Château-Gaillard, protecteur de la Normandie

                                                                                                           

 

 

 

MOYEN ÂGE

RICHARD CŒUR DE LION FAIT CONSTRUIRE

 CHÂTEAU-GAILLARD

 

Lire :

« La Troisième Croisade »

« Philippe Auguste »

« Richard Cœur de Lion »

« Comment s’emparer d’un château fort »

UNE FORTERESSE POUR PROTÉGER LA NORMANDIE :

CHÂTEAU-GAILLARD

 

SOMMAIRE

Durant son retour de Terre Sainte, à l’automne 1192, Richard Cœur de Lion doit faire une halte à Vienne.

C’est à Erdberg (Vienne), lors de cet arrêt, qu’il est capturé par le duc Léopold V de Babenberg.

Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion

Après avoir été retenu prisonnier à Dürnstein, en Autriche, il est livré à l’Empereur du Saint Empire Henri VI. Ce dernier exigera une rançon colossale de 150 000 marks d’argent, ce qui équivalait à deux années de recettes du Royaume d’Angleterre.

1193

Philippe Auguste veut profiter de la captivité de Richard Cœur de Lion pour s’entendre avec son frère cadet, Jean sans Terre. Celui-ci, qui s’est emparé du royaume anglo-normand durant l’absence de Richard, espère récupérer la couronne anglaise avec l’aide du Capétien, et pour ce faire, lui prête allégeance.

1194

– En janvier, Philippe Auguste se lance à l’assaut des possessions des Plantagenêt en Normandie.

– Le 4 février, Richard Cœur de Lion est libéré.

– Le 20 mars, Richard est de retour sur le sol anglais. Après avoir confié la régence du royaume à l’archevêque de Cantorbéry, Hubert Walter, il rembarque spontanément pour reprendre le combat contre le Capétien. La lutte se terminera avec la mort du Plantagenêt, en 1199.

Château-Gaillard

UNE ENTENTE DE FAÇADE

Philippe II Auguste

Si le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion a dirigé la Troisième Croisade (1189-1192) avec son rival Philippe Auguste, l’entente précaire qui régnait entre les deux monarques a vécu. Elle relève dorénavant du passé. 

Richard Cœur de Lion

Philippe II Auguste, qui a quitté la Terre Sainte bien avant Richard, n’a qu’une idée en tête : reconquérir la Normandie durant l’absence du roi d’Angleterre, retenu prisonnier. Nous l’avons bien compris, la Normandie va être l’enjeu de la lutte entre Français et Anglais.

 

 

 

UNE FORTERESSE POUR STOPPER L’ÉLAN

DE LA RECONQUÊTE FRANÇAISE !

Pour protéger son Duché, Richard Cœur de Lion veut ériger une forteresse imprenable. Après seulement un an de travaux colossaux (auxquels ont participé des milliers d’ouvriers et d’artisans), Château-Gaillard émerge, solidement ancré au sommet d’une falaise surplombant la Seine. Il s’affiche comme l’un des plus puissants châteaux forts du Moyen Âge.

Château-Gaillard

Situé près du village des Andelys, il dresse majestueusement son donjon central, protégé par une double ceinture de remparts en forme d’éperon, qui s’apparente à la proue d’un navire.

Les premiers combats tournent à l’avantage du monarque français (en avril 1193, Philippe se fait livrer le château de Gisors par le sénéchal Gilbert de Vascœuil). Il s’empare du Vexin normand, puis d’Evreux, puis de Neubourg, de Vaudreuil, ainsi que de nombreux châteaux. Mais il échoue devant Rouen.

Richard Cœur de Lion compte bien retourner la situation à son avantage. Dans un premier temps, il veut tirer parti de la trêve de Louviers (ratification de la paix d’Issoudun) qu’il a signée en 1196 avec Philippe Auguste. Pour cela, il entreprend de fortifier ses positions et fait ériger la forteresse de Château Gaillard.

UN SITE CHOISI !

Richard établit son château sur un éperon rocheux, surplombant la Seine d’environ 90 mètres. Le site n’est cependant pas l’endroit le plus haut de la zone de construction, puisqu’au sud-est se trouve un plateau qui le domine de 50 mètres.

Le complexe défensif est largement supérieur aux vestiges de la citadelle (qui sont encore visibles de nos jours). Il barre carrément le fleuve. On a créé, au pied de la forteresse, le bourg fortifié de la Couture (ancêtre du Petit Andely).

Le Petit-Andely, tout d’abord village de pêcheurs appelé « La Culture », s’est agrandi au pied du Château-Gaillard édifié par Richard Cœur de Lion à la fin du XIIème siècle. Il a été créé pour y loger ouvriers, marchands, artisans et aubergistes nécessaires à la construction de la forteresse du Château-Gaillard, dont les ruines surplombent la vallée de la Seine.

Du village de la Couture (culture), un pont enjambait le fleuve et s’appuyait sur une petite île fluviale, dite « du Château ». Sur cet îlot se trouvait une petite fortification polygonale (le château de l’île). Plus loin, à quelques centaines de mètres en amont de la Seine, se trouvait une triple rangée de pieux interdisant le passage des navires (l’estacade).

Deux mottes castrales servaient d’avant-postes : la tour de Cléry, sur le plateau, et celle de Boutavant, dans la vallée (on peut encore en distinguer quelques vestiges sur l’île La Tour).

Une motte castrale, souvent appelée « motte féodale », est une sorte de fortification de terre qui a été largement utilisée au Moyen Âge. Elle est formée d’un remblai de terre rapportée, volumineux et circulaire : le tertre. Il existe plusieurs formes d’édification de ces ouvrages dans toutes les régions d’Europe. 

Motte castrale

Enfin, au centre de ce complexe grandiose se dresse, comme poste d’observation magistral et inexpugnable, Château Gaillard. Le tout avait pour mission de boucler le méandre de la Seine en amont de Rouen.

UN CHANTIER COLOSSAL

Un retour de la guerre est imminent ; il faut donc au monarque anglais réagir dans l’urgence. La construction du château, à grands frais, va prendre moins de deux ans, et en 1198, les travaux sont terminés. Les contemporains sont impressionnés par le résultat. La forteresse se présente comme l’un des ouvrages les plus modernes de l’architecture militaire médiévale.

D’où les commentaires prêtés à Richard Cœur de Lion : « Comme elle est belle ma fille d’un an ! », et une autre fois : « Quel château gaillard ! ».

Richard Cœur de Lion a choisi son emplacement sur une frontière naturelle et stratégique, la Seine, entre le Vexin français et le Vexin normand. Cette position est idéale : elle permet de contrôler la vallée de la Seine tout en protégeant Rouen, et de se prémunir des invasions françaises. Le roi Richard a voulu cette construction inexpugnable !

Nonobstant, elle se trouve du côté français du fleuve, donc directement exposée aux attaques de son rival, Philippe Auguste. C’est pourquoi le monarque anglais décide de parfaire son dispositif de défense. Au loin, dressé sur un promontoire dominant le grand fleuve, son impressionnant château ne peut qu’intimider ses ennemis ! Philippe est averti !

UN DONJON CERNE PAR UNE DOUBLE CEINTURE

Un profond fossé creusé dans le calcaire sépare le promontoire du château. L’ouvrage est assis sur une base triangulaire, et protégé dans toutes les directions : l’assaillant doit franchir une suite d’obstacle pour parvenir au donjon.

Dans sa totalité, l’ouvrage est conçu en deux parties : une avancée renforcée par des tours rondes, séparées par un fossé, donne accès au château par un pont levis. L’ouvrage principal affiche trois degrés de défense, qui sont imbriqués les uns dans les autres. L’enceinte extérieure, flanquée de deux tours circulaires, se dresse le long des fossés. Elle réunit les cantonnements de la garnison, une chapelle et un grand puits. Quant à l’enceinte intérieure, elle se compose d’un rempart en forme d’ellipse, consolidé par des renflements hémicylindriques.

C’est à cet endroit que se situent les appartements du roi. Enfin, comme bouclier ultime, le donjon cylindrique se dresse au centre de l’ouvrage, protégé par des contreforts en forme de pyramides inversées.

Lorsqu’on contemple l’édifice vu du ciel, la forteresse a l’aspect d’un énorme navire dont l’étrave pénètre dans la falaise.

Ce chef-d’œuvre de l’architecture militaire médiévale a utilisé les techniques les plus modernes pour permettre la réalisation de ses surfaces et de ses volumes en forme de courbes.

Mais si la citadelle remplit de fierté et d’orgueil son constructeur, il s’avère néanmoins qu’elle présente des faiblesses militaires dissimulées. Etant construite trop près du plateau, elle permettra à l’ennemi de mettre un siège durable, interdisant toute échappatoire à ses occupants.

En 1204, Philippe Auguste parviendra à s’en emparer. Ses soldats utiliseront tout simplement les latrines pour s’introduire dans le château, dit inexpugnable.

UN CHÂTEAU, UNE HISTOIRE !

Défense anglo-normande contre les invasions françaises, le Château Gaillard demeurera un sujet de conflit permanent entre la France et l’Angleterre. Peu de temps après sa construction, Philippe Auguste réussira à s’en emparer. Après lui, les divers rois de France l’utiliseront pour ses qualités architecturales, et sa position stratégique. Certains y séjourneront pour différentes raisons. Louis IX y habitera. Philippe le Bel (1268-1314) l’utilisera comme prison et y fera enfermer ses belles filles : Marguerite et Blanche de Bourgogne, épouses de « Louis X le Huttin » (1289-1316) et de « Charles le Bel » (1294-1328).

« Les Rois Maudits ». En 1314, deux des trois belles-filles de Philippe IV le Bel y seront emprisonnées après l’affaire de la tour de Nesle : Marguerite de Bourgogne, femme adultère de l’héritier du trône Louis X (dit « le Hutin »), et Blanche, épouse de Charles de France, futur Charles IV Le Bel. La première y mourut, probablement assassinée, tandis que la deuxième fut « autorisée » à se retirer au couvent de Maubuisson.

Guerre de Cent Ans.

La forteresse sera de nouveau convoitée durant la Guerre de Cent Ans, et fera l’objet de plusieurs sièges :

– Le 9 décembre 1419, après un long siège de seize mois, elle tombera aux mains des Anglais (la dernière corde vitale à la remontée de l’eau du puits s’étant rompue). C’était la dernière place forte française qui résistait encore au roi Henri V d’Angleterre.

– En 1429, La Hire, compagnon de Jeanne d’Arc, s’en emparera pour le compte des Armagnacs. – En 1430, la forteresse sera de nouveau sous contrôle anglais.

– Il faudra attendre 1449, pour que Charles VII en reprenne possession et en expulse définitivement les Anglais. Château Gaillard sera finalement démantelé, alors que la Normandie passera définitivement sous contrôle français.


Époque moderne Pendant les guerres de religion, les ligueurs se réfugient dans le château de Nicolas II de La Barre de Nanteuil, alors gouverneur de la forteresse.

– En 1591, après presque deux ans de siège, Henri IV réussit à s’en emparer.

– En 1595, Henri IV accepte, à la demande des États de Normandie, que l’édifice soit démoli (ceci afin d’éviter qu’une nouvelle force armée y trouve refuge pour piller à nouveau la région).

– En 1603, les capucins des Andelys sont autorisés à prendre des pierres pour la réparation de leur couvent. Permission donnée également sept ans plus tard aux pénitents de la ville. Les deux communautés religieuses les prélèveront en priorité sur les courtines de la basse-cour et sur l’ouvrage avancé.

– La destruction est interrompue en 1611, puis reprise sous Richelieu, qui ordonne l’arasement du donjon et de l’enceinte de la haute-cour.

Sources :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau-Gaillard_(Les_Andelys)

Les rois de France des Éditions Atlas.

 

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