Charles VI le « Fol » et le Bal des Ardents

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CHARLES VI « LE FOL » ET

LE BAL DES ARDENTS

1393 – Le Bal des ardents

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Charles VI et les reconquêtes françaises

Charles VI et le royaume démembré

Charles VI (dit « le Bien-Aimé », et, depuis le XIXème siècle, « le Fou » ou « le Fol ») naît à Paris le 3 décembre 1368, et meurt dans la même ville le 21 octobre 1422. Il

Charles VI

est roi de France de 1380 jusqu’à sa mort. Fils du roi Charles V et de la reine Jeanne de Bourbon, il est le quatrième roi de la branche des Valois de la dynastie capétienne.

Il n’a que douze ans lorsqu’il monte sur le trône. Son père lui laisse un royaume certes en guerre, mais avec une situation militaire favorable. La plupart des possessions anglaises en France ont été reconquises.

Le jeune roi est d’abord placé sous la régence de ses oncles, les ducs de Bourgogne, d’Anjou, de Berry et de Bourbon. En 1388, alors âgé de 20 ans, il décide de se libérer de cette tutelle et de gouverner seul le royaume de France.

Le 17 juillet 1385, Charles VI de France épouse Isabeau de Bavière. De cette union naîtront douze enfants.

Charles VI frappé de démence dans la forêt du Mans

En 1392, Charles VI souffre de sa première crise de folie. Puis sa maladie l’écartera progressivement des affaires gouvernementales.

Ces épisodes d’instabilité mentale apparaissent de manière irrégulière et perturbent la cour. Jusqu’à la fin de sa vie, les périodes de lucidité vont alterner avec les périodes de démence de plus en plus fréquentes, et qui vont rendre le roi violent.

De son côté, Isabeau de Bavière se consacre à ses enfants et amasse une fortune personnelle ; son goût pour le luxe lui sera d’ailleurs reproché.

Au cours du funeste « Bal des Ardents », organisé par la reine en 1393, le roi échappera de peu à la mort.

A la mort de Charles VI, Isabeau de Bavière est nommée régente, mais n’a pas beaucoup d’influence politique. L’oncle du roi (le duc Philippe II de Bourgogne) et le frère du roi (le duc Louis d’Orléans) se disputent le pouvoir. La reine Isabeau sera même soupçonnée d’avoir une liaison avec son beau-frère le duc d’Orléans.

Les négociations entre Henri V, Isabeau et les Bourguignons aboutissent, le 21 mai 1420, à la signature du désastreux traité de Troyes. Cet accord prive le dauphin de ses droits au trône, et garantit, à la mort de Charles VI, la couronne de France à Henri V le Plantagenêt.

UN ROI TROP JEUNE POUR GOUVERNER…

Charles VI a 11 ans quand il succède à son père Charles V le Sage, le 16 septembre 1380. Il est sacré à Reims, selon l’antique coutume, le 4 novembre 1380. C’est dans l’allégresse générale que les habitants de la ville saluent le sacre par les cris de joie « Vive le roi de France ! Montjoie Saint Denis ! ».

Mais le roi est mineur et trop jeune pour gouverner le royaume. Ses puissants oncles, Louis d’Anjou, Jean de Berry, Louis de Bourbon et Philippe de Bourgogne, vont assurer la régence. Ils en profitent pour dilapider l’argent des caisses du trésor royal et lèvent de nouveaux impôts pour leur profit personnel.

En 1388, le roi Charles VI prend en main les affaires du royaume. Il chasse ses oncles prévaricateurs et rappelle les sages conseillers de son père, gens de modeste extraction que les princes surnomment avec mépris les « Marmousets ».

Le jeune roi est alors appelé par ses sujets Charles VI « le Bien-Aimé », et le royaume entre dans une longue « accalmie ».

Mais bientôt, les Marmousets (conseillers de Charles VI de France) sont renvoyés par les oncles du roi. Louis d’Orléans et le duc de Bourgogne (Philippe II le Hardi) prennent la direction du pouvoir. Dorénavant, la reine Isabeau de Bavière présidera le conseil de régence.

DES SIGNES PRÉCOCES DE FOLIE

Le 5 août 1392, Charles VI souffre de sa première crise de folie.

Charles VI, qui est âgé de 24 ans, traverse la forêt du Mans à la tête de ses troupes. Le roi, que ses sujets surnomment le Bien Aimé pour les avoir délivrés des exactions de ses puissants oncles, entreprend une expédition contre le duc de Bretagne Jean IV, allié aux Anglais.

Soudain, un illuminé surgit devant le roi, saisit la bride de son cheval et lui crie : « Arrête, noble roi, tu es trahi ! »

Première crise de folie de Charles VI

Au même moment, la lance d’un soldat heurte un bouclier. Au bruit, le roi, qui s’était assoupi sous l’effet de la chaleur, tire soudainement son épée, frappe violemment ses compagnons, et tente de tuer son frère Louis d’Orléans. Six chevaliers seront tués. Ses suivants mettront une heure à retrouver le roi et à le maîtriser….

Dès lors, le roi reçoit les soins du célèbre médecin maître Guillaume, et se prête bon gré mal gré au traitement prescrit par son docteur. Les soins qui lui sont prodigués s‘avèrent payants ; il a recouvré ses facultés, et peu à peu, fait de réels progrès.

Charles VI et Isabeau de Bavière dans la forêt du Mans

Le roi va mieux ! le docteur Guillaume peut se libérer de ses obligations. Mais auparavant, il a pris soin de laisser des consignes strictes à tenir pour la convalescence du roi : son patient a besoin de calme ; « qu’on se garde de le courroucer et mélancolier car encore il n’est pas bien ferme dans tous ses esprits ».

Il a demandé d’éviter le tumulte de la Cour, et a prescrit chasse et recueillement.

Pendant quelque temps, le roi Charles restera isolé et à l’écart de la capitale. Mais avec le retour de l’hiver, il regagne Paris avec ses fêtes, ses festoiements, et ses cérémonies…

Charles VI alité et son médecin

DES FÊTES ET DES BALS COMME REMÈDES A LA FOLIE DU ROI !

Le bal des Ardents

« LE BAL DES ARDENTS »

Le 28 janvier 1393

Comme je l’ai cité ci-dessus, c’est au cours de l’été 1392 que Charles VI est victime de sa première crise de folie. Dès lors, pour le divertir, on organise autour de sa personne une multitude de fêtes.

Le 28 janvier 1393, à l’occasion du mariage de son amie Catherine l’Allemande (veuve du sire de Hainceville), la reine Isabeau de Bavière organise un bal masqué pour distraire le roi.

La journée se déroule gaiement en fêtes et en banquets. Toute la cour a été invitée aux festivités qui se poursuivent le soir par un bal organisé (probablement à l’Hôtel Saint-Pol).

Dans la grande salle de bal, on festoie, et les musiciens commencent à jouer. Puis les convives se mettent à danser au son des trompettes, des flûtes et des chalumeaux (petit instrument à vent ancêtre de la clarinette), et autres instruments de musique. Ainsi débute une sourde cacophonie ; la fête bat son plein.

Bientôt, le roi et quatre de ses plus proches compagnons (le comte de Joigny, le bâtard de Foix, et Aymar de Poitiers) décident de pimenter la fête en se déguisant en « hommes sauvages ». Les joyeux drilles se mettent en quête de récupérer l’étoupe et la poix, pour confectionner les funestes déguisements. Ils enduisent leurs corps de poix et les recouvrent de plumes et de poils d’étoupe (matières hautement inflammables), avant de s’attacher les uns aux autres avec des chaînes.

Vers minuit, on éteint les chandelles et autres flambeaux, et l’obscurité gagne alors l’assemblée des convives.

Soudain, cinq silhouettes inquiétantes, évoquant l’allure et les gestes du singe, se lancent en vociférant au milieu de la piste dans une délirante sarabande.

Le duc de Berry

Leur première frayeur passée, les invités se prennent facilement au jeu, et prennent joyeusement à partie les curieux acteurs de cette soirée. Les rires et sobriquets fusent, et certains spectateurs attentifs repèrent sous l’un des déguisements le roi de France. Celui-ci, dans un rythme exalté, conduit la danse endiablée des « hommes sauvages » de cette soirée.

1393 – Le Bal des ardents

Mais alors que la fête bat son plein, arrivent bientôt le duc d’Orléans (frère du roi), et son oncle le duc de Berry, qui ont déjà passé une partie de la soiréedans quelque taverne. Intrigué par les danses mystérieuses de ces sauvages, le frère du roi s’empare d’une torche, et s’approche d’eux pour les dévisager et voir qui se cache vraiment sous les masques. Mais sans y prendre garde, le duc d’Orléans s’avance trop près des déguisements ; soudain une flammèche s’envole, et les costumes prennent feu immédiatement. En peu de temps les danseurs se transforment en torches vivantes, et ne peuvent se dépêtrer du feu à cause des chaînes.

Dans la salle de bal, c’est la confusion et le chaos. La mascarade vire au tragique, et c’est le drame. Alors que la reine perd connaissance, le roi Charles ne doit son salut qu’à la présence d’esprit de sa tante Jeanne de Boulogne, duchesse de Berry, qui a le réflexe de l’envelopper dans sa large cape de sa robe et de ses jupons. Recroquevillé contre sa tante, Charles VI assiste impuissant au terrible drame.

Détail de Jeanne de Boulogne, duchesse de Berry, portant un haut hennin en forme de cône, et protégeant Charles des flammes avec ses jupons.

Le mal est fait ! Le spectacle de la mort dramatique de quatre de ses compagnons affecte au plus haut point le roi Charles, dont l’état mental si fragile ne fera dorénavant que s’aggraver.

Le sire Ogier de Nantouillet parvient à se libérer de sa chaîne, et se jette dans une grande cuve où l’on rince les vases et les grandes coupes à boire.

Yvain de Foix, quant à lui, essaie d’atteindre la porte, où deux valets se précipitent pour l’envelopper dans un linge mouillé. Mais le malheureux, transformé en torche vivante, n’y parviendra pas.

Quant aux deux autres compagnons, ils vont brûler pendant une demi-heure sous les yeux horrifiés du roi. Tous les quatre mourront l’un après l’autre après trois jours d’une terrible agonie.

 

 

MAIS OU SE DÉROULAIT CETTE MASCARADE ?

Les avis divergent sur le lieu où se déroulait le « Bal des Ardents ». Les chroniqueurs de l’époque ne s’accordent pas. Jean Froissart le situe à l’Hôtel de Saint Pol, à l’angle de l’actuelle rue Saint-Paul et du quai des Célestins. D’aucuns affirment qu’il a eu lieu au Petit Séjour d’Orléans, aux numéros 11 à 21 de la rue Daubenton. Juvénal des Ursins, lui, le place à l’hôtel de la Reine Blanche, un bâtiment qui existe toujours aux numéros 17 et 19 de la rue des Gobelins. C’est cette dernière hypothèse qui est aujourd’hui considérée comme la plus plausible.

Après le drame du « Bal des Ardents », l’hôtel de la Reine Blanche aurait été détruit. Il semblerait que seule la salle où s’est déroulé le tragique événement ait disparu au début du XVème siècle. Plusieurs décennies plus tard, la bâtisse aurait été reconstruite et restaurée.

Jean Froissart naît vers 1337 à Valenciennes, et meurt vers 1410 à Chimay. Il est l’un des plus importants chroniqueurs de l’époque médiévale. Ses Chroniques couvrent la première moitié de la guerre de Cent Ans, à partir de la déposition d’Édouard II en 1326, jusqu’à 1400. Elles constituent une source indispensable pour la connaissance du XIVème siècle et de la culture chevaleresque de l’époque, en Angleterre et en France.

L’ÉTAT MENTAL DU ROI S’AGGRAVE

Dès le lendemain, la terrible nouvelle se répand dans Paris comme une traînée de poudre ! Le tragique bal a rameuté la foule devant l’Hôtel Saint Pol, lieu de résidence du roi. L’indignation est partagée par le peuple de la capitale. Comment a-t-on pu laisser le roi, à l’esprit si fragile, participer à une telle folie ? Ne dit-on pas que c’est après avoir croisé un homme sauvage dans

Isabeau de Bavière

la forêt du Mans que celui-ci a sombré dans la démence ? N’est-ce pas là une curieuse coïncidence ?

Et puis, il y a la question que se pose le peuple : le roi est-il bien vivant ? Est-il mort ? Chacun pense au pire…

Isabeau de Bavière accompagnée de ses dames d’honneur

Alors on crie sous ses fenêtres, on hurle et on demande à le voir. Qu’il se présente aux yeux de ses sujets ! on demande à le voir, tout simplement…

Très ému, Charles VI se montre enfin, et remercie la foule de l’attention qu’elle lui porte. Mais les apparences sont trompeuses. Mentalement, le roi n’est pas indemne. La mort violente de ses compagnons brûlés vifs a laissé des traces et l’a fortement secoué ; et il rechute…

Bientôt il ne reconnaît plus personne, ni ses enfants, ni son épouse. Dès qu’il aperçoit Isabeau de Bavière, son état empire subitement.

Nonobstant, c’est la présence d’une femme qui pourrait lui venir en aide. N’est-ce pas sa bienveillante tante qui l’a extirpé des flammes et d’une fin horrible ?

Aussi, c’est auprès de sa belle-sœur Valentine Visconti, l’épouse de son frère Louis d’Orléans, que le roi Charles va trouver le réconfort qui peut l’apaiser.

Les deux âmes tourmentées par des mariages sans bonheur vont se rapprocher, permettant au monarque de retrouver la paix et la sérénité.

 

Quelques jours après le terrible drame, le roi « Fol » publie une ordonnance par laquelle il cède la régence à son : « cher et très aimé frère Louis duc d’Orléans, comte de Valois et de Beaumont, tant pour le bien, sens et vaillance de lui comme pour la très singulière, parfaite, loyale et vraie amour qu’il a toujours eue à nous et à nos enfants ».

Mais le fils du roi étant jugé trop jeune pour assumer la charge du gouvernement, la régence échoit à ses oncles les ducs Jean 1er (duc de Berry) et Philippe le Hardi (duc de Bourgogne).

Charles VI n’a pas encore vingt-cinq ans, et le royaume de France est gouverné par trois rois !

Sources :

Mes photos

Photos publique Facebook

Les rois de France des Éditions Atlas (Valois directs).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_VI_(roi_de_France)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Isabeau_de_Bavi%C3%A8re

https://www.classicistranieri.com/fr/articles/b/a/l/Bal_des_ardents.html

 

 

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    […] est le fils de Charles VI « le Fol » et d‘Isabeau de Bavière. Charles VII est indissociable de l’épopée de Jeanne […]

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