Pépin de Herstal
LES MÉROVINGIENS
LES PIPPINIDES,
PÉPIN DE HERSTAL
(645-714)
Cette famille descend des peuples Francs saliens qui se sont installés dès le Vème siècle dans les régions de Cambrai et de Tournai, en Belgique. L’Histoire de la dynastie est marquée par l’apparition d’une forte prédominance de la culture chrétienne au sein de l’aristocratie. Elle se caractérise aussi par l’implantation croissante de l’Église, et par une économie qui se développe suite à l’effondrement de l’Empire romain d’Occident. Le nom « Mérovingien » provient du roi Mérovée, ancêtre semi-mythique de Clovis (466-511). Les Mérovingiens, sous l’Ancien Régime et au XIXème siècle, sont désignés par certains légistes et historiens français comme étant la « première race » des rois francs.
L’ASCENSION DES PIPPINIDES
Tout au long de son règne, Dagobert Ier n’aura de cesse de résister à la puissance croissante de l’aristocratie. Il sera le dernier des Mérovingiens à exercer seul le pouvoir, et à bénéficier de cette disposition. Il parviendra malgré tout à maintenir partiellement l’avidité de ses adversaires.
Au cours de ses déplacements dans son royaume, surtout en Bourgogne et en Austrasie, le monarque attestera son autorité en exerçant, avec le soutien de ses conseillers (le trésorier Didier, les futurs Saint Ouen et Saint Eloi), une véritable justice.
Nonobstant, le roi sera en lutte permanente avec l’aristocratie. En 634, il se verra contraint de reconnaître l’indépendance de l’Austrasie et d’y placer comme roi son fils aîné, Sigebert III.
Plus tard, ce sera la Neustrie et la Bourgogne qui obtiendront leur indépendance sous l’autorité de Clovis II, son second fils.
Le partage du royaume de Dagobert Ier ainsi acté préfigure la division entre les Francs occidentaux et les Francs orientaux.
Les maires du palais, les plus hauts dignitaires après le roi, représenteront une véritable lignée. A la mort de Dagobert Ier, en 639, ils seront de plus en plus présents à la tête du pouvoir.
Leur émergence se heurtera à des résistances, mais la décadente dynastie mérovingienne ne pourra empêcher l’ascension inexorable de ces nouveaux venus. Petit à petit, après de nombreuses luttes et rivalités, la puissante famille des Pippinides s’emparera du pouvoir.
Dagobert Ier cèdera à ses héritiers une terre minée par « les germes de la dissolution ». Dans un avenir proche, les nouveaux maîtres seront non plus les rois, mais les « maires du Palais », à l’exemple de Charles Martel.
Lire : l’inexorable ascension des maires du palais.
Il y avait autant de maires du palais qu’il y avait de royaumes, avec un maire du palais pour le royaume de Neustrie, un autre pour le royaume d’Austrasie, et un troisième pour le royaume de Bourgogne.
LES PIPPINIDES
Le terme de Pippinides désigne au sens strict les membres de la famille de Pépin de Landen en ligne agnatique, c’est-à-dire issus de ce dernier par les hommes. Cognatique : Se dit d’un mode de descendance ou filiation qui se transmet aussi bien par les hommes que par les femmes.
PÉPIN II DE HERSTAL
(645-714)
RAPPEL
La Neustrie : le Nord-Ouest de la France actuelle (sans la Bretagne). La Bourgogne : l’ancienne Burgondie, c’est-à-dire l’actuelle Bourgogne, le Nord de la vallée du Rhône et le Centre (Orléans).
NAISSANCE
Pépin II de Herstal (dit Pépin d’Héristal, Pépin le Gros, ou encore Pépin le Jeune) naît vers 645 et meurt le 16 décembre 714 à Jupille-sur-Meuse. C’est le maire du palais d’Austrasie. Il est le fils d’Ansegisel (lui-même fils d’Arnoul de Metz) et de Begge d’Andenne, fille de Pépin Ier (ou Pépin de Landen, ou encore Pépin l’Ancien).
MARIAGES & DESCENDANCE
Pépin II de Herstal a eu deux épouses :
– PLECTRUDE (née vers 650-morte après 717).
Les épousailles ont lieu probablement entre 670 et 675.
De cette union naîtront deux garçons :
1-Drogon de Champagne (670-708).
2-Grimoald II, maire du palais (né vers 695- mort en 714).
– ALPAÏDE (ou ALPAIS, ou CHALPAIS) (née en 660-morte en 714).
De cette union naîtront deux garçons :
1-Charles Martel, maire du Palais, duc des Francs (688-741).
2-Childebrand Ier (né vers 695-mort entre 751 et 768).
SOMMAIRE
En 687, lors de la bataille de Terty, les Austrasiens, avec à leur tête Pépin de Herstal, obtiennent une victoire décisive sur les Neustriens de Thierry III (657-691), petit-fils de Dagobert Ier. Thierry III est un petit roi sans envergure qui a abandonné les rênes du pouvoir à Ebroïn (Maire du palais de Neustrie de 658 à 681). Ces luttes intestines marqueront la chute de la dynastie mérovingienne.
Les trois royaumes francs, l’Austrasie, la Neustrie et la Burgondie tombent désormais dans les mains de la puissante famille des Pippinides.
Roi de Neustrie et d’Austrasie, Pépin de Herstal (ou Pépin le Jeune) désigne sur son lit de mort son unique et illégitime héritier de 26 ans, Charles Martel, fils d’Alpaïde. Mais Plectrude, son épouse, veut placer sur le trône des deux royaumes son petit-fils Théodebald, âgé alors de sept ans.
La succession est rude et le conflit menace la lignée pippinide elle-même. Pour pouvoir régner
en maître sur le royaume franc, Charles Martel va devoir se battre contre les désirs de la reine Plectrude et affronter les soulèvements de la noblesse neustrienne. Charles Martel finit par l’emporter, établissant ainsi une solide et nouvelle dynastie, celle des Carolingiens.
SITUATION EN NEUSTRIE
Erchinoald succède à Aega, son père. Puis son fils Ebroin lui succède en 675.
Ce dernier, après la mort de Clotaire III en 673, place sur le trône de Neustrie Thierry III
(troisième fils de Clovis II et de Bathilde), second frère de Clotaire III. L’aristocratie, bafouée de son droit traditionnel du choix du roi, se rebelle. L’Austrasie est appelée en renfort.
– En 681, le maire du palais Ebroïn est assassiné par Ermenfred. Afin de conserver leur indépendance, les grands du royaume de Neustrie se réunissent et choisissent pour succéder à Ebroin, son parent Waratto, un seigneur de faible pouvoir.
– En 687, le maire du Palais Pépin II de Herstal, petit-fils de Pépin Ier, est vainqueur des Neustriens du maire Berchaire, à la bataille de Tertry. Celui-ci est le gendre de Waratto, qui a succédé à Erchinoald.
SITUATION EN AUSTRASIE
Grimoald, fils de Pépin Ier de Landen (ou Pépin l’Ancien), écarte tous ses prétendants, et place d’autorité son propre fils, Childebert l’Adopté, en lieu et place de l’héritier légitime de Sigebert III (fils de Dagobert Ier), assassiné le 1er février 656.
Cette action de force va entrainer durant six ans une révolte de l’aristocratie. Après cette période tumultueuse, Grimoald est vaincu ; le second fils de Clovis II, Childéric II, monte alors sur le trône d’Austrasie.
Une fois encore, les dignitaires de l’aristocratie franque sont irrités par l’acte odieux de Grimoald. Ils ourdissent un piège et le capturent. Ils l’amènent devant Clovis II, roi des Francs. Grimoald sera emprisonné à Paris, puis supplicié jusqu’à ce que mort s’en suive.
A l’issue de ces rivalités intestines, les deux grands royaumes francs sont désormais unifiés sous l’autorité du roi neustrien Thierry III et de ses descendants. Ils sont alors les derniers représentants de la lignée mérovingienne. Mais en réalité ce pouvoir est illusoire : il appartient désormais aux maires du palais.
UN ROI SANS ENVERGURE !
Thierry III, roi de Neustrie et de Burgondie, se trouve à la tête d’un royaume qu’il ne contrôle pas dans sa totalité. Esseulés et libres de tous mouvements, ses leudes se sont petit à petit attribués une véritable autonomie à la tête de leurs domaines. Quant à la lointaine Aquitaine, elle représente un véritable État dans l’État. De surcroit, si Thierry III a le titre de roi, il n’a aucun pouvoir à la tête de son royaume. Depuis 680, l’autorité est détenue par le maire du palais, Waratto.
Waratto désire rester en paix avec son remuant voisin austrasien, où règne le maire du palais Pépin de Herstal. Ce dernier, hormis le fait d’être maire du palais, donc premier conseiller du roi, s’est attribué le titre de « duc des Francs d’Austrasie ».
DISPUTES FAMILIALES EN NEUSTRIE !
Mais cette paix est de courte durée. En 683, Waratto est renversé par son fils Gislemar.
Gislemar entreprend alors une expédition militaire contre l’Austrasie, et son armée saccage Namur.
Mais il se heurte à une résistance acharnée des troupes de Pépin de Herstal, et doit négocier la paix. Celle-ci est signée à Cologne en 684, sous l’influence de Dadon (le futur Saint Ouen).
Gislemar meurt peu après, et Waratto recouvre sa charge de maire du palais. Il garde à l’égard de son voisin austrasien les mêmes intentions pacifiques qu’avant sa destitution, et entame de nouveaux pourparlers avec Pépin de Herstal. Ce dernier n’a qu’une idée en tête : envahir la Neustrie. Mais ses forces sont trop faibles, alors il patiente prudemment.
Waratto meurt deux ans plus tard, en 686. Anseflède, sa veuve, réussit à faire nommer son gendre Berchaire (ou Berthier) pour lui succéder. Le nouveau maire du palais est décrit, dans la « Chronique de Frédégaire », comme fougueux et audacieux, mais incompétent et peu dégourdi.
Il s’inspire du type de la Chronique universelle, et raconte les événements depuis la Création du monde jusqu’au 9 octobre 768 (jour de l’avènement de Charlemagne et de son frère Carloman) dans la version la plus longue.
L’aristocratie neustrienne ne fait pas confiance à Berchaire. Et alors que les négociations de paix sont interrompues, les leudes sollicitent Pépin de Herstal afin qu’il vienne en Neustrie pour y restaurer l’ordre. Plus encore, un grand nombre d’entre eux se proposent de se rallier à l’Austrasien. Celui-ci se voit d’un coup assuré du soutien de l’aristocratie neustrienne, ce qui le décide à guerroyer contre son voisin en plein trouble.
LA BATAILLE DE TERTRY
Pépin de Herstal veut mettre toutes les chances de victoire de son côté. Il prend le temps de se préparer avant d’attaquer son voisin. Après avoir organisé une armée puissante et bien équipée, il se met en marche à la tête de ses troupes et descend l’Escaut.
Après une halte dans la forêt dite de Silva Carbonaria, pour se recueillir et demander à Dieu de leur donner la victoire, elles se positionnent et attendent leur ennemi à l’oppidum de Tertry.
Pépin a habilement choisi l’endroit où se déroulera l’affrontement. Le lieu de la bataille se situe non loin de Saint Quentin. Il est protégé par l’Ornignon (un affluent de la Somme) et par des collines où passe une antique voie romaine. Si son ennemi veut se battre, il devra traverser le fleuve, et tous les gués sont sous la vigilance de ses guetteurs.
Dès l’arrivée des forces ennemies, Pépin de Herstal déploie son armée en ordre de bataille. L’assaut est donné, et les hommes de Pépin se ruent sur les troupes neustriennes qui sont
rapidement battues. Vaincu, Berthier doit son salut dans la fuite. Il part se réfugier à Paris, où il sera assassiné par des leudes neustriens à la solde de sa belle-mère, Ansefledis.
Pépin de Herstal entreprend alors une marche sur Paris. Il y parvient sans encombre. Une fois sur place, il s’empare du trésor royal et prend le titre de « dux et princeps Francorum » (duc et prince des Francs).
Bien plus averti et prudent que ses prédécesseurs, Pépin va ménager l’amour-propre des vaincus et placer comme maire du palais Norbert, un de ses hommes de confiance. Ce dernier ne prendra aucune initiative sans son accord.
Afin de garantir un semblant de souveraineté sur le trône, Pépin reconnaît et fait acclamer Thierry III comme roi des royaumes francs d’Austrasie, de Neustrie et de Burgondie. Jusqu’à la mort de ce dernier, en 691, Pépin sera présent lors des Conseils royaux. Pendant quatre ans, Thierry III, le modeste Mérovingien, sera à la solde de son maire du palais Pépin de Herstal, qui aura la mainmise sur le Gouvernement, sur les finances et sur l’armée.
La dynastie des Mérovingiens a vécu. Après Pépin de Herstal et Charles Martel, la puissante lignée des Pippinides, donnera naissance à une nouvelle dynastie, celles des Carolingiens. A la fois ducs d’Austrasie, et maires du palais de Neustrie, ils seront les maîtres sans partage du royaume franc.
UN PÉPIN DE HERSTAL CLÉMENT ?
La bataille de Tertry se termine dans un bain de sang des troupes neustriennes. Mal équipées, mal préparées et mal commandées, elles ont essuyé de lourdes pertes. Redoutant la vengeance des Austrasiens, de nombreux notables et leurs familles partiront s’abriter dans des abbayes proches des combats, à Saint-Quentin et à Péronne.
A l’issue de la bataille, les abbés implorent la mansuétude du vainqueur. Pépin de Herstal, voyant tout le bénéfice qu’il peut obtenir de cette situation, accepte leurs suppliques et leur accorde la vie sauve. Cependant, il émet une condition : il ordonne aux aristocrates neustriens de jurer de ne plus jamais se soulever contre son autorité. Une fois la promesse faite, il les laisse repartir dans leurs foyers.
A son entrée dans la capitale, Pépin de Herstal est précédé d’une renommée de réunificateur pacifique du royaume franc, et surtout d’un vainqueur plein de mansuétude !
SA MORT
Pépin de Herstal meurt le 16 décembre 714. Il aurait été enseveli dans l’abbaye de Saint Arnoul de Metz, là où reposait son grand-père et évêque Pépin de Landen. Le lieu deviendra une nécropole
carolingienne sous le règne de Charlemagne. Un tombeau lui sera consacré dans l’église Sainte-Marie-du-Capitole de Cologne (Allemagne), où fut inhumée sa première épouse, Plectrude.
A sa mort, une difficile succession opposera son petit-fils Théodebald, appuyé par sa grand-mère Plectrude, et son fils Charles Martel, le fils d’Alpaïde.
La querelle ébranlera la lignée pippinide, entraînant la révolte des Grands de Neustrie. Mais Charles Martel finira par l’emporter, installant solidement la future dynastie carolingienne.
Sources :
Les rois de France des Éditions Atlas (Les Mérovingiens).
Photos publiques Facebook
https://fr.wikipedia.org/wiki/Dagobert_Ier
https://fr.wikipedia.org/wiki/Clovis_II
https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9rovingiens
https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9pin_de_Landen