Les Témoins du Passé – L’Abbaye de Saint Hilaire

LES TÉMOINS DU PASSÉ

L’ABBAYE DE SAINT-HILAIRE

Blason de la ville de Saint-Hilaire (Aude)

 

Blason de la région Occitanie

TYPE : abbaye.

CULTE : catholique romain.

ÉPOQUE : Moyen Âge.

RATTACHEMENT : diocèse de Carcassonne et de Narbonne.

FONDATION : en 550, sous l’invocation de Saint-Saint-Saturnin, premier évêque de Carcassonne, inhumé dans cette abbaye.

PÉRIODES DE CONSTRUCTION : XIIIème siècle, XIVème siècle, XVème siècle.

STYLE : roman pour l’église, gothique pour le cloître.

LIEU : Saint-Hilaire, département de l’Aude (Occitanie).

PROPRIÉTÉ : de la commune.

PROTECTION :

L’église : classée Monument Historique sur la liste de 1840.

Le cloître : classé Monument Historique sur la liste de 1846.

Les deux réfectoires avec la chaire du lecteur : classés par arrêté du 5 janvier 1993.

Le plafond du presbytère : classement par arrêté du 22 juillet 1914.

Les bâtiments à l’est et à l’ouest du cloître : inscription par arrêté du 8 novembre 1990.

SITUATION

L’abbaye de Saint-Hilaire est une abbaye bénédictine située entre Limoux et Carcassonne, à Saint-Hilaire, dans le département de l’Aude (Occitanie).

PRÉSENTATION

L’abbaye vue de l’extérieur nous apparaît farouche et austère. Cependant il n’en est rien : le monastère bénédictin reste mystérieux et cache une tout autre réalité. Pour en savoir plus, n’hésitons pas à franchir la porte.

Le cloître affiche une dimension insoupçonnée ; il n’est que volume, lumière et élégance… Ici le silence et le recueillement dominent. Seul le mouvement de l’eau qui clapote dans la fontaine, au centre, vient interrompre cette douce harmonie vouée à la méditation.

UN PEU D’HISTOIRE

Lire : Répertoire de la Croisade des Albigeois.

Carcassonne 1209

Le catharisme, une menace pour l’Église et pour le roi

Vers le milieu du 12ème siècle, alors que l’Europe est dominée par une profonde et ardente foi catholique, le Midi toulousain est gagné par une hérésie toute aussi enflammée, le Catharisme. Cette nouvelle religion, qui apparaît vers le 12ème siècle dans les Balkans, s’appuie essentiellement sur une dualité. Ses disciples, « les Parfaits », croient en deux principes divins opposés : d’une part un monde spirituel avec un Dieu bon, celui de l’Evangile, et de l’autre un monde matériel et corrompu avec un prince du mal et des ténèbres, le Dieu de l’Ancien Testament. Les valeurs morales et l’austérité de ses adeptes contrastent avec l’opulence et le relâchement des représentants de l’Église catholique. Les cathares rejettent les sacrements, les indulgences, le purgatoire et le culte des saints. Ils ne glorifient point le sacrifice de la croix, et ne reconnaissent pas le pape comme le successeur légal des apôtres. Refusant le concept de propriété et condamnant le serment, ils sont considérés comme subversifs par la société féodale et par la royauté. Les fondations du christianisme vont chanceler, au point de décider le pape Innocent III à déclarer les « Bons Hommes » et les « Bonnes Dames », hérétiques.

Carte du Languedoc au XIIIème siècle

Le Midi de la France en 1209, après la mort de Raymond V.

En France, lorsque les croyances cathares apparaissent, la chrétienté est partagée au sein de l’Église : une grande divergence d’idées demeure entre les Français du Nord et les gens du Midi. Alors que ceux du Nord admettent la foi catholique romaine, dans les régions du Sud l’on a adopté l’« arianisme » depuis les premières heures du christianisme. Cette disparité va opposer le Languedoc à l’autorité de Rome, et faire de lui un foyer où les hérésies et les schismes vont se développer sans contrainte.

C’est à Arius (256-336), théologien alexandrin, que l’on attribue au début du 4ème siècle le courant de pensée théologien, l’« arianisme ». Sa pensée assure que si Dieu est divin, son fils Jésus, lui, est avant tout un humain mais possède cependant une part de divinité. C’est en 325 que le concile de Nicée, rassemblé par l’empereur Constantin, rejeta l’« arianisme », jugé hérétique.

DESCRIPTION

L’abbaye fortifiée date du VIIIème siècle, et son église du XIIème siècle.

L’abbaye bénédictine fortifiée de Saint-Hilaire est constituée d’une église abbatiale, d’un cloître, de deux réfectoires, d’un logis abbatial, et d’une ancienne salle capitulaire. On trouve des celliers taillés dans la roche, et, dans la partie fortifiée, une prison et l’ancienne salle des gardes.

HISTORIQUE

L’abbaye de Saint-Hilaire est l’une de ces abbayes fondées entre le VIIIème et le IXème siècle. Protégées par les rois carolingiens, elles sont les véritables piliers du pouvoir. Autour de 814-828, Saint Hilaire reçoit de Louis le Pieux (778-840), le fils de Charlemagne (né en 742, 747 ou 748-mort en 814), un diplôme de privilège. C’est la première attestation de son existence ; elle porte alors le nom de Saint-Sernin.

L’abbaye est construite sur l’ancien emplacement de la chapelle Saint-Hilaire, premier évêque de Carcassonne.

Au VIème siècle, Saint-Hilaire évangélise la région du Carcassès. La première mention écrite de l’abbaye date de 825 ; elle est d’abord dédiée à Saint Saturnin, premier évêque de Toulouse.

Au début du 9ème siècle, une charte de Louis Ier (778-840), dit « le Pieux » ou « le Débonnaire », garantit à l’abbé de Saint Hilaire, Monellus, les donations de Charlemagne. Elle autorise les moines à élire leur abbé, et à respecter la règle de Saint Benoît.

LA RÈGLE DE SAINT BENOÎT

Cette règle monacale, écrite par Benoît de Nursie (né vers 480-mort en 547), fut rédigée vers la deuxième moitié du VIème siècle afin de régenter ses disciples dans la vie monastique communautaire. Elle administre en détail la vie monacale, notamment les modalités liturgiques, de travail, ou de temps de repos par exemple.

En 970, sous l’abbatiat de Benoît, les reliques de Saint Hilaire sont transférées à l’abbaye.  La cérémonie s’effectue en présence de Roger 1er, comte de Carcassonne, et de sa femme, de l’évêque Francon de Carcassonne et de l’abbé de Saint Michel de Cuxa.

Jusqu’au XIIIème siècle, l’abbaye bénéficie de la protection des Comtes de Carcassonne. A partir de la Croisade contre les Albigeois (1209), le monastère connaît de graves difficultés en raison d’un long procès qui l’oppose à la communauté dominicaine de Prouilhe. Les moines sont accusés de favoriser l’hérésie cathare. Le monastère est pillé et ravagé. Quelques terres et certains biens fonciers sont cédés à la communauté dominicaine de Prouilhe jusqu’en 1217.

En 1226, Guillaume de l’Isle, abbé de l’abbaye Saint-Pons de Thomières, est nommé (avec les abbés de l’abbaye de Lagrasse et de l’abbaye de Saint-Hilaire) pour présider au chapitre général des moines noirs de la province de Narbonne. L’assemblée a lieu dans l’abbaye de Saint-Thibéry, du diocèse d’Agde.

En 1246, Saint Louis ordonne au sénéchal de Carcassonne de restituer les terres à l’abbé de Saint-Hilaire.

En 1265, l’élection de l’abbé Arnaud est contestée : des membres de sa famille ont été condamnés pour hérésie.

Au cours du XIVème siècle, l’abbaye traverse une période compliquée. Malgré ses difficultés financières, elle entreprend la construction d’un fossé, d’une enceinte fortifiée et l’installation d’une garnison d’hommes en armes payés. Ces emménagements font suite aux dévastations de la Guerre de Cent Ans (et des routiers désœuvrés qui maraudent dans les campagnes de France), et aux conséquences des ravages de la Peste Noire (1346-1353).

A cette même époque, le cloître est bâti. L’effectif des moines chute et passe de 29 à 20 religieux.

Au XVIème siècle, l’abbaye est soumise à la « commende » et connaît des difficultés financières.

La commende : c’est l’usufruit d’un monastère, d’une église ou d’un évêché, accordé par le pape à un ecclésiastique ou à un laïc.

DES ABBÉS COMMENDATAIRES

Le Concordat de Bologne est signé à Rome le 18 août 1516, lors du Vème concile du Latran, entre le pape Léon X et le chancelier Antoine Duprat (qui représentait le roi de France François Ier). Il régira les relations entre l’Église catholique romaine et le roi de France jusqu’en 1790. Il donne au roi de France un pouvoir sur l’Église, privilège dont ne disposait aucun autre souverain catholique jusqu’alors.

Dès lors, le roi nomme l’abbé, révolutionnant ainsi le système d’élection préconisé par la règle bénédictine. Ces abbés commendataires, qui sont surtout des aristocrates, n’ont aucune appétence pour la vie monastique et ne logent pas dans l’abbaye. Cupides et avides, ils laisseront les moines sans ressources, pauvres et dans le dénuement.

C’est en 1531 que la blanquette de Limoux est créée par les moines de Saint-Hilaire dans les caves de l’abbaye.

Au cours du XVIIIème siècle, l’abbaye ne compte plus que six moines, qui ne respectent qu’avec peu de rigueur la règle de Saint Benoît.

Aussi en 1748, Monseigneur de Bezons, évêque de Carcassonne, supprime les offices claustraux et les places monacales de l’abbaye.

En 1758, l’église paroissiale devient église abbatiale. Le cloître devient par conséquent la place du village.

A la fin du XVIIIème siècle, les bâtiments conventuels et les possessions de l’abbaye sont vendus comme « biens nationaux ».

Blason de la région Occitanie

LE PLAN

1-Entrée

2-Galerie nord du Cloître

3-Eglise romane

4-Le sarcophage de Saint Saturnin

5-Galerie sud du cloître

6-Partie fortifiée (1359) et caves (1531)

7-Cloître gothique

8-Réfectoire des moines

9-Plafonds décorés du XVème siècle

10-Accueil, billetterie

Blason de la région Occitanie

LES EXTÉRIEURS

LE CLOÎTRE

Ce cloître est typique du gothique languedocien. Ses galeries aux colonnes doubles en grès sont ponctuées de piliers en pierre monolithe, et sont décorés de chapiteaux pour la plupart à motif végétal.

Le cloître a été construit au XIVème siècle sans doute sur le cloître roman. Il est composé de quatre galeries et se présente sous la forme d’un trapèze irrégulier.

Il obéit à un modèle idéal : celui de l’abbaye de Saint-Gall, en Suisse. L’église abbatiale s’élève dans la galerie Nord. La galerie Ouest abrite les bâtiments de travail manuel. Au Sud, on distingue le réfectoire des moines et des hôtes. A l’Est se trouve la salle capitulaire.

On découvre dans le mur les vestiges d’une porte romane située à proximité de la pierre tombale. C’est la porte d’entrée primitive de l’église du XIIème siècle.

Les galeries comportent des arcades ogivales et moulurées à colonnettes jumelées.

Le centre du cloître comporte un bassin quadrilobe, avec en son centre une vasque datant du XVIème siècle ainsi qu’un puits.

Contrairement aux Cisterciens, qui confient les tâches courantes à des frères convers, les bénédictins cultivent, fabriquent, et soignent… Ils travaillent, et courent à la messe sept fois par jour à travers un cloître conçu pour une circulation facile et sans obstacle.

Les chapiteaux sont taillés dans un seul bloc de pierre et sont décorés de feuillages, de visages humains ou d’animaux. La pierre utilisée est le grès qui provient des carrières du Razès.

Une dalle sur le sol, un peu avant l’entrée de l’église, intrigue par sa simplicité. C’est une tombe. Sous cette dalle ont été retrouvés pêle-mêle des ossements. Il s’agit sans doute de seigneurs, nobles, et abbés qu’on a réunis dans un ossuaire. En ces temps lointains, posséder sa sépulture à l’intérieur de l’abbaye était considéré comme un privilège.

AFFICHER SA PUISSANCE !

Le transfert des reliques de Saint Hilaire est pour Roger le Vieux, comte du Carcassès et du Razès, une bonne raison pour certifier sa puissance. Protéger ce sanctuaire, c’est affirmer sa puissance en combinant son prestige à celui des saints. L’abbaye est à son apogée.

LA BATAILLE DU LAUQUET ET LA LÉGENDE DE SAINT HILAIRE

L’origine de la protection de l’Abbaye de Saint Hilaire par les Comtes de Carcassonne est probablement issue du Combat du Lauquet, qui s’est déroulé vers la fin du Xème siècle. Cet affrontement opposa le Comte de Carcassonne Roger 1er (930-1012) contre Oliba Cabreta (920-990), comte de Cerdagne. Ce dernier était venu envahir la région avec des troupes en nette supériorité numérique. On raconte que les forces de Roger 1er étaient sur le point de perdre la bataille. Ses soldats se faisaient tuer les uns après les autres, et étaient sur le point de fuir le combat ou d’être massacrés. En plein désarroi, Roger 1er implora alors Saint Hilaire, le 1er évêque de Carcassonne, de venir à son secours. Le Comte se mit à genoux et commença à prier. Et c’est alors que le miracle se produisit : Saint Hilaire lui apparut à la tête d’une puissante armée, qui refoula et décima l’armée ennemie d’Oliba Cabreta. Pour remercier Saint Hilaire de lui avoir fait gagner la bataille, Roger 1er s’engagea à équiper les moines chaque année, à faire régulièrement des dons à l’abbaye et, avec sa femme Adélaïde, il s’engagea à respecter les principes de la Règle Bénédictine. En outre, le couple choisira de se faire inhumer dans le monastère…

 

LA SALLE CAPITULAIRE, OU SALLE DU CHAPITRE

Elle est aujourd’hui condamnée. Il ne subsiste qu’une fenêtre géminée en plein cintre ainsi que sa porte d’entrée qui a été entièrement murée.

C’est la salle où se réunit chaque jour la communauté religieuse du monastère. Autour de son abbé, chacun écoute un chapitre de la règle de Saint-Benoît ; celle-ci en compte soixante-treize. C’est le seul endroit où il est autorisé de parler. C’est dans ce lieu que les moines prennent des décisions concernant la communauté. C’est ici aussi que se font les prises d’habits, les professions monacales et l’élection du Père Abbé. Les religieux prennent place sur des gradins, le Père Abbé au centre de la pièce. Les lieux sont propices à l’écoute, car l’acoustique y est excellente grâce aux nervures de pierre de la voûte d’arête. On peut ainsi y parler sans effort…

 

L’ÉGLISE ROMANE

Elle se compose d’une abside semi-circulaire en cul de four, avec trois baies dotées de vitraux créés au XIXème siècle par l’atelier de Louis-Victor Gesta. L’abside est bordée de deux chapelles latérales, une au sud et une au nord, qui a été supprimée au profit de la sacristie. La nef est constituée de trois travées voûtées d’ogives, datées du XIIIème siècle.

L’abbatiale est simple, volumineuse, à la croisée des temps. Elle affiche un chœur roman, et sa nef est du premier gothique méridional.

L’abbé Guillaume Pierre réussit à attirer les actes pieux et à remettre son abbaye, pourtant en grande difficulté, au goût du jour.

Les difficultés financières se sont accumulées au fil des siècles. De plus, la dévastatrice Croisade contre les Albigeois l’a encore affaiblie. Elle n’est plus protégée. Elle est même dépouillée par l’évêque de Narbonne, qui attribue injustement Saint-Martin de Limoux aux Dominicaines de Prouilhe. C’est une lourde perte, et au-delà, un gouffre financier qui s’ouvre : 70 ans de procès infructueux…

LE SARCOPHAGE DE SAINT SATURNIN

LE MARTYRE DE SAINT SERNIN (OU DE SAINT SATURNIN)

Au IIIème siècle, le pape Fabien envoie Saint Sernin évangéliser la Gaule. Celui-ci se rend à Toulouse, dont il deviendra le premier évêque.

Sur place, il est mal accepté par les autorités religieuses romaines. Quand il passe devant le temple, les oracles se taisent. Vers l’an 250, on le somme de sacrifier un taureau au dieu Païen. Il refuse. Il est arrêté et condamné à mort.

On l’attache au taureau qui va le traîner dans les rues. Mais il est déjà mort, sa tête ayant heurté violemment les marches du temple. Des jeunes filles (les Saintes Puelles) recueillent son corps martyrisé afin de lui donner une sépulture chrétienne. Elles seront elles-mêmes flagellées et bannies de Toulouse ; elles se réfugieront dans un village près de Castelnaudary, appelé depuis le Mas-Saintes-Puelles.

L’église abbatiale abrite un sarcophage dit sarcophage de Saint Saturnin (ou Saint Sernin). Il est l’œuvre du maître de Cabestany. Ce cercueil est sculpté d’un seul bloc dans du marbre blanc des Pyrénées. Il s’agit probablement d’un devant d’autel datant du XIIème siècle. Les sculptures sur le pourtour de l’autel racontent la vie de l’évangélisateur Saint Sernin, premier évêque de Toulouse au IIIème siècle.

Le sarcophage est composé de quatre scènes principales et se lit de droite à gauche : le premier panneau sur le côté relate la mission d’évangélisation de Saint Sernin, qui y apparaît entouré de ses disciples. Puis, sur le devant, se déroulent les scènes toulousaines : les oracles mécontents, l’arrestation et le martyre. Enfin, la surface de gauche met en scène les Saintes Puelles.

1-Le côté latéral droit relate la vie de Saint Sernin. L’évangélisateur affiche une crosse à sa main droite, et tient le livre des Évangiles grand ouvert. Sur ses côtés, deux disciples l’entourent : Saint-Honest, évêque de Pampelune, et Saint-Papoul, évangélisateur du Lauragais.

2-Vu de face côté droit, Saint Sernin est montré en pleine mission d’évangélisation au milieu de la foule. Saint Sernin est arrêté par les Romains, car le Christianisme n’était pas toléré en 250. On distingue sous ses pieds des animaux représentant le paganisme et la barbarie.

3-La vue de face côté gauche représente le martyre de Saint Sernin. Il est attaché par une corde à un taureau qui le traîne. Des piques et des chiens excitent le taureau. On remarque des Saintes Puelles (jeunes filles vierges) qui sont bénites par Saint Sernin.

4-Le côté latéral gauche représente la mise au tombeau de Saint Sernin. Le corps est allongé et soutenu par des jeunes femmes, venues en pèlerinage se recueillir sur son tombeau dans le but d’obtenir une guérison ou un miracle. Son âme, ici représentée par un enfant, s’en échappe et est accueillie par un ange le conduisant au paradis. A gauche, sa sépulture est encensée par des anges et bénie par la main de Dieu.

Le maître de Cabestany introduit la vie dans son art. Observez le taureau qui s’élance comme pour s’arracher au marbre dont il est fait, voyez le funambule à droite qui danse sur sa corde…

LA PARTIE FORTIFIÉE

Au XIVème siècle, l’abbaye traversa une période trouble et d’insécurité (peste noire, famines, compagnies de « Routiers » et chevauchée du Prince noir pendant la Guerre de Cent Ans). Il devint impératif de la fortifier.

Guerre de Cent Ans : conflit qui opposa la France et l’Angleterre de 1337 à 1453 (entrecoupé de nombreuses trêves).

Un rempart, toujours visible, enserrait intégralement le site. De plus, une herse complétée par une double porte (aujourd’hui détruite) protégeait l’entrée directe au monastère.

LA PRISON

Une petite tour de guet à deux étages surveille ce passage, qui donne accès aux bâtiments des pèlerins d’une part, et à la prison de l’autre.

Derrière l’église, un autre accès est encore visible dans la rue du Pont Levis (Portail de Malecaze). L’abbé se chargeait le plus souvent de l’entretien de l’enceinte fortifiée intérieure, tandis que les consuls s’occupaient de la muraille, défendue par un capitaine.

À maintes reprises, des conflits éclatèrent entre l’abbaye et les villageois concernant la garde des clés.

La prison, construite au XIVème siècle en même temps que le rempart, présente une salle voûtée en pierre de grès et percée d’un simple oculus. Des soldats placés aux portes de l’abbaye assuraient la protection et enfermaient temporairement voleurs et malfaiteurs arrêtés sur les dépendances de l’abbaye.

LES CAVES

A côté de la prison, s’ouvrent les caves où les moines auraient fait une découverte promise à un bel avenir (la Blanquette de Limoux) …

UNE ABBAYE EN PLEINE EFFERVESCENCE

Printemps 1531.

« Que se passe-t-il dans ces bouteilles ? » se demandent les moines. « Le vin commence à faire des bulles… C’est une erreur. Goûtons… c’est bon… c’est délicieux ! » Ainsi est née selon la légende la Blanquette méthode ancestrale, vin effervescent apprécié des seigneurs d’Arques et des ducs de Joyeuse, qui en passèrent de nombreuses commandes.

 

Les caves furent creusées à même le rocher. Au Moyen Age, il y avait dans cet espace des silos qui servaient à conserver les grains. Plus tard, ils seront amputés de leur partie inférieure, et seront remodelés pour servir de caves.

Les moines bénédictins vouent une grande importance au vin ; il est à la fois hygiénique, symbolique, et bientôt économique.

MUSÉE EXPOSITION

LES RÉFECTOIRES

C’est de la galerie sud du cloître que l’on accède aux réfectoires de l’abbaye : un réfectoire pour les moines et un autre pour les étrangers et hôtes de passage. Les deux bâtiments sont séparés par un épais mur dans lequel est insérée une chaire de lecture. Un escalier étroit aménagé dans l’épaisseur du mur permet d’y accéder. La chaire est voûtée d’une croisée d’ogives à la clé de voûte circulaire ; elle date du XIVème siècle. Une fois le moine assis, il était caché, seule sa voix ressortait de ce mur, atténuée d’écho. On entendait le moine mais on ne le voyait pas. Une façon unique de maîtriser l’acoustique et de favoriser l’écoute.

Dans ce réfectoire, les moines mangeaient tout en respectant le silence. La tête baissée, ils écoutent les Evangiles. Dans le réfectoire des étrangers, à côté et aujourd’hui disparu, les pèlerins et les hôtes en faisaient de même.

Miracle de la Parole sacrée traversant les murs ? Non, bien sûr. C’est une judicieuse et rare chaire d’où, lors des repas, le lecteur, un moine choisi pour ses facilités de diction, prennait place pour y lire un texte religieux.

 

Prenez l’étroit escalier au fond du réfectoire qui mène à la chaire. Installez-vous sur le banc de pierre, le dos bien collé au mur. Et maintenant, parlez normalement. Demandez aux témoins restés en bas dans la salle ce que vous venez de dire ou de chanter…

LE LOGIS ABBATIAL

Cette pièce jouxte la salle capitulaire et était réservée à l’abbé. Utilisée comme salon particulier ou chambre, elle présente une décoration remarquablement bien conservée.

Le plafond peint à solives date de la toute fin du XVème siècle. Il affiche des formes géométriques et des représentations animales et humaines.

UN PLAFOND OSTENTATOIRE

Entre la fin de la Guerre de Cent ans et les Guerres de Religion, le pays entre dans une période d’accalmie et de paix. L’austérité d’un Moyen Âge sombre laisse la place à un cycle de lumière et de couleurs vives. La mode change, et les plafonds sont magnifiquement décorés et peints.

L’image entre dans la sphère privée chez les élites. Un magnifique plafond « à la française » vient décorer le logis de l’abbé. Ce grand seigneur, bientôt laïc, exprime là son rang, sa qualité, et sa personnalité.

Sur les murs, les peintures datent du XIXème siècle ; elles représentent les armoiries de tous les abbés de Saint Hilaire, avec leur nom et date d’élection.

Une partie du plafond peint a été mise au jour et restaurée au début de l’année 2013.

Sources :

Je tiens à remercier tout particulièrement Nadia, la responsable de l’accueil de l’abbaye de Saint Hilaire, pour ses compétences, son professionalisme, et pour m’avoir fourni les précieuses infos qui m’ont permis de finaliser cet article.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_de_Saint-Hilaire

https://www.payscathare.org/sites/payscathare/files/content/files/sthilaire-fr-web.pdf

https://monumentum.fr/ancienne-abbaye-saint-hilaire-pa00102882.html

https://saint-hilaire-aude.fr/abbaye/1000-ans-dhistoire

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1 réponse

  1. Imelhaine dit :

    Bonjour Mr Borghino, je vous remercie chaleureusement pour la rédaction de cet article qui me tient particulièrement à cœur. Je serai ravie de vous recevoir à nouveau quand vous voudrez, dés la réouverture de notre Belle Abbaye où vous serez toujours le bienvenu. Amicalement, Nadia.

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