Bernard furent formées pour localiser les soldats ensevelis sous les coulées de neige. Grâce à leur flair exceptionnel et à leur résistance au froid, ils ont sauvé des centaines de vies (bien souvent sous les bombardements intenses) en grattant la neige glacée pour guider les secours.

Les chiens de traîneau des cimes : dans les secteurs des glaciers (comme le Adamello ou la Marmolada), les Alpini ont créé de véritables sections de « chiens de traîneau » inspirées des méthodes polaires. Des attelages de 4 à 6 chiens tiraient de légers traîneaux transportant des munitions légères et, au retour, des blessés installés sur des civières. C’était parfois le seul moyen d’évacuer un blessé sans que ses porteurs ne s’enfoncent jusqu’à la taille.

Les chiens messagers du silence : dans les zones de combat très importantes où les lignes téléphoniques étaient constamment coupées par l’artillerie, des chiens entraînés couraient à travers les tranchées et les éboulis pour transporter des messages urgents dans des tubes fixés à leur collier. Plus petits et plus rapides que les hommes, ils évitaient les tirs des tireurs d’élite autrichiens.

Équipement médical : ils portaient un bât ou un gilet muni d’une croix rouge contenant du matériel de premier secours (panneaux, eau, stimulants) pour permettre au blessé de patienter.

Indication silencieuse : pour éviter d’alerter l’ennemi ou de déclencher des tirs, les chiens dressés n’aboyaient pas lorsqu’ils trouvaient un homme ; ils rentraient au poste de secours, ou ramenaient un objet appartenant au soldat (comme une casquette ou un casque) afin de guider les brancardiers.

                                                           DES HÉROS MALGRÉ EUX

On estime que les pertes totales d’animaux durant la Première Guerre mondiale s’élèvent à environ 14 millions. Sur les 16 millions d’animaux enrôlés de force par les différentes nations belligérantes, une immense majorité a succombé au front. Les causes majeures de cette hécatombe incluent les tirs d’artillerie, les balles, les attaques au gaz, mais surtout l’épuisement extrême, la faim et les maladies.

L’image montre un chien télégraphiste (ou chien de liaison communication) équipé d’un harnais spécial portant une bobine de fil téléphonique

Détail des pertes et estimation approximative 

Chevaux, ânes et mulets (équidés) : entre 8 et 11 millions de morts selon les historiens. Véritables moteurs logistiques du conflit pour le transport de l’artillerie et du ravitaillement, ils ont payé le plus lourd tribut. À elle seule, la France a perdu environ 1 140 000 équidés.

La photo représente des Alpins avec leur bien-aimé mulet sur les Trois Cimes de Lavaredo au Refuge Longeres (Refuge Auronzo) pendant la Première Guerre Mondiale

Chiens de guerre : plusieurs dizaines de milliers de morts sur les 100 000 mobilisés. Utilisés comme estafettes (messagers), sentinelles, ou chiens sanitaires pour repérer les blessés, ils ont été massivement exposés en première ligne.

Chiens environ 50 000 utilisés pour la garde, le transport de messages et la recherche de blessés.

Pigeons voyageurs : entre 100 000 et 200 000 pigeons tués. Moyen de communication vital lorsque les lignes téléphoniques étaient détruites, ils étaient délibérément ciblés par les tireurs ennemis.

Un pigeon voyageur équipé d’un harnais et d’un appareil photographique miniature, une technique connue sous le nom de pigeon photographe

Autres animaux (bœufs, chameaux, ânes, etc…) : plusieurs centaines de milliers, souvent morts d’épuisement ou abandonnés après les combats, victimes de la faim, du froid, de la fatigue, du gaz et des obus. Une anecdote émouvante rapporte que dans les moments de calme, ces chiens servaient aussi de « bouillottes » vivantes dans les tentes et les cavernes, les soldats dormant collés contre eux pour puiser quelques degrés de chaleur par -20°C.


LES MULES

Des héroïques Alpins hissent avec des cordages un canon de montagne 7 BR, une caisse de matériel, un chien, et des mules.

Le moteur des « Alpini » : les mules

On ne peut pas parler des exploits des « Alpini » sans évoquer leurs fidèles compagnons : les mules. Chaque bataillon en possédait des centaines. Ces animaux, d’une endurance extraordinaire, transportaient le gros du matériel sur les sentiers escarpés. Les « Alpini » avaient un respect immense envers leurs mules, partageant souvent leurs maigres rations d’eau ou de nourriture avec elles. De nombreuses histoires racontent que certaines mules, séparées de leur maître blessé, parvenaient à retrouver seules le poste de secours en contrebas à travers le blizzard.

La mule (croisement d’un âne et d’une jument) était le véritable soutien logistique de la « Guerre Blanche  ». Plus résistante que le cheval (son pied était beaucoup plus sûr) et moins sujette au vertige, sa participation était inestimable.

Des charges surhumaines : une mule de l’armée italienne pouvait transporter régulièrement entre 100 et 150 kg de matériel sur son dos (les « basti »). Elles grimpaient des sentiers escarpés, glacés et étroits, parfois à flanc de falaise, avec des centaines de mètres de vide en dessous. Tout passait par elles : les caisses de munitions, les pièces de canons démontées, les barils d’eau et de vin, et les sacs de farine.

Un instinct de survie partagé : les « Alpini » vouaient une considération quasi religieuse à leurs mules. Il arrivait souvent qu’un soldat préfère donner sa propre couverture ou sa ration d’eau à sa mule pour la garder en vie.

Les animaux développaient un instinct incroyable : dans le blizzard ou la nuit noire, lorsque le conducteur perdait le chemin, il lâchait les rênes, et la mule retrouvait presque toujours la piste menant au refuge ou à l’avant-poste.

Le traumatisme des bombardements : les Autrichiens savaient que bloquer les mules signifiait affamer les Italiens. Les colonnes de ravitaillement étaient donc des cibles prioritaires pour l’artillerie. Des milliers de mules ont ainsi péri, frappées par les obus ou emportées dans le vide par des avalanches.

Lire :

– Ortigara 1917, le sacrifice des « Alpini »

– Bataille du Solstice, fureur sur le Monte Grappa

– Caporetto, débâcle sur l’Isonzo

– La bataille de la Bainsizza

– « I Ragazzi des 99 », la génération perdue

– Giovanni, un Piémontais sur le Piave

– « Viaggio movimentato a Trieste » – 1ère bataille de l’Isonzo

–  1917, bataille d’ « Aresto » les stopper coûte que coûte

– La bataille pour Gorizia à l’assaut du Mont Sabotino

– Fraternisations sur le Piave

– Vincere o morire sul Piave, il fiume dell’ inferno

– « Vittoria » sur le Piave

–  Le col de Lana, le « sommet volatilisé »

– Luigi Cadorna

– Le général Armando Diaz

– 1916, le Vendredi Blanc

– La guerre des mines dans les cimes

– Luisa Zeni, l’irrédentiste

– Gabriele D’Annunzio, écrivain et Nationaliste

– La Guerre Blanche

– Les exploits des « Alpini »

 – La guerre du vin  

 – Les téléphériques, la terreur suspendue dans les cimes

 – La « Strada delle 52 Gallerie » du Mont Pasubio

Sources :

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Certaines infos ont été obtenues avec l’IA

 

 

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