Les Témoins du Passé – L’Abbaye de Vignogoul

LES TÉMOINS DU PASSÉ

ABBAYE DE VIGNOGOUL

 

Blason de ville de Pignan

 

Blason de la région Occitanie

 

STYLE DOMINANT : art cistercien.

DÉBUT DE CONSTRUCTION : 1150.

PÉRIODES DE CONSTRUCTION : XIIIème et XVème siècles.

CULTE : catholique romain.

TYPE : abbaye.

RATTACHEMENT : Ordre de Cîteaux.

PROPRIÉTAIRE : propriété d’une association.

PROTECTION : classée Monument Historique en 1862.

SITUATION

L’abbaye de Vignogoul est une ancienne abbaye cistercienne située dans la commune de Pignan. D’abord appelée abbaye Notre-Dame, elle prendra ensuite le nom d’abbaye Sainte-Marie-Madeleine de Bon-Lieu de Vignogoul.

Blason de ville de Pignan

Pignan est une commune française située dans le département de l’Hérault, en région Occitanie.

Département de l’Hérault

 

L’Ordre Cistercien :

Vers le 12ème siècle, l’ordre monastique clunisien est à son apogée, et se manifeste ostensiblement par sa puissance, sa gloire, et sa richesse. Un moine

Ordre cistercien

du nom de Robert de Molesme décide alors de revenir à la règle stricte de Saint Benoît, écrite en 534. Celle-là même qui prône l’humilité, l’obéissance, la pauvreté et le juste équilibre entre le travail et la prière. En 1098, ce dernier fonde le monastère de Cîteaux, près de Dijon, qui donnera son nom au nouvel ordre (Cistercien). A partir de 1109, Etienne Harding codifie la règle cistercienne.

PRÉSENTATION

Située sur la commune de Pignan, à 10 km de Montpellier, l’abbaye parait isolée au milieu des vignes.
Cette ancienne abbaye de femmes, aux dimensions modestes, allie sobriété et élégance. Son cadre est propice à l’acoustique ; on y joue d’ailleurs une grande variété de musiques : chants chorals, chants Grégoriens, musique sacrée, musique de chambre… On y célèbre aussi de nombreux mariages…

LE SITE

L’abbaye est très bien située, dans une plaine peuplée tout alentour ; en témoignent l’église et le château Saint Martin, et de nombreuses traces archéologiques. Tout proche, on trouve des villages fortifiés : Pignan, Saussan, Lavérune, Saint Georges d’Orques, Murviel-les-Montpellier.

Mais gros désavantage du site, il n’a pas de fortifications défensives. En cas d’attaque, il s’avèrera difficile à défendre. C’est donc un inconvénient dont l’abbaye en fera les frais.

C’est à cet endroit pourtant que va s’établir un monastère de femmes, qui va former, avec celui de Saint-Giniès des Mourgues (1019) et Saint Félix de Monceau (1120), une sorte de triptyque de la vie religieuse dans le diocèse de Montpellier.

LE NOM, VIGNOGOUL

Etymologie populaire… Vigno = Vigne… La vigne et le raisin sont « symboles » de Vie. En 1696, les armoiries choisies pour l’abbaye prennent en compte le sarment et le raisin. Le premier acte connu pour Vignogoul est une donation de vigne : déjà tout un symbole…

UNE FONDATION INCONNUE

La première mention connue de ce lieu comme siège d’un monastère de femmes date de 1150, sous le vocable de Sainte Madeleine de Bon Lieu.

A l’origine, le monastère est placé sous la juridiction de l’évêque de Maguelone. C’est alors une communauté épiscopale. Les évêques supervisent l’administration du temporel et veillent à la bonne marche du couvent.

En 1178, la communauté est rattachée à la règle de Cîteaux, mais ce n’est qu’au XIIIème siècle que le monastère devient abbaye.

La nouvelle supérieure Guillaumette Daudé devient abbesse. Cependant, la maison reste sous surveillance des Cisterciens de Valmagne, qui viennent instruire les religieuses, les visiter et réformer s’il y a lieu. La maison prendra vraiment son essor sous la direction d’Elisabeth d’Alignan (1243-1256).

HISTORIQUE

– 1150 : première mention de ce lieu comme siège d’un monastère féminin, sous le nom de Sainte Madeleine de Bon Lieu. C’est alors une Communauté épiscopale, placée sous la juridiction de l’évêque de Maguelone.

– 1178 : la communauté devient cistercienne sous le nom de Notre Dame de Bon Lieu.

– 1211 : appel lancé au Saint Siège pour la reconstruction de l’église jugée trop petite, vétuste et menacée de ruines. Construction de la première nef plus basse que l’actuel vaisseau. Couverture d’une charpente reposant sur des arcs diaphragmes.

– 1243-1246 : Elisabeth d’Alignan, dernière prieure, entreprend de grands travaux d’irrigation et de terrassement des terres ; elle a de grands projets d’agrandissement et d’embellissement de l’église qu’elle ne pourra mener à terme.

1247 ou 1259 : le monastère devient abbaye cistercienne.

– 1256 : Guillaumette Daudé lui succède. Elle poursuivra les travaux jusqu’à épuisement des fonds.

– XIVème et XVème siècles : le peste noire décime la moitié de l’Europe.

Guerre de Cent Ans : conflit qui opposa la France et l’Angleterre de 1337 à 1453 (entrecoupé de nombreuses trêves).

– La Guerre de Cent Ans fait de grands ravages et provoque la famine.

En 1437, il ne reste à l’abbaye de Vignogoul que deux religieuses réduites à la mendicité ; elles seront alors rattachées aux Dominicaines de Montpellier.

En 1446 : les religieuses recouvrent leur autonomie et réintègrent l’abbaye. L’abbesse Marguerite Alamand poursuit les travaux entrepris par Elisabeth d’Alignan. (Construction de la voûte d’ogives et du triforium). Elles mettront 50 ans pour récupérer leurs biens spoliés par les Pignanais.

La Guerre de Cent Ans, comme toutes les guerres, ruine les exploitations agricoles. L’abbaye de Vignogoul, qui tire ses revenus du sol, s’appauvrit.

Ce bouleversement est néanmoins général : la rente du sol rapporte de moins en moins au XIVème siècle.

Le Languedoc entre de plain-pied dans la Guerre en 1335, à l’occasion de la chevauchée du Prince Noir, Edouard de Woodstock, prince de Galles.

Dans ce contexte troublé, les biens des couvents de l’Ordre de Cîteaux attirent les convoitises. En 1437, la communauté de Vignogoul, perdant de nombreux membres, est rattachée par le pape Eugène IV aux Prouillanes, sœurs dominicaines de Montpellier.

Lire :

Mercenaires, routiers et écorcheurs au Moyen Âge.

Routes, véhicules et transports au Moyen Âge.

Gisant du Prince Noir, cathédrale de Canterbury

– Fin XVIIème siècle : A cause des Guerres de Religions, les religieuses s’installent à Montpellier, à l’hôtel de Rignac, près du couvent des Augustins, actuel couvent des Dominicains.

En ville, elles « s’embourgeoisent » ; elles reçoivent des jeunes filles pour les instruire de la religion catholique.

Guerres de Religion : nom donné en France aux guerres qui opposèrent catholiques et protestants, dans la seconde moitié du 16ème siècle.

– XVIIIème siècle : les religieuses sont peu nombreuses. Cependant la communauté est très vivante car elles sont jeunes, entre 25 et 40 ans. Mais au loin arrive la Révolution

La Révolution française désigne une période de bouleversements sociaux et politiques de grande importance, en France, dans ses colonies et en Europe, à la fin du XVIIIème siècle. Sa durée s’étend entre l’ouverture des États généraux, le 5 mai 1789, et au plus tard du coup d’État de Napoléon Bonaparte, le 9 novembre 1799 (18 brumaire de l’an VIII).

– Le 19 février 1791, les possessions de l’abbaye sont vendues comme bien national à des particuliers de Pignan.

– 1862 : l’édifice est classé Monument Historique. Il sera restauré en 1912-1913, à la demande de l’abbé Prévost, alors propriétaire de Vignogoul.

– 1933 : le domaine de l’abbaye est loué par l’association Notre Dame de Lenne afin d’accueillir un orphelinat, dirigé par les Fransiscaines de Lenne (Aveyron).

– 1941 : le domaine est donné par la famille Estève de Pignan à l’association Notre Dame de Lenne pour poursuivre l’œuvre engagée : accueil d’un orphelinat.

Aujourd’hui, le domaine est toujours la propriété de cette association ; il abrite une maison d’enfants à caractère social, dont le fonctionnement est financé par le Conseil Général de l’Hérault.

Blason de ville de Pignan

 

LE VIGNOGOUL ET LES DÉBUTS DE L’ART GOTHIQUE MÉRIDIONAL

Notre Dame de Vignogoul s’inscrit dans la période où l’architecture gothique du Bas Languedoc commence à se mettre lentement en place. C’est en effet sans brusque rupture qu’en Languedoc Méditerranéen l’art gothique va se substituer à l’architecture romane.

Riche du passé roman, elle conserve les traits majeurs, la ruralité, la simplicité des formes nettes et vigoureuses, la lisibilité des volumes et des plans.

L’emploi du vaisseau unique reste la règle quasi absolue. Les surfaces sont dépouillées, le décor est absent, conservant au mur toute sa plénitude, et rejoignant la pureté et le dépouillement de l’art cistercien, au moins à ses débuts.

Telle qu’elle nous apparaît aujourd’hui, Sainte Marie de Vignogoul présente un réel intérêt pour l’Histoire de l’architecture gothique régionale. C’est un édifice incontestablement cistercien, imprégné de souvenirs romans, mais déjà dans la modernité du XIIIème siècle.

Blason du Languedoc

 

LE PLAN

L’EXTÉRIEUR

 

LA FAÇADE SUD & LE PORTAIL

L’élément le plus remarquable de cette façade est le portail, qui mettait l’église en communication avec le cloître aujourd’hui disparu.

La voussure (c’est-à-dire la petite voûte) retombe sur deux colonnettes à chapiteaux.

Le tympan et le linteau sont dépourvus de toute décoration.

La corniche présente les mêmes modillons que ceux du chevet.

Un modillon est un élément d’architecture servant à supporter une corniche, un balcon, ou un avant-toit. Il se présente sous la forme d’un petit bloc de pierre, taillé de façon fine ou grossière. A la différence du corbeau, celui-ci est sculpté. On trouve de nombreux modillons dans les églises romanes.

En avant du portail, la présence d’une amorce d’arc ancrée sur le mur extérieur de la tourelle qui abrite l’escalier, et celle d’une encoche sur le contrefort, laissent supposer qu’au XVème siècle, la construction d’un porche destiné à abriter l’entrée de l’église côté cloître (aujourd’hui disparu) a connu au moins un début de réalisation.

LA FAÇADE NORD & LE CHEVET

Trois contreforts massifs en calcaire coquillé peuvent laisser croire à une construction romane réemployée. Mais il n’est est rien, tout au moins au stade des repères actuels, les recherches archéologiques n’ayant pas été faites.

L’abside centrale et les deux absides latérales qui composent le chevet sont situées à l’Est. L’ensemble paraît posé sur un socle à ressaut. Des colonnes à chapiteaux font office de contreforts. La corniche est soutenue par des modillons sans décorations.

Au-dessous, après un retrait nettement perceptible, apparaît une couronne de pignons percés d’oculi (7 pignons, 7 oculi) et correspond à la toiture des petites voûtes (voutains du chœur). Ces pignons ont été refaits, ainsi que la toiture, lors des restaurations de 1912-1913.

Oculi (pluriel d’oculus) est une ouverture faite sur un comble de voûte. On en découvre au centre de nombreuses coupoles dans les basiliques latines. C’est aussi une petite baie circulaire (œil-de-bœuf) pratiquée dans un mur en élévation, par exemple au sommet d’un tympan. Percé dans une voûte, il permet de hisser les cloches dans la chambre réservée aux cloches d’un clocher.
 

L’édifice, classé monument historique en 1862, sera restauré en 1912 et 1913 à la demande de l’abbé Prevost, alors propriétaire de Vignogoul. Les travaux seront réalisés dans le plus grand respect des formes anciennes par l’architecte Julien Boudes. La toiture de dalles et la couronne de pignons au-dessus des oculi seront entièrement refaites à cette période.

LA FAÇADE OCCIDENTALE

La partie centrale de cette façade a été considérablement remaniée : le matériau employé est différent, et la moulure en doucine encadrant le tympan de la porte permet d’attribuer cette modification au XVIIIème siècle.

 

L’INTÉRIEUR

L’ÉGLISE

LA NEF

C’est un vaisseau unique de trois travées voûtées d’ogives. Le plan est celui d’une église de moniales, plus réduit, selon la coutume, que celui des églises des communautés cisterciennes d’hommes. Il accorde toute sa place à la vie religieuse communautaire, avec sa nef et sa travée d’avant chœur pouvant accueillir une quarantaine de moniales (numerus clausus prévu en 1245 par le pape Innocent IV).

Rien ne paraît subsister de l’église antérieure, et seules des fouilles archéologiques permettraient de reconnaître l’importance et la structure du premier lieu de culte, connu sous le nom de Notre Dame de Bon Lieu.

En ce qui concerne l’édifice actuel, il faut en premier lieu abandonner l’idée de la réutilisation d’une nef romane.

La partie inférieure de la nef, avec ses puissants contreforts à la manière romane, a pu être élevée seulement au cours de la première moitié du XIIIème siècle ; peut être à la suite de l’appel lancé au Saint Siège (1211) pour la reconstruction de l’église, jugée trop petite, et menacée de ruines. Cette première nef aurait alors reçu une couverture en charpente reposant sur des arcs diaphragmes, dont les amorces sont encore visibles à l’extrémité orientale de la nef.

LE CHŒUR TRIPARTITE

Son évocation trinitaire comprend :

– Une travée d’avant chœur.

– Une abside centrale à 7 pans (les 7 jours de la création), 7 oculi.

– Trois fenêtres à lancette (forme en ogive très pointue, en forme de lance), le triplet.

– Un bandeau mouluré sert d’appui à une série de colonnettes baguées, qui encadrent les fenêtres et soutiennent les chapiteaux (8 fois 3 colonnettes).

– La voûte d’ogive est soutenue par 8 nervures reliées à une clef à décor de feuilles de vigne. – – Une lierne assure la jonction de la clef avec l’arc d’entrée de l’abside.

On remarque la présence de trois armoires liturgiques et d’une fontaine, ménagées dans le mur.

LES DEUX CHAPELLES LATÉRALES

Elles forment le transept, et sont ouvertes sur la nef grâce à une grande arcade terminée par une absidiole :

– Celle du Sud peut être dédiée à Sainte Madeleine, première titulaire de l’église de Bon Lieu.

– Celle du Nord est à usage funéraire par sa proximité avec le cimetière.

L’une et l’autre étaient relativement isolées du reste de l’église, et pouvaient aussi servir aux religieuses de lieu de dévotions particulières et de contemplation en dehors des offices communautaires. Ceux-ci étaient célébrés dans le chœur et au maître-autel, dédié à la Vierge comme dans tous les monastères de Cîteaux.

LE TRIFORIUM

Le triforium est un passage étroit aménagé dans l’épaisseur des murs au niveau des combles sur les bas-côtés de la nef d’une grande église.

Sur la travée d’avant chœur, au-dessus de l’arcade mettant en communication le sanctuaire et les chapelle latérales, s’ouvre de chaque côté un élégant triforium à trois arcades trilobées, retombant sur de fines colonnettes.

Accessible au sud par un escalier, il reste isolé au nord et ne joue plus à cet endroit qu’un rôle décoratif. On peut penser que s’il avait été achevé, ce triforium aurait pu être alors utilisé comme galerie de circulation, voire de tribune.

Le chœur, les chapelles latérales et chaque triforium ont été construits au milieu du XIIIème siècle. On envisagera de terminer le triforium et de couvrir la nef de voûtes d’ogives dès la fin du XIIIème siècle. Cependant, la voûte d’ogives actuelle ne fut construite qu’au milieu du XVème siècle, comme l’indique la forme des nervures et des culots qui les reçoivent. Le triforium ne fut jamais terminé.

Cette transformation de l’église est attribuée à Elisabeth d’Alignan, prieure en 1237, puis première abbesse en 1247.

Les deux vitraux qui éclairaient chaque triforium forment deux étoiles à 5 branches.

Blason de l’hérault

 

Sources :

Cet article repose essentiellement sur les détails et les explications affichés à l’intérieur de l’abbaye, à l’intention du public.

http://www.abbaye-de-vignogoul.fr/histoire.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_de_Vignogoul

https://monumentum.fr/abbaye-vignogoul-pa00103664.html

 

Blason de ville de Pignan

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