Le siège et la reddition de Rouen, 1418

LA GUERRE DE CENT ANS

De 1337 à 1453

Blason du royaume d’Angleterre

Blason du royaume de France

LES VALOIS DIRECTS

Armes des Valois

LE SIÈGE ET LA REDDITION DE ROUEN

Du 31 juillet 1418 au 19 janvier1419

Le Siège de Rouen par les Anglais 1418-1419.

 

Blason de la ville de Rouen

CONTEXTE

Le siège de Rouen a lieu au cours de la Guerre de Cent Ans, de juillet 1418 à janvier 1419. La ville compte à ce moment-là environ 70 000 habitants. C’est l’une des plus grandes villes de France. Convoitée par le roi d’Angleterre Henry V, la prise de cette ville est capitale pour l’invasion du duché de Normandie. Pour le monarque anglais, c’est la clé qui ouvre la porte du royaume de France.

SOMMAIRE

Depuis le rattachement de la Normandie au domaine royal français en 1204, la ville de Rouen est protégée par son château. Cette imposante forteresse, construite de 1204 à 1210 par Philippe Auguste, est le siège de l’autorité administrative et politique.

En 1418, Henry V s’est rendu maître de la Normandie. Il ne lui reste plus qu’à conquérir les cités de Rouen, Cherbourg et le Mont-Saint-Michel, qui résistent encore.

Le siège de Cherbourg 1418

HENRY V ET LA CONQUÊTE DE LA NORMANDIE !

Charles VII, le Gentil dauphin

Alors que les deux cousins, le dauphin Charles de Ponthieu et le duc de Bourgogne Jean sans Peur, se querellent pour le trône de France, les troupes d’Henry V continuent tranquillement, pourrait-on dire, la conquête de la Normandie.

Le 29 juin 1417, les Anglais détruisent la flotte française à la Hougue, et prennent le contrôle de la Manche. En septembre, ils s’emparent de Caen, puis le 29 juillet 1418, assiègent Rouen.

Jean sans Peur

Délaissés à leur triste sort, les Rouennais sont affamés et meurent de froid. La grande ville résiste héroïquement pendant six longs mois, mais se voit contrainte de se rendre à celui qui se dit dorénavant « roi de France et d’Angleterre ». La cité capitule le 19 janvier 1419.

 

Henri V

 

Les atermoiements et l’ignorance des deux cousins, le Valois et le Bourguignon , ouvrent toutes grandes les portes du royaume de France au roi d’Angleterre, et donc à la double monarchie. 

 

Depuis 1415, année de la prise d’Harfleur par les Anglais sur l’embouchure de la Seine, Rouen s’est considérablement fortifiée. D’où la surprise d’Henry V lorsque ses troupes atteignent la ville : les murs sont flanqués de hautes tours, garnis de canons, et une armée d’arbalétriers veille à sa défense. Ces gens de traits (archers et arbalétriers) sont commandés par le capitaine Alain Blanchard.

Blason du duche de Normandie

ALAIN BLANCHARD, UN CAPITAINE VAILLANT !

Alain Blanchard naît au XIVème siècle (date inconnue), et meurt décapité en 1419, lors de la reddition de Rouen. Il était le capitaine des arbalétriers durant le siège de la ville (31 juillet 1418-19 janvier 1419)

En juillet 1418, Henri V d’Angleterre assiège la cité de Rouen. Le vaillant capitaine, à la tête d’une partie de la population, défend la ville avec bravoure et résolution, retardant ainsi sa capitulation de plusieurs mois.

Lorsque les Rouennais, décimés par la famine, décident de se rendre, Henry V pose ses conditions : il exige que trois notables soient désignés par la population pour être décapités. Les victimes sont désignées ; le choix se porte sur Robert Livet (vicaire général de l’archevêque), Jean Jourdain (maître de l’artillerie), et Alain Blanchard (capitaine des arbalétriers).

Les deux premiers sont de riches notables et rachètent leur vie en payant une rançon au monarque anglais. Mais ce ne sera pas le cas pour Blanchard qui lui, sans fortune, sera décapité…

Alain Blanchard

On peut voir son buste sur la façade du N° 11-15 rue du Moulinet à Rouen.

Il se présentera au bourreau en disant : « Je n’ai pas de bien, mais quand j’en aurai, je ne l’emploierai pas pour empêcher un Anglais de se déshonorer. ».

Depuis son avènement, Henry V est plus que jamais bien décidé à faire valoir ses droits au trône de France. La couronne des Valois est revendiquée par les monarques anglais d’outre-Manche depuis fort longtemps. Son arrière-grand-père, Edouard III (petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, Isabelle de France), se prétendait déjà roi de France.

Chevauchée d’Édouard III 1359-1360

Les victorieuses chevauchées de ce dernier sur le sol français (Crécy, Poitiers), et surtout l’inattendue défaite de l’ost royal français à Azincourt, le 25 octobre 1415, n’ont pas suffi à rassasier l’appétit des souverains anglais. Henry V se fixe un choix décisif ; la première étape de sa reconquête sera la Normandie.

Chevauchée d’Édouard III

Le 1er août 1417, l’armée anglaise accoste à l’embouchure de la Touque, et disperse les rares défenses françaises, surprises et affolées. Dans la foulée, des dizaines de villes et de villages normands tombent les uns après les autres.

Chevauchée d’Édouard III de 1346

Pendant ce temps, le roi de France Charles VI est atteint de crises de démences de plus en plus fréquentes. En outre, à Paris, la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons fait rage. Malgré la menace du débarquement anglais en terres normandes, le roi a d’autres préoccupations que d’envoyer des renforts porter secours aux populations normandes.

De ce fait, les Anglais se rendent maîtres dans le nord de toutes les routes commerciales et des voies de communication, réussissant à isoler Paris.

Débarquement de l’armée anglaise en Normandie. Enluminure ornant les Chroniques de France ou de Saint Denis, fin du XIVe siècle

Seules Cherbourg et Rouen résistent encore, ainsi que le Mont-Saint-Michel. Mais toutes s’attendent à être assiégées.

Lire :

Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons

– La résistance héroïque du Mont Saint Michel.

ROUEN ABANDONNÉE, ROUEN SACRIFIÉE…

Rouen au Moyen Âge

A la croisée des routes fluviales maritimes, le port de Rouen est dynamique et négocie avec la capitale l’essentiel de son trafic commercial.

Lire : La hanse parisienne des marchands de l’eau.

Sceau des marchands de l’eau de Paris de 1210

C’est pourquoi les Rouennais sont persuadés que Charles VI ne les laissera pas tomber ; leur cité est trop importante sur le plan économique. On ne croit pas un seul instant que la lourde menace anglaise sur leur ville laissera Charles VI indifférent.   

Malheureusement, le duc de Bourgogne Jean sans Peur, qui est à la tête de Paris depuis le 29 mai, a promis de ne pas intervenir militairement contre Henry V d’Angleterre.

Pressentant un avenir plus que sombre, et ignorant tout de cet accord, une délégation de plénipotentiaires Rouennais se rend auprès de Jean sans Peur pour lui demander de l’aide.

Mais le duc de Bourgogne se désintéresse totalement du sort des Normands, et expédie ses quémandeurs sans y prêter plus d’attention, en leur promettant toutefois des renforts : cinq cents hommes d’armes, mille archers et douze mille miliciens parisiens pour former leur piétaille. Cette promesse rassure la délégation qui s’en retourne en Normandie, soulagée.

Un mois plus tard, les Rouennais n’ont vu venir à leur secours que six cents Parisiens. On attend désespérément le reste de l’aide promise.

Mais il est déjà trop tard : le 29 juillet, les Anglais assiègent la ville.

FORCES EN PRÉSENCE

POUR LES ANGLAIS

10 000 à 12 000 soldats et une artillerie à feu considérable, mais dont le nombre exact est inconnu. L’armée est commandée par le roi d’Angleterre Henry V.

POUR LES ROUENNAIS

La garnison de la ville est commandée par le capitaine des arbalétriers Alain Blanchard. Il faut rajouter une artillerie à feu défensive importante (au nombre approximatif de plus de cent pièces).

Le contingent lui-même n’apparaît pas clairement : les sources ne font mention que des hommes d’armes, et sont muettes sur les gens de trait (archers et arbalétriers). Il est, du reste, difficile, en l’absence de montres d’armes (listes de gens de guerre) ou de rôles de paiement (enregistrements des soldes et rémunérations), de connaître l’effectif des troupes envoyées à Rouen par le duc Jean sans Peur. Enguerrand de Monstrelet donne le chiffre de 4 000 combattants. Léon Puiseux reprend cette information sans la discuter. Toutefois, il semble que dans cet effectif, Monstrelet ait intégré les 1 500 combattants que le capitaine Guy Le Bouteiller avait introduits auparavant dans la ville. En l’admettant, on peut considérer que le contingent bourguignon aurait été constitué de 2 500 combattants, soit 1 500 hommes d’armes et 1 000 hommes de trait, étant donné qu’archers et arbalétriers représentaient, dans les années 1417-1419, environ 40 % des armées du duc de Bourgogne. Dans cette hypothèse, chacun des cinq capitaines nommés dans les sources comptables aurait tenu sous son étendard une compagnie de 300 hommes d’armes et 200 archers et arbalétriers, ce qui est un effectif important mais pas invraisemblable.

Sources : https://books.openedition.org/puc/11882?lang=fr

UNE VAILLANTE RÉSISTANCE

Comme je l’ai écrit ci-dessus, Rouen fait partie des grandes villes du royaume. Et à ce titre, la défense qu’elle va opposer aux assiégeants anglais sera valeureuse et acharnée.

Petit à petit, Henry V grignote et conquiert des territoires immenses, et d’autres cités normandes tombent les unes après les autres. Caen et Falaise, toutes deux assiégées, sont déjà tombées l’année précédente, en 1417. Henry V est en passe de concrétiser son vœu pieu : s’emparer du duché de Normandie.

Mais Rouen n’est Caen ni Falaise, toutes deux conquises en ayant opposé à l’ennemi une bien faible résistance. La ville est protégée par de puissantes fortifications, et dispose dans son enceinte de plus de cent pièces d’artillerie. Ce qui donne à réfléchir au roi d’Angleterre Henry V. En effet, lorsqu’il atteint la ville, il trouve devant lui les murailles de la forteresse flanquées de tours, garnies de canons et défendues par une nombreuse armée d’arbalétriers.

En outre, les Rouennais, qui s’attendent à subir un long siège, ont entreposé des vivres pour dix mois.

Le chroniqueur Monstrelet relate l’état d’esprit des habitants à ce moment-là et dit : « qu’ils sont déterminés à vivre ou mourir tous ensemble combattant leur ennemi plutôt que se mettre en la sujétion et volonté du roi d’Angleterre ». 

LE SIÈGE

Siège de Rouen par les Anglais en 1419.

En raison du manque d’effectifs dans le camp anglais, Henri V d’Angleterre comprend qu’il ne peut donner un assaut frontal ; la ville est trop puissamment défendue. Aussi décide-t-il de laisser le temps jouer en sa faveur. Il met le siège devant la grande cité, et va tout mettre en œuvre pour l’affamer.

Dans un premier temps, les Anglais font contourner la ville à leurs navires, et bloquent tout ravitaillement par la Seine.

Début décembre, la famine commence à se faire sentir cruellement. Ne pouvant plus supporter les affres du siège le ventre vide, les Rouennais prennent un terrible décision : les « bouches inutiles » (femmes, enfants et vieillards) sont expulsées de la ville en plein hiver.

Comble de misère, ces malheureux ne pourront quitter les fossés : le libre passage leur est barré par l’ennemi anglais. Ils y périront de faim et de froid.

Quant à ceux qui sont restés à l’intérieur des murailles, leur sort n’est guère préférable. Après avoir mangé les chevaux, ils se rabattent sur tout ce qui peut les rassasier : chiens, rats et souris…

Les défenseurs de la ville feront plusieurs sorties, courageuses, inutiles, et vouées à l’échec. Au cours de l’une de ces ripostes, l’un des ponts de la ville s’effondrera sous les pieds des soldats de la garnison, les poutres en ayant été sabotées et sciées.

A bout de force, seule face à l’adversité, Rouen, dont la population s’est restreinte à la toute dernière limite du supportable, se résout à négocier.

Le 2 janvier 1419, seize émissaires des trois ordres sont choisis pour parlementer et négocier une honorable reddition. Mais Henry V est sûr de sa victoire et transige en position de force. Il refuse tout compromis. Il exige une capitulation sans condition. Après huit jours de négociation, les envoyés rouennais n’ont pu obtenir aucune clémence du monarque anglais.

Les habitants de Rouen, en désespoir de cause, sont résolus à incendier leur ville et à l’abandonner en tentant une ultime sortie désespérée ; celle de la dernière chance… A la grâce de Dieu.

LA FIN D’UN SIÈGE INHUMAIN…

Henry V, après mûres réflexions, change d’avis. Si les habitants de la grande cité mettent le feu à leur ville, il ne peut tolérer de voir ce fleuron de sa double couronne partir en fumée et devenir un tas de cendres. Il se résout donc à reprendre les pourparlers, et accorde cette fois des conditions de reddition plus favorables à la population rouennaise.

Avec le concours de l’archevêque de Cantorbéry, et après quatre jours d’âpres discussions, une reddition est négociée pour le 19 janvier. A une condition : que d’ici là, aucun renfort français ne vienne au secours des Rouennais.

Pour faire valoir sa bonne volonté, le roi d’Angleterre accorde la vie sauve à la population de Rouen qui, en contrepartie, devra s’acquitter d’une amende de trois cents mille écus d’or, et fournir quatre-vingts otages.

Une semaine plus tard, après un siège douloureux et insupportable, Rouen, qui n’est plus qu’une ville exsangue et à l’agonie, est contrainte de capituler.

HENRY V, UN CONQUÉRANT ARROGANT ET CRUEL !

Le 19 janvier 1419 au matin, les Anglais défilent dans Rouen, une ville fantôme à la population décharnée. Les troupes d’Henry V victorieuses paradent avec arrogance, face à une foule famélique qui s’incline sur son passage. 

Le roi d’Angleterre tient sa victoire. Pour bien célébrer la solennité de ce moment de gloire, il fait chanter le « Te Deum » dans la cathédrale. Il fait frapper des monnaies aux armes de France et d’Angleterre et se proclame « Henrycus Rex Francorum » (Henry roi de France).

Le seul à lui tenir tête est notre valeureux capitaine des arbalétriers Alain Blanchard. Celui-ci ne prend pas part à cette prétentieuse mascarade. Pour avoir ainsi défié le monarque anglais, il sera pendu…

CONSÉQUENCES

Rouen ne redeviendra française qu’en 1449 lorsque Charles VII se présentera devant la ville, doté de l’artillerie moderne des frères Bureau, payée par l’argent de Jacques Cœur.

Rouen devra attendre longtemps avant de retrouver un monde apaisé, favorable au commerce.

Sources :

Photos publiques Facebook

Les rois de France des Éditions Atlas (Valois directs).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Cent_Ans

https://fr.wikipedia.org/wiki/Si%C3%A8ge_de_Rouen_%281418-1419%29

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Blanchard_(capitaine)

https://books.openedition.org/puc/11882?lang=fr

 

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