Le château cathare de Puivert

LES TÉMOINS DU PASSÉ

LE CHÂTEAU CATHARE DE PUIVERT

 

TYPE : Château fort.

ÉPOQUE : Moyen Âge.

PÉRIODES DE CONSTRUCTION : XIIème siècle.

PROPRIÉTÉ : Privé.

ÉTAT DE CONSERVATION : Vestiges.

COMMUNE : Puivert.

Blason de la ville de Puivert

RÉGION : département de l’Aude (Occitanie).

Blason de l’Occitanie

PROTECTION : classé Monument Historique en 1907.

 

HISTORIQUE

Situé sur la ligne de partage des eaux entre l’Atlantique et la Méditerranée, le Château de Puivert fut, en 1170, le lieu de rencontre d’Aliénor d’Aquitaine et des 13 meilleurs troubadours de l’époque.

Le château appartenait à la famille des Gongost, protectrice des arts, convertie à la religion cathare, qui en fut dépossédée en 1210, lors du siège dirigé par Pons de Bruyères, à la tête de 6000 hommes. (En 1210, Pons de Bruyères, à la tête d’une colonne de l’armée des barons du nord, dirigée par Simon de Montfort, s’empara du château après trois jours de siège).

Bernard de Congost meurt « consolé » à Montségur en 1234, ses filles périssent sur le bûcher en 1244, et Gaillard, son fils, participe au massacre des inquisiteurs en Avignonet.

Puivert marque la fin de la conquête de la vicomté de Carcassonne, car le site est aux confins du royaume d’Aragon, du comté de Foix et du comté de Toulouse.

Puivert commande toute le Quercorb. Il fut donné en 1270 pour récompense à Jean de Bruyères, avec le statut de terre privilégiée. Ainsi, le territoire était exempté de toutes taxes d’origine royale, donnait les droits de basse et haute justice à son seigneur, et ce à perpétuité, à charges de présenter une compagnie de 50 hommes d’armes prêts à servir le roi. (Il est à noter qu’en 1356, les Puiverains n’eurent pas à participer à la rançon du roi Jean II le Bon…).

1310 marque un renouveau pour Puivert : Thomas de Bruyères, partant en guerre dans les Flandres, confie l’agrandissement du château à sa femme Isabelle de Meulun, qui l’achèvera en 1320.

En 1680, Puivert sera élevé au rang de marquisat, et le statut de terre privilégiée perdurera jusqu’à la Révolution. Pourtant habité jusque-là, le château ne fut jamais modifié, et ce n’est qu’à partir de 1793 que Puivert subit les assauts du temps et des Hommes, malgré son classement « Monument Historique » en 1907 par Aristide Briand.

Depuis 1995, le château revit ; son propriétaire, Arnaud Mignard, l’habite et le restaure.

Lire : La croisade des Albigeois

http://envirando.free.fr/pages/rando/cathare/puivert/Croisade.pdf

SITUATION

Le château de Puivert est un château dit cathare. Il est situé sur la commune de Puivert, dans le département de l’Aude. L’édifice se dresse sur une colline surmontant le village et son lac. Le castel se trouve dans la région du Quercorb, à 60 km au sud de Carcassonne et à 45 km à l’est de Foix.

PLAN DU CHÂTEAU

CARACTÉRISTIQUES

L’enceinte, de plan rectangulaire, est longue de 175 mètres. C’est avant tout une forteresse militaire. Elle était donc protégée par un fossé qui n’est plus visible de nos jours.

On y pénètre par une tour-porte de forme carrée, placée au centre de la courtine est.

La surface au sol du site, dite « basse-cour », est très vaste : elle mesure 3200 m² à l’intérieur des murs.

Aujourd’hui, il ne subsiste que cinq tours sur les huit qui cernaient le château à l’origine :

– Une tour ronde et lisse, à l’angle nord-est

– Une ronde à bossage au milieu du front nord

– Sur le côté oriental, une tour à plan carré, avec une tourelle en encorbellement, reliant les deux derniers étages

– Les restes d’une tour ronde au sud-est

LES REMPARTS

LE DONJON

Il est en très bon état de conservation.

C’est la partie la mieux conservée de l’édifice. Le donjon, de forme carrée, a été construit en 1310. Il mesure 15 m de côté et 32 de haut. A l’origine, il était contigu au logis seigneurial. Sur la partie ouest de la tour, on peut observer des arrachements de pans de murs perpendiculaires ainsi que des portes, ce qui laisse supposer que les habitations étaient accolées à cette paroi.

Hormis la porte centrale située sur le mur est, qui permet d’accéder aux niveaux par un escalier à vis, se trouvent deux autres portails, défendus par le donjon : un sur l’angle nord-ouest et un autre au sud, qui permet de pénétrer dans le château.

Le donjon comprend cinq étages. Les deux premiers (dont un en partie souterrain) ont des plafonds en berceaux brisés.

LA CHAPELLE

Elle se situe au troisième niveau ; on y entre par une porte couverte en arc brisé, décorée de colonnettes, de moulures et de blasons. Le plafond est constitué de voûtes d’ogives à culots sculptés.

La salle est baignée de lumière grâce à des fenêtres à coussièges.

Un coussiège est un banc ménagé dans l’embrasure d’une fenêtre par un ressaut de la baie. Forme courante dans les constructions médiévales, il est souvent en pierre, intégré à la maçonnerie, revêtu de bois, de coussins. …

Alors qu’au XIIIème siècle on mélangeait dans le logis habitation et fonctions, le XIVème siècle nous apporte le donjon, uniquement réservé à la réception. Le but des réceptions est d’impressionner ses hôtes de même condition sociale. La chapelle est donc la salle la plus riche, car elle permettra aux châtelains contemplatifs de juger des revenus, du raffinement, et surtout du pouvoir des propriétaires des lieux. La fontaine liturgique, qui sert pour la cène, coule durant l’office. Alimentée depuis la terrasse par un homme, elle se rencontre très rarement dans les châteaux. Les culs de lampes, sculptés en diables vociférants, en laïcs se bouchant les oreilles, ou encore en moines et anges, nous poussent à une interprétation personnelle… La clef de voûte représente le couronnement de la Sainte Vierge, tandis qu’à ses pieds, Saint Michel terrasse le dragon. Les fenêtres, de tailles et de décors identiques à celles de la collégiale de Mantes la Jolie, ont une surface en vitrail de plus de 6m2. Dans une salle cubique de 8m de côté, l’architecte réussit, en désaxant deux nervures de voûte, à créer un chœur. Cette « aspiration vers le haut » est augmentée par la couleur, réalisée non pas par un crépi, mais par la couleur de la pierre elle-même…

LA SALLE DES MUSICIENS

De même taille que la chapelle et d’architecture symétrique, elle est en revanche réservée à la réception. On y mange, parle politique, crée des alliances, et bien sûr on s’y divertit par la musique et la poésie.

Seul ensemble profane au monde, ses culs de lampes sont sculptés en musiciens. Chacun d’eux est singulier, au réalisme exemplaire. Le sculpteur dut augmenter le volume de la pierre afin de réaliser un personnage au deux-tiers de sa taille réelle.

Chaque musicien porte naturellement son instrument : le luth, la guitherne, le rebec, la cornemuse, le psaltérion, le tambourin, l’orgue portatif, et la vièle à archet. Tous sont exposés dans la salle haute, reprenant précisément les proportions des sculptures. Chaque instrument de musique est protégé par sa vitrine, permettant au visiteur une observation parfaite (vues de face, de profil et arrière).

Cette salle est-elle le symbole d’une famille puissante, mais surtout protectrice des arts, ou bien un témoignage vivant du passage d’Aliénor d’Aquitaine et de ses treize fidèles ?

PUIVERT CAPITALE DES TROUBADOURS !

Troubadours

Aliénor d’Aquitaine naquit au château de Belin, près de Bordeaux, en 1122. En plus de l’Aquitaine, son territoire s’étendait de la Loire aux Pyrénées. Il comprenait le Poitou, le Limousin, l’Auvergne, la Guyenne et la Gascogne. Née duchesse, elle devint reine de France en épousant le Capétien Louis VII, puis reine d’Angleterre en épousant le Plantagenêt Henri II.  

Les plus grands troubadours d’Occitanie s’en sont amourachés, tels Bernard de Ventadour, Jaufré Rudel, Peire d’Auvergne…

Beaucoup de légendes courent autour du château ; en voici une :

Alphonse VIII de Castille se dirigeait vers Bordeaux pour rencontrer sa future femme, la petite Aliénor Plantagenêt (la fille d’Aliénor d’Aquitaine et du roi d’Angleterre Henri II), alors âgée de neuf ans. Sur sa route, le cortège Castillan-Aquitain (comptant les plus fameux troubadours du temps), s’arrêta quelques jours à Puivert où, dans le temps, se tenait une célèbre cour d’amour. Ce soir-là, les meilleurs troubadours s’étaient réunis au château pour chanter leurs poèmes.

Mariage d’Alphonse VIII et d’Aliénor Plantagenet.

En 1170, les plus célèbres Troubadours du Pays d’Oc se rencontraient au château de Puivert. Peire d’Auvergne y composa sa fameuse Galerie Littéraire.

Peire d’Auvergne

Le château occupait alors une place importante, aux portes des comtés de Foix, de Toulouse, et de Carcassonne. Il était assez grand pour accueillir toute cette cour et sa suite (il est à noter que le logis du château était deux fois plus grand que le logis de Chinon).

Lire :

La Deuxième Croisade

Louis VII

Aliénor d’Aquitaine

LA SALLE DES GARDES

Il ne faut pas confondre salle des gardes et salle d’armes ! Cette dernière est l’équivalent de la bibliothèque, du bureau. On y entrepose les archives, les actes notariés, les livres. On y siège pour rendre la justice, aidé ou non d’hommes de confiance, et on y signe divers actes devant des témoins. Le sol étant au même niveau que la cour, on surélève l’allège des fenêtres et, pour les manœuvrer, des escaliers permettent d’y accéder. Afin de profiter de la lumière du jour, des bancs (coussièges) suivent les degrés des escaliers.

Mesurant huit mètres de côté sur sept mètres haut, cette salle, à la voûte simple et épurée, force l’humilité, oblige les convives à s’exprimer clairement et surtout à peser leurs mots.

LA LÉGENDE DE LA DAME BLANCHE

QUELQUES DONNÉES UTILES

Assommoir : ouverture pratiquée dans la voûte d’un passage d’entrée, permettant un jet de projectile.

Baie géminée : baie groupée par deux, sans être en contact direct.

Basse-Cour : cour du château protégée par une enceinte.

Courtine : partie de mur comprise entre deux tours.

Cul-de-lampe (culot) : ornement de sculpture servant à supporter une base de colonne, la retombée d’un arc, ou les nervures d’une voûte.

Trilobé : formé de la rencontre de trois cercles décrivant un trèfle.

Voûte en berceau : voûte semi-cylindrique, engendrée par un arc en plein cintre.

Bossage : pierre de taille présentant des bosses sur la surface extérieure. Cette particularité donne ainsi au mur un aspect brut.


Sources :

Mes photos

Photos publiques Facebook

Panneaux explicatifs affichés dans le château à l’attention des visiteurs

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_de_Puivert

http://envirando.free.fr/pages/rando/cathare/puivert/Croisade.pdf

http://www.audecathare.fr/chateaux/chateau_puivert.htm

https://fr.anecdotrip.com/alienor-daquitaine-et-les-troubadours-de-puivert-par-vinaigrette

https://atlasofplaces.com/research/chateau-de-puivert/

 

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