Les Témoins du passé – L’Abbaye de Silvacane

LES TÉMOINS DU PASSÉ

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L’ABBAYE DE SILVACANE

Abbaye de Sylvacane (7)

La Roque-d’Anthéron

Blason de la ville de La Roque-d'Anthéron

Blason de la ville de La Roque-d’Anthéron

Bouches-du-Rhône

Blason du département des Bouches du Rhône

Blason du département des Bouches du Rhône

FONDATION : 1144.

CONGRÉGATION : Ordre cistercien.

PÉRIODE OU STYLE : Roman cistercien. Gothique pour le réfectoire.

DÉBUT DE CONSTRUCTION : 1175.

FIN DES TRAVAUX : 13ème siècle, 15ème pour le réfectoire.

DISSOLUTION : 1450.

ABBAYE-MÈRE : Abbaye de Morimond.

ABBAYE-FILLE : Abbaye Notre-Dame de Valsaintes.

PROTECTION : inscription sur la liste des monuments historiques de 1840.

L’ORDRE CISTERCIEN : vers le 12ème siècle, l’ordre monastique clunisien est à son apogée, et se manifeste ostensiblement par sa puissance, sa gloire,

Ordre cistercien

Ordre cistercien

et sa richesse. Un moine, du nom de Robert de Molesme, décide alors de revenir à la règle stricte de Saint Benoît, écrite en 534. Celle-là même qui prône l’humilité, l’obéissance, la pauvreté et le juste équilibre entre le travail et la prière. En 1098, il fonde le monastère de Cîteaux, près de Dijon, qui donnera son nom au nouvel ordre (l’Ordre Cistercien). A partir de 1109, Etienne Harding codifiera la règle cistercienne.

UN ORDRE EN PLEIN ESSOR

Entre 1113 et 1115, Cîteaux fonde les quatre premières de ses abbayes « filles » : La Ferté, Pontigny, Morimond et Clairvaux. En 1115, Etienne Harding envoie le jeune abbé Bernard à la

Bernard de Clairvaux

Bernard de Clairvaux

tête d’un groupe de moines, pour fonder une nouvelle maison cistercienne dans une clairière isolée près de Bar-sur-Aube : le Val d’Absinthe, qui deviendra « Clairvaux ».

Sous son abbatiat, Bernard, de 1115 jusqu’à sa mort en 1153, confirme avec force la règle de Saint Benoît ; Clairvaux devient alors le centre de l’ordre cistercien, qui essaime à travers toute l’Europe. Dénonçant avec vigueur l’ostentation de Cluny, Bernard de Clairvaux donne l’élan de la rigueur et du dénuement. Chez les Cisterciens, que l’on appelle les « moines blancs », le mot d’ordre est alors le travail et la prière. En 1153, à la mort de Saint Bernard, plus de 160 moines vivent à Clairvaux ; l’ordre cistercien est en pleine ascension : il compte désormais 350 abbayes.

Les moines cisterciens revêtent pour le travail une tunique blanche et un scapulaire noir. Lors des offices, ils se parent d’une coule en laine écrue non teintée, d’où leur nom de « moines blancs ».

La coule, aussi appelée cuculle (du latin cucullus), est un vêtement à capuchon (tunique ample et longue), porté par les moines. Utilisé à l’origine pour les travaux des champs, il devient par la suite un habit monastique. Il ne s’agit en aucun cas d’un ornement liturgique.

SITUATION

L’abbaye de Silvacane est une abbaye cistercienne située sur la commune de La Roque-d’Anthéron, dans les Bouches-du-Rhône, en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Fondée en 1144 par des moines venus de l’abbaye de Morimond, Silvacane est avec ses « sœurs provençales » (les deux autres étant celle du Thoronet dans le Var et Sénanque dans le Vaucluse), l’une des trois abbayes cisterciennes de Provence.

L’abbaye est implantée près d’un site appelé Gontard, appartenant à l’abbaye Saint-Victor de Marseille. Cet emplacement était déjà habité au 11ème siècle par des anachorètes, venus pour défricher et assurer la sécurité du passage sur la Durance. Ces ermites bâtirent tout d’abord une première église. Puis ils installèrent un bac reliant les deux rives à l’aide de cordes tendues, permettant ainsi de traverser le cours d’eau.

Anachorète : « qui s’est retiré du monde ». C’est une personne qui s’est volontairement soustraite de la société temporelle pour des raisons religieuses, afin de suivre une vie basée sur l’austérité, la rigueur et la pénitence. Les anachorètes sont des ermites qui vouent leur existence à la spiritualité, à la prière et à l’Eucharistie.

ORIGINES & FONDATION

CHRONOLOGIE :

Le nom de Silvacane signifie forêt de roseaux (Silva Cannorum). Il fait référence aux nombreux marécages présents sur le site. C’est vers 1144 qu’un groupe de moines cisterciens venus de Morimond, sous la conduite de l’abbé Othon, demi-frère de l’empereur Conrad III (1093-1152), s’établirent à cet endroit pour y fonder un monastère. Ils se substituèrent aux Bénédictins, administrèrent l’abbaye, et dès son affiliation à l’Ordre cistercien, ils entreprirent des travaux de valorisation des terres aux alentours.

– 1145 : La prédication de Saint Bernard contre l’hérésie de Pierre de Buys en Languedoc amène les religieux à se vouer à l’ordre de Cîteaux.

– 1147 : l’abbé de Morimond envoie un groupe de moines. Différentes donations permettent l’agrandissement du domaine de l’abbaye.

Forte de la protection de grands seigneurs de Provence, l’abbaye connait à ses débuts un essor des plus prometteurs.

– De 1175 à 1230 : Bertrand des Baux fait construire l’abbatiale dans laquelle il se fera enterrer.

ABBATIALE : Une abbatiale, ou église abbatiale, est une église spécialement construite pour une abbaye.

– En 1188, l’abbaye de Silvacane fonde une abbaye fille à Valsaintes, non loin d’Apt.

– De 1210 à 1230 : construction du chapitre et de la salle des moines.

– De 1250 à 1300 : construction du cloître.

LE DÉCLIN

CHRONOLOGIE :

Il débute dès la fin du 13ème siècle et sera irréversible. Les pillages et les guerres civiles de la fin du 13ème siècle ne vont pas épargner l’abbaye. Au 15ème siècle, Silvacane sera annexée au chapitre de la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix en Provence.

– Fin du 13ème siècle : rivalité avec l’abbaye bénédictine de Montmajour. Les moines de Montmajour attaquent Silvacane et en chassent ses occupants.

– Le 1er août 1289 : l’abbé de Montmajour est sommé de restituer l’abbaye de Silvacane à l’ordre de Cîteaux, au plus tard le 14 septembre.

– En 1358, des vagabonds conduits par Rican Corvi, seigneur d’Aubignan, attaquent le monastère et le pillent. Les dégâts s’élèvent à 10 000 florins.

– 1364 : les grandes gelées de cette année-là vont détruire les récoltes d’olives et de vin.

– 1413 : l’abbaye est abandonnée. L’abbé de Silvacane rejoint l’abbaye de Valmagne.

– 1420 : l’abbé de Valsainte prend le titre d’abbé de Silvacane et gère l’abbaye.

– De 1420 à 1425 : construction du réfectoire.

– En 1440, un malheur n’arrivant jamais seul, viendront s’ajouter les inondations de la Durance qui détruiront le monastère. C’est le commencement du déclin…

– En 1450, l’abbaye est annexée au chapitre de la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix en Provence.

– En 1590, des soldats s’emparent du monastère, le fortifient et répandent la terreur dans la région. De graves dégradations seront commises au cours des Guerres de Religion.

Silvacane est peu à peu délaissée après la construction d’une église à La Roque-d’Anthéron.

– Lorsque la Révolution éclate, les bâtiments sont à l’abandon. Vendu comme bien national, le monastère sera divisé en lots et transformé en exploitation agricole ; mais il survivra.

– En 1840, l’abbaye est classée sur la liste des Monuments Historiques. Ce qui permet à l’Etat d’acquérir l’église en 1845.

– L’année 1950 marque le début des travaux de restauration, et l’église est alors rénovée par Henri Révoil (1822-1900), puis Jean Camille Formigé (1845-1926).

– Le 18 septembre 1943, les abords de l’ancienne abbaye sont protégés par arrêté, au titre des sites.

– La propriété de l’abbaye de Silvacane est finalement transférée à la commune de la Roque d’Anthéron, par convention signée le 9 juin 2008.

PLAN DE L’ABBAYE

 

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DIMENSIONS

 

Dortoir Largeur 7 m
Longueur 33 m
Église Longueur 39,20 m
Largeur totale 20,30 m
Nef Largeur 7,50 m
Hauteur sous clef de voûte 15 m
Réfectoire Largeur 7,90 m
Longueur 25 m
Transept Hauteur sous clef de voûte 16 m

 

 

LES EXTÉRIEURS

 

LA PORTERIE

Au Moyen Âge, l’entrée initiale s’effectuait par la porterie, qui donnait à l’ensemble un accès grandiose. Située à l’ouest du site, ses vestiges sont encore visibles aujourd’hui. Tout autour des bâtiments monastiques, une clôture concrétise la coupure avec le monde ordinaire et profane, et marque les limites de la « cité idéale » évoquée par chaque monastère. Le périmètre présente un large espace symétrique de forme trapézoïdale. La porterie est située face à l’abbatiale. L’hôtellerie a été édifiée graduellement au fil du temps sans toutefois respecter un plan d’ensemble. Elle est cependant orientée de façon à ne pas contrarier la perspective formée par la façade vue depuis la porterie. Étonnamment, tous ces arrangements mettant en valeur le site, reflètent un goût pour la mise en scène insoupçonné chez les moines cisterciens.

 

LES FAÇADES

Contrairement à la règle cistercienne, qui rejette toute représentation ostentatoire en magnifiant l’austérité, la façade affiche des décors majestueux inattendus. En témoignent les baies et portes qui ouvrent amplement l’église sur l’extérieur. Cette représentation décorative de la façade est bien visible depuis la porterie. Elle est le reflet du rôle particulier d’une abbaye largement ouverte aux visiteurs. La protection de la puissante famille des Baux, soucieuse d’affirmer sa fonction politique locale, a pu inspirer les choix architecturaux des bâtisseurs.

La façade principale présente deux puissants contreforts. Au centre, on distingue un portail en plein cintre à triple voussures, dont l’archivolte est rehaussé par deux arcs toriques boudins. Le tout s’appuie sur des chapiteaux décorés de feuilles d’eau, symbole caractéristique de l’architecture cistercienne, que l’on découvre aussi à l’intérieur de l’abbatiale. Le tympan est aveugle et repose sur un solide linteau. Surplombant le portail, la façade centrale est percée par un triplet de baies en plein cintre, identique à celui du chevet. Au-dessus de l’ensemble, se trouve un oculus à moulures. Les deux côtés latéraux de la façade sont percés chacun d’une fenêtre en plein cintre. Enfin, le portail d’entrée est bordé de chaque côté d’une porte en plein cintre, dominée par un linteau soutenant un tympan aveugle.

Une archivolte est un ensemble de décorations, sculptures ou baguettes qui bordent une arcade en accentuant les pourtours supérieurs et inférieurs des voussoirs ou claveaux de l’arc.

 

LE MUR D’ENCEINTE

CONTREFORTS ET BOSSAGES

BOSSAGE : pierre de taille présentant des bosses sur la surface extérieure. Cette particularité donne ainsi au mur un aspect brut.

LE CLOCHER

Sur la croisée du transept trône un petit clocher dépourvu de toit. Il est percé sur chaque côté de baies géminées en plein cintre, séparées par une colonnette à chapiteau et logées sous un arc de décharge.

L’INTÉRIEUR

 

L’ÉGLISE ABBATIALE

Elle est construite en pierre de taille assemblée en grand appareil régulier ; sa toiture est recouverte de tuiles.

En architecture, le mot appareil, (opus en latin), désigne la façon dont les moellons, les pierres de taille ou les briques sont assemblés dans la maçonnerie.

C’est un prodigieux exemple d’architecture cistercienne de transition roman-gothique puisqu’elle associe les deux styles, roman et gothique.

1 – Baies en plein cintre, caractéristiques de l’architecture romane.

2 – Voûte en berceau brisé, caractéristique de l’architecture de transition roman-gothique.

3 – Croisée d’ogives caractéristique de l’architecture gothique.

L’architecture romane est un style architectural qui a pris son essor en Europe au cours du Moyen-Âge (entre le milieu du 10ème siècle et le 12ème siècle). Il est emblématique des monuments religieux de cette époque, et se définit par l’utilisation de voûtes en berceau de plein cintre, de voûtes brisées ou de voûtes d’arêtes, soutenues par des colonnes latérales. Ces dernières, qui soutiennent les arcs, sont essentiellement cylindriques et surmontées de chapiteaux. Elles sont dans la plupart des cas sculptées de reproductions d’animaux, de plantes, ou bien de symboles géométriques.

L’abbatiale a été construite entre 1175 et 1230. Elle présente un plan traditionnel en croix latine, tournée vers l’est. Elle comprend une nef centrale, deux bas-côtés et un transept dont les bras sont pourvus de chapelles à chevet plat.

 

1 – LA NEF

La nef centrale est surmontée d’une voûte en berceau brisé reposant sur de solides arcs doubleaux qui prennent appui sur d’énormes piliers cruciformes. Le centre du transept est couvert d’une croisée d’ogives. Vers le chœur, on retrouve la voûte en berceau brisé. Des motifs d’une très grande précision ornent les chapiteaux carrés à feuilles d’eau.

2 – LES CHAPITEAUX

 

3 – LE CHEVET & LE CHŒUR

L’église abbatiale présente un chevet carré. Sur le fond, la façade frontale est percée d’une grande rosace et d’un triplet. Celui-ci comprend deux baies en plein cintre, situées de part et d’autre d’une baie plus haute. L’ensemble représente le symbole de la Trinité. Ce chevet est supporté, aux angles, par deux puissants contreforts.

En architecture, un triplet est un ensemble de trois baies ou de trois arcs. Les deux éléments latéraux sont identiques, et différents de l’élément central.

Les peintures murales du chœur sont presque illisibles. Datées du 14ème siècle, elles laissent apparaître une représentation de la Vierge et des visages de moines. Des fragments du tabernacle de style gothique sont encore visibles sur cette même paroi.

4 – LES ABSIDIOLES

BAS-CÔTE DROIT

 

 BAS-CÔTE GAUCHE

5 – COLLATÉRAL SUD

 

LE CLIN D’ŒIL !

UN LIEU DE REPOS INSOLITE : « LE POURRISSOIR » !

Ces tombes appartiennent à une catégorie particulière de caveau au nom évocateur de « pourrissoir ». Le défunt repose sur des barres de pierre ou de bois traversant le tombeau. En se décomposant au fil du temps, les os tombent entre les barres. A la fin du processus, le compartiment supérieur, à nouveau vide, est prêt à accueillir un nouveau corps.

Le pourrissoir

Le pourrissoir

LA QUÊTE D’UNE DERNIÈRE DEMEURE !

Moines et convers, familiers de l’abbaye, hôtes malades ainsi que laïcs qui en expriment le désir, peuvent être enterrés dans l’enceinte du monastère. Les emplacements accolés au mur de l’église, particulièrement recherchés, accueillent sans doute les aristocrates protecteurs de l’abbaye. Quelques testaments mentionnent leur volonté d’être inhumés dans l’abbaye. Ces enterrements provoquent d’ailleurs des conflits avec les paroisses d’origine des défunts, qui reprochent aux moines de capter les aumônes et droits versés à cette occasion.

LES FRÈRES CONVERS : ils représentaient ceux qui étaient chargés des travaux manuels. Les Convers n’étaient pas admis au chapitre et n’intervenaient pas lors des décisions importantes. D’où l’expression « n’avoir pas droit au chapitre ».

LE POURRISSOIR DE BERTRAND DES BAUX ET DE SON ÉPOUSE TIBURGE.

C’est le caveau « pourrissoir » le plus célèbre de Silvacane. Il est visible dans l’abbatiale. Restauré dans les années 1940, il n’a pas fait l’objet d’étude archéologique. On l’attribue traditionnellement à la famille provençale des Baux. Après avoir été interdit par les premiers statuts du Nouvel Ordre, l’accueil des défunts laïcs est finalement favorisé afin de renforcer les liens unissant Cisterciens et réseaux aristocratiques. L’abbatiale s’ouvre ainsi aux civils lors de certaines célébrations, comme les messes d’enterrement.

LE DORTOIR

Dans le bras Nord du transept se trouve l’escalier des matines qui donne accès au dortoir, seule pièce située à l’étage.

Le dortoir des moines, même s’il jouxte les lieux sacrés du monastère, reste avant tout un endroit voué aux nécessités et aux besoins corporels de ses occupants. En témoigne une abondante luminosité, d’une qualité très différente de celle qui filtre dans l’abbatiale. Dans le dortoir, la lumière se déverse à flot par une rangée de baies. Devant chaque baie prenait place la couche d’un moine.

Une porte s’ouvrait au nord sur les latrines. A l’ouest, une autre porte débouchait sur les terrasses du cloître. Au centre de cette salle, un escalier donnait directement accès au cloître. Dans cette immense salle voûtée en berceau brisé, les moines dormaient entièrement vêtus sur de simples paillasses posées à-même sur le sol.

LE CLOÎTRE

Le cloître est avant tout un lieu de méditation et de lecture. Il représente le chœur du monastère, et fait le lien entre l’église et les bâtiments de la vie communautaire. L’endroit est austère : en témoignent l’épaisseur des murs (où prennent place des arcades géminées, pourvues d’un oculus unique au centre des tympans), ainsi que les chapiteaux surmontant les colonnes, dépourvus de décorations.

1 – LES GALERIES

Ce cloître aux murs très épais a été construit au 13ème siècle. Il est constitué de quatre galeries voûtées en berceau et entouré par les bâtiments conventuels classiques. Il s’ouvre sur le préau par de larges arcades qui supportent de solides piliers, dont les décors végétaux et géométriques sont encore visibles aujourd’hui. On remarque que la baie de la galerie nord a conservé des ouvertures ogivales géminées et son oculus. Comme l’église, le cloître associe les deux styles d’architecture, le Roman et le Gothique. Les galeries sont couvertes d’une voûte en berceau et percées par des baies en plein cintre. Depuis le Moyen Âge, les parois des galeries du cloître ont subi moult graffitis, inscriptions et autres dessins.

A l’origine, chacune de ces baies était composée d’une paire de baies ogivales, séparées par des colonnettes surmontées d’un oculus. Il subsiste aujourd’hui un seul exemple restauré de ces baies, dans la galerie nord. Quant aux autres baies, elles affichent les vestiges des arcs ogivaux, et parfois les pieds des colonnettes.

 

2 – DÉCORS DES CHAPITEAUX

Le décor sculpté y est davantage présent : en témoignent les différentes représentations produites sur les chapiteaux et culots. A l’origine, les arcades étaient séparées par deux élégantes colonnettes, dont il ne subsiste de nos jours que quelques arrachements. En levant les yeux dans l’angle du mur du réfectoire, on peut apercevoir un décor sculpté représentant trois oiseaux. De même, au-dessus du portail du cloître, on arrive à discerner un oiseau picorant une grappe de raisin. Derrière ce portail, près de la fontaine extérieure moderne, les fondations d’une première église furent découvertes, probablement érigée par les moines du 11ème siècle. Si on examine le mur de la galerie, on peut y voir diverses inscriptions. Dans l’angle sud-est, on peut découvrir une tête simiesque sculptée sur le culot, proche du contrefort massif. Chacun est libre d’interpréter le message de ces décors.

 

3 – LE JARDIN DU CLOÎTRE

4 – LE LAVABO

Devant la porte qui donne accès à l’aile nord du cloître, on distingue un majestueux lavabo. Les moines s’y lavaient les mains afin de les purifier avant de toucher le pain, un symbole sacré. Cet imposant lavabo, de forme circulaire, est décoré d’anneaux et de colonnettes, sur lesquelles viennent prendre appui des arcatures trilobées.

Seule la moitié de la grande vasque a été restituée, le pavillon couvert qui devait protéger la fontaine a disparu. Ce lavabo était alimenté par une source située à l’est de l’abbaye, qui s’est soudainement arrêtée de couler en avril 2005.

Les moines se servaient de cette eau pour leur toilette, leur lessive, mais aussi pour des cérémonies comme la tonsure ou le lavement hebdomadaire des pieds.

L’ARMARIUM

Dans l’architecture cistercienne ancienne, l’armarium est une pièce de petite dimension se situant entre l’église abbatiale et la salle capitulaire, et débouchant directement dans le cloître. Celui-ci abritait les manuscrits et les livres d’usages liturgique, usuellement utilisés par les moines. L’armarium possédait souvent un placard extérieur de rangement, à proximité de la porte d’entrée de l’abbatiale.

 Dans cette petite pièce voûtée, dont le mot latin a donné naissance au mot « armoire », étaient rangés et conservés les livres de prière et d’étude que les moines copiaient dans le scriptorium (ou « chauffoir », salle située au nord-est de cette galerie).

Les moines cisterciens se servaient notamment de ces ouvrages pour la lecture commune, qui avait lieu le soir dans la galerie sud du cloître (parallèle à l’église), appelée galerie de la Collation.

En effet cette lecture, qui rassemblait la communauté, était généralement tirée des Collationnes (ou Conférences), ouvrages consacrés à la vie monastique, écrits par le moine Jean Cassien (né entre 360 et 365 – mort entre 433 et 435 à Marseille).

Lire dans « Les Témoins du passé » : « l’Abbaye Saint Victor de Marseille ».

 UN PEU D’HISTOIRE !

Jean Cassien est né entre 360 et 365 en Scythie mineure (probablement en Dobroudja, actuelle Roumanie) ; il meurt à Marseille entre 433 et 435. Ses origines, ainsi que les dates de sa naissance et de sa mort, sont apocryphes ou mal définies. Ce religieux méditerranéen, moine et écrivain, a marqué de son empreinte les débuts de l’Église en Provence au 5ème siècle. Il est le fondateur de l’Abbaye Saint-Victor de Marseille.

Suivant de près le repas du soir généralement très frugal, cette lecture donnera son nom à ce repas, qui prendra le nom de Collation et passera dans le langage commun.

D’après l’inventaire de 1269, cette bibliothèque a contenu jusqu’à 102 ouvrages traitant de sujets tels que la médecine, la géométrie, la musique, l’astronomie, ainsi que les œuvres d’auteurs classiques comme Platon, Horace et Aristote.

On peut encore de nos jours apercevoir les traces d’encastrements des étagères. A côté de cette petite salle se trouve la sacristie, qui communique avec le bras nord du transept.

LE PARLOIR OU PASSAGE

Il se situe entre le cloître et le jardin extérieur. C’est le seul endroit où les moines pouvaient parler, et où ils se répartissaient les tâches journalières avant de se rendre aux travaux des champs…

 

Le passage permettait aux moines d’accéder à leur jardin. Ce couloir était aussi utilisé comme parloir, un des rares endroits avec la salle capitulaire où les moines étaient autorisés à parler afin d’organiser le travail de la journée. Le silence faisant partie de la règle de Saint Benoît, la communauté communiquait par des gestes, élaborant ainsi un code compris par tous. Près de 300 gestes ont été répertoriés.

LA SALLE CAPITULAIRE OU SALLE DU CHAPITRE

C’est la salle où se réunit chaque jour la communauté religieuse du monastère. Autour de son abbé, chacun écoute un chapitre de la règle de Saint-Benoît ; celle-ci en compte soixante-treize. C’est le seul endroit où il est autorisé de parler. C’est dans ce lieu que les moines prennent des décisions concernant la communauté. C’est ici aussi que se font les prises d’habits, les professions monacales et l’élection du Père Abbé. Les religieux prennent place sur des gradins, le Père Abbé au centre de la pièce. Les lieux sont propices à l’écoute, car l’acoustique y est excellente grâce aux nervures de pierre de la voûte d’arête. On peut ainsi y parler sans effort…

Cette salle, réservée uniquement aux moines de chœur, est couverte de six voûtes sur croisées d’ogives reposant sur deux colonnes, l’une torsadée, qui a été reproduite à l’identique en 1960, l’autre formée de quatre colonnettes. Les moines s’y rassemblent tous les matins pour y lire un des chapitres de la règle de Saint Benoît, se confesser publiquement et organiser le travail de la journée. Les frères « convers » y sont exclus : ils n’ont pas voix au Chapitre.

Symboliquement, cette salle importante représente le pouvoir de l’abbé sur l’ensemble des moines. En les réunissant au quotidien, il exerce une autorité souveraine en faisant respecter la règle de Saint Benoît.

LE RÉFECTOIRE, LA SALLE DES MOINES

Seuls les moines de chœur mangeaient dans cette pièce ; les moines convers déjeunaient dans leur propre réfectoire. Lors des repas, un moine choisi pour ses facilités de diction prenait place dans la chaire du lecteur pour y lire un texte religieux.

LES MOINES DE CHŒUR : issus de familles seigneuriales, ils partagent leur temps entre les huit offices (lectio divina) et le travail manuel.

La réforme cistercienne a promulgué des interdits alimentaires conformément à la règle de Saint Benoît, qui interdit les aliments carnés (qui se composent surtout de viande). Les moines cisterciens se nourrissaient en quantité de pain suffisante et de légumes. La consommation de lait, d’œufs et de poissons d’eau douce était autorisée uniquement en certaines occasions, notamment lors des durs labeurs dans les champs. Il était admis de boire du vin dans les quantités et les limites fixées par la règle. De Pâques à septembre, les moines prenaient deux repas par jour et un seul le reste de l’année, sauf les dimanches et jours de fêtes.

Le réfectoire actuel est surmonté de quatre hautes voûtes sur croisées d’ogives ; son architecture gothique date de la fin du 13ème siècle. Des escaliers permettent un accès au cellier (fermé à la visite). Les murs nord et ouest présentent de nombreux signes lapidaires.

On remarque dans le mur occidental la présence d’une ouverture du type passe-plats, ce qui laisse supposer que les repas étaient préparés dans une cuisine attenante, située à l’ouest du réfectoire.

L’éclairage de la salle s’obtient par la présence de la rosace occidentale et de hautes fenêtres à lancettes trilobées.

Les vitraux et les chaises en métal ont été créés en 2001 par le sculpteur Sarkis.

 LE CHAUFFOIR

Située à l’est du cloître, la dernière salle de cette galerie est le chauffoir ou salle des moines. Cette pièce est couverte de six voûtes sur croisée d’ogives du 13ème siècle retombant sur des colonnes à chapiteaux ornés de feuilles d’eau.

C’est la seule pièce chauffée du monastère excepté la cuisine. Cette salle, où les moines se rendaient pour travailler, servait de « scriptorium », lieu où s’effectuaient la copie de manuscrits et les travaux de couture. L’hiver, on y déposait les encriers afin que l’encre ne gèle pas. Le cellier, situé sous le chauffoir, servait de lieu de réserve et de stockage pour les provisions.

A gauche de la cheminée, la grande fenêtre à meneau avec coussièges en pierre date du 15ème siècle. Elle fut construite par les chanoines du Chapitre d’Aix en Provence.

Un coussiège est un banc ménagé dans l’embrasure d’une fenêtre par un ressaut de la baie. Forme courante dans les constructions médiévales, il est souvent en pierre, intégré à la maçonnerie, revêtu de bois, de coussins. …

On suppose que l’éducation des novices, la copie des manuscrits et les travaux de couture s’effectuaient probablement dans cette pièce chauffée, la seule à posséder une cheminée.

Le chauffoir, la cheminée

Le chauffoir, la cheminée

La copie fut la seule méthode de diffusion des livres avant l’introduction de l’imprimerie en Occident.

Blason de la ville de La Roque-d'Anthéron

Blason de la ville de La Roque-d’Anthéron

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