Les guerres de Vendée – Louis Marie Turreau de Lignières

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LES GUERRES DE VENDÉE

Drapeau de l'Armée Catholique et royale de Vendée

Drapeau de l’Armée Catholique et royale de Vendée

 LOUIS MARIE

TURREAU DE LIGNIERES

(1756-1816)

 

Général_Turreau_Louis_Marie_(1756-1816) 

« Dit Turreau de Garambouville »

 

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INTRODUCTION

Les insurgés vendéens, sans préparation, sans expérience des armes, se sont tout de suite préoccupés de se choisir des chefs, des meneurs. Ces paysans sont armés de fourches et de faux, mais ils sont déterminés et euphoriques. Ces masses disparates, qui sont prêtes à en découdre avec l’ennemi, se rassemblent spontanément autour de leurs leaders. A leur corps défendant, ces derniers auront toutes les peines du monde à conduire ces milliers d’hommes qui décident, une fois la bataille terminée, de s’en retourner dans leurs foyers. Accumulant les succès dès le début, cette armée prend le nom d’ « Armée catholique et royale ». Elle est forte d’environ 40 000 hommes indisciplinés et sans expérience du métier des armes. Face à elle, l’armée républicaine compte entre 40 000 et 70 000 soldats, les « Bleus » (nommés ainsi en raison de la couleur de l’uniforme républicain). Pour la grande majorité d’entre eux, ce sont des volontaires provenant des quatre coins du pays et qui ne semblent pas avoir plus de pratique militaire que leurs adversaires. Consciente du péril qui menace dans l’Ouest, et qui secoue la jeune république, la Convention dépêche en Vendée 100 000 hommes, dont les redoutables « Mayençais ». Ces forces sont placées sous les ordres des généraux Jean-Baptiste Kléber et Nicolas Haxo. Autant de faits inquiétants qui laissent entrapercevoir le génocide du peuple vendéen qui se profile irrémédiablement …

 

Lire :

Des origines à l’étincelle.

La Vendée triomphante.

L’Apogée.

La chute.

Le sursaut.

L’anéantissement.

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LOUIS MARIE

TURREAU DE LIGNIERES

(1756-1816)

« Le bourreau de la Vendée »

 

 

NAISSANCE

Louis Marie Turreau de Lignières est un général français de la Révolution et de l’Empire. Il naît le 4 juillet 1756 à Evreux (Eure), et meurt le 10 décembre 1816 à Conches (Eure).

Il est tristement connu pour ses atrocités perpétrées lors des Guerres de Vendée. Placé à la tête des « Colonnes infernales », il dévasta la région, et assassina des dizaines de milliers de personnes de tous âges. Les pires actes de barbarie seront commis à l’encontre des Vendéens, ce petit peuple dont les combattants étaient nommés « brigands » par les Républicains.

Massacres des colonnes infernales de Turreau

Massacres des colonnes infernales de Turreau

FAMILLE

Il est le fils de Claude Louis Marie de Lignières (1712-1787), procureur fiscal des eaux & forêts du comté d’Evreux, dont il deviendra maire de la ville d’Evreux, et de Marie-Anne Le Pêcheur. La situation de son père permet à la famille de jouir de certains privilèges.

JEUNESSE

Dès 1789, et malgré son titre de noblesse, Turreau a choisi son camp. Ayant pris fait et cause pour les nouvelles idées, il devient un révolutionnaire enthousiaste. Il profite des événements et se fait élire maire d’Aviron (Eure) et achète dans la foulée, pourquoi pas, quelques biens du clergé, dont la magnifique abbaye de Conches dans l’Eure. Pour Turreau, le seul intérêt de cet achat est relatif aux coupes de bois à effectuer dans la forêt de l’abbaye.

Pendant le conflit vendéen, de nombreux bâtiments seront démolis, dont l’abbatiale. Aujourd’hui, seuls quelques arcboutants et contreforts ont résisté aux destructions sous la Révolution, et aux années.

A cette époque, Turreau ne se fait pas appeler Turreau de Lignières, mais de Garambouville, du nom de l’ancienne résidence de l’évêque d’Evreux, située à Aviron.

MARIAGE

Louis Marie Turreau épouse le 8 novembre 1785, à Paris, Louise Caillou (née en 1766 morte ?). De cette union naîtront quatre enfants : deux filles et deux garçons.

Louis Marie Turreau aura une relation hors mariage avec Victorine Florentine Delhomme. De cette union naîtra une fille (l’enfant sera reconnu en 1787).

Louis Marie Turreau épouse ensuite, le 1er février 1796, à Paris, Marie Angélique Lequesne (1767-1828). De cette union naîtront cinq enfants : une fille et quatre garçons.

LE MILITAIRE

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PENDANT LA RÉVOLUTION

Durant cette période, on le retrouve dans la Garde Nationale de Conches dont il prend le commandement en juillet 1792.

Dès septembre, Turreau se fait nommer lieutenant-colonel du 3ème bataillon de volontaires de l’Eure, puis il part se battre sur les frontières du Nord. En novembre, il accède au grade de colonel et rejoint l’armée de la Moselle.

Dès juin 1793, il est dans l’armée des côtes de la Rochelle ; ce poste ne lui convenant pas, il la quitte le 8 octobre suivant.

Jusqu’au 27 novembre, Turreau est nommé chef de l’armée des Pyrénées orientales, pour enfin être à nouveau affecté dans l’Ouest comme commandant en chef de l’armée de l’Ouest. Le 30 décembre, c’est sans engouement qu’il vient prendre ses fonctions dans sa nouvelle affectation. Une semaine plus tôt, le 23 décembre, à Savenay, les débris de l’armée catholique et royale ont été anéantis par Kléber, Marceau-Desgraviers et Westermann. Dès lors plus rien ne va arrêter Turreau dans son œuvre destructrice…

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PRINCIPAUX CHEFS HISTORIQUES VENDÉENS :

  1. Jacques Cathelineau (1759-1793).
  2. Maurice Gigost d’Elbée (né en 1752- fusillé le 9 janvier1794).
  3. Charles de Bonchamps (1760-1793).
  4. François Athanase Charette de La Contrie (né en 1763- fusillé le 29 mars 1796).
  5. Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein (1772-1794).
  6. Louis-Marie de Salgues, marquis de Lescure (1766-1793).
  7. Jean-Nicolas Stofflet (né en 1753- fusillé le 25 février 1796).
  8. Antoine-Philippe de la Trémoille, prince de Talmont (né en 1765-guillotiné le 27 janvier1794).
  9. Gaspard Augustin René Bernard de Marigny (1754-1794).

 

 

Dieu le roi

PRINCIPAUX COMMANDANTS RÉPUBLICAINS :

  1. Jean Baptiste Camille de Canclaux (1740-1817).
  2. Jean-Michel Beysser (né en 1753- guillotiné le 13 avril 1794).
  3. Jean François Berruyer (1741-1804).
  4. Armand-Louis Gontaut, duc de Biron (né en 1747-guillotiné le 31 décembre 1793).
  5. Alexis François Chalbos (1736-1803).
  6. Jean-Baptiste Kléber (1753-1800).
  7. François Séverin Marceau-Desgraviers (1769-1796).
  8. François Nicolas Benoit Haxo (1749-1794).
  9. François-Joseph Westermann (né en 1751- guillotiné le5 avril 1794).
  10. Antoine-Joseph Santerre (1752-1809).
  11. Louis Marie Turreau de Lignières, dit Turreau de Garambouville (1756-1816).
  12. Louis Lazare Hoche (1768-1797).

 

 

 

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ÉVÉNEMENTS ANTÉRIEURS

 

1793

AOÛT

– Le 1er août 1793, la Convention ordonne par décret la destruction et l’incendie de la Vendée, en état d’insurrection. La triste besogne est confiée au général François Westermann.

La Convention décrète… Article premier : le ministre de la guerre donnera sur-le-champ les ordres nécessaires pour que la garnison de Mayence soit transportée en poste en Vendée ; il sera envoyé par le ministre de la guerre des matières combustibles de toute espèce, pour incendier les bois, les taillis et les genêts… Les femmes, les enfants et les vieillards, seront conduits dans l’intérieur ; il sera pourvu à leur subsistance et à leur sureté, avec tous les égards dus à l’humanité… Les biens des rebelles de la Vendée sont déclarés appartenir à la République. (Extrait du décret de la convention nationale du 1er août 1793, A.D.V., 52J4).

 

– Le Comité de Salut Public crée l’armée de l’Ouest.

La menace dans les territoires de la Vendée est sérieuse, et le Comité de Salut Public réagit promptement en réunissant des forces militaires. L’armée de l’Ouest est créée ; elle sera placée sous le commandement de Jean-Baptiste Kléber. L’Armée de Mayence sur le Rhin, qui vient d’être battue lors du siège de la ville (siège de Mayence, du 10 avril au 23 juillet 1793), voit ses troupes prélevées du front de l’Est pour aller grossir la nouvelle armée de l’Ouest, sur le théâtre des opérations de Vendée. Ce transfert massif de forces républicaines sera d’abord puissamment repoussé par les « Blancs » de l’Armée Catholique et Royale. Mais, dès leur victoire du 17 octobre à Cholet, les « Bleus » parviennent à renverser le cours des événements et à juguler la marche en avant des colonnes royalistes.

 

Massacre des Lucs sur Boulogne

Massacre des Lucs sur Boulogne

SEPTEMBRE

– Le 17 : la Terreur vote la « Loi des suspects ».

Cette loi, votée par les Montagnards de la Convention, a pour but d’établir un système qui doit permettre d’arrêter un maximum de réactionnaires. Elle marque un net affaiblissement du respect des libertés individuelles, voire une « paranoïa révolutionnaire ». Les procédures judiciaires sont plus expéditives et les catégories de crimes contre-révolutionnaires sont augmentées. Sont ainsi désignés « suspects » ceux qui, par leur conduite, leurs relations, leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie, du fédéralisme, et ennemis de la liberté. A ceux-ci, il faut rajouter ceux qui ne pourront justifier de leurs moyens d’existence et de l’acquis de leurs devoirs civiques ; ceux qui n’auront pu obtenir de certificat de civisme ; les ci-devant nobles qui n’ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution, les émigrés, même s’ils sont rentrés, les prévenus de délits, même acquittés (…). L’application de ce texte prendra fin après la chute de Robespierre, le 9 thermidor an II (27 juillet 1794).

 

EN VENDÉE

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OCTOBRE

Défaite à Cholet ! Presque sept mois jour pour jour après avoir été victorieux le 14 mars à Cholet, les vendéens essuient dans la même ville une cuisante défaite. La cité est reconquise par des Républicains en surnombre. La défaite se transforme vite en débâcle et 30 000 Vendéens, suivis de leurs familles, refluent à quarante kilomètres au nord de Cholet pour franchir la Loire. Dans la soirée et la nuit du 18 au 19 octobre, ils seront entre 60 000 et 100 000 à traverser le grand fleuve pour se diriger vers la Bretagne. Commence alors la « Virée de Galerne» (définition celte d’un vent de nord-ouest). Le but avoué des « Blancs » est de faire la jonction avec les Chouans et de se diriger sur Granville en passant par Laval. Là ils attendront, dans le port normand, la flotte anglaise promise et les renforts tant espérés.

Bataille de Cholet

Bataille de Cholet

– Le 18 : entre 60 000 à 100 000 Vendéens passent la Loire. Mort de Bonchamps.

– Le 20 : début de la « Virée de Galerne ». Henri de La Rochejaquelein est nommé général en chef en remplacement de Maurice Gigost d’Elbée, blessé le 17 lors de la bataille de Cholet.

NOVEMBRE

– Les 13 et 14 : siège de Granville.

Echec des forces royalistes, les « Blancs », commandées par Henri de La Rochejaquelein et Jean-Nicolas Stofflet, face aux troupes républicaines placées sous les ordres d’André Pacifique Peyre (1743-1796) et François Vachot (1767-1796).

Granville, un point de non retour ! Désorganisés et en plein doute, les Vendéens, malgré leur surnombre, demeurent impuissants à s’emparer de Granville. Or, la prise du port normand s’avère vitale. Elle représente l’aboutissement de la « Virée de Galerne », et doit permettre à la marine britannique de débarquer pour leur apporter aide et renforts. Mais les Anglais tardent à arriver. Dès lors, pour les Vendéens, la « Virée de Galerne » va tourner au cauchemar.

– Le 16 : premières noyades de Nantes.

UN CRIMINEL DE GUERRE EN VENDÉE

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Louis Marie Turreau

 

 

– Le 23 : Turreau arrive en Vendée.

– Le 28 : Louis Marie Turreau remplace Jean Léchelle (1760-1793).

Dès sa nomination comme nouveau commandant en chef des armées républicaines, Turreau, le bourreau, va entreprendre sa besogne exterminatrice. Cantonné à Nantes, il choisit de former des colonnes destructrices pour stopper définitivement les contre-révolutionnaires. Contre l’avis de ses subalternes, notamment le général Jean Baptiste Kléber, il décide l’anéantissement total de l’ennemi. Les directives de la Convention d’août et d’octobre sont formelles ; il va tout mettre en œuvre pour les appliquer.

DÉCEMBRE

– Les 12 et 13 : bataille du Mans.

Victoire décisive de l’armée républicaine commandée par Marceau-Desgravier, Jean-Baptiste Kléber, François-Joseph Westermann, François Muller (1764-1808), Jacques Louis François de Tilly (1749-1822), Henri-Pierre Delaage (1766-1840) et François Carpantier (1751-1813), face aux forces vendéennes et chouannes placées sous les ordres des chefs Henri de La Rochejaquelein, Stofflet, Antoine-Philippe de la Trémoille, Henri Forestier (1775-1806), Bernard de Marigny, François Jean Hervé Lyrot (1732-1793) et Charles de Beaumont, d’Autichamp (1770-1859).

Bataille du Mans

Bataille du Mans

– Le 23 : massacres de Savenay. C’est la fin de la « Virée de Galerne ».

Les rescapés de l’Armée royale catholique sont exterminés à Savenay par « fureur meurtrière » des « Bleus » républicains. Seuls 4 à 5000 survivants réussissent à traverser la Loire, avec à leur tête Henri de La Rochejaquelein et Jean-Nicolas Stofflet. La « virée de Galerne » est terminée.

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Savenay, un rendez-vous avec la mort. La défaite du Mans entraîne une débâcle des restes de l’armée des « Blancs ». Entre 15 à 20 000 rescapés de la « Virée de Galerne » essaient par tous les moyens de rentrer dans leurs foyers. Mais leurs ennuis ne sont pas terminés : ils doivent franchir un écueil important, la Loire. L’armée républicaine, commandée par Kléber, Marceau et Westermann, est à leurs trousses. Les Royalistes sont bientôt rejoints à Savenay, près de Nantes. Les ordres des « Bleus » sont précis : ils doivent exterminer tous les contre-révolutionnaires qu’ils trouveront sur leur chemin. Le massacre est sans précédent ; on dénombrera environ 15 000 corps vendéens jonchant le sol ensanglanté de Savenay et des terres environnantes. Seuls 4000 hommes arrivent à prendre la fuite et à échapper au carnage. Ainsi prend fin la période des grandes batailles de Vendée, mais la guerre n’est pas pour autant finie. Ce qui va suivre sera particulièrement atroce, avec les exactions des « colonnes infernales de Turreau » qui vont affronter les forces de Charrette et de Stofflet dans un combat d’anéantissement.

Pertes vendéennes à Savenay :

– Entre 3000 et 7000 morts au combat ou exécutés sommairement. On dénombrera avant la bataille entre 4000 et 6000 non-combattants (blessés, femmes, enfants…)

– 662 prisonniers seront fusillés, 1679 femmes et enfants prisonniers seront exécutés lors des fusillades et noyades de Nantes.

Massacre du Moulin de la reine

Massacre du Moulin de la reine

Pertes républicaines à Savenay:

– On dénombrera 30 morts et 200 blessés.

Lettre adressée au Comité de Salut Public par François-Joseph Westermann, appelé « le boucher des Vendéens » :

« Il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m’aviez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes qui, au moins pour celles-là, n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé. (…) Mes hussards ont tous à la queue de leurs chevaux des lambeaux d’étendards brigands. Les routes sont semées de cadavres. Il y en a tant que, sur plusieurs endroits, ils font pyramides. On fusille sans cesse à Savenay, car à chaque instant il arrive des brigands qui prétendent se rendre prisonniers. Kléber et Marceau ne sont pas là. Nous ne faisons pas de prisonniers, il faudrait leur donner le pain de la liberté et la pitié n’est pas révolutionnaire. »

1794

Lire : le sursaut

JANVIER

Le 16 janvier, Turreau demande des ordres clairs sur le sort des femmes et des enfants. Il expose son plan de bataille :

« Mon intention est bien de tout incendier, de ne réserver que les points nécessaires à établir les cantonnements propres à l’anéantissement des rebelles ; mais cette grande mesure doit être prescrite par vous. Je ne suis que l’agent passif des volontés du corps législatif… Vous devez également prononcer d’avance sur le sort des femmes et des enfants que je rencontrerai dans ce pays révolté. S’il faut les passer tous au fil de l’épée, je ne puis exécuter une pareille mesure sans un arrêté qui mette à couvert ma responsabilité… En huit jours, la Vendée doit être battue, tous les rebelles pressés entre moi, Haxo et Dutry, et si j’avais adopté une autre marche, j’aurais manqué mon but. »

– Le 17 : avec l’accord de la Convention, Louis Marie Turreau de Lignières, dit Turreau de Garambouville, lance ses « colonnes infernales » sur la Vendée.

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Après la défaite et le démembrement de l’armée vendéenne à Savenay, la Convention est déterminée à poursuivre la « pacification » des territoires insurgés. Robespierre et son gouvernement ne se font pas d’illusion : ils savent que le mouvement contre-révolutionnaire est fort, et puissamment soutenu par la population. La Convention doit appliquer à la règle les résolutions du 1er août 1793, à savoir, détruire la Vendée. Afin d’annihiler la rébellion, ils vont prendre des mesures expéditives : saccage des récoltes, destruction des villages, mise à mort des suspects, et saisie du bétail. Louis Marie Turreau de Lignières va s’appliquer à répandre partout la désolation par une politique de « terre brûlée ». Ses « colonnes infernales » vont se livrer durant cinq mois aux pires atrocités et massacres, n’épargnant que quelques villes majeures.

 

LES COLONNES INFERNALES

Pour accomplir sa tâche diabolique, Turreau divise son armée en douze colonnes. Elles ont pour mission de sillonner la contrée en restant au contact du gros des forces républicaines. Il a commandé aux généraux d’exterminer les « brigands », de détruire les moulins et les points de cantonnements des « Blancs ». En outre, ils ont ordre de s’emparer des récoltes et du bétail ; il faut pratiquer une politique de « terres brûlées » et affamer l’ennemi… Les généraux devront juger dans l’urgence les prisonniers qui n’ont pas levé les armes contre la République, et massacrer les autres. De nombreux généraux, comme le général Haxo, répugneront à exécuter de tels ordres jugés inhumains et sans intérêts, voire risqués pour leurs troupes. D’autres n’auront aucune vergogne à laisser libre cours à la sauvagerie et à la bestialité de leurs soldats sur les populations.

Les exactions des « Colonnes infernales » ont des effets terribles et destructifs dans une grande partie de l’est et du centre de la Vendée. Les communes sont dévastées par le feu destructeur des incendies, et leurs habitants sont exterminés. On recense en une seule journée des meurtres par centaines : c’est à un anéantissement organisé et général que se livrent les « Bleus » de la République ; probablement un génocide… Nul n’est à l’abri, et la furia meurtrière n’épargne personne. Il arrive souvent que, par méprise, même des Républicains soient abattus. On dénombre de nombreux massacres comme à la Gaubretière, Les Lucs, Légé, Les Epesses etc…

Vendéen défendant un calavaire

Vendéen défendant un calvaire

 

MARS

– Début de la Chouannerie.

En Vendée militaire, les rescapés des massacres perpétrés par les « Bleus » de la République contre les insurgés vendéens et les populations civiles tentent de se réorganiser, et de lutter contre les colonnes infernales de Louis Marie Turreau de Lignières. Au nord de la Loire, une révolte armée voit le jour. Ce mouvement réunit des Chouans, des chefs impliqués dans les révoltes paysannes de mars 1793, des soldats déserteurs, et les quelques survivants de la « Virée de Galerne ». C’est la Chouannerie ! L’insurrection naît dans une zone délimitée par la Mayenne et l’Ille-et-Vilaine, aux abords de Fougères, Vitré et Laval. Structuré en petits groupes de combattants, le conflit prend l’aspect d’une « guérilla ». Ces bandes armées ont pour chefs Jean Chouan (1757-1794), Aimé Casimir Marie Picquet du Boisguy (1776-1839) et Jean-Louis Treton (1770-1795), appelé « jambe d’argent ». Contraints à évoluer dans la clandestinité, ces hommes se savent condamnés à une mort assurée en cas de capture. Nombreux sont ceux qui, animés par la haine suite à l’extermination de toutes leurs familles, crient vengeance.

 

LES « BLANCS » REDRESSENT LA TÊTE

La sauvagerie des Républicains perpétrée à l’encontre des infortunés Vendéens ravive chez ces derniers la flamme de la survie qui semblait éteinte à tout jamais. Bientôt les rescapés des régions de l’Ouest, de la guerre et de ses atrocités, se redressent et font front en se ralliant derrière leurs deux derniers grands chefs, Jean Nicolas Stofflet et Charette de La Contrie : le plan d’extermination de la Vendée de Turreau a échoué…

En voulant éradiquer l’insurrection royaliste dans le sang et la terreur, Turreau va récolter un effet contraire à celui recherché. Il a maintenant face à lui un ennemi meurtri certes, mais déterminé à vendre chèrement sa peau.

– Le 13 mai : fin des « colonnes infernales ». Louis Marie Turreau de Lignières est destitué. Louis Antoine Vimeux (1737-1814) lui  succède. La Convention, qui a besoin de toutes ses forces militaires aux frontières, évacue la Vendée.

SA FIN DE CARRIÈRE

– Le 20 mai : Turreau est nommé gouverneur de Belle-Île.

– Le 28 septembre : il est arrêté et reste en prison toute une année. C’est l’occasion pour lui d’écrire ses « Mémoires pour servir à l’Histoire de la Vendée ».

1795

– Le 26 (4 brumaire) : fin de la Convention et début du Directoire.

– Le 19 décembre : Louis Marie Turreau de Lignières est acquitté par un tribunal militaire. Ce dernier atteste qu’il n’a été qu’un exécutant aux ordres reçus, et qu’il n’avait pas un rôle de premier ordre.

– En 1797, Turreau est réintégré dans l’armée de Sambre-et-Meuse.

CONSULAT, EMPIRE, ET FIN DE VIE

– Sous le Consulat, il commande dans l’armée d’Italie sous les ordres d’André Masséna (1758-1717).

Turreau est envoyé en Suisse à la tête de l’armée, puis prend temporairement le commandement de l’armée du Danube.

– De 1803 à 1811, il est envoyé aux Etats-Unis comme ambassadeur.

– Le 14 juin 1804, il est promu Grand officier de la Légion d’honneur.

– Le 13 mars 1812, Turreau est fait baron de l’Empire.

– En 1814, lors de la 1ère Restauration, il fait allégeance au roi Louis XVIII.

– En 1814, Turreau est promu sur la liste des bénéficiaires de la Croix de Saint-Louis. Cette distinction ne lui sera jamais remise, puisqu’il mourra avant de la recevoir, le 10 décembre 1816.

– Son nom apparaît sur la 15ème colonne de l’Arc de Triomphe de l’Etoile.

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