Mercenaires, routiers et écorcheurs au Moyen Âge

 

MERCENAIRES, ROUTIERS

ET ÉCORCHEURS

AU MOYEN ÂGE

 

Grandes Compagnies attaquant des paysans et des religieux

Grandes Compagnies attaquant des paysans et des religieux

 

 

APPARITION DE LA GRANDE CRIMINALITÉ

AU  MOYEN ÂGE

 

En prêtant allégeance à son suzerain, le chevalier fait vœu, en temps de guerre, de lui apporter fidélité et assistance. La plupart des conflits du Moyen Âge sont marqués par des combats entre seigneurs. Ces nobles, accourus sur les champs de bataille, viennent pour obtenir à la fois gloires et rançons. Alors que les guerres s’étendent en Europe, l’on fait de plus en plus appel à des mercenaires. Ces aventuriers parcourent les routes en quête d’embauche et, moyennant finance, louent leurs services aux plus offrants ; tous les pays de l’Occident médiéval y ont recours.

LES GRANDES COMPAGNIES

En temps de paix, ces mercenaires se regroupent en clans et en bandes. Sans emplois, désargentés, parcourant les routes, ils vivent sur le pays à la grande frayeur des populations. On les surnomme des « routiers », parce qu’appartenant à une route. Ces meutes de brigands, d’écorcheurs et de malandrins sont appelées « Grandes Compagnies, et redoutées par les petites gens. En ces époques mouvementées de l’Histoire, ce phénomène prend des proportions alarmantes. Parmi ces hommes, l’on trouve des serfs insurgés contre leur suzerain, des paysans loqueteux réduits à la misère, des soudards débauchés après les combats. Rameutés en clans, ils vivent de larcins et de pillages en tout genre.

Lutte contre les Grandes Compagnies

Lutte contre les Grandes Compagnies

Ces brigands de provenances géographiques diverses sont issus en majorité de contrées pauvres, telles la Provence et les Pyrénées, ou de territoires à forte densité démographique comme le Brabant, la Flandre ou le Hainaut.

QUELQUES NOMS DE ROUTIERS CÉLÈBRES :

 

12ème et 13ème SIÈCLE

CURBARAN : chef routier du 12ème siècle au service du roi de France Philippe Auguste. Puis, n’ayant plus d’employeur, il saccagera pour son propre compte et sera pendu à Millau en 1183.

LAMBERT CADOC : appelé aussi Seigneur de Gaillon. C’est un archer gallois et chef routier, au service de Philippe Auguste ; il meurt en 1231. Il participera à la prise de Château Gaillard en 1204.

MERCADIER : combattant aquitain du 12ème siècle, il est chef de routiers. Aux services de Richard Cœur de Lion, puis de Jean sans Terre, il meurt en 1200. Il se distinguera lors de la prise du château Châlus-Chabrol.

Lorsqu’à la fin du 12ème siècle Richard Cœur de Lion combat le roi de France Philippe Auguste, il compte parmi ses gens un impétueux mercenaire, le catalan Mercadier. Le roi d’Angleterre l’a recruté pour sa parfaite connaissance du métier des armes. Ce vaillant routier est entièrement dévoué à son maître et l’accompagne dans tous ses combats. Il le suit notamment lors de la Troisième Croisade (1189-1192). En récompense pour ses bons et loyaux services, Richard lui octroie les terres et le château de Beynac, en Périgord.  En 1199, lorsque le roi d’Angleterre est blessé mortellement lors du siège du château Châlus-Chabrol, en Limousin, c’est Mercadier qui mène l’assaut final et qui s’empare de la citadelle. Alors que le roi agonisant accorde sa grâce à l’arbalétrier qui a tiré la flèche assassine, Mercadier, fou de douleur et de tristesse, fait subir les pires atrocités au meurtrier de son protecteur. Le malheureux  sera écorché vif, dépecé, pendu et livré aux corbeaux.

LUPICAIRE : chef routier du 12ème siècle, au service du roi d’Angleterre Jean sans Terre, puis du roi de France Philippe Auguste.

BRANDIN : capitaine mercenaire de Jean sans Terre.

GUILLAUME d’YPRES : capitaine mercenaire au service du roi Étienne d’Angleterre, lors de la guerre civile pour la couronne d’Angleterre.

14ème SIÈCLE

ARNAUD DE CERVOLE, dit l’ARCHIPRETRE (1300-1366) : homme de guerre du 14ème siècle ; partisan français, il est un chef célèbre de Grandes Compagnies ayant participé à la Guerre de Cent Ans. Durant une longue période, il servira sous les ordres du roi Jean II le Bon, avant d’être nommé chambellan en 1363.

Capture de Jean II le Bon

Capture de Jean II le Bon

CROQUART : aventurier et mercenaire allemand du 14ème siècle. Il est le chef d’une bande de brigands lors de La trêve de Malestroit (19 janvier 1343), en Bretagne, et participera au Combat des Trente (guerre de Succession de Bretagne du 26 au 27 mars 1351).

BERNARDON DE LA SALLE 1339-1391) : chef routier, seigneur de Figeac, de Mornas, de Caderousse, d’Oppède, de Malaucène, de la Tour-de-Canillac et de Mas-Blanc (Saint-Rémy-de-Provence), et aussi de Soriano nel Cimino, en Italie.

HUGH CALVELEY : il combat à la bataille de Poitiers, à la tête des archers anglais. Il se distingue au Combat des Trente (guerre de Succession de Bretagne du 26 au 27 mars 1351). Plus tard, il guerroie en Castille comme capitaine de Compagnie. Il servira successivement  sous les ordres de Bertrand Du Guesclin, puis du Prince Noir en 1367.

 ROBERT KNOLLES : militaire anglais, il participe comme capitaine au Combat des Trente (guerre de Succession de Bretagne du 26 au 27 mars 1351), ainsi qu’au début de la Guerre de Cent Ans. Il meurt dans le Norfolk le 15 août 1407.

SEGUIN DE BADEFOL (1330-1366) : chef routier, il commande 2000 mercenaires lors de la bataille de Poitiers. Il prend Montbrun, puis met à sac Saint-Flour, et participe à la bataille de Brignais. Il mène des razzias sur de nombreuses villes et dévastera l’Auvergne. Il mourra empoisonné.

Bataille de Poitiers 1356

Bataille de Poitiers 1356

LE PETIT MESCHIN : chef routier d’origine gasconne. En 1362, il envahit le Forez avec les Tard-Venus. Il est fait prisonnier en 1368 devant Orgelet (Jura). Il est accusé d’avoir conspiré contre Louis duc d’Anjou, qui  le fait noyer dans la Garonne le 11 mai 1369.

Tard Venus

Tard Venus

 

TARD-VENUS

Les Tard-Venus sont des mercenaires et routiers qui se trouvèrent désœuvrés après la signature du traité de Brétigny, ratifié à Calais le 8 mai 1360 entre la France et l’Angleterre. Cette paix, qui permet ainsi une trêve de neuf ans dans la Guerre de Cent Ans, jette sur les routes de France des compagnies entières de brigands désormais au chômage. Routiers naguère au service de la France et de l’Angleterre, ces aventuriers se voient soudainement privés de leur salaire et sont exclus des châteaux qui jadis les abritaient. Sillonnant les routes et les chemins, ils sèment la terreur et l’effroi partout où ils passent. Ces bandes de pillards, sous les ordres de Petit Meschin et Seguin de Badefol, écumeront des territoires allant de la Bourgogne au Languedoc. Le 6 avril 1362, à la bataille de Brignais, ils triomphent de l’armée royale du comte de La Marche (Jacques de Bourbon), envoyé contre eux. Le comte, qui a survécu à la bataille de Crécy, est tué. Lyon est épargnée, et ces Compagnies ne seront finalement dispersées qu’après le versement d’une importante somme d’argent.

 

Bataille de Brignais 6 avril 1362

Bataille de Brignais 6 avril 1362

DEUX MONDES OPPOSES

 

LES MILICES URBAINES

En rassemblant l’ost, un seigneur sollicite le soutien de tous ses loyaux chevaliers. Les troupes ainsi réunies représentent le noyau de l’armée. Il en est de même lorsqu’une de ses villes est menacée. Le suzerain peut alors faire appel aux milices urbaines, et compter sur l’implication des habitants à défendre leur cité. Mais lorsque leur ville est libérée de tous dangers, ces hommes répugnent à continuer à se battre. D’ailleurs, leur méconnaissance des armes les rend incompétents au métier de la guerre.

C’est alors qu’intervient une caste de professionnels aguerris : les mercenaires, les routiers, et « écorcheurs » de tous poils. Dans toutes les armées féodales d’Europe, l’on s’attache leurs services moyennant finance. Le royaume de France abonde de déshérités, de vagabonds, de maraudeurs et d’aventuriers en quête de rapines et de pillage. La fonction principale des mercenaires est leur instabilité. Ils ne revendiquent aucune appartenance à un camp précis. Sous la protection d’un capitaine de l’ost royal, ils se rassemblent en compagnies et monnayent leurs services au plus offrant en espèces sonnantes et trébuchantes. Si les recruteurs les rétribuent généreusement, ces derniers savent qu’ils peuvent compter sur leur fidélité et leur loyauté indéfectible. Leur place se trouve exclusivement sur les champs de bataille, car ils ne savent rien faire d’autre que de se battre et tuer. Leur position particulière les exclut systématiquement, de fait ou par choix, d’une société parmi laquelle ils n’ont d’autres places que celles offertes par le métier des armes. Partout, ces maraudeurs sanguinaires traînent dans leur sillage une fort mauvaise réputation de querelleurs, de cupidité et d’irrespect envers toutes les règles rudimentaires de ces temps médiévaux. Ils exercent un style de combat contraire à l’esprit chevaleresque en usage au Moyen Âge. Ils défient leurs adversaires par la ruse, la surprise et la félonie, mais jamais par des assauts frontaux conformes à l’esprit féodal. Lors des campagnes militaires, ils  constituent la piétaille (ancêtre de l’infanterie) qui se rue à l’attaque des rangs ennemis en apportant un appui souvent décisif aux assauts de la chevalerie.

UN PETIT PEUPLE TERRORISE

Une fois la guerre terminée, les mercenaires retournent à leur désœuvrement. La  paix ou la faillite financière de leurs employeurs jette ainsi sur les routes et les chemins de France des meutes de bandits et d’ « écorcheurs » soudainement mis au chômage.

Si au 13ème siècle les populations sont plus ou moins épargnées par la barbarie des Grandes Compagnies en errance dans les campagnes, il en sera tout autrement durant la Guerre de Cent Ans.

Durant ce conflit, le territoire des campagnes militaires devient si important que la demande en mercenaires va s’accroître d’une manière considérable. Ces milices combattantes, mal payées et souvent de façon irrégulière, sont vitales. Leur mécontentement peut les faire changer de camp et aller voir si en face, la solde s’avère plus alléchante. Passer à l’ennemi devient une pratique courante, surtout quand il se trouve si près. Pour pallier à cet inconvénient fâcheux, les seigneurs accordent à ces troupes indisciplinées de se payer en nature, et de pratiquer le pillage des contrées concernées par la guerre. Nul n’y échappe ! Ces bandits s’adonnent alors à toutes les exactions inimaginables : razzia, brigandage, viol et meurtre font partie de leur passe-temps favori. Bien vite les populations ne font plus guère de différence entre les soldats amis et ennemis.

Nonobstant, les souverains prennent le problème à bras le corps et essaient de calmer la situation qui est devenue intenable pour les petites gens. Il est nécessaire de donner à ces bandits une occupation. Il faut leur permettre d’exercer leur unique savoir faire, la guerre, leur seule raison et leur seul moyen de survivre.

BON DÉBARRAS !

– En septembre 1365, c’est Bertrand du Guesclin (1320-1380) qui, à la demande du roi Charles V de France, « dit Charles le Sage » (1338-1380), part à la tête des Grandes Compagnies porter secours à Henri de Trastamare (1334-1379), afin de l’aider à devenir roi de Castille. Cette expédition se soldera par la défaite et la capture de Bertrand du Guesclin à la bataille de Nájera, face aux forces anglo-castillanes commandées par Le Prince Noir, Édouard de Woodstock (1330-1375).

 

– En 1396, on les enrôle en masse dans une croisade dirigée par Sigismond de Luxembourg  contre l’Empire Ottoman, qui échouera le 25 septembre devant les murs de Nicopolis (aujourd’hui en Bulgarie).

– Le 26 août 1444, Louis XI (1423-1483) est chargé de mener hors du royaume les hordes de « routiers », plus exactement les Grandes Compagnies en arme, abandonnées et désargentées, qui s’adonnaient à la rapine. Louis XI rencontre les Suisses à Pratteln et remporte la bataille de la Birse, puis prend la direction de Bâle. Ses troupes d’ « écorcheurs » mettront à sac la Haute-Alsace.

Bataille de la Birse

Bataille de la Birse

LES ÉCORCHEURS : mercenaires et routiers démobilisés qui ravagèrent la France au 15ème siècle après la signature du Traité d’Arras, le 11 septembre 1435.

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