La bataille de Baugé

LA GUERRE DE CENT ANS

De 1337 à 1453

Blason du royaume d’Angleterre

Blason du royaume de France

LES VALOIS DIRECTS

Armes des Valois

LA BATAILLE DE BAUGÉ

Le 22 mars 1421

La bataille de Baugé

Baugé est une ancienne commune française située dans la partie orientale du département de Maine-et-Loire, en région Pays de la Loire.

Blason de la ville de Baugé

UN COUP DE SEMONCE POUR LES ANGLAIS…

Blason du duché d’Anjou

SOMMAIRE

Le 22 mars 1421, les troupes anglaises (environ 3 000 hommes) de Thomas de Lancastre, duc de Clarence, et frère du roi Henry V, sont défaites par l’armée franco-écossaise du dauphin Charles, le futur Charles VII. Les forces françaises, renforcées par un fort contingent écossais, sont commandées par Gilbert III Motier de La Fayette (seigneur de La Fayette et maréchal de France), et pour les Ecossais par le comte John Stuart de Buchan.

THOMAS DE LANCASTRE, DUC DE CLARENCE

Thomas de Lancastre est un prince anglais de la maison de Lancastre.

Armes de Thomas de Lancastre, duc de Clarence

Il naît aux environs du 25 novembre 1387 à Kenilworth, en Angleterre. Il meurt le 22 mars 1421, au cours de la bataille de Baugé.

Il est le deuxième fils survivant du roi Henri IV et de Marie de Bohun. Il aura les titres de comte d’Albemarle et de duc de Clarence.

Il est tué dans un guet-apens tendu par John Stuart de Buchan, lors de la bataille de Baugé.

Georges Plantagenêt, duc de Clarence

Il est inhumé dans la cathédrale de Canterbury.

Cette bataille est la première défaite en bataille rangée depuis Azincourt, en 1415. Elle va marquer un tournant définitif et laisser entrevoir une possible issue favorable à cette Guerre de Cent Ans qui n’en finit plus.

Pour les Anglais et leurs alliés Bourguignons, cet échec représente le premier accroc qu’ils aient eu à subir depuis six ans dans un grand affrontement ; ce revers va sonner comme un avertissement.

Lire :

Azincourt, le désastre de trop.

Azincourt, le crépuscule de la chevalerie médiévale.

CONTEXTE

Charles VI, atteint de crises de démence de plus en plus fréquentes, est incapable de gouverner. Son épouse, la reine Isabeau de Bavière, assure la régence avec son beau-frère le duc d’Orléans, et avec le duc de Bourgogne Jean sans Peur, son cousin.

Jean sans Peur

Le 10 septembre 1419, le duc d’Orléans est assassiné sur le pont de Montereau-Fault-Yonne.

Assassinat du duc Louis d’Orléans

Cet assassinat plonge le royaume dans la guerre civile, entre les Armagnacs (partisans de la maison d’Orléans, menés par Bernard VII d’Armagnac), et les Bourguignons (réunis derrière le duc de Bourgogne, « Jean sans Peur »).

Lire :

Guerre fratricide entre Armagnacs et Bourguignons

La folie du roi Charles VI

Le 2 décembre 1419, Isabeau de Bavière consent à donner la main de sa fille Catherine de France (1401-1437) à Henry V, roi d’Angleterre.

LE TRAITÉ DE TROYES      

Les négociations entre Henri V, Isabeau de Bavière, et les Bourguignons, aboutissent au désastreux traité de Troyes. Il est signé le 21 mai 1420 à Troyes, entre Henri V d’Angleterre et Charles VI de France. Il fait du roi d’Angleterre l’héritier légitime du roi Charles VI.

Charles VI et Isabeau de Bavière durant le traité de Troyes

Cet accord prive le dauphin de ses droits au trône, et garantit, à la mort de Charles VI, la couronne de France à Henri V le Plantagenêt.

Le traité marque l’apogée de la supériorité anglaise au cours de la guerre de Cent Ans. Il fait suite à la conquête de la Normandie et à plusieurs victoires anglaises, notamment celle d’Azincourt (le 25 octobre 1415).

La bataille d’Azincour 1415

La ratification de ce traité a été permise par l’alliance des Anglais et des Bourguignons. Cet accord ouvre une nouvelle phase de la guerre civile française, entre les partisans de la double monarchie franco-anglaise (les Bourguignons) et ceux du dauphin Charles (les Armagnacs), guerre qui perdurera jusqu’en 1435, avec la signature du traité d’Arras.

Le 2 juin 1420, le monarque anglais Henry V épouse donc Catherine de France à l’église Saint-Jean-du-Marché de Troyes. Par cette union, il s’octroie la couronne de la double monarchie.

Mariage de Henri V et de Catherine de Valois, fille de Charles VI de France

Puis il retourne en Angleterre. Il confie à son jeune frère Thomas de Lancastre, duc de Clarence, le commandement de ses armées. Celui-ci a pour mission de poursuivre l’occupation du royaume de France, et récupérer le Poitou, la Touraine, et l’Anjou.

Au sud de la Loire, le dauphin déshérité, Charles de Ponthieu, rumine son amertume d’avoir été ainsi écarté du pouvoir. Lui que l’on surnomme « le petit roi de Bourges » va tenter coûte que coûte de faire valoir sa légitimité au trône de France.

Charles s’allie tout d’abord avec les Écossais qui lui fournissent de gros renforts. Et en 1421, ce n’est pas moins de 5 à 6 000 Écossais qui débarquent à La Rochelle pour prêter main-forte aux Français.

LE SURSAUT !

Pour le dauphin Charles, exilé à Bouges dans son château de Mehun-sur-Yèvre, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’avenir n’est pas rose. En ce mois de mars 1421, la situation politique et militaire n’est pas en sa faveur ; bien au contraire, elle est tout à l’avantage des Anglo-Bourguignons.

Lire : Le château de Charles VII.

Ceux-ci maîtrisent la capitale et contrôlent les régions situées au nord de la Loire. Et le désastreux traité de Troyes, signé en mai de l’année précédente, a déshérité le dauphin au profit du roi Henry V d’Angleterre. Chassé de Paris, il a trouvé refuge à Bourges, ce qui lui vaut le sobriquet de « petit roi de Bourges ». Il est seul, isolé, et menacé par les armées Anglo-Bourguignonnes qui s’aventurent toujours plus en profondeur sur la Loire (le grand fleuve marquant la frontière, entre les deux zones d’influence). La fine fleur de la chevalerie française, tombée à Azincourt, lui fait horriblement défaut…

Azincourt 1415

Lire :

Azincourt, le désastre de trop.

Azincourt, le crépuscule de la chevalerie médiévale

A Bourges, dans son exil doré, ses fidèles reconstituent une nouvelle administration, avec un conseil, une chancellerie, et un parlement. Finalement, sa situation n’est peut être pas aussi désespérée que l’on veut bien le croire…

Le dauphin a conscience que son autorité est intacte en Auvergne et en Anjou, dans le Berry, le Poitou, dans l’Orléanais, le Languedoc et le Dauphiné. En outre, ses partisans tiennent des villes puissamment fortifiées au centre de régions détenues par les Bourguignons. Comme par exemple Compiègne, Soissons, mais aussi Meaux et Melun.

Charles a besoin d’argent pour mener sa reconquête. Ce sont les États de province qui vont le lui procurer, ce qui va lui permettre notamment de payer la solde des mercenaires.

DES RENFORTS VENUS DE LA LOINTAINE ÉCOSSE…

La bataille de Baugé

Le dauphin Charles de Ponthieu connaît tout le ressentiment qu’ont les Écossais envers leur puissant voisin Anglais.

UNE ALLIANCE FRANCO-ÉCOSSAISE VIEILLE DE PLUS D’UN SIÈCLE

Le 23 octobre 1295, John de Baliol (le roi d’Écosse) et Philippe le Bel (le roi de France) ont signé un traité d’alliance. Le Capétien, en cette fin de XIIIème siècle, est en

Sceau de Jean Balliol.

lutte avec le roi d’Angleterre, son vassal pour la Guyenne. De leur côté, les Écossais sont en conflit permanent avec leurs redoutables voisins pour protéger leur indépendance.

Gisant de Philippe le Bel – Basilique de Saint Denis

Cet accord, qui sera régulièrement reconduit, stipule une mutuelle assistance réciproque. En effet, il prévoit que les deux royaumes doivent se prêter main forte en cas de conflit avec l’Angleterre, leur ennemi héréditaire commun.

Le cas se présente au début de l’année 1421, et pour honorer ce traité, John Stuart, comte de Buchan, débarque à La Rochelle à la tête de 6000 hommes.

Après la victoire de Baugé, pour remercier son précieux allié, le futur Charles VII élèvera le général écossais au rang de connétable de France.

 

FORCES EN PRÉSENCE

Bataille de Baugé

POUR LES FRANCO-ÉCOSSAIS

Blason des Motier de La Fayette

Blason des rois d’Écosse jusqu’en 1603

 

 

 

 

 

L’armée franco-écossaise se compose de 5000 hommes. Elle est commandée par Gilbert III Motier de La Fayette, et par le comte John Stuart, comte de Buchan.

GILBERT III MOTIER DE LA FAYETTE

Gilbert III Motier de La Fayette naît vers 1380, et meurt le 22 février 1463. Il est maréchal de France (seigneur de La Fayette, Pontgibaud, Ayes, Nébouzac, Saint-Romain et Monteil-Gelat).

Il est le descendant d’une très ancienne famille de la noblesse d’Auvergne. Il s’illustre lors de la Guerre de Cent Ans, notamment aux batailles de Baugé, de Verneuil et au siège d’Orléans.

Il appartient à la branche aînée (éteinte en 1694) de la famille du Motier de Lafayette, qui donna dans sa branche cadette (éteinte en 1891) Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (1757-1834), qui s’illustra pendant la guerre d’indépendance des États-Unis.

Lire : le château de La Fayette.

POUR LES ANGLAIS

Armes de Jean de Lancastre, duc de Bedford

 

 

 

 

 

 

L’armée anglaise se compose de 3000 hommes (dont 1500 inutilisés). Elle est commandée par Thomas de Lancastre, duc de Clarence.

DÉROULEMENT DE LA BATAILLE

Combat du duc de Clarence, sculpture d’Émilien de Nieuwerkerke (1839).

Au début de l’année 1421, John Stuart, comte de Buchan, débarque à La Rochelle.

JOHN STUART, COMTE DE BUCHAN

John Stuart (ou Stewart) naît vers 1381, et meurt le 17 août 1424. C’est un noble écossais (3ème comte de Buchan), connétable et général français durant la guerre de Cent Ans. Il sera le premier commandant de la garde du corps du roi Charles VII.

John Stuart ou Stewart

Blason de John Stuart (2ème comte de Buchan)

Il est le fils de Robert Stuart (1er duc d’Albany), et de sa seconde épouse Murielle Keith. Il épouse en première noce Elizabeth Douglas (morte en 1451), fille d’Archibald Douglas (4ème comte de Douglas). De leur union naîtra un seul enfant, Margaret Stuart.

Débarqué à La Rochelle, il commande un corps d’Écossais venu au secours de Charles VII, et l’aidera à battre l’armée anglaise à la bataille de Baugé, en 1421.

Charles VII

Il sera capturé à la bataille de Cravant, mais sera rapidement échangé. En 1424, il reçoit la charge de connétable de France. Il sera battu et tué à la bataille de Verneuil, le 17 août 1424.

 

Lire :

– La bataille de Cravant.

– La bataille de Verneuil-sur-Avre.

Thomas de Lancastre, frère cadet du roi Henry V, dès qu’il apprend que les Écossais ont posé le pied en terre de France, se hâte pour rassembler son armée. Il est pressé d’en découdre. Depuis le retour en Angleterre du roi Henry V, et contre l’avis de celui-ci, le duc de Clarence est parti en guerre ; il a dévasté la Beauce et assiégé Angers. L’intervention franco-écossaise l’a contraint à laisser de côté sa campagne militaire, et à se replier en urgence entre Angers et Tours. Ses forces sont en partie dispersées (les archers se sont éloignés pour piller les alentours). Son armée, forte de 3 000 hommes, se repose près de la ville de Baugé.

Le 22 mars, ses hommes capturent un chevalier écossais. Dès lors, Thomas de Lancastre a connaissance qu’une forte troupe ennemie se trouve à proximité. Que faire ? il ne peut remettre l’assaut au lendemain, le jour de Pâques. Son intérêt, c’est de profiter de l’effet de surprise. Mais quand l’ennemi est là, à portée d’épée, vulnérable (enfin le croit-il), il lui semble insensé d’attendre deux jours pour enclencher les hostilités. Il décide donc d’attaquer avec sa seule cavalerie, alors que son armée est incomplète ; il manque surtout les archers.

C’est avec seulement 1 500 hommes que le duc de Clarence compte se lancer à l’assaut des 5 000 hommes de l’armée franco-écossaise. C’est une décision hâtive et insensée qui ne fait pas l’unanimité dans le camp anglais. La nuit tombe et les archers, comme je l’ai précisé plus haut, sont dispersés aux alentours.

Sir Gilbert Umfraville, chevalier avisé qui a participé à la bataille d’Azincourt, s’empresse de faire part à Thomas de Lancastre de sa vive inquiétude. Celui-ci l’engage promptement à s’occuper de ses affaires, et à se diriger vers l’arrière si le combat l’effraie à ce point. Puis il avance à la tête de 1500 hommes vers l’ennemi. En face, l’adversaire, qui dispose d’environ 5000 combattants (Franco-Écossais) à lui opposer, a l’avantage numérique. De plus, le comte de Buchan, et le chambellan du dauphin, Motier de La Fayette, ont déjà disposé leurs troupes en ordre de bataille.

UNE LOURDE DÉFAITE POUR LES ANGLAIS

L’affrontement qui s’engage est bref. Dans l’incroyable mêlée qui s’ensuit, les Anglais sont vite débordés, submergés et battus. Thomas de Lancastre, duc de Clarence est désarçonné et tué. Sir Gilbert Umfraville est mortellement blessé. Les comtes de Sommerset et de Huntington sont capturés.

La bataille a été brève, mais les pertes anglaises sont énormes : on compte près de 2000 morts et plus de 600 prisonniers. Dans la nuit, le duc de Salisbury arrive à la tête du reste de l’armée anglaise. Notamment avec le millier d’archers que le duc de Clarence n’avait pas daigné attendre, et qui lui a tant fait défaut. Mais il est trop tard : les Franco-Écossais ont déjà levé le camp et sont partis.

Au petit matin, les Anglais survivants rebroussent chemin vers la Normandie. Après avoir enterré leurs morts, ils emmènent avec eux la dépouille du noble Thomas de Lancastre, duc de Clarence, et les corps des plus illustres de leurs chevaliers.

CONSÉQUENCES

La bataille de Baugé est la première grande défaite anglaise depuis celle des Français à la bataille d’Azincourt.  Elle représente un sérieux avertissement pour les Anglais ; un véritable coup de semonce. En contrepartie, cette victoire fait naître l’espoir chez les Français, car elle démontre que les Anglais ne sont pas invincibles.

Les retombées politiques sont multiples. Par exemple, Jean de Montfort, duc de Bretagne (Jean V, dit Jean le Sage), qui était jusqu’alors allié des Anglais, va se rapprocher du dauphin Charles.

Armes de Jean V de Montfort

Même si par la suite les armées françaises ne seront pas toujours victorieuse, Baugé annonce la triomphale épopée de Jeanne d’Arc et le repli définitif des Anglo-Bourguignons.

Sources :

Mes photos

Photos publiques Facebook

Les rois de France des Éditions Atlas (Valois directs).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Cent_Ans

https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_de_Lancastre_(1er_duc_de_Clarence)

https://fr.anecdotrip.com/la-bataille-du-vieil-bauge-et-sa-pierre-legendaire–vinaigrette

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Baug%C3%A9

 

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1 réponse

  1. 19 août 2022

    […] toutes les terres situées au nord de la Loire. La magnifique victoire des Franco-Écossais à Baugé, en mars 1421, marque une pause entre les deux belligérants, et les combats ont considérablement […]

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