La chute de Château-Gaillard
MOYEN ÂGE
LA CHUTE DE
CHÂTEAU-GAILLARD
PRÉSENTATION
Château-Gaillard est une forteresse militaire médiévale du XIIème siècle (aujourd’hui en ruine) qui fut construite au cœur du Vexin normand, à 100 km de Paris, dans la commune des Andelys (Eure). Elle se situe sur une falaise de calcaire qui surplombe un méandre de la Seine. C’est par la volonté de son concepteur, le roi d’Angleterre et duc de Normandie Richard Cœur de Lion, que le château sera érigé (de 1197 à 1198).
HISTORIQUE
Après avoir été retenu prisonnier à Dürnstein, en Autriche, il est livré à l’Empereur du Saint Empire Henri VI. Ce dernier exigera une rançon colossale de 150 000 marks d’argent, ce qui équivalait à deux années de recettes du Royaume d’Angleterre.
1193
Philippe Auguste veut profiter de la captivité de Richard Cœur de Lion pour s’entendre avec son frère cadet, Jean sans Terre. Celui-ci, qui s’est emparé du royaume anglo-normand durant l’absence de Richard, espère récupérer la couronne anglaise avec l’aide du Capétien, et pour ce faire, lui prête allégeance.
1194
En janvier, Philippe Auguste se lance à l’assaut des possessions des Plantagenêt en Normandie. – Le 4 février, Richard Cœur de Lion est libéré. – Le 20 mars, Richard est de retour sur le sol anglais. Après avoir confié la régence du royaume à l’archevêque de Cantorbéry, Hubert Walter, il rembarque spontanément pour reprendre le combat contre le Capétien. La lutte se terminera avec la mort du Plantagenêt, en 1199.
UNE ENTENTE DE FAÇADE
Si le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion a dirigé la Troisième Croisade (1189-1192) avec son rival Philippe Auguste, l’entente précaire qui régnait entre les deux monarques a vécu. Elle relève dorénavant du passé. Philippe Auguste, qui a quitté la Terre Sainte bien avant Richard, n’a qu’une idée en tête : reconquérir la Normandie durant l’absence du roi d’Angleterre, retenu prisonnier. Nous l’avons bien compris, la Normandie va être l’enjeu de la lutte entre Français et Anglais.
UNE FORTERESSE POUR STOPPER L’ÉLAN
DE LA RECONQUÊTE FRANÇAISE !
Pour protéger son Duché, Richard Cœur de Lion veut ériger une forteresse imprenable. Après seulement un an de travaux colossaux (auxquels ont participé des milliers d’ouvriers et d’artisans), Château-Gaillard émerge, solidement ancré au sommet d’une falaise surplombant la Seine. Il s’affiche comme l’un des plus puissants châteaux forts du Moyen Âge.
Protégée par trois enceintes successives, la forteresse va résister aux assauts des Français pendant huit longs mois.
CONTEXTE
Après la mort de Richard Cœur de Lion en avril 1199, son jeune frère Jean sans Terre lui succède sur le trône du duché de Normandie.
Philippe Auguste profite de cette situation pour reconquérir la Normandie.
Le 22 mai 1200, sous la tutelle du légat papal Pierre de Capoue, les deux monarques concluent un traité de paix, connu sous le nom de traité du Goulet (Jean sans Terre reconnaît la suzeraineté du roi de France sur les possessions continentales des Plantagenêt).
Philippe Auguste conserve ses dernières conquêtes, surtout le Vexin normand, à l’exception de Château-Gaillard.
Mais cette paix est de courte durée et les combats reprennent en août 1203.
Le monarque français reprend l’offensive et s’empare de l’Île d’Andely et du village de la Couture, déserté par ses habitants. Les troupes anglo-normandes abandonnent sans combattre le château de Vaudreuil et de Radepont.
Philippe Auguste sait qu‘il doit détruire le dispositif militaire qui défend le château. Après quelques manœuvres audacieuses et grâce à la bravoure de ses nageurs, il s’empare de l’estacade établie en travers du fleuve.
L’estacade est détruite et la navigation sur le grand fleuve peut reprendre ; la voie pour Rouen est grande ouverte pour l’ost français.
Si bien que, lorsqu’en septembre Philippe Auguste met le siège devant Château-Gaillard, celui-ci ne représente plus une nécessité à s’en emparer. Nonobstant, la forteresse reste pour le roi de France un symbole à conquérir. Elle est l’œuvre de Richard Cœur de Lion qui, même mort, demeure son éternel rival.
Philippe Auguste ne perd pas de vue son but : la reconquête de la Normandie. L’ost royal occupe déjà Evreux et Conches, mais sa progression a été stoppée, et son avancée s’est figée. Il est vrai que le duché de Normandie est puissamment défendu. Jean sans Terre a sous ses ordres une levée féodale forte de huit cents chevaliers. En outre, il dispose de troupes supplémentaires qui viennent renforcer sa défense (sergents soldés, archers gallois, mercenaires flamands et gascons).
Cependant, malgré cette force armée redoutable, Jean sans Terre va se montrer peu entreprenant et défendre faiblement ses fiefs normands. De toute évidence il est incapable de se montrer un fin stratège.
Philippe Auguste veut en profiter et poursuivre sa marche en avant : pour cela, il estime vital de se rendre maître de Château-Gaillard. Mais la puissante forteresse, nichée sur un flanc de montagne, rend impossible un assaut direct, car trop risqué.
LE SIÈGE
En septembre 1203, Philippe Auguste met le siège devant le Château et décide d’en affamer ses occupants.
Tout d’abord, il fait creuser un double fossé autour de la place, hors de portée des archers qui surveillent les travaux du sommet des remparts. Puis il ordonne la construction de 14 tours de bois (beffrois) tout au long des tranchées. Celles-ci seront gardées jour et nuit par des sergents et des sentinelles.
La garnison du château est commandée par Roger de Lacy (1170-1211). Ce dernier est bien décidé à résister le plus longtemps possible, jusqu’à l’arrivée des renforts envoyés par Jean sans Terre. De Lacy n’hésite pas à employer les grands moyens, et, pour préserver les vivres, il expulse les femmes, les enfants et les vieillards qui sont venus se mettre à l’abri après l’occupation du village du Petit Andely (1200 personnes en tout).
Après en avoir accueilli un grand nombre, les assiégeants français refusent le passage aux autres. Plusieurs centaines de ces malheureux sont abandonnés, entassés entre la forteresse et les assiégeants, exposés à la rigueur du froid, et mourant de faim. Finalement, Philippe Auguste a pitié d’eux et ordonne qu’on les recueille.
Le 6 décembre 1203, Jean sans Terre, mis en échec, s’embarque pour l’Angleterre et fuit le combat. Les Français ont désormais les mains libres.
En février 1204, Philippe Auguste donne l’ordre à ses troupes de se lancer à l’assaut du château ; il pense que l’ennemi est épuisé et à bout de forces.
Entrent alors en scène les machines de guerre : pierrières, mangonneaux et trébuchets. Une déferlante de pierres de gros calibre s’abat sur la forteresse et ses occupants.
sur une poutre verticale. Une des extrémités est chargée d’un bloc de pierre ou d’un boulet, et sur l’autre, plus courte, l’on a fixé un système de câbles. Les servants actionnent l’engin en tirant un coup sec sur les cordes pour propulser le projectile.
Elle change de nom et devient mangonneau. Un détail qui fait toute la différence, car la force motrice fournie par l’homme est remplacée par un contrepoids qui se substitue à la traction humaine.
Enfin, la machine prend le nom de trébuchet lorsque la présence de l’homme n’est plus demandée. Des projectiles de cent kilos peuvent alors être envoyés à plus de deux cents mètres avec une précision millimétrée. L’engin se révèle très efficace contre les murailles et devient la hantise des villes assiégées. Il ne sera supplanté qu’avec l’avènement de l’artillerie.
Il était généralement composé de plusieurs paliers (ce qui permettait de transporter un plus grand nombre de soldats). Son sommet était équipé de façades mobiles, qui servaient de protection pendant le déplacement et qui, une fois baissées, permettaient aux attaquants d’être sur le même niveau du rempart (chemin de ronde) que les assiégés.
Les Français dirigent leurs efforts sur la grosse tour qui domine l’ouvrage avancé. Au pied des murailles, épaisses à certains endroits de plus de cinq mètres, les mineurs commencent à creuser un long tunnel de sape. Bientôt tout un pan de mur s’écroule, obligeant les défenseurs de la forteresse à se réfugier dans le corps du château principal, non sans avoir incendié les bâtiments de l’avant-corps.
C’est alors que Pierre de Bogis, un chevalier du roi de France, s’introduit dans une échauguette servant à l’aération des latrines.
Pénétrer maintenant dans la forteresse et aller baisser le pont-levis devient pour les assaillants très facile. Surpris, et afin de gagner du temps, les assiégés mettent le feu à la chapelle.
Par cette ouverture les Français entrent en force dans l’enceinte, et débouchent directement dans la basse-cour. Pressés en force par les assaillants, les défenseurs n’ont d’autre solution que de s’enfermer dans la deuxième enceinte.
Une grosse catapulte vient rapidement à bout de la porte, littéralement broyée par les énormes blocs de pierre.
Le 6 mars 1204, la garnison, comprenant 36 chevaliers et les 117 sergents et arbalétriers, se rend avant d’avoir pu se mettre à l’abri dans le donjon.
Le 24 juin 1204, Rouen tombe à son tour. La conquête du duché de Normandie va se poursuivre de façon fulgurante. En quelques mois, la plupart des vassaux de Jean sans Terre feront allégeance au monarque français, Philippe Auguste.
UN CHÂTEAU, UNE HISTOIRE !
Défense anglo-normande contre les invasions françaises, le Château Gaillard demeurera un sujet de conflit permanent entre la France et l’Angleterre. Peu de temps après sa construction, Philippe Auguste réussira à s’en emparer. Après lui, les divers rois de France l’utiliseront pour ses qualités architecturales et sa position stratégique. Certains y séjourneront pour différentes raisons. Louis IX y habitera. Philippe le Bel (1268-1314) l’utilisera comme prison et y fera enfermer ses belles filles : Marguerite et Blanche de Bourgogne, épouses de « Louis X le Huttin » (1289-1316) et de « Charles le Bel » (1294-1328).

Sources :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau-Gaillard_(Les_Andelys)
Les rois de France des Éditions Atlas.
Lire :
« Philippe Auguste »
« Comment s’emparer d’un château fort »
« Château-Gaillard, protecteur de la Normandie »