San Matteo, la bataille au-dessus des nuages

 

SAN MATTEO,

LA BATAILLE AU – DESSUS DES NUAGES…

La guerre des cimes

Royaume d’Italie

SOMMAIRE

La bataille de San Matteo se déroula du 13 août au 3 septembre 1918 sur la pointe « San Matteo », à 3 678 mètres d’altitude dans le massif de l’« Ortles ».

Cet affrontement de la Première Guerre Mondiale, opposant l’Italie et l’Autriche-Hongrie, est connu comme le combat le plus élevé de l’histoire militaire européenne, et la dernière victoire tactique de l’empire austro-hongrois avant son effondrement final. Cette bataille fait partie de la Guerre Blanche, un front de haute altitude, où les Alpins italiens et les « Kaiserschützen » autrichiens, soumis à des températures polaires, se sont affrontés dans des conditions environnementales extrêmes, entre glaciers et tranchées creusées dans la glace.

San Matteo.

LOCALISATION

La Punta San Matteo (3 678 m) est une montagne du massif de l’ « Ortles », en Italie. Elle est située à la frontière entre la Lombardie et le Trentin-Haut-Adige.

LE CONTEXTE STRATÉGIQUE

Les Autrichiens contrôlent le sommet de la « Punta San Matteo » depuis 1916. Dès le début de l’année 1918, l’armée austro-hongroise installe au sommet une position fortifiée avec des pièces d’artillerie de petit calibre.

Depuis cette crête glacée, les Austro-Hongrois peuvent bombarder la route du col de « Gavia » et les transports de ravitaillement italiens sur le « Passo del Gavia ». Les convois militaires italiens se dirigeant vers le front sont constamment harcelés.

Une mémoire figée dans la glace…

En raison des conditions extrêmes de la « guerre blanche » (combats menés dans la neige et le gel profond), de nombreux corps n’ont jamais pu être récupérés à l’époque. Avec le réchauffement climatique et le recul des glaciers du massif de l’Ortles, le site de la bataille de San Matteo restitue régulièrement des vestiges. En 2004, les corps parfaitement conservés de trois soldats autrichiens ont été découverts gelés à 3 650 mètres d’altitude, apportant un témoignage poignant de la violence des combats en haute montagne.

Le sacrifice du capitaine Berni

Le symbole de cette page tragique de l’histoire est le capitaine Arnaldo Berni, l’officier mantouan qui dirigeait la défense italienne sur le San Matteo. Lors du bombardement autrichien du 3 septembre, un tir de canon fit s’effondrer la galerie de glace dans laquelle il se trouvait avec quelques-uns de ses hommes. Le capitaine Berni fut enseveli vivant sous des tonnes de glace et de débris. Son corps, malgré les recherches d’après-guerre et la fonte des glaciers qui a suivi, ne sera jamais retrouvé ; il repose encore sur le sommet.

Lire sa biographie à la fin de l’article. 


FORCES EN PRÉSENCE

Punta San Matteo

POUR LES AUSTRO-HONGROIS

Autriche-Hongrie

Environ 150 soldats des « Kaiserschützen » (provenant du 3ème régiment impérial et royal de « Kaiserjäger »).

Commandant : le lieutenant Hans Tabarelli de Fatis.

Origines familiales de Hans Tabarelli de Fatis

Le lieutenant appartenait à la lignée « Tabarelli de Fatis », une ancienne famille noble originaire du Trentin (alors rattaché au comté princier de Tyrol, au sein de l’Empire austro-hongrois). Ses membres furent élevés au rang de Comtes du Saint-Empire au XVIIème siècle.

POUR LES ITALIENS

Une compagnie d’alpins (la 307ème compagnie, appartenant au bataillon « Ortles », ainsi que des éléments de la 308ème compagnie), soit environ 150 à 200 soldats.

Commandant : le capitaine Arnaldo Berni (mort enseveli au combat).

Capello degli Alpini

DÉROULEMENT DE LA BATAILLE

L’Alpenkorps

La bataille s’est jouée en deux étapes majeures :

1 – L’assaut italien (13 août 1918)

Afin d’éliminer cette menace, une petite troupe de chasseurs alpins italiens (les Alpini de la 308ème compagnie du bataillon Monte Ortler) lance une attaque surprise, et réalise l’exploit de grimper le glacier et de prendre d’assaut la position fortifiée. Après avoir franchi le glacier du « Doségou », ils escaladent le sommet, prennent position, et capturent les défenseurs autrichiens. Une fois sur place, ils commencent immédiatement à fortifier la crête et creusent des tunnels dans la glace.

2 – La contre-offensive autrichienne (3 septembre 1918)

L’Autriche-Hongrie lance une contre-attaque et bombarde massivement les positions italiennes. La canonnade est suivie d’un assaut d’infanterie de montagne (environ 400 « Kaiserschützen » partis du mont « Giumella »).

Malgré une défense désespérée des « Alpini », la supériorité numérique et l’artillerie de l’ennemi lui permettent de reprendre définitivement le sommet.

L’ÉQUIPEMENT SPÉCIALISÉ

En août 1918, lors de la bataille de San Matteo (qui se déroula à 3 678 mètres d’altitude dans le massif de l‘Ortles), les troupes de montagne de l’armée italienne (Alpini) et austro-hongroise (Kaiserjäger) utilisaient des équipements hautement spécialisés pour l’époque. Face aux sévères conditions climatiques de la « Guerre Blanche » (glace, crevasses, températures extrêmes), le matériel d’alpinisme civil fut militarisé et complété par des innovations logistiques majeures.

L’équipement devait répondre à un double défi : combattre l’ennemi, et survivre à des conditions arctiques à haute altitude. À la fin de la guerre en 1918, ce matériel s’était nettement spécialisé.

LE MATÉRIEL INDIVIDUEL D’ALPINISME ET DE MARCHE

Soldats Austro-Hongrois observant depuis le sommet d’une montagne

Pour évoluer sur le glacier de l’Ortles et gravir des parois glacées, les soldats dépendaient d’outils techniques indispensables :

– des piolets : on utilisait des piolets en bois de frêne, montés d’une tête en acier forgé pour tailler des marches dans la glace et assurer l’escalade.

– l’alpenstocks : ce long bâton en bois ferré était très utilisé par l’infanterie de montagne, pour stabiliser la marche avec de lourds paquets d’équipement.

– des crampons en acier : ce sont généralement des modèles dérivés de l’invention d’ « Oscar Eckenstein » (1908). Ils comportaient 10 pointes, indispensables pour l’assaut final de San Matteo qui nécessita 4 heures d’escalade sur des pentes glissantes de glace vive.

Soldat Alpini – Notez les crampons aux pieds, les mains dans la poche et le regard fixe vers le vide

–  des chaussures renforcées : les « Alpini » portaient des brodequins d’alpinisme en cuir rigide, dotés de clous en acier proéminents (les clous Tricouni) pour garantir l’adhérence sur le givre, la roche humide, et la glace.

– des skis en bois : ils étaient utilisés par les compagnies d’éclaireurs-skieurs, pour le déplacement rapide du ravitaillement et les patrouilles sur les plateaux enneigés.

–  des cordes de chanvre : elles étaient indispensables pour progresser en cordées, et nécessaires pour éviter de disparaître à jamais dans les crevasses des glaciers.

LES VÊTEMENTS DE PROTECTION THERMIQUE ET DE CAMOUFLAGE

La rigueur de la « Guerre Blanche » (températures chutant sous les -30 °C) força à l’abandon des uniformes traditionnels de la plaine :

–  des tenues de camouflage blanches : des sur-blouses et sur-pantalons en toile blanche étaient portés par-dessus les uniformes en laine, pour se fondre totalement dans le paysage glaciaire.

– des lunettes de glacier : des lunettes teintées, munies de protections latérales en cuir ou en tissu, étaient obligatoires pour éviter la cécité des neiges causée par la réverbération du soleil sur la glace.

– de la graisse et des sous-vêtements : pour prévenir les gelures de pieds et éviter le « trench foot » (le « pied de tranchée), on utilisait de manière intensive des paires de chaussettes en laine superposées, des sous-vêtements longs, et de la graisse animale à passer sur la peau (graisse de baleine ou de mouton, afin de créer une barrière imperméable contre l’humidité et le gel).

L’ARMEMENT ADAPTÉ À LA HAUTE ALTITUDE

Le froid extrême bloquait les mécanismes des armes standard à cause du gel des huiles de lubrification. Il devint nécessaire de modifier l’armement :

– une artillerie de montagne en pièces détachées : des pièces légères, comme le canon autrichien « 7,5 cm Gebirgskanone M15 », ou des pièces italiennes de 65/17 ou le 75mm, étaient conçues pour être entièrement démontées. Les composants étaient chargés à dos de mulet ou hissés à dos d’homme, via des systèmes de cordages et de traîneaux.

– le fusil de précision : le fusil autrichien « Mannlicher M95 », ou le « Carcano M91 » italien, étaient nettoyés à sec (sans huile) pour éviter que la culasse ne gèle.

LOGISTIQUE ET INFRASTRUCTURE DE HAUTE ALTITUDE

Les téléphériques militaires (Teleferiche) : bien qu’il s’agisse d’infrastructures, ces câbles de transport motorisés ou manuels étaient l’équipement lourd le plus vital. Ils permettaient de monter les munitions, les poêles à charbon, les vivres, et de redescendre les blessés vers les vallées.

Les cités de glace et les tunnels : de nombreuses galeries-dortoirs et entrepôts furent creusés directement au cœur des glaciers, pour s’abriter des tirs d’artillerie et des avalanches dévastatrices.

BILAN ET PERTES

Le transport d’un soldat alpin tombé ou gravement blessé par ses compagnons.

La bataille de San Matteo, livrée à 3 678 mètres d’altitude dans les Alpes, fut l’un des combats les plus extraordinaires de la « Guerre blanche ». Malgré les conditions extrêmes, cette petite bataille fit un nombre de victimes au combat relativement faible.

Le bilan total de la bataille fait état d’un total de 27 soldats tués au cours des différents assauts ; des pertes relativement légères eu égard aux hécatombes des offensives meurtrières réalisées jusqu’alors.

POUR LES AUSTRO-HONGROIS

17 soldats tués au total, lors des combats pour le contrôle et la reprise du sommet.

POUR LES ITALIENS

10 soldats tués. Parmi les victimes figure le capitaine Arnaldo Berni, commandant des troupes alpines (« Alpini ») lors de l’attaque initiale.

Le capitaine Arnaldo Berni

Faits notables et découvertes post-conflit

Disparus dans les glaces : les bombardements provoquant des avalanches, la majorité des corps des soldats tués furent immédiatement ensevelis par la neige, ou disparurent dans les crevasses.

Découverte en 2004 : en raison de la fonte des glaces, les corps parfaitement préservés de 3 tirailleurs austro-hongrois (« Kaiserschützen ») ont été retrouvés à 3 400 mètres d’altitude, 86 ans après les combats. Ils présentaient des blessures consécutives à une attaque à la grenade.

                                                                                     ARNALDO BERNI

(Mantoue, 2 juin 1894 – Punta San Matteo, 3 septembre 1918)

Le capitaine Arnaldo Berni

 

« Nous sommes presque étonnés de pouvoir vivre tranquillement notre vie quotidienne alors que la mort met à l’épreuve la jeunesse de quatre nations dans les plaines de Belgique » …

Extrait du journal d’Arnaldo Berni

NAISSANCE ET FAMILLE

Arnaldo Berni naît le 2 juin 1894 à Mantoue, Italie. Il meurt à 24 ans, le 3 septembre 1918 (enseveli dans la glace) à San Matteo, Italie. Issu d’une famille de Mantoue, Arnaldo est le fils du professeur Archinto, un intellectuel connu dans les cercles urbains. Sa mère, Lucia Menozzi, meurt alors qu’il est encore enfant.

SA JEUNESSE

Après avoir obtenu son diplôme de comptable, Berni s’inscrit à l’université. Au début de 1915, avec l’approche de la Première Guerre mondiale (juste avant de pouvoir passer son examen de fin d’études), il est mobilisé dans l’armée royale et envoyé à l’École des officiers de Modène.

Le 16 septembre 1915, ayant terminé sa formation d’officier, Berni est nommé sous-lieutenant des « Alpini », et affecté au bataillon « Tirano », du 5ème régiment « Alpini », en première ligne.

Arnaldo Berni (Mantova 2 giugno 1894 – Punta San Matteo 3 settembre 1918).

Son bataillon, stationné dans la Haute Valteline et dans le Trentin, est spécialisé dans la guerre en montagne.

En 1915, Arnaldo Berni participe, avec la 46ème compagnie, à la bataille pour la conquête de la côte 2 931 du mont « Scorluzzo ».

À l’été 1916, ils luttent pour prendre le « col des Ables », à « Valfurva ». Ces deux positions s’inscrivent dans le dispositif des opérations du massif de l’ « Ortles-Cevedale » .

En partant de la position d’« Ables », Berni prend part à la conquête du mont « Cristallo ». Avec ses 3 434 mètres, celui-ci devient, pour les Italiens, une position stratégique clé prise aux Autrichiens.

Promu capitaine pour des mérites de guerre, Berni est apprécié pour sa connaissance des techniques de combat en haute altitude. Il va passer la majeure partie du conflit à mettre à profit ses compétences lors des affrontements en haute montagne.

LA FIN DE LA GUERRE

Vers la fin du conflit, il est chargé de conquérir et de maintenir la « Punta San Matteo » à 3678 m (le lieu où se sont déroulés les affrontements les plus acharnés de la guerre en altitude, notamment la bataille de « San Matteo »).

Berni conquiert la position à très haute altitude et se retranche pour la défendre. Le 3 septembre 1918, il est tué lors de la contre-attaque Austro-Hongroise ; son corps ne sera jamais retrouvé.

Arnaldo Berni recevra à titre posthume la médaille d’argent pour sa bravoure militaire.

IN MEMORIA

Le capitaine enterré dans la glace

Non loin du col de « Gavia » (Valtellina), en Valfurva, il lui est dédié le « refuge Berni » à 2 541 mètres d’altitude, ainsi qu’un monument à côté de la petite église.

Il lui est aussi attribué le volume « Il Capitano sepolto nei ghiacci », écrit par le lieutenant-colonel Giuseppe Magrin (Bormio, 2001).

Une petite place lui a été consacrée, toujours à « Valfurva », près du bâtiment de l’école.

Avant de mourir en pleine bataille, il charge un porteur (auquel il sauve pratiquement la vie) de livrer au commandant du col de « Gavia » un dernier message : « L’ennemi bombarde intensément le sommet et l’arrière. Les baraques et des galeries sont en partie démolies. Je considère une attaque imminente. Envoyer des renforts. Cap. Berni » …


                                              BORGHINO GIOVANNI, UN PIÉMONTAIS SUR LE PIAVE…

ORDRE DE VITTORIO VENETO

Ci-dessus à gauche : le diplôme de mon Grand-Père Giovani (Jean) Borghino (1894-1982)

L’« Ordre de Vittorio Veneto » est créé en mars 1968, en même temps que la Médaille d’Or en Souvenir de la Guerre 1915-1918, pour le 50ème anniversaire de la victoire. Son nom rappelle la grande offensive victorieuse d’octobre 1918 qui allait sceller le sort de la guerre sur ce front.

Il est décerné à tous les anciens combattants de la Première Guerre mondiale encore vivants, ayant servi au moins 6 mois et décorés de la Croix du Mérite de Guerre. L’attribution de cet « ordre » fut étendue aux anciens combattants de l’armée austro-hongroise devenus italiens après les modifications de frontière qui ont suivi la Première Guerre mondiale.

La Croix du Mérite de Guerre (Croce al Merito di Guerra) : l’attribution de l’Ordre de Vittorio Veneto était conditionnée par l’obtention préalable d’une croix en métal bruni, décernée pour sa participation active aux combats dans des zones particulièrement exposées (comme la Bataille d’Ortigara).

Mon grand-père Giovanni Borghino et ma grand-mère, son épouse née Domenica Miretti

Mes grands-parents dans les années 1960/70

Giovanni Borghino et Domenica, son épouse, née Miretti

Je n’ai jamais pu retrouver la ou les Croix en métal bruni de mon Grand-Père.


Lire :

– Giovanni, un piémontais sur le Piave

– Bataille d’Ortigara

Sources :

Mes photos

Photos publiques Facebook

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_San_Matteo

https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Arnaldo_Berni?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Piave

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dixi%C3%A8me_bataille_de_l’Isonzo

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sixi%C3%A8me_bataille_de_l%27Isonzo

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Vittorio_Veneto

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Caporetto

https://fr.wikipedia.org/wiki/Batailles_de_l’Isonzo

https://fr.wikipedia.org/wiki/Isonzo

https://www.italia.it/fr/venetie/le-plateau-dasiago

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Mont_Ortigara

https://fr.wikipedia.org/wiki/Offensive_du_Trentin

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mont_Ortigara

https://fr.wikipedia.org/wiki/Onzi%C3%A8me_bataille_de_l’Isonzo

 

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