Les Témoins du passé – Le trophée d’Auguste

LES TÉMOINS DU PASSE

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LE TROPHÉE D’AUGUSTE

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La Turbie

Blason de la ville de La Turbie

Blason de la ville de La Turbie

Alpes Maritimes

Blason des Alpes Maritimes

Blason des Alpes Maritimes

TYPE : vestiges romains.

ORIGINE : monument commémoratif.

CONSTRUCTION : en 7 – 6 av J.-C.

PROTECTION : le monument est classé MH en 1865.

PROPRIÉTAIRE : l’État.

 

PRÉSENTATION

Le Trophée d’Auguste, ou Trophée des Alpes, fut érigé au col de la Turbie (Alpes Maritimes), et domine le village du même nom. C’est le point le plus élevé de la voie Julia Augusta, construite par l’Empereur romain Auguste (63 avant J.-C –  14 après J.-C) afin de relier la Gaule Cisalpine à la Gaule Transalpine. En 7 – 6 av J.-C, le Sénat et le peuple lui dédièrent le trophée. Dominant la mer de San Remo à l’Estérel, il symbolise la puissance et la protection de Rome.

Une voie impériale ! La Voie Julia Augusta était une importante voie romaine qui reliait la ville de Plaisance (Italie) au Var. Elle longeait les côtes de la Ligurie et celles de la Côte d’Azur, en direction du Rhône. Elle représentait le cordon ombilical reliant la Gaule Cisalpine à la Gaule Transalpine, et formait une portion de la Via Aurelia. Cette voie a été délimitée par l’Empereur Auguste entre le 1er juillet 13 et le 30 juin 12 av J.-C, peu après la fin de la conquête des Alpes Maritimes. La voie tire son nom des deux illustres personnages, Auguste et César, juillet étant le mois de Jules César et Août celui d’Auguste. Son tracé, balisé par de magistrales bornes numérotées depuis Rome, fait de cet ouvrage l’un des grands travaux de l’Empire. Dégradée au début 2ème siècle, la voie sera restaurée dans un premier temps par Hadrien, puis par Caracalla au 3ème siècle.

AUGUSTE DIVINISÉ

Par les dimensions exceptionnelles et colossales de ce monument, Auguste était honoré comme un Dieu. Selon la tradition, les trophées étaient destinés aux divinités de la victoire. Erigé sur les

Auguste

Auguste

hauteurs du port antique de Monaco, le monument se dressait tel une sentinelle et indiquait l’extrémité des Alpes. Il s’inscrivait aussi dans l’espace du sanctuaire dédié à Héraclès (Hercule chez les Romains), Monoïkos. Pour les écrivains antiques, le nom de Monaco (Monoïkos en Grec) est toujours relié à celui d’Hercule. Cette affiliation est significative et empreinte de sens : elle associe Auguste à Hercule, fils de Dieu voué à la divination. L’assujettissement des peuplades barbares et alpines n’était donc qu’un prétexte pour assoir la légitimité d’un Empereur héroïque. La glorification de ses exploits avait pour but d’accentuer sa filiation divine.

ORIGINES

Ce monument romain, édifié il y a plus de 2000 ans, célèbre la victoire de l’Empereur romain Auguste sur les peuples des Alpes, définitivement soumis entre 25 et 14 av J.-C. Ces populations (les Celtes, Ligures, Vénètes, Germains…), qui vivaient dans les montagnes, attaquaient les marchands tout en essayant de se rendre maîtres des routes commerciales.

DIMENSIONS

A l’origine, le monument mesurait 50 mètres de hauteur et 38 de côté ; la rotonde comprenait 24 colonnes. L’ensemble était surmonté par une colossale statue d’Auguste, dénotant un spectaculaire symbole de puissance.

La belle pierre blanche calcaire, utilisée pour son édification, provient d’une carrière située non loin du site, à 500 mètres. Elle est à ce jour la seule carrière romaine encore en activité.

 

LE TROPHÉE & SON SITE

 

1 – L’ENTRÉE & LES PORTES MÉDIÉVALES DU VILLAGE

Le sentier qui mène au monument est parsemé de beaux points de vue sur la baie de Monaco.

Un petit chemin végétal a été reconstitué par l’architecte Jules Formigé. Pour accéder au monument, nous sillonnons un petit parcours fort agréable au milieu des buis, cistes, lavandes, myrtes, cyprès…

« Les plantes employées furent uniquement les plantes sauvages de la montagne, de façon à créer plutôt un morceau de nature qu’un jardin d’agrément ».

 

2 – LE TROPHÉE :

– Il repose sur un soubassement carré (esplanade dallée), dont une face supportait une immense dédicace en hommage à Auguste, avec l’énumération des 45 peuples soumis.

L’inscription dédicatoire est restituée par Jules Formigé, grâce au texte transmis par Pline l’Ancien (1er siècle ap. J.-C.) et aux fragments découverts sur place.

Deux victoires ailées cernent l’inscription. De part et d’autre se trouve un bas-relief qui représente un trophée d’armes avec, à son pied, un couple de barbares enchaînés. Les noms des vaincus sont énumérés au niveau inférieur, et, sur la colonnade, on découvre les sculptures des légats (fonctionnaires qui administraient les provinces de l’Empereur) qui ont mené les campagnes d’Auguste.

Transcription de la dédicace donnée par Pline l’Ancien (23-79) :

« IMP · CAESARI DIVI FILIO AVG · PONT · MAX · IMP · XIIII · TR · POT · XVII · S · P · Q · R · QVOD EIVS DVCTV AVSPICIISQVE GENTES ALPINAE OMNES QVAE A MARI SVPERO AD INFERVM PERTINEBANT SVB IMPERIVM P · R · SVNT REDACTAE · GENTES ALPINAE DEVICTAE TRVMPILINI · CAMVNNI · VENOSTES · VENNONETES · ISARCI · BREVNI · GENAVNES · FOCVNATES · VINDELICORVM GENTES QVATTVOR · COSVANETES · RVCINATES · LICATES · CATENATES · AMBISONTES · RVGVSCI · SVANETES · CALVCONES · BRIXENETES · LEPONTI · VBERI · NANTVATES · SEDVNI · VARAGRI · SALASSI · ACITAVONES · MEDVLLI · CENNI · CATVRIGES · BRIGIANI · SOGIONTI · BRODIONTI · NEMALONI · EDENATES · ESVBIANI · VEAMINI · GALLITAE · TRIVLLATI · ECDINI · VERGVNNI · EGVITVRI · NEMATVRI · ORATELLI · NERVSI · VELAVNI · SVETRI ».

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Traduction :

« A imperator César Auguste, fils de Dieu (César), grand pontife, imperator à 14 reprises, investi de la puissance tribunitienne pour la 17ème fois, et le Peuple de Rome (ont érigé ce monument) parce que, sous ses ordres et sous ses auspices, tous les peuples alpins qui s’étendaient de la mer Supérieure jusqu’à la mer Inférieure ont été rangés sous la puissance du Peuple romain.

Peuples alpins vaincus : les Trumpilini, les Camunes, les Vénostes, les Vénnonètes, les Isarciens, les Breunes, les Génaunes, les Focunates, les Quatre nations vindéliciennes, les Consuanètes, les Rucinates, les Licates, les Caténates, les Ambisuntes, les Rugusces, les Suanètes, les Calucons, les Brixentes, les Lépontiens, les Ubéris, les Nantuates, les Sédunis, les Véragres, les Salassis, les Acitavons, les Médulles, les Ucènes, les Caturiges, les Brigianis, les Sogiontiques, les Brodiontiques, les Nemaloni, les Edénates, les Esubianis, les Véaminis, les Gallites, les Triulattis, les Ectinis, les Vergunni, les Eguituris, les Némenturis, les Oratellis, les Nérusis, les Vélaunis (Vellaves ?), les Suetri. »

– Un premier étage, situé en retrait, se compose d’un haut podium de plan carré surmonté d’un édicule (petite construction).

– Un second étage, circulaire celui-là, est décoré d’une vaste colonnade dorique avec des niches pour les statues des généraux ayant pris part aux conquêtes.

L’élévation de la colonnade est conforme aux règles de l’ordre dorique. Les colonnes, surmontées des chapiteaux, supportent l’entablement constitué d’une architrave à trois fasces lisses (fasces : partie plate, bandeau de l’architrave), d’une frise décorée et d’une corniche moulurée. Sur la frise alternent triglyphes et métopes, ornés de bas-reliefs. La paroi en retrait de la colonnade abritait des niches creusées, dans lesquelles prenaient place les statues des légats ou des généraux d’Auguste, dont Drusus et Tibère, ses beaux-fils.

L’ordre dorique est le plus simple et le plus dépouillé des trois ordres d’architecture grecque. Les colonnes doriques se caractérisent particulièrement par leur chapiteau à échine plate (nue, sans décors), par leur fût rehaussé de 20 cannelures, et par l’absence de base (pour le dorique grec) ; la frise dorique est définie par ses triglyphes et ses métopes.

 

VOCABULAIRE DE L’ORDRE DORIQUE

1 – Tympan du fronton

2 – Acrotère

3 – Corniche rampante

4 – Corniche horizontale

5 – Mutule

6 – Geison

7 – Frise

8 – Triglyphe

9 – Métope

10 – Teania

11 – Goutte

12 – Réglet (ou Regula)

13 – Architrave

14 – Chapiteau

15 – Abaque

16 – Échine

17 – Colonne

18 – Cannelure

19 – Stylobate

20 – Crépis

 Ordre dorique

Le triglyphe est un ornement en relief de l’architecture antique qui sépare les métopes dans la frise dorique, et qui est constitué de deux canaux entiers (glyphes), et de deux demi-canaux (donc trois glyphes).

 

Une métope est un panneau architectural de forme rectangulaire, le plus souvent orné de reliefs. Elle est située au-dessus de l’architrave, en alternance avec les triglyphes (dans l’ordre dorique). Le tout forme une frise.

– Enfin, au-dessus se dresse une coupole conique à degrés, qui servait d’assise à une magistrale statue d’Auguste.

Des escaliers permettent d’accéder à tous les étages de l’édifice.

3 – SA STRUCTURE

La structure interne du monument est visible. Les murs sont construits en gros blocs de calcaire, et forment une charpente remplie par un mélange de blocage constitué de pierre et de mortier de chaux, régulièrement employé dans l’architecture romaine. Le cylindre central possède des piliers qui servaient de fondations aux colonnes de l’étage circulaire. La façade du soubassement, partiellement restaurée, englobe le tout. Les sculptures, les chapiteaux et l’inscription sont en marbre de Carrare.

La restitution de l’architecture dans son environnement est l’œuvre de Jean-Camille Formigé (entre 1913 et 1915), qui reconstitua l’élévation en érigeant deux colonnes. Jules, son fils, terminera ensuite le mur de l’esplanade du soubassement et poursuivra l’érection de la colonnade. Ainsi rétabli, le monument dresse sa dédicace du côté de la Gaule, vers le village médiéval.

4 – LE MUSÉE

Le musée retrace l’Histoire du trophée et de sa restauration (maquette) à l’aide de plans, de dessins et de photos. On y trouve des bornes militaires, des inscriptions, des fragments du Trophée d’Auguste, des moulages, ainsi que documents sur d’autres édifices romains en Europe. Le musée expose aussi des moulages sur les principaux vestiges mis à jour, et des photographies concernant les fouilles effectuées à la fin de la restauration du trophée, en 1933.

Au centre de la galerie, on découvre la maquette du trophée des Formigés. Celle-ci présente un sommet conique à douze gradins, ainsi qu’une copie de la statue d’Auguste retrouvée à Primaporta. Celle-ci symbolise le couronnement du trophée.

DESTRUCTION & RENAISSANCE

Le monument est gravement endommagé à la fin de l’Antiquité. Au Moyen Âge, l’édifice est fortifié et habité. Il devient alors un ouvrage défensif (les arcatures aveugles que l’on peut admirer au sommet datent de cette époque).

En 1705, la forteresse est démantelée, et ses fragments sculptés sont réemployés dans les constructions des maisons du village. Miné sur ordre de Louis XIV, l’ouvrage résistera miraculeusement à la destruction. L’édifice sera exploité comme carrière au 19ème siècle ; ses pierres serviront à la construction de l’église Saint-Michel-Archange.

Au début du 20ème siècle, le monument se présente sous la forme d’une tour en ruine qui se dresse au milieu d’un amoncellement de décombres. Dans les années 1930, la minutieuse et patiente restauration de l’édifice, réalisée grâce au généreux concours de l’Américain E. Tuck, fut dirigée par Jules Formigé. Le trophée n’a pu être rehaussé que jusqu’à 35 mètres de hauteur, et une grande partie de l’ouvrage en ruine a été laissée intacte. L’inscription de la dédicace a été reconstituée, et a retrouvé la place qui était la sienne ; c’est la plus grande inscription qui nous a été transmise de l’Antiquité romaine. Aujourd’hui, telle une sentinelle, le monument occupe toujours une position dominante, visible de loin.

LE CLIN D’ŒIL & LA PETITE HISTOIRE

Au Moyen-Âge, une croyance tenace affirmait que l’antique Apollon résidait toujours dans la tour du Trophée. Si on avait un doute sur la fidélité de sa femme, il suffisait pour cela d’aller l’interroger. L’insouciant oracle dénonçait alors facétieusement l’infortunée épouse. Mauvaise langue !

Blason des Alpes Maritimes

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