Les guerres de Vendée – Gaspard Augustin Bernard de Marigny

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LES GUERRES DE VENDÉE

 

Drapeau de l'Armée Catholique et royale de Vendée

Drapeau de l’Armée Catholique et royale de Vendée

 

GASPARD AUGUSTIN

RENÉ ÉTIENNE

 DE

BERNARD DE MARIGNY

(1754-1794)

Gaspard de Bernard de Marigny

Gaspard de Bernard de Marigny

« Le seul général vendéen à être tombé sous les balles des siens. »

 

Dieu-le-roi

INTRODUCTION

Les insurgés vendéens, sans préparation, sans expérience des armes, se sont tout de suite préoccupés de se choisir des chefs, des meneurs. C’est ainsi que des hommes tels que Cathelineau et Stofflet, issus des couches populaires, font leur apparition sur la scène vendéenne. Mais pour les guider, ce sont avant tout des seigneurs, anciens militaires et généraux, que les paysans du bocage et du pays de Loire sont allés chercher dans leur gentilhommière. Ces commandants de la première heure vont se comporter avec bravoure, et s’illustrer avec panache sur tout le théâtre du conflit, jusqu’à la mort. Nonobstant, ils vont faillir par leur esprit d’indépendance démesuré, par leur inaptitude à trouver un accord au-delà d’un événement, et par de nombreuses insuffisances sur le terrain. Exceptés peut-être Bonchamps, Royrand et Marigny, tous ne possédaient pas les tactiques et les stratégies nécessaires pour mener au combat des masses d’hommes qui venaient se rassembler spontanément autour d’eux. A leur corps défendant, il n’était certes pas facile de conduire des milliers de paysans qui s’en retournaient chez eux une fois la bataille terminée. De toute évidence, la Vendée a souffert de l’absence d’un véritable chef, à la fois militaire et politique. Il lui fallait un coordinateur sachant organiser ses troupes, fixer les orientations, et exploiter les victoires afin d’en tirer le meilleur profit. Il lui manquait un prince de sang, un Condé.

NAISSANCE

Gaspard Augustin René de Bernard de Marigny est un chef des armées vendéennes. Il naît le 2 novembre 1754 en l’hôtel des Regnon de Chaligny, à Luçon (Vendée). Il meurt fusillé à Combrand (Deux-Sèvres), le 10 juillet 1794. C’est aussi un cousin et ami de Louis de Salgues de Lescure.

FAMILLE

Bernard de Marigny est le fils d’Alexandre Pierre Gaspard Bernard de Marigny (date de la naissance inconnue-mort en 1765), et de Marie Marthe Monique Raymond de L’Estang. Son père exerce dans la Marine Royale.

DISTINCTIONS

– Chevalier de Saint Louis (1789).

– Ordre de Saint jean de Jérusalem.

FRATRIE

– Gaspard Augustin René Etienne Bernard de Marigny (1754-1794).

– Henri Bertrand Bernard de Marigny (1755- ?).

– Flore Bernard de Marigny (1756 ?).

JEUNESSE

Victoire de Donissan de La Rochejaquelein écrit à son sujet : « C’était un fort bel homme, d’une taille élevée et d’une grande force de corps; il était gai, spirituel, loyal et brave. Jamais je n’ai vu personne aussi obligeant : il était toujours prêt à faire ce qui était agréable aux autres ; au point que je me souviens que, comme il avait quelque connaissance de l’art vétérinaire, tous les paysans du canton venaient le chercher quand ils avaient des bestiaux malades. Il avait une extrême vivacité, et quand il s’animait, il s’exaltait d’une manière démesurée »

 20 ANS DANS LA MARINE !

– En 1765, Bernard de Marigny n’a que 12 ans à la mort de son père. Très lié à sa famille, dont il sera toujours très proche, il n’aura ni femme ni enfants. C’est tout naturellement qu’il suit les traces de son paternel, et devient élève à l’école royale militaire.

– Il a 17 ans lorsqu’il en sort avec le titre de Chevalier novice de Saint Lazare et du Mont Carmel.

– En 1771, le jeune Bernard de Marigny est garde de la marine. Il sert sur la Fortune en 1779, sur l’Iphigénie en 1780, et sur la Ceres.

– En 1782, il devient lieutenant de vaisseau dans la Royale sous l’Ancien Régime.

– Lors de la guerre d’Indépendance des États-Unis (1775-1783), Bernard de Marigny se bat sous les ordres de Louis Charles du Chaffault de Besné (1708-1794) et de Charles Henri d’Estaing (1729-guillotiné le 28 avril 1794).

 

– Lorsqu’éclate la Révolution, Bernard de Marigny commande le parc d’artillerie de Rochefort. Il y restera jusqu’en février 1792, date à laquelle il rejoint la capitale, accompagné des époux Lescure. Ils ont la ferme intention de rallier les frères du roi en exil. Mais ils décident de rester sur place et de protéger le roi en cas de nécessité. Le 10 août, lui et son cousin Lescure tentent de défendre les Tuileries avec la Garde constitutionnelle royale, mais ne parviennent pas à pénétrer dans le château. Dès le lendemain, alors qu’il est devenu très dangereux d’être noble et royaliste à Paris, tous deux choisissent de s’en retourner à Bressuire, dans le Poitou.

Prise des Tuileries

Prise des Tuileries

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1793

– C’est dans son château de Clisson, à Boismé, que Lescure accueille Marigny qui n’est plus en sécurité chez lui. Il y retrouve son autre cousin, La Rochejaquelein, qui lui aussi a participé à la défense des Tuileries.

– Mais le 9 avril, les hôtes des Lescure, le Marquis de Donissan, Marigny et le chevalier d’Essarts, sont arrêtés comme suspects et écroués à la prison de Bressuire. Seul La Rochejaquelein parvient in-extrémis à éviter les gardes républicains, et retourne chez lui dans les Deux-Sèvres. Il y passe quelques mois à l’abri, jusqu’à ce que survienne le décret de la Convention sur la levée en masse.

Des « braises » à Machecoul ! La Vendée est en ébullition. Le 24 février, la Convention décrète la levée en masse d’hommes valides pour aller faire la guerre aux frontières de l’Est. C’est ce facteur déclenchant qui va mettre le feu aux poudres dans toute la région. Lorsque les patriotes, vêtus de bleus, viennent à Machecoul pour assurer leur mission et procéder au tirage au sort, la population, furieuse, les reçoit à coup de fourches. L’émeute se transforme rapidement en un combat entre paysans et représentants républicains de la Convention (les « Bleus »). En quelques jours les rebellions vont s’enchaîner, et plusieurs villages tels que Chemillé, Saint-Florent-le-Vieil, ou encore Tiffauges, s’insurgent. Déjà les premiers morts tombent, lynchés par la furia populaire.

– Le 13 avril, un mois après les événements de Machecoul, la conscription parvient à Chatillon. Lejeune Henri de La Rochejaquelein  (21 ans) est sollicité par les 4000 paysans des paroisses, environnant la Durbelière. Tous sont en quête de se trouver un chef. Et « monsieur Henri », qui est un peu leur seigneur, semble être l’homme de la situation pour bouter ces « infâmes » Républicains hors de chez eux.

La Rochejaqelein

– Le 2 mai, La Rochejaquelein, qui a rallié l’insurrection à la tête des paysans de sa commune, marche sur Bressuire. Le général républicain Pierre Quétineau (né en 1756-guillotiné le 17 mars 1794), en infériorité numérique, abandonne la ville, et Marigny et Lescure sont libérés.

– Le soir même, Marigny, à la tête des paysans bressuirais, entre en sédition et rejoint la Grande armée catholique et Royale. Fort de son expérience à la compagnie des apprentis canonniers de Rochefort, il prend aussitôt le commandement de l’artillerie.

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L’HOMME

Gaspard de Marigny est un homme sévère avec les vaincus. Il se montre intraitable mais juste, et c’est ce qui fait de lui un chef apprécié de ses hommes. Sur le plan militaire il est, avec Bonchamps, l’un des généraux vendéens les plus efficaces. Il n’imagine pas l’indiscipline au sein d’une armée digne de ce nom ; n’est-ce pas ce qu’on lui a appris ? Sur les champs de bataille, comme à Savenay, il se distingue par sa vaillance et son intrépidité.  Au début de l’insurrection, s’il fait usage de la force, c’est uniquement pour contraindre ses soldats à l’obéissance.

En 1794, il signe un traité d’assistance mutuelle avec  les principaux chefs vendéens encore en vie : Stofflet, Charette et Sapinaud. Mais il tombe en désaccord avec Stofflet et Charrette, qui l’écartent du commandement suprême en lui attribuant un rôle subalterne. Il est alors accusé de ne pas avoir respecté les clauses du traité. Le pacte de Jallais déclare qu’aucune intervention de grande envergure ne doit être enclenchée sans l’accord unanime des trois autres commandants. Pour l’avoir transgressé, il sera traduit en conseil de guerre et fusillé.

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Au fil des combats, Marigny va être soumis à d’épouvantables sauvageries. Plongé constamment dans l’horreur, il va devenir de plus en plus féroce.  Nombre de chefs royalistes, notamment son ami et cousin Lescure, vont tenter de calmer la violence de son comportement. Mais après la « Virée de Galerne » et la fureur destructrice des colonnes infernales de Turreau, Marigny devient impitoyable. Pour lui, chaque soldat « Bleu » est un meurtrier, un violeur et un bourreau du peuple vendéen. Désormais, chaque républicain qu’il croisera sur son chemin devra en payer le prix, et sera abattu. A l’image de Westermann le « boucher » chez les « Bleus », il ne fera plus de prisonniers.

« M. de Marigny fut nommé général de l’artillerie. Il s’entendait parfaitement à cette partie de l’art militaire: pendant la guerre contre l’Angleterre, il avait pris part à plusieurs débarquements, et il avait plus d’expérience que la plupart des officiers; mais il s’échauffait au point de perdre complètement la tête; aussi a-t-il nui quelquefois aux succès de l’armée, à laquelle cependant ses talents ont bien plus souvent servi. Il faut encore attribuer à cette espèce d’égarement et de vertige sa dureté et son inhumanité envers les vaincus. Presque jamais il n’en épargnait aucun, quelque représentation qu’on pût lui faire; il était fortement persuadé que cela était utile au parti. Au milieu de ses cruautés, il continuait à se montrer, avec ses camarades et ses soldats, l’homme le meilleur et le plus affable; aussi était-il fort aimé; on ne pouvait s’empêcher de lui être très-attaché. »

Cité par Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein. (Mémoires).

Dieu-le-roi

Durant cette période où la barbarie est omniprésente et où l’horreur est quotidienne, il faut relativiser la conduite de  Marigny. Comment être le témoin passif de tant d’atrocités alors que tout un peuple disparaît dans ce qui semble bien être un génocide ? Les blessés sont systématiquement massacrés, ainsi que les vieillards, les femmes, et les enfants. Comment ne pas perdre toute notion de pitié et rester magnanime envers l’ennemi qui se conduit comme un sauvage ? Charrette et Stofflet eux-mêmes, qui n’ont pas été épargnés par toutes ces cruautés et ont subi les mêmes exactions, n’ont-ils pas abandonné quelque peu de leur miséricorde et de leur mansuétude dans cette guerre ?

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PRINCIPAUX CHEFS HISTORIQUES VENDÉENS :

  1. Jacques Cathelineau (1759-1793).
  2. Maurice Gigost d’Elbée (né en 1752- fusillé le 9 janvier1794).
  3. Charles de Bonchamps (1760-1793).
  4. François Athanase Charette de La Contrie (né en 1763- fusillé le 29 mars 1796).
  5. Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein (1772-1794).
  6. Louis-Marie de Salgues, marquis de Lescure (1766-1793).
  7. Jean-Nicolas Stofflet (né en 1753- fusillé le 25 février 1796).
  8. Antoine-Philippe de la Trémoille, prince de Talmont (né en 1765-guillotiné le 27 janvier1794).
  9. Gaspard Augustin René Bernard de Marigny (1754-1794).

 

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PRINCIPAUX COMMANDANTS RÉPUBLICAINS :

  1. Jean Baptiste Camille de Canclaux (1740-1817).
  2. Jean-Michel Beysser (né en 1753- guillotiné le 13 avril 1794).
  3. Jean François Berruyer (1741-1804).
  4. Armand-Louis Gontaut, duc de Biron (né en 1747-guillotiné le 31 décembre 1793).
  5. Alexis François Chalbos (1736-1803).
  6. Jean-Baptiste Kléber (1753-1800).
  7. François Séverin Marceau-Desgraviers (1769-1796).
  8. François Nicolas Benoit Haxo (1749-1794).
  9. François-Joseph Westermann (né en 1751- guillotiné le 5 avril 1794).
  10. Antoine-Joseph Santerre (1752-1809).
  11. Louis Marie Turreau de Lignières, dit Turreau de Garambouville (1756-1816).
  12. Louis Lazare Hoche (1768-1797).

 

 

 

index

FAITS D’ARMES ET PARTICIPATION

AUX BATAILLES

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1793

MARS

– Du 2 au 4 : premières émeutes à Cholet (Maine-et-Loire).

– Le 10 mars : Insurrection à Machecoul.

– Du 11 au 12 : 1er soulèvement de Beauvoir. Création du Tribunal révolutionnaire, échauffourées à St Florent le Vieil.

– Le 11 : les insurgés prennent Machecoul (Loire-Inférieure) et massacrent la population. C’est le début historique de la Guerre de Vendée. Jacques Cathelineau prend la tête des Vendéens.

Massacre de Machecoul

Massacre de Machecoul

– Le 12 : soulèvement dans les Mauges (St Florent le Vieil).

– Le 13 : les « Blancs » prennent Saint-Fulgent, Beaupréau, Mortagne, et Montaigu. La division de Cholet et de Baupréau totalise 9000 hommes, sous le commandement du général Maurice Gigost d’Elbée.

Chute de Cholet ! L’armée vendéenne, qui est devenue « Armée catholique et royale », se donne comme chef Jacques Cathelineau. Avec ce général à son image, simple colporteur et sacristain de Pin-en-Mauges, le soulèvement vendéen va commencer par une succession de victoires. Cette armée de paysans réussit à s’emparer de Cholet, puis va progresser en direction de Chalonnes-sur-Loire (au sud d’Angers), pour se diriger sur Thouars. Désormais nanti du titre de « généralissime », Cathelineau va organiser ses forces avec, à ses côtés, des militaires nobles tels que La Rochejaquelein, François Athanase Charette de La Contrie, ou Maurice Gigost d’Elbée.

 MAI

– Le 5 : prise de Thouars.

Victoire des « Blancs » commandés par Jacques Cathelineau, Charles de Bonchamps, Bernard de Marigny, Henri de La Rochejaquelein, et Louis de Lescure. La ville était défendue par l’armée des « Bleus » de Pierre Quétineau (né en 1756-guillotiné le 17 mars 1794). Les villes de Bressuire et de Parthenay sont investies par les Vendéens.

 

Chute de Thouars ! En avançant le long de la Loire, les insurgés vendéens passent près d’Angers, mais progressent aussi plus au sud, et le 5 mai s’emparent de Thouars. Puis, le 25 mai, ce sera au tour de Fontenay-le- Comte de chuter. Mais leur marche en avant vers l’est a atteint son point extrême et l’Armée Catholique Royale ne franchira guère la ligne Saumur-Thouars-Parthenay.

– Le 16 : 1ère bataille de Fontenay le Comte.

Victoire républicaine du général révolutionnaire Alexis François Chalbos, face à l’armée insurgée des « Blancs » commandée par Jacques Cathelineau, La Rochejaquelein, Lescure, d’Elbée, Stofflet, et Gaspard de Marigny.

– le 25 : 2ème bataille de Fontenay le Comte. La rébellion, partie des Mauges, se répand dans le sud de l’actuelle Vendée. La ville de Fontenay le Comte, commune d’importance dans la région, est prise par les « Blancs ».

Victoire des Vendéens, commandés par Lescure, Jacques Cathelineau, La Rochejaquelein, Stofflet et Gaspard de Marigny, face aux forces républicaines placées sous les ordres des généraux républicains Alexis François Chalbos et  Jean-Baptiste Nouvion (1753-1825).

 

Fontenay le Comte

Fontenay le Comte

JUIN

– Le 7 : bataille de Doué.

Début juin, les forces Vendéennes lancent une offensive sur Saumur. Sur leur itinéraire ils s’emparent de Doué-la-Fontaine et Montreuil- Bellay.

Victoire des forces vendéennes, placées sous les ordres des généraux Jacques Cathelineau, La Rochejaquelein, Lescure, Stofflet, Jacques-Nicolas de Fleuriot de La Freulière (1738-1824), Jean-Baptiste-Louis-Étienne de Dommaigné (1749-1793) et Gaspard de Marigny, face aux troupes républicaines (les Bleus), placées sous les ordres de François Leigonyer (1740-1807).  

 

Jean-Louis de Dommaigné

Jean-Louis de Dommaigné

Chute de Saumur ! Le 9 juin, l’armée des « Blancs » s’empare de Saumur. C’est alors qu’il est décidé de franchir la Loire. Jusqu’alors, la marche en avant des insurgés vendéens avait eu pour limite le nord du grand fleuve, alors qu’au sud elle avait atteint Fontenay-le-Comte. Les chefs délibèrent alors : est-il préférable de prolonger leur contrôle sur tout l’Ouest, ou bien faut-il remonter le cours de la Loire en direction de Tours, puis marcher sur Paris ? Finalement, ce sera Nantes ! Mais si Angers tombera sans trop de difficultés, il n’en sera pas de même pour Nantes, qui s’accrochera solidement et résistera aux Vendéens.

– Le 9 : bataille de Saumur. La ville est prise d’assaut par les forces vendéennes de l’Armée catholique et royale.

Victoire des forces vendéennes, les « Blancs », commandées par Jacques Cathelineau, La Rochejaquelein, Lescure, Stofflet, Jacques-Nicolas de Fleuriot de La Freulière (1738-1824), Jean-Baptiste-Louis-Étienne de Dommaigné (1749-1793) et Gaspard de Marigny, face aux troupes républicaines placées sous les ordres des généraux républicains « Bleus », Jacques-François de Menou, baron de Boussay (1750-1810), Charles François Duhoux d’Hauterive (1736-1799), Antoine-Joseph Santerre (1752-1809), Louis-Alexandre Berthier (1753-1815), et Guy Coustard de Saint-Lo (1752-1825).

– Le 12 : Jacques Cathelineau est élu premier généralissime des insurgés vendéens.

Jacques Cathelineau généralissime ! L’Armée vendéenne, qui est devenue « Armée catholique et royale », se donne comme chef Jacques Cathelineau. Avec ce général à son image, simple colporteur et sacristain de Pin-en-Mauges, le soulèvement vendéen va commencer par une succession de victoires. Désormais nanti du titre de « généralissime », Cathelineau va organiser ses forces avec, à ses côtés, des militaires nobles tels que La Rochejaquelein, François Athanase Charette de La Contrie ou Maurice Gigost d’Elbée.

– Le 29 : bataille de Nantes.

 Défaite des « Blancs » de l’Armée catholique et royale à Nantes. Jacques Cathelineau est gravement blessé ; il mourra des suites de ses blessures le 14 juillet 1793. Cet échec des « Blancs » marque un tournant crucial dans l’Histoire du soulèvement vendéen.

Siège de Nantes

Siège de Nantes

« Le siège de Nantes est peut-être l’événement militaire le plus important de notre Révolution. Peut-être les destinées de la République étaient-elles attachées à la résistance de cette ville. »

Cité par Louis Marie Turreau de Lignières, dit Turreau de Garambouville (1756-1816).

 

Louis Marie Turreau

Louis Marie Turreau

 

Résistance à Nantes ! Après la chute d’Angers, Jacques Cathelineau et l’Armée Catholique Royale atteignent les portes de Nantes. Mais la population résiste. Elle a pris le parti de se défendre et attend résolument l’affrontement. Répartis au nord et au sud de la cité, les 30 000 soldats des colonnes vendéennes vont devoir se battre contre 12 000 citadins prêts à en découdre. Les Nantais, mieux organisés bien qu’en infériorité numérique, parviendront à repousser les royalistes, qui abandonneront la bataille et feront retraite. Le grand chef Jacques Catelineau est blessé au cours de l’assaut ; il mourra le 14 juillet suivant. Cette bataille marque le tournant de la guerre, et la progression des vendéens est momentanément ralentie. Certes les « Blancs » subissent un échec cuisant, mais à Paris l’on prend conscience du poids de la menace. Dans la capitale, à la Convention, dorénavant dirigée par Robespierre « l’incorruptible », l’on réfléchit sérieusement à la riposte.

 

JUILLET

Le 19 : l’armée nomme d’Elbée généralissime ; on attendait Charles de Bonchamps et c’est d’Elbée qui est élu. Aussitôt, il quadrille la Vendée en quatre divisions. Chacune a son territoire et son chef.

DIVISION GÉNÉRAL ADJOINT
L’Anjou Charles de Bonchamps Charles-Marie d’Autichamp
Le Poitou Louis-Marie Lescure La Rochejaquelein
Le Centre Charles de Royrand Chevalier de Cumont
La Basse Vendée Guy Joseph de Donissan Charrette de La Contrie

– Le 5 : bataille de Châtillon.

Victoire des forces vendéennes, les « Blancs », commandées par La Rochejaquelein, Lescure, Stofflet, Gaspard de Marigny, et Bonchamps, face à l’armée républicaine placée sous les ordres de François-Joseph Westermann.

– Le 15 : bataille de Martigné-Briand.

Victoire de l’armée républicaine placée sous les ordres de Jacques Marguerite Pilotte de La Barollière (1746-1827), face aux forces vendéennes commandées par La Rochejaquelein, Lescure, Gaspard de Marigny, et Bonchamps.

Jacques Marguerite Pilotte de La Barollière (1746-1827) était un général de la Révolution et de l’Empire. Le 16 octobre 1803, il fut le 1er à recevoir la légion d’honneur par Napoléon 1er.

Tous mes remerciements à Monsieur Daniel Pilotte de La Barollière pour m’avoir fourni ces précieuses informations concernant son aïeul.

 

AOÛT

– Le 14 : 3ème bataille de Luçon.

Défaite des forces vendéennes placées sous les ordres des chefs La Rochejaquelein, d’Elbée, Lescure,  Gaspard de Marigny, Jean-Baptiste Joly (né en 1750 ou 1760-mort en 1796), Charrette de La Contrie, Antoine-Philippe de la Trémoille et Charles Augustin de Royrand (1731-1793).

SEPTEMBRE

Après la victoire de Chantonnay, d’Elbée est reconduit comme généralissime. Il n’obtient pas toutes les faveurs de ses condisciples mais reste cependant le chef de l’armée. Il procède à un nouveau remaniement de ses forces.

DIVISION GÉNÉRAL
L’Anjou et le Poitou Maurice Gigost d’Elbée
Pays de Retz et Marais François Athanase Charrette de La Contrie
De la Loire à Saumur Charles de Bonchamps
Les Mauges Henri du Vergier de La Rochejaquelein
Le Nord Deux-Sèvres Louis-Marie de Salgues Lescure
Le bocage vendéen Charles de Royrand
La cavalerie Antoine Philippe de la Trémoile,Talmont
Major général Jean-Nicolas Stofflet

 

OCTOBRE

– Le 17 : 2ème Bataille de Cholet.

Déroute des « Blancs » de l’Armée catholique et royale commandée par les généraux d’Elbée, La Rochejaquelein, Royrand (1731-1793), Bernard de Marigny, François Jean Hervé Lyrot (1732-1793) et  Piron de La Varenne (1755-1794), face à l’Armée républicaine placée sous les ordres des généraux Jean Léchelle (1760-1793), Jean-Baptiste Kléber, Marceau-Desgraviers, Michel de  Beaupuy (1755-1796), Nicolas Haxo, Louis Antoine Vimeux (1737-1814), Marc Scherb (1747-1838),  Antoine Bard (1759-1837), Alexis Chalbos, François Muller (1764-1808), et François-Joseph Westermann.

Les chefs vendéens Maurice Gigost d’Elbée et Charles de Bonchamps seront grièvement blessés lors de la bataille.

– Les « Blancs » reculent sur Beaupréau.

Défaite à Cholet ! Presque sept mois jour pour jour, après avoir été victorieux le 14 mars à Cholet, les vendéens essuient dans la même ville une cuisante défaite. La cité est reconquise par des Républicains en surnombre. La défaite se transforme vite en débâcle et 30 000 Vendéens, suivis de leurs familles, refluent à quarante kilomètres au nord de Cholet pour franchir la Loire. Dans la soirée et la nuit du 18 au 19 octobre, ils seront entre 60 000 et 100 000 à traverser le grand fleuve pour se diriger vers la Bretagne. Commence alors la « Virée de Galerne» (définition celte d’un vent de nord-ouest). Le but avoué des « Blancs » est de faire la jonction avec les Chouans et de se diriger sur Granville en passant par Laval. Là ils attendront, dans le port normand, la flotte anglaise promise et les renforts tant espérés.

– Le 18 : entre 60 000 à 100 000 Vendéens passent la Loire. Mort de Bonchamps.

– Le 20 : début de la « Virée de Galerne ». Henri de La Rochejaquelein est nommé général en chef en remplacement de Maurice Gigost d’Elbée, blessé le 17 lors de la bataille de Cholet.

– Le 21 : les « Blancs » s’emparent de Château-Gontier.

– Le 27 : bataille d’Entrammes.

 

Bataille d'Entrammes

Bataille d’Entrammes

Victoire de l’Armée vendéenne et chouanne, les « Blancs », commandée par les chefs Henri de La Rochejaquelein, Jean-Nicolas Stofflet, Antoine-Philippe de la Trémoille, prince de Talmont, Bernard de Marigny, Charles de Royrand (1731-1793), et Jean Chouan (1757-1794), face à l’armée républicaine des « Bleus », placée sous les ordres des généraux républicains Jean Léchelle (1760-1793), Jean-Baptiste Kléber, Michel de  Beaupuy (1755-1796), François-Joseph Westermann, Alexis Chalbos, François Muller (1764-1808), Louis Thévenet dit Danican (1764-1848), et Louis Blosse (né en 1753-1793, mort au cours de la bataille). 

 

Jean Chouan

Jean Chouan

DÉCEMBRE

Du 12 au 13 : bataille du Mans.

Victoire décisive de l’armée républicaine commandée par Marceau-Desgravier, Jean-Baptiste Kléber, François-Joseph Westermann, François Muller (1764-1808), Jacques Louis François de Tilly (1749-1822), Henri-Pierre Delaage (1766-1840), et François Carpantier (1751-1813), face aux forces vendéennes et chouannes placées sous les ordres des chefs Henri de La Rochejaquelein, Stofflet, Antoine-Philippe de la Trémoille, Henri Forestier (1775-1806), Bernard de Marigny, François Jean Hervé Lyrot (1732-1793), et Charles de Beaumont, d’Autichamp (1770-1859).

 

Bataille du Mans

Bataille du Mans

– Le 23 : massacres de Savenay. C’est la fin de la « Virée de Galerne ».

Les rescapés de l’Armée royale catholique sont exterminés à Savenay par la « fureur meurtrière » des « Bleus » républicains. Seuls 4 à 5000 survivants réussissent à traverser la Loire, avec à leur tête Henri de La Rochejaquelein et Jean-Nicolas Stofflet. La « virée de Galerne » est terminée.

Savenay, un rendez-vous avec la mort. La défaite du Mans entraîne une débâcle des restes de l’armée des « Blancs ». Entre 15 à 20 000 rescapés de la « Virée de Galerne » essaient par tous les moyens de rentrer dans leurs foyers. Mais leurs ennuis ne sont pas terminés : ils doivent franchir un écueil important, la Loire. L’armée républicaine, commandée par Kléber, Marceau et Westermann, est à leurs trousses. Les Royalistes sont bientôt rejoints à Savenay, près de Nantes. Les ordres des « Bleus » sont précis : ils doivent exterminer tous les contre-révolutionnaires qu’ils trouveront sur leur chemin. Le massacre est sans précédent ; on dénombrera environ 15 000 corps vendéens jonchant le sol ensanglanté de Savenay et des terres environnantes. Seuls 4000 hommes arrivent à prendre la fuite et à échapper au carnage. Ainsi prend fin la période des grandes batailles de Vendée, mais la guerre n’est pas pour autant finie. Ce qui va suivre sera particulièrement atroce, avec les exactions des « colonnes infernales de Turreau » qui vont affronter les forces de Charrette et de Stofflet dans un combat d’anéantissement.

Pertes vendéennes à Savenay :

– Entre 3000 et 7000 morts au combat ou exécutés sommairement. On dénombrera avant la bataille entre 4000 et 6000 non-combattants (blessés, femmes, enfants…)

– 662 prisonniers seront fusillés, 1679 femmes et enfants prisonniers seront exécutés lors des fusillades et noyades de Nantes.

Pertes républicaines à Savenay:

– On dénombrera 30 morts et 200 blessés.

Lettre adressée au Comité de Salut Public par François-Joseph Westermann, appelé « le boucher des Vendéens » :

« Il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m’aviez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes qui, au moins pour celles-là, n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé. (…) Mes hussards ont tous à la queue de leurs chevaux des lambeaux d’étendards brigands. Les routes sont semées de cadavres. Il y en a tant que, sur plusieurs endroits, ils font pyramides. On fusille sans cesse à Savenay, car à chaque instant il arrive des brigands qui prétendent se rendre prisonniers. Kléber et Marceau ne sont pas là. Nous ne faisons pas de prisonniers, il faudrait leur donner le pain de la liberté et la pitié n’est pas révolutionnaire. »

 Dieu -le -roi 2

1794

MARS

– Début de la Chouannerie.

En Vendée militaire, les rescapés des massacres perpétrés par les « Bleus » de la République contre les insurgés vendéens et les populations civiles tentent de se réorganiser, et de lutter contre les colonnes infernales de Louis Marie Turreau de Lignières. Au nord de la Loire, une révolte armée voit le jour. Ce mouvement réunit des Chouans, des chefs impliqués dans les révoltes paysannes de mars 1793, des soldats déserteurs, et les quelques survivants de la Virée de Galerne. C’est la Chouannerie ! L’insurrection naît dans une zone délimitée par la Mayenne et l’Ille-et-Vilaine, aux abords de Fougères, Vitré et Laval. Structuré en petits groupes de combattants, le conflit prend l’aspect d’une « guérilla ». Ces bandes armées ont pour chefs Jean Chouan (1757-1794), Aimé Casimir Marie Picquet du Boisguy (1776-1839) et Jean-Louis Treton (1770-1795), appelé « jambe d’argent ». Contraints à évoluer dans la clandestinité, ces hommes se savent condamnés à une mort assurée en cas de capture. Nombreux sont ceux qui, animés par la haine suite à l’extermination de toutes leurs familles, crient vengeance.

– Du 23 au 25 : Bataille de Mortagne.

Victoire des forces vendéennes placées sous les ordres de Jean-Nicolas Stofflet, de Charles Sapinaud de La Rairie (1760-1829), et de Bernard de Marigny qui s’emparent de la ville.

– Le 28 : bataille des Ouleries.

Victoire des forces vendéennes commandées par Jean-Nicolas Stofflet et Bernard de Marigny, face aux républicains du général Joseph Crouzat (1735-1825).

 

Bataille des Ouleries le cimetière des martyrs

Bataille des Ouleries le cimetière des martyrs

AVRIL

– Le 22 : pacte de Jallais.

Charette de La Contrie, Jean-Nicolas Stofflet, Charles Sapinaud de La Rairie, et Bernard de Marigny ne pouvant choisir un généralissime, conviennent de se prêter mutuellement assistance. Cet accord sera fatal à Marigny. Il sera destitué pour être arrivé trop tard à la bataille de Chaudron-en-Mauges ; vexé il regagne le Haut-Poitou. Le 29, il sera condamné à mort par un conseil de guerre vendéen, et sera fusillé le 10 juillet à Combrand (Deux-Sèvres), par les hommes de Jean-Nicolas Stofflet.

Gaspard de Bernard de Marigny

Gaspard de Bernard de Marigny

JUILLET

– Le 10 : Bernard de Marigny est fusillé par les hommes de Jean-Nicolas Stofflet.

– Le 18 : mort de Jean Chouan (1757-1794).

 LE CLIN D’ŒIL !

Étrange comportement de la part de ces hommes robustes et endurcis à la fatigue… Ils redoutent le prêtre et le sorcier, observent une religiosité bienveillante lors des messes, et  contemplent avec attention la grande pierre mystérieuse qui se dresse dans les bruyères. Dans un même élan, tous ces braves se rassemblent au son du tocsin. Ils quittent leurs champs, remplissent leurs musettes de pain pour trois ou quatre jours, pas plus, et prennent la route pour aller au combat. Ils portent leurs chapelets autour du cou, arborent sur la poitrine un crucifix ou l’image d’un saint vénéré. Certains cousent sur leurs vêtements un Sacré-Cœur en laine rouge. D’autres décorent leurs chapeaux de cocardes blanches, vertes ou rouges, de papiers de couleurs variées, ou de plumes et de rubans.

 

Chapeau rabalet des paysans de 1793

Chapeau rabalet des paysans de 1793

 

Un prisonnier témoin raconte : « Pendant la marche, un morne silence était observé dans toute la colonne ; les soldats portaient leurs chapelets dans leur mains avec leurs armes, et on n’entendait que les prières qui étaient récitées et le chant des hymnes religieux. Tout cela formait un spectacle singulier ».

 

 Dieu le roi

 

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