Les Saxons, meilleurs ennemis des Francs

LES CAROLINGIENS

Effigie Charlemagne et autour l’inscription KAROLVS IMP AVG (Karolus imperator augustus).

LES SAXONS, MEILLEURS ENNEMIS DES FRANCS

Statue moderne de Widukind à Herford, en Allemagne

Au-delà du Rhin, un puissant peuple conserve encore son indépendance : les Saxons.

Ils représentent un peuple germanique appartenant au rameau occidental. Ils sont mentionnés pour la première fois au IIème siècle par le grec Ptolémée sur la carte Germania Magna. Il les situe alors au sud-ouest du Jutland, ce qui correspond à peu près à l’actuel Holstein, d’où ils semblent s’être dispersés au sud et à l’ouest.

L’Europe centrale au Vème siècle.

Au milieu du VIIIème siècle, les Saxons sont encore préservés de l’influence romaine. Leurs voisins, au contraire, se romanisent et s’assimilent à leurs institutions et à leur culte national. Depuis 748, les Saxons sont dépendants du royaume franc. A la fin du règne de Pépin le Bref, le tribut, établi en 758 à 300 chevaux par an, n’est cependant pas payé. De plus, le royaume franc subit régulièrement des incursions saxonnes.

LES SAXONS, DES REDOUTABLES GUERRIERS

Ary Scheffer, Charlemagne reçoit la soumission de Widukind à Paderborn, (1840).

LA SOUMISSION DES SAXONS, EN BREF 

Guerre entre Charlemagne et les Saxons

Agriculteurs, païens vénérant des idoles profanes, n’ayant pas de roi, les Saxons sont de terribles guerriers passés maîtres dans l’art militaire.

A partir de 772, ils sont pour Charlemagne les adversaires les plus dangereux et les plus difficiles à soumettre.

En 772, Charlemagne entreprend sa première expédition en Saxe, détruisant en particulier le principal sanctuaire, l’ « Irminsul », symbole de la résistance du paganisme saxon.

« Irminsul » : en allemand, « Irminsäule » ; en vieux saxon, « Irminsûl », « grande ou puissante colonne ».

L’Irminsul – photo publique Facebook

C’était soit un arbre (plus précisément un frêne) soit un tronc totémique sculpté, dédié à une divinité saxonne (teutonique) de la guerre, nommée Irmin. Il était vénéré chez les anciens Saxons à la fin du VIIIème siècle.

A partir de 776, débute alors une lutte acharnée contre les Saxons. En 785, après de nombreux massacres de part et d’autres, Widukind le chef des Saxons finit par se soumettre et se fait baptiser.

La conquête des Saxons permet également de mettre fin une fois pour toutes à la menace permanente qu’ils exerçaient sur la sécurité du royaume franc.

UNE GUERRE QUI S’AVÈRE LONGUE ET SANGLANTE

La guerre entre Charlemagne et les Saxons, représentation du XIIIème siècle.

Le territoire des Saxons se situe à une cinquantaine de kilomètres au-delà du Rhin. Il est parcouru de cours d’eau, et recouvert de forêts et de tourbières.

Il est habité par des tribus germaniques qui, au début du VIIIème siècle, se sont regroupées en quatre grands peuples : les Westphaliens (Saxons de l’Ouest, établis du Rhin à la Weser), les Angariens (installés à l’Est du fleuve Weser), les Ostphaliens (Saxons de l’Est, centrés dans le massif montagneux du Hartz), et les Noralbigiens (situés dans les plaines du Holstein).

Les Saxons ne sont unis par aucune forme de politique (alors que la légende raconte qu’ils tiennent chaque année une réunion à Marklô, sur le fleuve Weser).

A l’instar des Francs, leur territoire est divisé en cantons. La population est partagée en trois classes : les nobles, qui possèdent les châteaux et les enceintes fortifiées, les hommes libres, et les « laz ».

« Laz » : qui possède un statut intermédiaire entre celui d’affranchi et celui d’esclave.

Tous les Saxons obéissent à une loi non écrite et parlent un dialecte germanique particulier.

Ils sont d’origine maritime mais, devenus agriculteurs, ils cultivent l’orge, le seigle et l’avoine, élèvent des bovins et des chevaux, et en font commerce.

DES FRONTIÈRES MOUVEMENTÉES

Charlemagne obligeant les Saxons à être baptisés.

Les relations entre les Francs et les Saxons sont depuis toujours tumultueuses. Tout cela est dû en grande partie à cause de leurs frontières, qui ne sont pas précisément établies. De nombreuses agressions et tentatives d’invasions, de part et d’autre, sont les causes des heurts récurrents entre les deux peuples belligérants.

Éginhard, le biographe de Charlemagne, explique la situation : « Le tracé de leurs frontières et des nôtres pourrait être la cause d’une perturbation quotidienne de la paix. Sauf en quelques endroits où de grands bois et des montagnes déterminent avec précision les limites des territoires. Celles-ci sont presque partout en plaine, et les meurtres, les rapines et les incendies n’y cessent pas, dus aux uns et aux autres.

Éginhard (770-840)

Les Francs finissent par en être à ce point irrités que, jugeant insuffisant de rendre les coups, ils estimèrent qu’il était nécessaire d’entreprendre contre les Saxons une guerre ouverte ».

UN FORT RESSENTIMENT…

Enluminure représentant Charlemagne, XIIème siècle.

En outre, l’hostilité des Saxons envers les Francs relève d’une immense déception. En effet, ils ont soutenu les Francs lors de la conquête de la Thuringe. De ce fait, ils supportent de plus en plus mal le fait d’être tributaires désormais de leurs voisins et d’être repoussés toujours plus à l’Est. Ils essaient constamment de gagner de l’espace le long du Hellweg (depuis l’Antiquité, route traditionnelle le long de la Lippe en direction du Rhin), et des escarmouches se produisent régulièrement avec les forces franques qui protègent la Hesse et l’Austrasie.

RAPPEL

L’Austrasie : l’Est de la France actuelle, l’Est de la Belgique actuelle, et les régions rhénanes.

La Neustrie : le Nord-Ouest de la France actuelle (sans la Bretagne).

La Bourgogne : l’ancienne Burgondie, c’est-à-dire l’actuelle Bourgogne, le Nord de la vallée du Rhône et le Centre (Orléans).

DE FAROUCHES GUERRIERS…

Il faudra aux Francs beaucoup de temps et de nombreuses campagnes pour soumettre le peuple saxon. D’ailleurs, celui-ci n’accorde aucune valeur au serment prêté à Charlemagne ; les Saxons capables de le rompre à tout moment. D’autant que les Saxons sont dirigés par une multitude de chefs, ce qui complique encore les choses. Pour les Francs, la stratégie est simple : il leur faut vaincre l’ennemi peuple après peuple, territoire après territoire. Et la chose n’est pas facile, car les tribus saxonnes sont passées expertes dans l’art de la guerre.

Leurs forteresses (Heresburg et Sigiburg) qui gardent les vallées de la Diemel et de la Ruhr sont, sur le plan stratégique, très bien implantées.

Sculpture représentant Widukind, à Nienburg-Weser, en Allemagne.

Pour les Francs, l’ennemi est capable avec de la terre, des arbres et des grillages, de bâtir des fortifications pratiquement inexpugnables. Les Saxons utilisent des machines de guerre, et leurs pierrières lancent des projectiles destructeurs. Pour eux, ruses et stratégies de bataille n’ont pas de secret. Tous ces actes guerriers sont amplement favorisés par l’insuffisance des chemins praticables, et par les protections naturelles des forêts et des marécages. En outre, les Saxons peuvent, en cas de nécessité absolue, bénéficier de l’aide d’alliés, qui sont eux-aussi païens et ennemis des Francs (tels les peuples de la Frise orientale).

Frise

Autant d’avantages sur le terrain rendent les Saxons redoutables, et les Francs en ont pleinement conscience. Mais pour le roi des Francs, il faut vaincre à tout prix.

Alcuin, le conseiller de Charlemagne, rapporte : « La race des Saxons est vigoureuse et puissante à la guerre ».

En 772, Charlemagne lance sa première campagne contre les Saxons : c’est le début d’une guerre qui durera plus de trente ans.

Effigie Charlemagne et autour l’inscription KAROLVS IMP AVG (Karolus imperator augustus).

DES SAUVAGES IDOLÂTRES D’UN « NATUREL FÉROCE »

Les rapporteurs et historiens carolingiens appuient avec force sur le paganisme coriace de leurs ennemis saxons. Eginhard, le biographe de Charlemagne, approuve les campagnes du roi des Francs en décrivant ces peuples d’une façon inquiétante : « Les Saxons (…) sont bien connus pour être d’un naturel féroce, pour s’adonner au culte des démons, pour s’opposer à notre religion et pour ne pas juger déshonnête de violer et transgresser les lois divines et humaines. »

Il est vrai que pour honorer leurs divinités, les Saxons n’hésitent pas à recourir aux sacrifices humains. Ils idolâtrent les sources, les arbres feuillus et les bois, croient aux sortilèges et aux sorciers, et brûlent leurs morts.

Rapidement, les incursions de Charlemagne en terres saxonnes vont prendre une tournure de croisade religieuse. Les Francs tenteront par tous les moyens de convertir ce peuple sauvage et idolâtre.

La première cible des Francs sera le principal lieu sacré des Saxons : l’ « Irminsul » (près du château d’Heresburg). Il s’agit d’un tronc en forme de colonne qui, selon la croyance populaire, supporte la voûte céleste. Les Saxons y enterrent des offrandes d’or et d’argent.

Charlemagne abat le sacré « Irminsul », alors que les Saxons païens sont obligés de se soumettre au christianisme.

SARCOPHAGES CAROLINGIENS

Tombe anthropomorphe : qui a la forme d’un corps humain ou qui a l’apparence humaine. Et où l’on distingue, creusé dans la pierre, l’emplacement de la tête du défunt.

– Lire : La Chapelle Notre-Dame de la Gayole

L’usage du sarcophage s’est sensiblement développé en Septimanie, dès le Vème siècle, à l’époque mérovingienne, au profit des classes aisées de la société. Ce rite perdurera jusqu’à la fin du règne des Carolingiens. Sa forme initialement trapézoïdale se transformera lentement, vers 750-800, en forme rectangulaire.

En 1964, à Cornillon-Confoux (Bouches du Rhône), en creusant un nouvel accès au cimetière, neuf sarcophages d’une nécropole paléochrétienne (Vème, VIIème siècle) furent mis au jour, ainsi que dix-huit autres en 1971.

Lire : Cornillon-Confoux

L’art paléochrétien, ou art et architecture primitifs chrétiens, est un art développé par les Chrétiens ou sous l’égide chrétienne entre l’an 200 et l’an 500. Il couvre une période s’étalant du règne de Justinien (482-565) en Orient, jusqu’aux invasions barbares au 6ème siècle en Occident, et à la conquête arabe (Omeyades) en Syrie, en Egypte et en Afrique du Nord. Avant l’an 200, il demeure très peu de vestiges artistiques qui puissent être qualifiés avec certitude de chrétiens. Ils sont pour la plupart apocryphes. Après l’an 500, l’art paléochrétien s’ouvre sur l’art byzantin et celui du haut Moyen Âge. 

Sources :

Les rois de France des Éditions Atlas (Les Carolingiens).

Photos publiques Facebook

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charlemagne

https://www.superprof.fr/ressources/histoire/histoire-5eme/roi-francais-charles-martel.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Widukind

 

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