Philippe VI et la discorde franco-anglaise

LA GUERRE DE CENT ANS

De 1337 à 1453

Blason du royaume d’Angleterre

Blason du royaume de France

LES VALOIS DIRECTS

Armes des rois de France

 

 PHILIPPE VI ET LA DISCORDE

FRANCO-ANGLAISE

1328-1338

Le 26 août 1346, la défaite de Crécy-en-Ponthieu, entre Amiens et l’embouchure de la Somme, sonne le début de la guerre de Cent Ans. La chevalerie française est décimée par les archers anglais.

UNE GUERRE QUI ALLAIT DURER CENT SEIZE ANS…

 

PHILIPPE VI DE VALOIS

Philippe de Valois est roi de France de 1328 à 1350 sous le nom de Philippe VI. Il est le fils de Charles de Valois et de Marguerite d’Anjou. Il naît en 1293, et meurt le 22 août 1350 à Nogent-le-Roi. Il est issu de la branche cadette de la maison capétienne (dite maison de Valois, fondée par son père Charles de Valois, frère cadet de Philippe IV le Bel).

Philippe VI de Valois

En conflit avec Édouard III d’Angleterre, Philippe finira par obtenir de celui-ci l’hommage pour la Guyenne. Mais leurs mésententes pour le contrôle des Flandres, l’alliance franco-écossaise et la nécessité de justifier les impôts supplémentaires, conduiront à la Guerre de Cent Ans.


CONTEXTE

De nombreuses querelles entre la France et l’Angleterre conduisirent, en 1337, au début de la Guerre de Cent Ans.

Un bon nombre de souverains anglais avaient été contraints de prêter allégeance au roi de France pour leurs domaines et possessions situés sur le sol français de cette époque, ce que l’orgueil d’Édouard III, roi d’Angleterre, ne pouvait supporter.

Mais d’autres revendications le poussèrent à la guerre. Depuis longtemps, la Manche était le théâtre de heurts entre navires anglais et français. Plus insupportable encore pour le roi Édouard, les Français ne cessaient d’inciter et d’aider l’Écosse, alors en guerre contre l’Angleterre.

A cela, il faut ajouter les affrontements permanents entre Plantagenêt et Capétiens pour la souveraineté et le contrôle des fiefs de Guyenne. Autant d’événements qui ne feront qu’augmenter les tensions entre les deux royaumes.

En 1328, le roi de France Charles IV le Bel mourut sans héritier. Philippe de Valois fut couronné roi de France, et réclama l’allégeance d’Édouard III, roi d’Angleterre. Mais celui-ci avait des exigences sur le trône de France, par sa mère Isabelle (fille de Philippe le Bel). Ce fut une bonne occasion pour lui d’engager une guerre qui allait durer 116 ans.

CHRONOLOGIE

Charles IV le Bel a eu trois épouses :         

Blanche de Bourgogne (1308-1322) En 1322, le mariage sera annulé par le pape Jean XXII pour cause d’affinité (parenté supposée entre les deux époux).

Le pape Jean XXII annulant le mariage de Charles IV et de Blanche de Bourgogne. Enluminure du XIVème siècle.

Marie de Luxembourg (1322-1324) Le 21 septembre 1322 à Provins, Charles épouse en secondes noces Marie de Luxembourg.  Marie lui donnera une fille, qui ne survivra pas. Le 21 mars 1324, au cours d’un voyage à Issoudun en Berry, Marie de Luxembourg est victime d’un accident de la route. Sa voiture se renverse, et cause la mort de la reine et de l’enfant qu’elle portait.

Le mariage de Charles IV le Bel et de Marie de Luxembourg. Miniature tirée des Grandes Chroniques de France enluminées par Jean Fouquet, vers 1455-1460.

Jeanne d’Évreux (1324-1328) Le roi Charles est toujours sans héritier mâle. Le 5 juillet 1324, il épouse en troisièmes noces sa cousine, Jeanne d’Évreux. Mais cette dernière accouche en 1325 d’une première fille prénommée Jeanne, et l’année suivante, d’une seconde fille, Marie.

Jeanne est de nouveau enceinte à la mort du roi, en 1328. Il faudra attendre la naissance de l’enfant pour savoir si enfin c’est un garçon. Dans ce cas, la dynastie des Capétiens ne s’éteindrait pas et conserverait le trône de France. Mais c’est encore une fille, Blanche, qui naît le 1er avril 1328.

1328

A la mort de Charles IV le Bel, le dernier des Capétiens directs, le royaume de France est sans héritier. Deux hommes peuvent prétendre à la couronne de France : Philippe de Valois, le neveu de Philippe le Bel (fils de son frère Charles de Valois), et Édouard III, le petit-fils de Philippe le Bel (par sa mère Isabelle de France). Le choix des pairs de France va se porter sur Philippe de Valois, qui prend le nom de Philippe VI. Il devient ainsi le premier des Valois, une dynastie qui régnera sur le royaume de France jusqu’en 1589.

1331

En conflit avec Édouard III d’Angleterre, Philippe finit par obtenir de celui-ci l’hommage lige pour les possessions anglaises dans le sud-ouest de la France, la Guyenne, et la Gascogne. Comme ses prédécesseurs sur le trône d’Angleterre, Édouard est vassal du roi de France, en application des accords du traité de Paris du 4 décembre 1259.

Le 4 décembre 1259, à la suite du Traité de Paris (ou d’Abbeville), Saint Louis reçoit l’hommage-lige de Henri III d’Angleterre.

4 décembre 1259 – Traité de Paris

Louis IX restitue à Henri III d’Angleterre le Limousin, le Périgord, le Quercy, l’Agenais, et une partie de la Saintonge, mais conserve la Normandie, la Touraine, l’Anjou, le Maine, et le Poitou pris à Jean sans Terre.

Hommage lige d’Édouard III à Philippe VI pour la Guyenne en 1329

Mais leurs intrigues pour le contrôle des Flandres, l’alliance franco-écossaise, et la nécessité de justifier les impôts supplémentaires, vont aboutir à la guerre de Cent Ans.

1332-1333

Les émissaires anglais et français tentent de régler à l’amiable le problème des possessions anglaises d’Aquitaine qui, à ce jour, n’a jamais été vraiment tranché. Aucun compromis concernant la position juridique d’Édouard III n’est trouvé, encore moins sur le statut et les superficies des domaines qu’il possède.

1336

Édouard III interdit l’exportation des laines anglaises vers la Flandre, un comté appartenant au roi de France. Cette décision, qui s’apparente à un blocus, contraint les drapiers des grandes villes de Flandre (Gand, Bruges, Ypres) à se mettre en relation avec Édouard III, le roi d’Angleterre, pour y chercher un accord commercial.

LE CASUS BELLI…

1337

Le 24 mai

Philippe VI s’empare de la Guyenne, qui est bientôt envahie par l’ost royal.

Le royaume de France au début de la Guerre de Cent Ans

La Toussaint

Édouard III envoie son « défi » à « Philippe de Valois qui se prétend roi de France ». C’est le début de la guerre…

Le 28 décembre

Les bourgeois de Gand se révoltent contre leur comte Louis de Nevers (Louis Ier de Flandre). Ils jugent sa politique favorable à la France.

Armes du comte de Flandres

1338

Le 11 avril 1338

Les Gantois, avec à leur tête Jacques van Artevelde (un chef bourgeois très populaire), refoulent l’avant-garde de l’armée royale française.

Le 23 avril

Artevelde bat la chevalerie du comte de Nevers devant le château de Biervliet, près de Terneuzen. L’autorité comtale de Louis de Nevers est anéantie. Jacques van Artevelde devient le véritable maître de la Flandre, et reprend le commerce avec Édouard III. Louis de Nevers s’enfuit de Gand à l’été 1338, et se réfugie à la cour de Philippe VI.

En septembre 

L’empereur Louis IV de Bavière nomme Édouard III vicaire impérial d’Allemagne et de France. Ce titre lui donne le droit de solliciter l’aide militaire des sujets du Saint Empire pour combattre la France. De son côté, le Valois est allié à la Castille.

1340-1347 : DÉFAITES DES ARMÉES FRANÇAISES

1340

En janvier

Édouard III se déclare roi de France. Un titre qu’il avait déjà exigé auparavant, en 1337.

Édouard III

Le 24 juin

Édouard III est victorieux lors des premiers combats de grande importance de la guerre, en Zélande, au nord de Bruges.

Zélande

Ses navires déciment ceux de la flotte française, pourtant en supériorité numérique, au cours de la bataille de l’Écluse. Cet affrontement est le premier succès sur mer de l’Angleterre. Il se termine par un désastre naval des forces maritimes de Philippe VI.

Bataille de l’Écluse

PERTES FRANÇAISES

Sur une flotte comptant 200 unités, seule une trentaine de navires échapperont au massacre et parviendront à prendre le large. Ils abandonnent 15 000 des leurs dans les profondeurs du Zwin, devenues rougeâtre du sang des cadavres. Les pertes anglaises ne sont pas connues.

Selon le chroniqueur anglais Thomas Walsingham (1360-1422), bénédictin de l’abbaye de Saint-Alban, qui relatera l’événement vingt années plus tard, les pertes côté Français seront estimées à 30 000 morts ; un chiffre qui paraît exagéré.

NAVIRES FRANÇAIS COULES :

Parmi la flotte française, de nombreuses nefs furent coulées, telles que la Hougue, le Saint-Jehan, le Saint-Jame, la Nostre-Dame, le Saint-Esperit, la Jehannète, la Pélerine, la Mignolète, la Sainte-Marie… Une sorte de « Trafalgar du Moyen Âge ».

CONSÉQUENCES

L’Écluse marque la fin du rêve de Philippe VI d’envahir l’Angleterre et de détruire sa flotte. La France, à ce moment-là, n’a plus de marine de guerre. Il ne lui reste plus que la chevalerie, mais celle-ci sera anéantie en 1346, au cours de la bataille de Crécy.

GUERRE DE SUCCESSION DE BRETAGNE

1341

Une nouvelle cause de querelles entre les deux royaumes voit le jour lorsque le duc de Bretagne, Jean III, meurt. La succession de ce dernier cause un nouveau « casus belli » entre les deux monarchies. Son demi-frère Jean de Montfort sollicite l’aide d’Édouard III contre Charles de Blois, un autre héritier à l’héritage. Celui-ci est l’époux d’une nièce du défunt duc Jean qui, lui, est soutenu par Philippe VI.

Le duc de Bretagne, Jean III, n’ayant pas voulu régler sa succession de son vivant, va déclencher un problème successoral et une guerre sanglante qui durera 23 ans : la guerre de Succession de Bretagne.

La guerre de Succession de Bretagne

Par l’arrêt de Conflans, le Valois Philippe VI reconnaîtra son neveu Charles de Blois duc de Bretagne, et recevra son hommage.

1342

En automne

Édouard III lance une expédition en Bretagne. Il envahit une partie du duché, et s’établit en laissant sur place des soldats pour occuper de nombreux châteaux et ports. Entre autres, le port de Brest, où les Anglais vont s’installer pour un demi-siècle.

1344

En octobre

Le pape Clément VI décide d’arrêter les belligérants dans leur escalade militaire. Français et Anglais se rencontrent à Avignon, mais les pourparlers de paix échouent.

1345

La population de Gand assassine Jean van Artevelde, le leader des drapiers de Flandre. Les Anglais n’ont plus l’aide des cités flamandes.

1346

Au printemps

Des affrontements entre Français et Anglais ravagent le sud-ouest de la France. Les troupes anglaises dévastent la région. Les Français contre-attaquent et essaient de reprendre Aiguillon ; ils y resteront cloués durant des mois.

En 1345-1346, pendant la guerre de Cent Ans, la ville, alors sous la domination de la couronne d’Angleterre, est assiégée par le duc Jean de Normandie (le futur roi de France Jean II le Bon).

Jean II le Bon

Le 3 août 1346, sur ordre de Philippe VI, Jean de Normandie abandonne le siège d’Aiguillon et marche le plus rapidement possible sur Paris, afin de participer à la défense de la capitale contre les attaques d’Édouard III.

En juillet

Édouard III débarque dans le Cotentin à la tête d’une armée d’invasion forte de 15 000 hommes. Il a le soutien du « dissident » normand Geoffroi d’Harcourt. Vers la fin juillet, il entame sa marche sur Paris.

Geoffroy d’Harcourt, dit « le Boiteux », était vicomte de Saint-Sauveur, maréchal d’Angleterre, et l’un des plus puissants seigneurs de Normandie.

Prise de Caen par Édouard III d’Angleterre et Geoffroy d’Harcourt.

Il  fut l’instigateur de la première invasion anglaise de la Normandie lors de la guerre de Cent Ans, aux côtés d’Édouard III. Il fut tué au combat en novembre 1356, près de Coutances.

Le 26 août : bataille de Crécy

Les armées anglaises et françaises se rencontrent à Crécy-en-Ponthieu. C’est une terrible défaite pour l’armée française, commandée par le roi Philippe VI de Valois. C’est le premier grand affrontement terrestre de la Guerre de Cent Ans, et un désastre pour la chevalerie française, qui sera décimée.

La bataille de Crécy

Résumé des événements

Le 11 juillet 1346, Édouard III embarque avec ses troupes à Portsmouth, et pose le pied en Normandie le lendemain. Il entreprend aussitôt une campagne ayant pour but initial de prendre Paris.

La bataille de Crécy

La bataille de Crécy se déroule le 26 août 1346. Elle oppose l’armée du royaume de France, commandée par Philippe VI de Valois, à l’armée d’Angleterre, menée par Édouard III Plantagenêt.

Ce dernier, à la tête d’une armée forte de 12 000 hommes environ, dont plus de la moitié sont des archers yeoman, a posé le pied sur le sol de France. Édouard III est venu pour saccager et piller les contrées proches des rivages de la Manche.

La bataille s’achèvera dans la nuit par une éclatante victoire de l’armée anglaise, pourtant en infériorité numérique, sur la chevalerie et la piétaille française et ses alliés. Elle sera un des affrontements majeurs de la Guerre de Cent Ans, et marquera la prédominance d’une technique traditionnelle : l’archerie.  

Un yeoman est, dans l’Angleterre médiévale, un paysan propriétaire de la terre qu’il cultive.

Lire : la bataille de Crécy

1347

Le 3août

Calais, assiégée par les Anglais, capitule après une résistance héroïque. La ville restera colonie anglaise durant deux siècles. C’est l’épisode des Bourgeois de Calais.

Le siège de Calais 1346-1347

L’histoire des « Six bourgeois de Calais » est un événement du début de la Guerre de Cent Ans qui a eu lieu le 3 août 1347, à la fin du siège de Calais par les Anglais.

L’encerclement de Calais dure maintenant depuis septembre 1346. Les survivants subissent des souffrances et des tourments terribles, et la population affamée est démunie par ce long siège meurtrier et inhumain. Pour épargner leurs compatriotes, et pour éviter qu’ils ne soient livrés aux déprédations et aux dégâts causés par une cité prise d’assaut, les Calaisiens acceptent les conditions posées par le monarque anglais Édouard III : six bourgeois, parmi les plus riches, doivent venir se rendre devant le souverain anglais, en chemise, pieds nus, et la corde au cou, afin d’être pendus.

Les Bourgeois de Calais

L’histoire a retenu que Philippa de Hainaut, la reine d’Angleterre, parviendra à convaincre son époux de laisser la vie sauve aux six bourgeois.

Récit du chroniqueur médiéval Jean Froissart dans l’ouvrage : « Les Chroniques de France ».

En septembre

Les deux camps concluent une trêve d’un an.

Jean Froissart naît vers 1337 à Valenciennes, et meurt vers 1410 à Chimay. Il est l’un des plus importants chroniqueurs de l’époque médiévale. Ses Chroniques couvrent la première moitié de la guerre de Cent Ans, à partir de la déposition d’Édouard II en 1326, jusqu’en 1400. Elles constituent une source indispensable pour la connaissance du XIVème siècle et de la culture chevaleresque de l’époque, en Angleterre et en France.

1348 -1349

La « peste noire », venue d’Orient par des bateaux italiens, déferle sur toute la France ; puis l’Angleterre est touchée à son tour. L’épidémie décime respectivement entre le huitième et le tiers de la population de chacun des pays. Elle brouille toute forme d’activité ; la société féodale est complètement désorganisée.

La trêve, conclue en 1347, sera plusieurs fois prolongée.

1350

Le 1er août

Philippe VI meurt. Son fils, Jean II le Bon, qui a livré bataille dans le sud-ouest de la France sans succès, lui succède. Jean II le Bon (c’est-à-dire le « brave ») devient roi.

Sources :

Photos publique Facebook

Les rois de France des Éditions Atlas (Valois directs).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Bourgeois_de_Calais

https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Cent_Ans

 

 

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2 réponses

  1. 23 mai 2022

    […] Lire : Philippe VI et la discorde franco-anglaise […]

  2. 7 juin 2022

    […] cérémonies de son sacre seront donc moins onéreuses et fastueuses que celles de son grand-père, Philippe VI de Valois, et celle de son père, Jean II le […]

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