La Guerre de Sécession – La bataille de Seven Pines

                                                                                      

 

 

LA GUERRE DE SÉCESSION

(1861-1865)

LA BATAILLE

DE

SEVEN PINES

(Du 31 mai au 1er juin 1862)

SOMMAIRE

Placée sous les ordres du major-général George B. McClellan, l’Armée du Potomac applique son plan de campagne sans embûche. McClellan a prévu de transporter son armée par voie fluviale. Dès la fin avril, il déplace ainsi ses troupes par bateau à Fort Monroe sur la côte atlantique. Son objectif consiste en une manœuvre d’encerclement destinée à capturer Richmond, en se servant de la péninsule formée par les rivières York et James. Mais nul ne sait et ne comprend pourquoi, McClellan a toujours eu une certaine propension à surestimer le nombre de ses ennemis dans les armées qui lui font face. De fait, il stoppe son offensive devant Yorktown et assiège la ville… Étonnes par ce délai inattendu, les Confédérés, désormais sous le commandement de Joseph Eggleston Johnston, commencent prudemment à se retirer sur Richmond. Après quelques engagements de seconde importance et peu concluants, la première phase de la Campagne de la péninsule se termine par la bataille indécise de Seven Pines. Au cours du combat, le général confédéré Joseph Eggleston Johnston sera gravement blessé.

Celui qui le remplacera se nomme Robert E. Lee. Ce dernier prendra le commandement de l’Armée de Virginie du Nord pour ne plus jamais le quitter. 

Campagne de la Péninsule du 8 mars au 1er juin 1862

SITUATION : la Péninsule est située entre les rivières York et James, de Fort Monroe jusqu’à Richmond (Virginie).

Au cours de la Guerre de Sécession, au printemps et en été 1862, la Campagne de la Péninsule fut une offensive de grande envergure de l’Armée de l’Union, contre la capitale confédérée, Richmond.

Lire : «1862, le Sud défend sa capitale»

ARMÉES EN PRÉSENCE

ARMÉE DU POTOMAC

(1861-1865)

L’Armée du Potomac est la principale Armée de l’Union sur le théâtre oriental de la guerre de Sécession.

Lorsqu’éclate la Guerre Civile en 1861, seule une partie de la Virginie fait sécession. Les comtés du Nord-Ouest décident de rester fidèles à l’Union (aujourd’hui l’État de Virginie-Occidentale). L’État du Maryland, bien qu’esclavagiste, demeure également dans l’Union. Ainsi, une grande partie du cours du Potomac et de son estuaire forment la frontière séparant l’Union des États confédérés.

Les commandants :

– Le brigadier – général Irvin McDowell : commandant de l’armée et Département du Nord -Est de Virginie, du 27 mai au 25 juillet 1861.  

– Le Major – général George McClellan : commandant de la Division militaire du Potomac, et plus tard, de l’armée et du ministère du Potomac, du 26 juillet 1861 au 9 Novembre 1862.  

– Le Major – général Ambrose Burnside : commandant de l’armée du Potomac du 9 novembre 1862 au 26 Janvier 1863.  

– Le Major – général Joseph Hooker : commandant du ministère et de l’armée du Potomac du 26 janvier au 28 juin 1863.  

– Le Major-général George Meade : commandant de l’armée du Potomac du 28 juin 1863 au 28 Juin 1865.  

– Le Major-général John G. Parke : a eu le commandement temporaire pendant les absences de Meade à quatre reprises au cours de cette période.  

– Le lieutenant – général Ulysses S. Grant : général en chef de toutes les armées de l’Union. Il a placé son quartier général dans l’armée du Potomac, et a fourni les directions opérationnelles à Meade de mai 1864 à avril 1865.

ARMÉE DE VIRGINIE DU NORD

(1861-1865)

Sudistes au repos pour la photo

L’armée de Virginie du Nord était une armée des États confédérés d’Amérique durant la Guerre de Sécession. Au cours des opérations qui se déroulèrent dans l’Est pendant le conflit, elle représentait la force de frappe majeure de la Confédération.

Placée sous les ordres du général Robert E. Lee, cette armée se composait en majorité de soldats venant des États de Virginie, de Caroline Du Sud, de Caroline du Nord, et du Maryland. Certaines unités étaient issues d’États tels que l’Alabama, l’Arkansas, le Tennessee, et le Mississippi.

Drapeau de l’armée de Virginie du Nord

 

L’armée de Virginie du Nord occupait une position stratégique. Placée en limite de la ligne de séparation avec les États frontaliers, elle bloquait tout accès à la terre sacrée de Virginie en faisant face aux États de l’Union et à l’armée nordiste du Potomac.

 

LA VIRGINIE

« Old Dominion, Mother of Presidents »   

Drapeau de la Virginie

 

 

 

 

10ème État.

Capitale : Richmond.

Date d’Entrée dans l’Union : 25 juin 1788.

– La Virginie est une des treize colonies fondatrices des États-Unis. Elle donnera quatre des cinq premiers présidents : Washington, Madison, Monroe et Jefferson.

– C’est en 1584 que le navigateur anglais Walter Raleigh conçoit de coloniser l’Amérique du Nord et fonde la Virginie.

– En 1607, un groupe de colons anglais, envoyé par le roi d’Angleterre James 1er, fonde la 1ère colonie anglaise permanente, Jamestown. 

– C’est en 1660 que l’esclavage, déjà pratiqué, est officialisé.

-En 1784, la Virginie cède aux États-Unis les territoires au nord de l’Ohio, pour le développement vers l’ouest selon le système des townships.

– Le 17 avril 1861, la Virginie, État esclavagiste, fait sécession et rallie la Confédération des États du Sud. La plupart des grandes batailles du théâtre oriental de la Guerre de Sécession se dérouleront sur son sol : Bull Run, Chancellorsville, Fredericksburg…

Sa capitale, Richmond, tombe aux mains des Nordistes le 2 avril 1865 (peu de temps avant la reddition du général Robert E. Lee à Appomattox), avant d’être en grande partie incendiée et ravagée.

FORCES EN PRÉSENCE

Plan de la bataille

POUR LES FÉDÉRAUX

 

Les forces nordistes, avec les 105 000 hommes de l’Armée du Potomac, sont sous les ordres du Major Général George Brinton McClellan. (Installées de part et d’autre de la rivière Chickahominy, au nord de la capitale sudiste).

George Brnton McClellan

 

 

 

 

 

 

 

Les forces nordistes de McClellan engagées au cours de la bataille s’élèvent à 34 000 hommes.

LES COMMANDANTS :

IIème CORPS : général de brigade Edwin Vose Sumner (1797-1863).

IIIème CORPS : général de brigade Samuel Peter Heintzelman (1805-1880).

IVème CORPS : général de brigade Erasmus Darwin Keyes (1810 -1895).

Vème CORPS : général de brigade Fitz John Porter (1822-1901).

VIème CORPS : général de brigade William Buel Franklin (1823-1903)

CAVALERIE : général de brigade Philip St. George Cooke (1809-1895).

L’aile droite fédérale s’étire jusqu’au nord à Hanover court House, à 25 km de Richmond, le long de la voie ferrée centrale de Virginie, là où le 27 mai avait eu lieu un combat entre fédéraux et confédérés (bataille de Hanover Court House).

Cependant l’armée de l’Union, séparée en deux par la rivière Chickahominy, risque de se voir coupée de ses bases en cas de crue soudaine du cours d’eau.

POUR LES CONFÉDÉRÉS

 

L’armée sudiste, avec les 60 000 hommes de l’Armée de Virginie du Nord, est sous les ordres du général Joseph Eggleston Johnston.

 

Joseph Johnston

 

 

 

 

 

 

Les forces sudistes engagées au cours de la bataille s’élèvent à 39 000 hommes.

LES COMMANDANTS :

AILE GAUCHE :

Général de division Gustavus Woodson Smith (1821-1896).

– Général de brigade William Henry Chase Whiting (22 mars 1824 – 10 mars 1865).

– Général de division Ambrose Powell Hill Jr. (1825-1865).

AILE DROITE :

Général de division James Longstreet (1821-1904).

– Général de brigade Richard Heron Anderson (1821-1879).

Général de division Daniel Harvey Hill (1821-1889).

Général de division Benjamin Huger (1805-1877).

RÉSERVE :

Général de division John Bankhead Magruder (1807- 1871).

– Général de division Lafayette McLaws (1821-1897).

– Général de brigade David Rumph Jones (1825-1863).

CAMPAGNE DE LA PÉNINSULE

(De mars à juillet 1862)

 

McClellan et Johnston

La bataille de Seven Pines représente le point d’orgue de l’offensive de George B. McClellan en Virginie. Au soir du 1er juin 1862, l’armée du Potomac a atteint les faubourgs de Richmond.

COMBATS PRÉCÉDANT LA BATAILLE DE « SEVEN PINES »

– Les 8 et 9 mars : bataille de Hampton Roads. Embouchure de la James River, Virginie. Issue de la bataille indécise.

– Du 5 avril au 4 mai : Siège de Yorktown, Virginie.

Siège de Yorktown

Bataille indécise entre l’armée de l’Union commandée par George Brinton McClellan (1826-1885), face aux forces confédérées placées sous les ordres des généraux Joseph Eggleston Johnston et John Bankhead Magruder (1807-1891).

 – Le 5 mai : bataille de Williamsburg, dans les Comtés de York, de James City et à Williamsburg.

Bataille de Williamsburg

Victoire de l’armée de l’Union commandée par George Brinton McClellan (1826-1885), face aux forces confédérées placées sous les ordres des généraux Joseph Eggleston Johnston.

– Le 7 mai : bataille de Eltham’s Landing, Comté de New Kent, Virginie.

Bataille indécise entre l’armée de l’Union commandée par William Buel Franklin (1823-1903), face aux troupes confédérées placées sous les ordres des généraux Gustavus Woodson Smith 1821-1896) et William Henry Chase Whiting (1824-1865).

– le 15 mai : bataille de Drewry’s Bluff, Comté de Chesterfield, Virginie.

Victoire de l’armée confédérée.

– Le 27 mai : bataille de Hanover Court House, Comté de Hanover, Virginie.

Victoire de l’armée de l’Union.

– Du 31 mai au 1er juin : bataille de Seven Pines (aussi appelée bataille de Fair Oaks), Comté de Henrico, Virginie.

Bataille indécise entre l’armée de l’Union commandée par George Brinton McClellan (1826-1885), face aux forces confédérées placées sous les ordres des généraux Gustavus Woodson Smith 1821-1896) et Joseph Eggleston Johnston. Ce dernier sera blessé au cours de la bataille ; le commandement de l’armée incombera de facto au général Robert E. Lee.

Parlant de Robert E. Lee, George B. McClellan dira :  

« Je préfère affronter Lee plutôt que Johnston. Lee est plus prudent, moins audacieux et ne s’aventurera pas à m’attaquer ».    McClellan se trompe lourdement. Lee va se montrer courageux, et déployer tout son talent et son génie. Il prendra des risques osés, défiant ainsi toutes les règles inscrites dans les manuels militaires. Son adversaire sera surpassé sur tous les plans.      

Johnston et Lee

« La Guerre de Sécession », de Ken Burns.

Le 4 avril, McClellan se décide enfin à bouger. Il se met en marche avec sa puissante armée et se dirige sur Richmond. Il emporte avec lui 121 500 hommes, 14 592 chevaux et mules, 1150 chariots, 44 batteries d’artillerie, des ambulances, des ponts flottants, des tonnes de vivres, des tentes, et un équipement complet de télégraphie mobile.

400 bateaux vont être nécessaire pour transporter toute cette armée jusqu’à fort Monroe sur la côte virginienne. L’opération va prendre trois semaines.

Mais à une trentaine de kilomètres à peine, à Yorktown, les Confédérés les attendent de pied ferme. Ils sont déterminés à repousser les envahisseurs. La marche des Nordistes est lente ; certaines routes, classées comme praticables en toute saison, sont en fait de vrais bourbiers. Les officiers, qui doivent se contenter de cartes achetées en ville, se perdent dans la nature. Il pleut deux jours sur trois, et les malades se comptent par centaines.

George McClellan a fait emmener devant Yorktown plus de 90 canons énormes. Certains sont si lourds qu’il a fallu une centaine de chevaux pour les tirer le long des chemins de fortunes encombrés de troncs d’arbres.

Finalement, le 5 avril, l’avant-garde atteint Yorktown. Les Confédérés occupent la maison qui a servi de Q.G à Lord Cornwallis (1738-1805) durant la guerre d’Indépendance. Les forces sudistes comptent 11 000 hommes, soit dix fois moins que celles de McClellan.

George Brinton McClellan écrit à sa femme :

« Notre avant-garde continue son avance, et je fais faire des reconnaissances dans diverses directions. Nous gagnons un peu plus de terrain chaque jour, mais notre progression est très lente à cause de l’état exécrable des routes, ainsi que de leur étroitesse et de leur rareté. Il est regrettable que notre avance soit ainsi retardée. Ma seule consolation est qu’il est matériellement impossible d’aller plus vite. Imagine qu’il a fallu quarante-huit heures pour faire avancer deux divisions et leur train de cinq milles seulement ! C’est vraiment le comble de la lenteur. Par temps pluvieux, le meilleur moyen d’aller vite est de ne pas bouger ».

Extrait de « Il y a toujours un reporter ». (« La guerre de Sécession », de Victor Austin, paru aux éditions René Julliard.)

Les forces confédérées sont commandées par un certain John Bankhead Magruder, un Virginien aux goûts ostentatoires, grand amateur de théâtre. Afin de faire croire à McClellan qu’il commande une gigantesque armée, Magruder déclenche des tirs d’artillerie sporadiques et étendus sur un large front. Il fait aussi défiler en boucle le même régiment sous les yeux de ses ennemis, pour les convaincre qu’ils sont en face d’une puissante armée.

Soldat Paterson, du 9ème régiment d’Alabama  

« Ce matin, nous avons été réveillés par le roulement des tambours pour répondre à l’appel, et nous avons marché presque toute la journée, apparemment dans le seul but de nous faire voir de l’ennemi à divers endroits, les plus nombreux possibles ; je suis bien fatigué ».  

« La Guerre de Sécession », de Ken Burns

McClellan au centre et son État-major

 

« Il semble que nous soyons amenés à affronter l’ensemble des forces de l’ennemi, annonce McClellan, dans un télégramme expédié à Lincoln. Ils sont certainement 100 000, peut-être plus », et McClellan demande 40 000 hommes de plus.

« La Guerre de Sécession », de Ken Burns

McClellan au centre et son État-major

Le général Johnston, à la tête des 60 000 hommes de l’armée de Virginie du Nord, sait qu’il est en infériorité, aussi bien en nombre qu’en matériel. Il ose à peine y croire : « Il fallait s’appeler McClellan pour hésiter à attaquer ce jour-là ! », déclarera-t-il plus tard.

Joseph Johnston

Mais Johnston est conscient que les fortes pluies risquent de provoquer une crue, et que les forces de son adversaire sont déployées de part et d’autre de la rivière Chickahominy ; ce qui doit logiquement l’avantager dans son plan de bataille.

Soldats confédérés posant pour la photo

En effet ce cours d’eau, long de 140 km, est considéré comme calme en période sèche, mais qui a tendance à grossir en période de pluies abondantes. Et c’est ce qui va arriver, au grand désarroi de l’armée fédérale qui aura d’énormes difficultés pour maintenir la liaison entre les deux rives. La rivière, par endroit, se transformera en marécage de plusieurs centaines de mètres de largeur, rendant pénible toute progression de l’Armée du Potomac.

Pont sur la Chickahominy

Johnston va profiter de cette excellente situation, puisque l’ennemi est séparé en deux. Il veut frapper le premier sans attendre, et attaquer l’aile gauche fédérale, la rivière ayant pris un volume important. Il détache 39 000 hommes du corps principal de l’Armée de Virginie, soit les deux tiers de ses forces, et s’apprête à donner l’assaut.

Une des maisons jumelles à Fair Oaks

Soldats réunis autour de l’une des deux maisons jumelles de Seven Pines.

Alors que la bataille pour Richmond commence, on se prépare à accueillir et à soigner les blessés.

Une jeune fille de la ville témoigne :

« Quand, dans l’après-midi du 31 mai, on apprit que la bataille de « Seven Pines » avait commencé, les femmes de Richmond continuèrent à vaquer calmement à leurs occupations quotidiennes, sans laisser voir l’angoisse qui les étreignait. Il y avait suffisamment à faire pour se préparer à recevoir et soigner les blessés. Pourtant, comme le prouvèrent les événements, tout ce qui fut fait s’avéra bien insuffisant. La nuit amena une accalmie dans le bombardement. Les gens s’allongèrent tout habillé sur leur lit, sans pouvoir dormir, alors que les combattants, à bout de forces, sommeillaient appuyés contre leurs armes. Le lendemain, dès l’aube, toute la ville était dans les rues. Ambulances, civières, charrettes, tout ce qui pouvait rouler allait et venait avec son effroyable chargement. Des femmes aux visages défaits se glissaient tête nue à travers les rues, à la recherche de leurs morts ou de leurs blessés. Les salles de lecture des différents temples étaient remplies de dames qui se portaient volontaires pour coudre, aussi rapidement que leurs doigts et leurs machines le leur permettaient, les draps des lits improvisés que réclamaient les chirurgiens. Des hommes trop vieux ou infirmes pour se battre, allaient à la rencontre des ambulances, à cheval ou même à pied. Il arriva que certains escortèrent ainsi leur fils agonisant.

L’après-midi du jour suivant, les rues de Richmond présentaient le spectacle d’un vaste hôpital. Afin d’abriter les blessés, certains bâtiments désaffectés furent rouverts. Je me souviens surtout de l’hôpital Saint-Charles. La fraîcheur de ses énormes salles lugubres faisait du bien ; mais quel spectacle ! Des hommes atteints de toutes les blessures et mutilations imaginables étaient allongés à même le plancher avec parfois un havresac ou une couverture en guise d’oreiller. Certains agonisaient ; tous souffraient horriblement en attendant d’être soignés. Nous allions de l’un à l’autre ; et tout en essayant de les soulager par quelques menus soins, nous scrutions leurs visages, craignant de reconnaître celui que nous cherchions. Le lendemain, cet état de choses fut un peu amélioré par les dons des coussins d’églises qui, cousus bout à bout, formèrent des lits confortables.

Pour approvisionner ces hôpitaux, toute la ville vida le contenu de ses garde-manger dans des paniers. Cet élan de solidarité fit sortir les bouteilles cachetées et poussiéreuses, enfouies depuis longtemps dans les caves des vieilles familles de Virginie, fins connaisseurs en porto et madère.

Jusque-là, toutes les jeunes filles avaient été considérées comme étant de trop dans les hôpitaux ; mais, lundi, deux d’entre nous trouvant deux salles dans lesquelles quinze blessés gisaient sur des grabats, à même le plancher, nous offrîmes notre aide aux chirurgiens de service. Nous fûmes fières d’être acceptées et désignées comme infirmières sous la direction d’une femme plus expérimentée. La grande activité que nous demandait notre tâche était une sorte de soulagement après la tension provoquée par la bataille de « Seven Pines ».

Le premier affolement passé, les hôtes des belles demeures qui se dressaient au milieu de jardins remplis de roses mirent leur cuisinière au travail, ou, mieux encore, allèrent eux-mêmes confectionner des plats délicieux pour les blessés, d’après les succulentes recettes de la vieille Virginie. Des Noirs souriants, en vestes blanches, transportaient des plateaux d’argent couverts d’assiettes de fine porcelaine contenant des potages, des crèmes, des flans, des biscuits légers, des œufs à la crème, du poulet grillé, etc. sous les épaisses serviettes damassées, le tout surmonté de fleurs fraîchement cueillies ».

Extrait de « Il y a toujours un reporter ». (« La guerre de Sécession », de Victor Austin, paru aux éditions René Julliard.)

La puissante armée du Potomac a emporté avec elle, hormis des tonnes de matériel et de vivres, l’Union Army Balloon Corps. Cette unité spéciale et nouvelle est placée sous le commandement du professeur Thaddeus Sobieski Coulincourt Lowe (1832-1913), également connu sous le nom de T.S.C Lowe. En juillet 1861, Lowe est nommé chef aéronaute de l’Union Army Balloon Corps par le président Abraham Lincoln.

Lowe et son équipement d’aérostier ont établi deux camps de ballons sur la rive nord de la Chickahominy : un à Gaine’s Farm et un autre à Mechanicsville.

Le 29 mai, Lowe observe les mouvements des troupes confédérées. Il signale leur concentration à gauche de New Bridge et devant la gare de Fair Oaks.

Les fortes pluies du 30 mai et les vents violents du 31 ne permettent pas aux deux ballons de l’Union Army Balloon Corps (le Washington et l’Intrépid), de prendre les airs avant midi. Lowe constate ce jour-là que des forces confédérées se déplacent en formation de bataille. Il communique aussitôt verbalement cette information cruciale au quartier général de McClellan. Toute l’après-midi du 31 mai, il transmettra des messages et des rapports en provenance de l’Intrepid.

Ballon d’observation fédéral « l’Intrepid »

Le 1er juin, le jour de la bataille, Lowe n’observera aucun mouvement des positions de l’ennemi sur la gauche de Richmond. McClellan ne prendra pas en considération cette information, et ne déploiera aucune contre-attaque au nord de la rivière Chickahominy.

Officiers nordistes à la bataille de Seven Pines

Un soldat confédéré raconte :

« Les coups de feu, tirés depuis les lignes confédérées, étaient de peu de conséquence ; ils ne représentaient guère plus de 10 ou 12 tirs d’artillerie chaque jour, dont plusieurs visaient le gros ballon envoyé quotidiennement dans les airs depuis les quartiers du général Fitz John Porter ».

Fitz John Porter

« La guerre de Sécession », de Ken Burns.

DEROULEMENT DE LA BATAILLE

LE PLAN DE BATAILLE DE JOHN EGGLESTON JOHNSTON

A l’origine, le plan de Johnston prévoyait une attaque du flanc droit de l’armée nordiste, au nord de la rivière Chickahominy. Il se devait de donner l’assaut avant l’arrivée du Corps de Invin McDowell. Cependant, le 27 mai Joseph Johnston est prévenu que le Corps d’armée de ce dernier est occupé ailleurs dans la vallée de la Shenandoah, et qu’il ne pourra pas venir renforcer l’armée du Potomac.

Modifiant ses plans, Johnston n’attaquera pas sur sa propre ligne de défense formée par la rivière

George McClellan et Irwin McDowell

Chickahominy. Il décide de profiter de la séparation de l’armée ennemie occasionnée par la crue de la rivière ; ce qui devrait lui permettre d’attaquer les deux autres Corps plus au sud du cours d’eau, et de les séparer ainsi des trois autres Corps qui se trouvent au nord de la Chickahominy.

Si le plan d’attaque confédéré se déroule comme prévu, Johnston rassemblera les deux tiers de son armée, soit 22 de ses 29 brigades d’infanterie. Environ 51 000 Sudistes affronteront les 33000 soldats yankees du IIIème Corps d’Heintzelman et du IVème Corps de Keyes. Sur le papier, Johnston a rétabli le rapport des forces en sa faveur.

 

Plan de bataille à Seven Pines

Mais son plan s’avère compliqué. Il prévoit d’envoyer les divisions d’Ambrose Powell Hill (1825-1865) et de John Bankhead Magruder au nord de la rivière Chickahominy. Elles ont ordre de s’engager modérément avec leurs forces respectives, et de maintenir éloignées les forces de l’Union de la zone des combats.

Soldats confédérés posant pour la photo

De son côté, James Longstreet doit commander l’attaque principale au sud de la rivière, et se diriger sur le Corps d’Erasmus Darwin Keyes dans trois directions différentes. Les six brigades de Longstreet et les quatre brigades de Daniel Harvey Hill doivent se diriger sur des routes séparées, jusqu’à un carrefour appelé « Seven Pines » (en raison de sept grands pins regroupés à cet endroit). Trois brigades commandées par Benjamin Huger doivent assurer le soutien de l’aile droite de Daniel Harvey Hill, et la division de William Henry Chase Whiting doit suivre la division de Longstreet comme réserve.

Tel qu’il a été conçu, le plan a un fort potentiel de réussite. De plus, la division du IVème Corps du brigadier-général Silas Casey, effectuant des travaux de terrassement (composée de 6000 hommes inexpérimentés dans le Corps de Keyes), se trouve à plus d’un kilomètre à l’ouest de « Seven Pines ».

Silas Casey

De fait, si Keyes devait être battu, le IIIème Corps du général de brigade Samuel Peter Heintzelman, situé à l’Est, se retrouverait dans une situation dangereuse ; il pourrait être acculé contre la Chickahominy et débordé.

Sur la photo, on voit le lieutenant-colonel Augustus Manly Gordon et un camarade inconnu. Gordon s’est engagé le 15 mai 1861 dans les « Raccoon Roughs », qui est devenue la Compagnie N° 1 du 6ème régiment d’infanterie de l’Alabama. C’était un frère du général John Brown Gordon (1832-1904).  

Augustus Manly Gordon

John Brown Gordon

En 1862, Gordon est blessé au poumon à la bataille de « Seven Pines », en Virginie. Il sera tué l’année suivante, au cours de la bataille de Chancelorsville (du 27 avril au 6 mai 1863), en Virginie. Il sera encore une fois atteint par une balle au poumon, comme l’année précédente.

 

 

Dès le début, ce plan si complexe sera mal dirigé. Les ordres de Johnston seront imprécis et contradictoires. Ses subalternes ne pourront en évaluer la juste valeur avec exactitude.

C’est le cas pour James Longstreet. Soit il ne saisira pas les ordres de son commandant en chef, soit il décidera de sa propre initiative de changer son plan d’attaque, sans en informer Johnston. Avec ce contretemps fâcheux, ses troupes vont venir effleurer la division d’Ambrose Powell Hill. L’assaut sera retardé et limité à un front étroit, avec seulement une portion réduite de l’ensemble de ses forces.

La nuit du 30 mai

Pour corser le tout, dans la nuit qui précède la bataille, un violent orage éclate et occasionne une puissante crue de la rivière Chickahominy. Le niveau de l’eau, en s’élevant, détruit la quasi-totalité des ponts flottants de l’Union, et les routes déjà impraticables sont transformées en cloaques. Des deux côtés c’est la consternation ; les belligérants sont exaspérés par tant d’infortune.

Le premier jour de la bataille, le 31 mai

Le 31 mai, l’attaque prend un mauvais départ. Longstreet descend la Charles City Road, et au lieu de tourner dans la Nine Mile Road, s’engage dans la Williamsburg Road.

Dans ses ordres, Benjamin Huger n’a pas précisé l’heure de l’attaque. Il ne sera réveillé qu’au moment où il percevra la division de Longstreet se déplaçant tout près. De son côté, Johnston et Smith, son second, ignorent complètement la position de la division de Longstreet et du retard de Huger. Tous deux attendent dans leur quartier général le signal du début de la bataille.

A 13 heures, donc cinq heures après l’heure prévue pour le déclenchement des combats, Ambrose Powell Hill, à bout de patience, lance ses brigades pour affronter la division du brigadier-général Silas Casey.

Casey combat avec force pour défendre ses travaux de terrassement ; les morts et les blessés seront nombreux des deux côtés.  Les Confédérés ne déploient que quatre brigades sur treize sur leur flanc droit, et n’utiliseront donc pas toutes leurs troupes sur ce point fragile du dispositif de l’Union.

Casey demande alors des renforts, mais Erasmus Darwin Keyes mettra trop de temps à réagir. Les Sudistes, en surnombre, font une percée et s’emparent du retranchement ennemi. Les hommes de Casey se replient et rejoignent la deuxième ligne de défense à « Seven Pines ».

Général George Sykes au centre

A environ 16 h 40, Ambrose Powell Hill, qui a reçu les renforts de Longstreet, attaque la seconde ligne de défense nordiste près de « Seven pines ». Sa manœuvre lui permet de donner l’assaut sur le côté et de concentrer ses efforts sur le flanc droit de Keyes. La ligne de l’Union s’effondre, et ses défenseurs sont contraints de reculer jusqu’à Williamsburg Road.

Johnston, qui avance avec trois brigades de la division de William Henry Chase Whiting sur la Mile Road Nine, se heurte près de Fair Oaks à une forte résistance, celle du flanc droit de Keyes.

De gros renforts nordistes viennent alors grossir les effectifs de l’Union. Le brigadier-général Edwin V. Sumner, commandant du IIème Corps, positionné au nord de la rivière Chickahominy, perçoit les bruits de la bataille. Sans attendre les ordres, il envoie de sa propre initiative une division placée sous les ordres du brigadier général John Sedgwick. La division de Sedgwick doit pour y parvenir passer sur le seul pont flottant encore debout, le pont « Grapevine Bridge ».

Le pont de Grapevine à Fair Oaks

L’ouvrage en bois, fragilisé par son utilisation intensive et les intempéries, frôle l’effondrement sur la rivière en furie. Le poids des soldats contribuera à maintenir le pont d’aplomb. Celui-ci, submergé par les flots, résistera jusqu’au passage du dernier soldat yankee qui le traversera en toute sécurité. Enfin, à bout de résistance, le pont s’écroulera et sera emporté par les eaux tumultueuses.

Grâce à ce renfort inespéré, les forces de Sedgwick permettront à Keyes de résister à l’assaut de Whiting.

Au soir des combats, Johnston est blessé et évacué sur Richmond. Le général Gustavus Woodson Smith (1821-1896) prend le commandement au pied levé de l’armée confédérée.

Gustavus Woodson Smith

Smith, malade, est hésitant sur la suite à donner à la bataille. Son attitude fébrile inquiète le président Jefferson Davis et son conseiller militaire, le général Lee.

Dès le lendemain, une fois la bataille terminée, Davis remplace Smith. Son choix se porte alors sur Robert E. Lee : il lui donne le commandement de l’armée de Virginie du Nord.

Le dernier jour, le 1er juin

Le 1er juin 1862, les Confédérés encore sous les ordres de Smith renouvèlent leurs attaques. Les Fédéraux, qui ont fait venir plus de renforts, se battent depuis des retranchements puissants, mais insuffisants pour emporter la décision.

Les combats cessent vers 11 heures 30 du matin. Les soldats des deux camps se retirent en bon ordre. C’est à ce moment-là que McClellan, sorti de son lit de malade, arrivera sur le champ de bataille.

Bien que la bataille n’ait pas été décisive sur le plan tactique, il s’agissait jusqu’alors de la plus grande bataille du théâtre oriental (juste derrière Shiloh en termes de victimes jusqu’à présent, environ 11 000 au total). Dans les deux camps on revendiquera la victoire. Les soldats de l’Union nommeront cette bataille « la bataille de Fair Oaks Station », car c’est l’endroit où ils ont le mieux combattu, tandis que les Confédérés, pour la même raison, l’appelleront « la bataille Seven Pines ».

PERTES

POUR LES FÉDÉRAUX

 

Sur les 121 500 hommes de son armée, l’Union déplorera la perte de 5031 victimes.

Tués : 790.

Blessés : 3594.

Disparus ou prisonniers : 647.

POUR LES CONFÉDÉRÉS

 

Sur les 60 000 hommes de son armée, la Confédération déplorera la perte de 6134 victimes.

Tués : 980.

Blessés : 4749.

Disparus ou prisonniers : 405.

Le 31 mai 1862, le brigadier général Robert Hopkins Hatton (1826-1862), qui commandait la 4e brigade de la 1ère division de l’Armée de Virginie du Nord, fut tué d’une balle

Robert Hopkins Hatton

dans la tête alors qu’il dirigeait sa brigade du Tennessee à la « bataille de Fair Oaks ».

 

 

 

CONSÉQUENCES

Cette bataille qui demeure indécise sera revendiquée par les deux armées. Elle marque le commencement de la fin de l’offensive de l’Union sur la Péninsule. L’avance de McClellan sur la capitale confédérée est stoppée, et l’armée de Virginie du Nord se replie dans ses retranchements à Richmond. La Campagne se conclura à la fin du mois de juin par la Bataille des Sept Jours et la retraite de l’armée de l’Union jusqu’à son point de départ.

On note que le général John Eggleston Johnston fut blessé grièvement au cours de la bataille. Jefferson Davis le remplacera par le général Robert E. Lee.

Le coup de feu qui m’a atteint a été un bienfait pour les Sudistes, car je n’ai à aucun moment su bénéficier de la confiance du gouvernement. A présent, un homme, investi de cette foi, va pouvoir me succéder pour accomplir ce que je n’ai jamais été en mesure de faire. Cet homme c’est l’audace même, il sait prendre plus de risques en moins de temps que tout autre général de ce pays, qu’il soit Nordiste ou Sudiste.

John Eggleston Johnston

« La Guerre de Sécession », de Ken Burns.


Sources :

La Guerre de Sécession, Ken Burns.  

Cet article contient des extraits de « Il y a toujours un reporter ». (« La guerre de Sécession », de Victor Austin, paru aux éditions René Julliard.)

https://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=en&u=https://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Seven_Pines&prev=search

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Seven_Pines

 

 

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