La bataille de Tinian, opération « Forager »
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SECONDE GUERRE MONDIALE
CAMPAGNE DES MARIANNES
Drapeau des îles Mariannes
LA BATAILLE DE TINIAN,
OPÉRATION « FORAGER »
Du 24 juillet au 1er août 1944

24 juillet 1944 – La bataille de Tinian
SOMMAIRE
La bataille de Tinian, un affrontement majeur de la Guerre du Pacifique, se déroula en juillet 1944, dans le cadre de la campagne américaine des Mariannes. Cette opération, appelée » opération Forager », avait pour but de libérer les îles de l’emprise japonaise.
Après la victoire de Saipan, les forces américaines, menées par le major-général Harry Schmidt, débarquèrent par surprise le 24 juillet sur Tinian. La garnison japonaise, placée sous les ordres du colonel Kiyochi Ogata, fut prise au dépourvu et désemparée. Les Américains utilisèrent les petites plages du nord pour leur débarquement, ce qui gêna le déploiement des défenses japonaises, orientées vers les grandes plages du sud.
Le 1er août, la bataille se termina avec la prise de l’île par les forces américaines. Cependant, quelques groupes de soldats japonais continuèrent à résister dans des grottes pendant plusieurs mois.
A l’issue des combats, les pertes furent considérables : les Américains déplorèrent 328 morts et 1 571 blessés, tandis que les pertes japonaises s’élevèrent à 6050 morts, 2500 évacués et 236 prisonniers.
L’importance stratégique de Tinian fut accentuée par la construction de pistes d’atterrissage, les plus longues du monde.

Tinian en 1945
Ces aérodromes servirent par la suite de bases de lancement pour les missions de bombardement des B-29 (notamment celles qui larguèrent, en août 1945, les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki).
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FORCES EN PRÉSENCE

1er août 1944, l’île de Tinian dans la chaîne des îles Mariannes est sécurisée par les Alliés.
POUR LES JAPONAIS
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Les forces nippones dans les Mariannes, au cours de l’Opération « forager », sont placées sous le commandement des généraux Hideyoshi Obata (chargé de toutes les Mariannes), Takeshi Takashima (qui mourra au combat à Guam), Yoshitsugu Saito (qui mourra par « seppuku » – « hara kiri »), et des vice-amiraux Jisaburō Ozawa et Kakuji Kakuta (qui disparaîtra au cours de la bataille de Tinian).
Pour la bataille de Tinian, les faibles forces japonaises restantes de l’île s’élèvent à environ 9000 hommes. Elles sont commandées par le Colonel Kiyoci Ogata (qui mourra le 1er août 1944 par « seppuku » – « hara kiri » après la bataille de Tinian).
POUR LES AMÉRICAINS
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Pour la conquête des Mariannes, les forces américaines sont placées sous le commandement des amiraux Raymond Ames Spruance et Richmond Kelly Turner, et des généraux Holland Smith et Roy Geiger.
Pour la bataille de Tinian, les 16 000 hommes du « V Amphibious Corps » sont commandés par les généraux Harry Smith (1886-1968) et Graves Blanchard Erskine (1897-1973).
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LA CAMPAGNE DES ÎLES MARIANNES ET PALAOS
La campagne des îles Mariannes et Palaos (Opération « Forager » et Opération « Stalemate II ») a pour objectifs, d’une part de conquérir des bases pour les nouvelles superforteresses B-29 (dont l’autonomie de 9 000 km définit les Mariannes comme une base idéale pour bombarder Tokyo, situé à 2 400 km), d’autre part d’ouvrir une voie au nord, vers les Philippines.
L’opération, qui se déroule de juin à novembre 1944, comprend :
– Pour l’ « Opération Forager » (Mariannes) : la bataille de Saipan, la bataille de la mer des Philippines, la bataille de Guam, et la bataille de Tinian.
– Pour l’ « Opération Stalemate II » (Palaos) : la bataille de Peleliu, et la bataille d’Angaur.
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CONTEXTE
Le 9 juillet 1944, la victoire américaine lors de la bataille de Saipan fit de Tinian, située à 6 km au sud, l’étape suivante dans la conquête des îles Mariannes.
Durant les jours qui précédèrent l’invasion de l’île, des tirs de barrage de canons de 155 mm, basés à Saipan (25 000 obus tirés), et des raids et bombardements aériens préparèrent l’attaque. Pour la première fois, du napalm fut utilisé dans le cadre d’opérations militaires lors du lancement de bombes incendiaires par des P-47 Thunderbolt.
À partir du 26 juin, les croiseurs Indianapolis, Birmingham et Montpelier bombardèrent l’île chaque jour, jusqu’au débarquement et à l’invasion.
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USS Indianapolis 10 juillet 1945 L’USS Indianapolis (CA-35) était un croiseur lourd de classe « Portland » appartenant à l’ « United States Navy ». Il fut célèbre pour les circonstances de son naufrage, qui reste à ce jour le plus meurtrier de l’histoire de la marine militaire américaine. Lancé en 1931, l’Indianapolis intégra la « Scouting Force » (dans les années 1920 et 1930, l’une des deux flottes avec l’ « Asiatic Fleet », de l’ « United States Navy ». Elle fut rebaptisée « Scouting Force en 1931 »). En 1933, l’USS Indianapolis participa avec succès à de nombreuses campagnes de la guerre du Pacifique. LE TORPILLAGE ET LE NAUFRAGE… Le 30 juillet 1945 (soit quatre jours après avoir livré à la base aérienne américaine de Tinian des composants importants des deux bombes atomiques, « Little Boy » et « Fat Man », qui seront lancées respectivement sur Hiroshima et Nagasaki), le navire, qui naviguait en mer des Philippines, fut torpillé par le sous-marin I-58 de la Marine impériale japonaise. Il coula en douze minutes, emportant avec lui environ 300 des 1 195 membres d’équipage. USS Indianapolis coulé par le sous-marin japonais I-58 le 30 juillet 1945 Les 900 survivants durent alors affronter l’hypothermie, la déshydratation et des attaques de requins alors qu’ils attendaient de l’aide sur des embarcations de sauvetage. Quatre jours plus tard, ils seront repérés par l’équipage d’un bombardier, « Lockheed Ventura », en patrouille de routine ; seuls 317 marins survivront à ce naufrage.

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Une grande partie des forces aériennes basées à Tinian avait déjà été détruite pendant la bataille de la mer des Philippines. Les destructions se poursuivirent au cours des raids aériens précédant la bataille. Au moment de l’invasion, les forces aériennes de l’île étaient virtuellement détruites.
LA BATAILLE
Le 24 juillet 1944, 415 véhicules amphibies transportant la 2ème et la 4ème Division de Marines débarquent au nord de l’île. En parallèle, au sud de l’île, une attaque de diversion près de « Tinian Town », a pour conséquence de séparer les défenseurs japonais en deux groupes dans les premières heures de l’assaut.
Les Japonais adoptent un style de défense identique à celui que les Marines ont rencontré à la bataille de Saipan : faisant retraite le jour, se cachant dans des cavernes, et attaquant la nuit.
Mais la disposition de l’île, constituée de plaines, permet aux Américains une utilisation plus efficace des blindés et de l’artillerie, et Tinian sera prise en seulement neuf jours.
Le 31 juillet, les défenseurs restants tentent une charge suicide qui, malgré trois tentatives meurtrières, ne peut percer les lignes américaines. Le 1er août, l’île sera déclarée sécurisée et pacifiée.
La plus grande attaque suicide « Gyokusai » (bijou brisé) de la Guerre du Pacifique se déroula le 7 juillet 1944, lors de la bataille de Saipan. Au prix de près de 4 300 morts parmi les soldats japonais, elle décima presque entièrement les 1ers et 2èmes bataillons du 105ème régiment d’infanterie américain, qui perdit près de 650 hommes. Sur les 22 000 civils à Saipan, des milliers combattirent les Américains et participèrent à la charge suicide du 7 juillet.
À partir du 10 août 1944, 13 000 civils japonais sont internés par les Américains dans un camp de détention sur l’île.
Le mot « Banzaï » est resté gravé dans l’imaginaire collectif comme étant le cri de guerre lancé par les soldats de l’armée impériale japonaise, lors de charges suicidaires pendant la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, ses origines remontent bien plus loin dans l’histoire, et n’avaient au départ rien de guerrier. Le terme « Banzai » signifie littéralement « dix mille ans ». Il évoque une idée de longévité et de prospérité. Venu de Chine à l’époque impériale japonaise, il était utilisé comme une acclamation respectueuse à l’adresse de l’empereur : « Tenno Heika Banzai » (« longue vie à Sa Majesté l’Empereur »). Ce cri solennel, répété à l’unisson lors de cérémonies officielles, servait à exalter l’unité nationale et la loyauté au souverain. À partir de l’ère Meiji (fin XIXème siècle), alors que le Japon se modernise et militarise son idéologie, le « Banzai » prend une dimension nouvelle : il devient le cri guerrier de ralliement des troupes. Dans les écoles, les combattants apprennent à le scander comme marque d’élan patriotique. Pendant la guerre russo-japonaise (1904-1905), il accompagnait déjà les assauts de l’infanterie, mais restait encore perçu comme une invocation au succès collectif plutôt qu’un appel à la mort. Banzaï ! C’est durant la Seconde Guerre mondiale que le « Banzai » change de nature et se charge d’une intensité dramatique. Les soldats japonais sont alors formés par l’idéologie impériale, et par le « bushidō » (code des principes moraux que les guerriers japonais « samouraïs et bushi » étaient tenus d’observer). Les guerriers l’utilisent comme cri ultime avant de lancer des charges frontales massives contre les positions américaines ou alliées, notamment à Saipan, Tarawa ou Guadalcanal. Ces attaques, que les Américains qualifient de « Banzai charges », deviendront le symbole du sacrifice extrême, souvent voué à l’échec, mais marquant l’imaginaire par leur brutalité et la détermination désespérée des assaillants. Ainsi, un mot issu d’un souhait de prospérité envers l’Empereur se transforme en cri de guerre, puis en synonyme d’assaut suicidaire. Aujourd’hui, le terme conserve une double mémoire : celle d’un cri patriotique traditionnel encore utilisé au Japon lors de célébrations civiles, et celle, plus sombre, de la fureur guerrière des champs de bataille du Pacifique.
Lire :
– 76 heures d’enfer sur l’atoll de Tarawa
A l’instar d’autres batailles de la Guerre du Pacifique, il subsistera après les combats quelques défenseurs japonais qui maintiendront l’illusion d’une résistance à l’ennemi, et seront présents sur l’île jusqu’à la fin de la guerre. La plupart se rendront le 4 septembre 1945, après la capitulation du Japon. Sur Tinian, toutefois, le dernier défenseur ne sera capturé qu’en 1953.
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CONSTRUCTION D’UNE BASE MILITAIRE US SUR L’ÎLE DE TINIAN

Tinian en 1945
Avant la bataille, Tinian possédait trois aérodromes, et un quatrième en construction. Avant même que la conquête de l’île ne soit complète, les « Seabees » (unité du génie militaire de la Marine des États-Unis, fondée durant la Seconde Guerre mondiale. Leur surnom étant la prononciation à l’américaine des initiales de ces bataillons, CB pour « Construction Battalions ») commençaient à conformer l’île pour recevoir les B-29 (superforteresse).

Seabees
Mi-août 1944, Tinian est enfin entièrement conquise. Les « Seabees » commencent à transformer une piste, au nord de l’île, en un aérodrome colossal.
Moins d’un an plus tard, celui de « North Field » devient le plus grand aérodrome du monde, avec quatre pistes de 2 600 mètres. En tout, les aérodromes de Tinian compteront six pistes de 2 600 mètres ; 19 000 missions partiront bombarder le Japon depuis ces aérodromes.
Dès octobre 1944, des centaines de B-29 atterrissent à Tinian, prêts à exécuter les opérations de bombardements stratégiques sur les îles japonaises. En novembre, un aérodrome est déjà prêt pour les premières opérations, et le 24 novembre a lieu le premier envol dévastateur sur le Japon.
Tinian devient une base gigantesque. Pour transporter les quantités colossales de bombes et de matériel du port, situé à San Jose, deux routes principales sont construites, en même temps qu’un réseau de routes dont la configuration rappelle celle de l’île de Manhattan. Les soldats appelleront les routes « Broadway », « 8ème Avenue », etc… En août 1945, Tinian sera la plus grande base aérienne du monde, capable de recevoir 50 000 hommes et un millier de B-29.
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PERTES
POUR LES AMÉRICAINS
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Pertes humaines : sur les 16 000 soldats combattants du « V Amphibious Corps » engagés dans la bataille, les Américains auront environ 328 morts et 1571 blessés.

Mémorial japonais, Tinian
POUR LES JAPONAIS
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Pertes humaines : sur les 9000 soldats japonais engagés dans la bataille, les pertes s’élèveront à 6050 morts, 2500 évacués et 236 prisonniers.
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Un geste simple, une douceur au cœur d’une guerre totale Une douceur derrière les barbelés – Le sergent Federico Claveria à Tinian, août 1944 Le sergent Federico Claveria à Tinian, août 1944 Août 1944, île de Tinian, dans l’archipel des Mariannes. Un photographe du 5th « Amphibious Corps » des Marines américains, le Sergent Federico Claveria, s’arrête quelques instants et s’agenouille devant une clôture de barbelés. De l’autre côté, une petite fille japonaise, prisonnière civile, tend timidement la main. Dans un geste d’humanité aussi rare que précieux, Claveria lui tend une sucrerie. Le contraste est surprenant entre l’atrocité du conflit et la tendresse fragile d’un instant partagé entre deux mondes que tout oppose. La bataille de Tinian : l’assaut foudroyant sur une île stratégique du Pacifique Du 24 juillet au 1er août 1944, les Marines de la 2ème et 4ème division débarquent sur Tinian, un îlot d’à peine 100 km², distant seulement de 5,6 km au sud-ouest de Saipan. Tinian est alors un objectif clé pour l’aviation américaine, car sa topographie plane le rend idéal pour construire d’immenses pistes d’aviation, capables d’accueillir les bombardiers « B-29 Superfortress ». La bataille est courte, mais intense. Comme à Saipan, les forces japonaises emploient des tactiques de guérilla : retraits diurnes, assauts nocturnes, attaques-suicides, combats à l’arme blanche. Mais sur Tinian, les Américains disposent d’un avantage tactique : le terrain permet l’usage efficace des blindés et de l’artillerie lourde. En neuf jours, l’île est entièrement conquise. Le calvaire des civils japonais Une fois les combats terminés, les Marines découvrent des milliers de civils japonais, souvent tapis dans des grottes ou des abris insalubres improvisés. 13 000 personnes sont internées pour des raisons de sécurité. Mais la victoire des Marines est aussi un terrible drame humain : environ 4 000 civils meurent, victimes de suicides collectifs, de liquidations sommaires ordonnées par leurs officiers, ou tués accidentellement lors des combats. C’est dans ce contexte qu’intervient la scène capturée sur la photo. Un simple bonbon, donné à travers une barrière, devient un acte de réconciliation silencieuse, une trace d’humanité au milieu des cendres. Derrière l’objectif, un cœur de soldat… Le Sergent Claveria n’est pas un soldat ordinaire. Il est photographe de guerre, formé pour capturer la réalité du front, les combats, les visages, les morts. Mais ce jour-là, il fait plus qu’observer : il tend la main. Son geste ne changera pas le cours de la guerre, mais il témoigne d’une dignité préservée, d’un regard qui voit au-delà de l’uniforme ou des barbelés. La férocité des combats vue à hauteur d’enfant Le sergent de marine Charles Monges donne une tasse d’eau à une petite fille japonaise qui a erré hors des bois sur Tinian, août 1944 ! La bataille de Tinian fut une empreinte stratégique dans la guerre du Pacifique. Elle permettra bientôt aux B29 de bombarder le Japon continental. Mais cette photo, elle, raconte une autre histoire : celle d’un instant de paix en suspension, volé à la guerre, d’un Marine qui choisit d’offrir un bonbon à une fillette ennemie plutôt que de l’ignorer. Et dans cette fraction de seconde, c’est l’espoir d’un monde moins cruel qui s’invite entre les barbelés, les ruines et les morts…

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Sources :
Mes photos
Photos publique Facebook
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Tinian
https://fr.wikipedia.org/wiki/Campagne_des_%C3%AEles_Mariannes_et_Palaos
https://fr.wikipedia.org/wiki/Scouting_Fleet
https://fr.wikipedia.org/wiki/USS_Indianapolis_(CA-35)