La Guerre de Sécession – La bataille de Fredericksburg

                                                                                      

 

        LA GUERRE DE SÉCESSION

(1861-1865)

LA BATAILLE

DE

FREDERICKSBURG

Le 13 décembre1862

SOMMAIRE

Au lendemain de la sanglante bataille d’Antietam (le 17 septembre 1862), Lee parvient à s’enfuir au nez et à la barbe de son adversaire McClellan ; l’armée confédérée est affaiblie, certes, mais encore en état de se battre.

Le mois suivant, exaspéré, Abraham Lincoln décide de relever définitivement McClellan de son commandement, et le confie au major-général Ambrose Burnside.

Ce dernier est plutôt contrarié du départ de son prédécesseur ; il ne se sent pas du tout prêt à endosser une telle responsabilité et à commander une armée d’une telle importance. Burnside est maintenant à la tête de l’armée du Potomac forte de 110 000 hommes ; un lourd fardeau sur ses épaules.

Néanmoins, pressé par Lincoln qui veut une victoire rapide, Burnside fait avancer sa puissante armée en direction de Falmouth, pour affronter Lee qui s’est replié en Virginie.

Il suit la rive nord de la rivière Rappahannock et vient se placer en face de Fredericksburg. Son plan de bataille est ambitieux : il a pour objectif de franchir la rivière, mener son attaque vers le Sud et menacer Richmond, la capitale des Confédérés.

Mais Bobby Lee l’attend, et n’est pas décidé à le laisser faire…

« Dans le 1er mois de la Guerre, un groupe de soldats nordistes avait capturé un soldat confédéré en haillons. Le prisonnier ne possédait manifestement pas d’esclaves. Il se fichait très probablement de la Constitution et de tout le reste. Ils lui ont demandé pour quelle raison il se battait, et le sudiste leur a répondu : « je me bats parce que vous êtes là », ce qui était somme toute une réponse tout à fait valable ».

Témoignage cité par Shelby Foote – La guerre de Sécession de Ken Burns.

 

Shelby Foote (immense romancier et historien américain dans la lignée de William Faulkner) est né le 17 novembre 1916 à Greenville, Mississippi. Il meurt le 27 juin 2005 à Memphis, Tennessee. L’auteur est assez méconnu en France. A travers son œuvre majeure, Shiloh, il décrit la Guerre de Sécession en 200 pages, en redonnant la parole à de simples soldats et officiers des deux armées.

CONTEXTE

L’issue de la terrible bataille d’Antietam (17 septembre 1862) est indécise, et l’armée confédérée a été obligée de quitter le champ de bataille.

L’armée nordiste a été aussi fortement éprouvée que l’armée confédérée. Tactiquement, Lee n’a pas été battu, car les forces nordistes n’ont point réussi à percer sa ligne de défense, mais il sait qu’il ne peut plus poursuivre la Campagne du Maryland. Bien qu’inférieures en nombres, ses pertes ont été aussi lourdes que celles de son adversaire ; elles représentent le quart de son armée.

Le 18 septembre, après une trêve pour s’occuper des morts et des blessés, Lee choisit de mettre un terme à son invasion. L’armée sudiste franchit le Potomac et rebrousse chemin vers la Virginie.

McClellan peut revendiquer la victoire, mais il aurait pu remporter la guerre. L’invasion de Lee a été stoppée et son armée a subi de très lourdes pertes ; mais elle n’a pas été décimée.

Le Président Lincoln tient sa victoire, une victoire à la « Pyrrhus », certes, mais il peut désormais promulguer son décret sur l’abolition de l’esclavage. Le 22 septembre, 5 jours après la bataille d’Antietam, il prononce le préliminaire de sa proclamation d’émancipation. Émancipation qui prendra effet le 1er janvier 1863.

« Dans le conflit qui les oppose, écrit Abraham Lincoln vers la fin 1862, chaque camp prétend agir selon la volonté de Dieu. Ce pourrait bien être le cas, mais l’un d’entre eux est nécessairement dans l’erreur, car Dieu ne peut être pour et contre une même chose dans le même temps ».

« La Guerre de Sécession », de Ken Burns.

Ambrose Burnside est un homme affable et coquet qui cache sa fausse modestie derrière des favoris avantageux, qui deviendront même une mode. Mais « il se dérobe à ses

Major Général Ambose Everett Burnside

responsabilités avec un naturel sincère », dira l’un de ses camarades officiers. Il doit sa position au sein du commandement à son vieil ami McClellan.

« La Guerre de Sécession », de Ken Burns.

 

LA VIRGINIE

« Old Dominion, Mother of Presidents »   

Drapeau de la Virginie

 

 

 

 

10ème État.

Capitale : Richmond.

Date d’Entrée dans l’Union : 25 juin 1788.

– La Virginie est une des treize colonies fondatrices des États-Unis. Elle donnera quatre des cinq premiers présidents : Washington, Madison, Monroe et Jefferson.

– C’est en 1584 que le navigateur anglais Walter Raleigh conçoit de coloniser l’Amérique du Nord et fonde la Virginie.

– En 1607, un groupe de colons anglais, envoyé par le roi d’Angleterre James 1er, fonde la 1ère colonie anglaise permanente, Jamestown. 

– C’est en 1660 que l’esclavage, déjà pratiqué, est officialisé.

– En 1784, la Virginie cède aux États-Unis les territoires au nord de l’Ohio, pour le développement vers l’ouest selon le système des townships.

– Le 17 avril 1861, la Virginie, État esclavagiste, fait sécession et rallie la Confédération des États du Sud. La plupart des grandes batailles du théâtre oriental de la Guerre de Sécession se dérouleront sur son sol : Bull Run, Chancellorsville, Fredericksburg…

Sa capitale, Richmond, tombe aux mains des Nordistes le 2 avril 1865 (peu de temps avant la reddition du général Robert E. Lee à Appomattox), avant d’être en grande partie incendiée et ravagée.

 

LES ARMÉES EN PRÉSENCE

ARMÉE DU POTOMAC

L’Armée du Potomac est la principale Armée de l’Union sur le théâtre oriental de la guerre de Sécession.

Lorsqu’éclate la Guerre Civile en 1861, seule une partie de la Virginie fait sécession. Les comtés du Nord-Ouest décident de rester fidèles à l’Union (c’est aujourd’hui l’État de Virginie-Occidentale). L’État du Maryland, bien qu’esclavagiste, demeure également dans l’Union. Ainsi, une grande partie du cours du Potomac et de son estuaire forment la frontière séparant l’Union des États confédérés.

Les commandants :

– Le brigadier – général Irvin McDowell : commandant de l’armée et Département du Nord -Est de Virginie, du 27 mai au 25 juillet 1861.  

– Le Major général George McClellan : commandant de la Division militaire du Potomac, et plus tard, de l’armée et du ministère du Potomac, du 26 juillet 1861 au 9 Novembre 1862.  

– Le Major général Ambrose Burnside : commandant de l’armée du Potomac du 9 novembre 1862 au 26 Janvier 1863.  

– Le Major – général Joseph Hooker : commandant du ministère et de l’armée du Potomac du 26 janvier au 28 juin 1863.  

– Le Major-général George Meade : commandant de l’armée du Potomac du 28 juin 1863 au 28 Juin 1865.  

– Le Major-général John G. Parke : a eu le commandement temporaire pendant les absences de Meade à quatre reprises au cours de cette période.  

– Le lieutenant – général Ulysses S. Grant : général en chef de toutes les armées de l’Union. Il a placé son quartier général dans l’armée du Potomac, et a fourni les directions opérationnelles à Meade de mai 1864 à avril 1865.

ARMÉE DE VIRGINIE DU NORD

(1861-1862)

Sudistes au repos pour la photo

L’armée de Virginie du Nord était une armée des États confédérés d’Amérique durant la Guerre de Sécession. Au cours des opérations qui se déroulèrent dans l’Est pendant le conflit, elle représentait la force de frappe majeure de la Confédération.

Drapeau de l’armée de Virginie du Nord

Placée sous les ordres du général Robert E. Lee, cette armée se composait en majorité de soldats venant des États de Virginie, de Caroline Du Sud, de Caroline du Nord, et du Maryland. Certaines unités étaient issues d’États tels que l’Alabama, l’Arkansas, le Tennessee et le Mississippi.

L’armée de Virginie du Nord occupait une position stratégique. Placée en limite de la ligne de séparation avec les États frontaliers, elle bloquait tout accès à la terre sacrée de Virginie en faisant face aux États de l’Union et à l’armée nordiste du Potomac.

Burnside et Lee

FORCES EN PRÉSENCE

POUR LES FÉDÉRAUX

 

LES COMMANDANTS :

Les forces nordistes, avec les 114 000 hommes de l’Armée du Potomac, sont sous les ordres du Major Général Ambrose Everett Burnside.

 

 

 

ORDRE DE BATAILLE

Division de Droite : major général Edwin Vose Sumner.

Edwin Vose Sumner

Composition :

IIème corps d’armée commandé par le major général Darius Nash Couch, qui comprend 3 divisions totalisant 9 brigades.

IXème corps d’armée commandé par le brigadier général Orlando Bolivar Willcox, qui comprend 3 divisions totalisant 6 brigades.

Une division de cavalerie commandée par le brigadier général Alfred Pleasonton, qui comprend 2 brigades.

Division du centre : major général Joseph Hooker.

Joseph Hooker

Composition :

IIIème corps d’armée commandé par le brigadier général George Stoneman, constitué de 3 divisions totalisant 7 brigades.

Vème corps d’armée commandé par le brigadier général Daniel Butterfield, constitué de 3 divisions totalisant 8 brigades.

Une brigade de cavalerie indépendante sous les ordres du brigadier général William Woods Averell.

Division de Gauche : major général William Buel Franklin.

William Buel Franklin

Composition :

Ier corps d’armée commandé par le major général John Fulton Reynolds, constitué de 3 divisions totalisant 10 brigades.

VIème corps d’armée commandé par le major général William Farrar Smith, constitué de 3 divisions totalisant 9 brigades.

Une brigade de cavalerie indépendante sous les ordres du brigadier général George Dashiell Bayard, tué au cours de la bataille, puis remplacé par le colonel David Mac Murtrie Gregg.

Une Brigade du Génie placée sous les ordres du brigadier général Daniel Phinéas Woodbury.

– Artillerie dirigée par le brigadier général Henry Jackson Hunt.

POUR LES CONFÉDÉRÉS

 

 

LES COMMANDANTS :

Les forces Sudistes, avec les 72 500 hommes de l’Armée de Virginie du Nord, sont commandées par le général Robert Edward Lee.

Robert Edward Lee

 

 

 

 

 

 

ORDRE DE BATAILLE

1er corps : lieutenant général James Longstreet, constitué de 10 divisions d’infanterie, une de cavalerie et une d’artillerie de réserve, soit au total 42 brigades.

James Longstreet

– Division du major général Lafayette Mac Laws : au total 4 brigades.

– Division du major général Richard Heron Anderson (blessé) : au total 5 brigades.

Richard Heron Anderson

– Division du major général George Edward Pickett : au total 5 brigades.

George Edward Pickett

– Division du major général John Bell Hood : au total 4 brigades.

John Bell Hood

– Division du brigadier général Robert Ransom Jr : au total 7 brigades.

Robert Ransom

– Division légère du major général Ambrose Powell Hill : au total 6 brigades.

Ambrose Powell Hill

– Division du major général Richard Stoddert Ewell : brigadier général Jubal Anderson Early, au total 4 brigades.

– Division du lieutenant général Thomas Jonathan Jackson : brigadier général William Booth Taliaferro, au total 4 brigades.

– Division de cavalerie : major général James Ewell Brown Stuart, au total 3 brigades.

James Ewell Brown Stuart

– Artillerie de réserve : brigadier général William Nelson Pendleton.

William N. Pendelton

Souvent, lors des conflits qui ont opposé les hommes, au pire moment des batailles, les soldats ont cherché à communiquer. Une forme de dialogue entre les belligérants a pris alors naissance de part et d’autre du « no man’s land ».

Fredericksburg et la rivière Rappahannock

A Fredericksburg, les deux ennemis pouvaient se parler des deux côtés des rives du Rappahannock, la rivière qui séparait la ville du camp nordiste installé à Falmouth.

Soldats confédéré à Maryes Heights

On pouvait entendre des conversations telles que celles-ci :

– Hé les gars ! s’écriait quelqu’un du camp confédéré.

– Qu’est-ce que tu veux ? répondait un soldat de l’Union.

– Quand est-ce que vous allez vous décider à traverser ?

– Bientôt !

– On est prêt, on vous attend !

PLAN DE LA BATAILLE DE FREDERICKSBURG

DEROULEMENT DE LA BATAILLE

Située en territoire confédéré, Fredericksburg s’avère être d’une importance capitale sur la route qui mène de Richmond à Washington. De plus, la ville dispose sur les hauteurs de plusieurs collines stratégiques alignées.

Le plan du général nordiste Ambrose Burnside est simple. Il prévoit, à l’aide d’un pont flottant, de faire traverser la rivière Rappahannock à ses troupes. Par la suite, il devra dans un premier temps envahir la ville, l’occuper, puis s’emparer des hauteurs assez peu défendues.

Ambrose Burnside n’est pas connu pour être un homme audacieux ; ce n’est pas là sa qualité première… Mais il est venu à Fredericksburg avec la ferme intention de faire oublier les échecs de George McClellan, et remonter ainsi le moral de son armée qui en a bien besoin. Pour cela, il doit prouver à ses subalternes qu’il veut en découdre avec Bobby Lee ; un courage qui faisait cruellement défaut à son prédécesseur.

Malheureusement pour lui, la livraison des éléments du pont flottant se fait attendre, et l’intendance ne suit pas. Son plan de bataille s’en trouve fortement contrarié. Il va devoir patienter 17 jours avant de voir les hommes du génie lui apporter les précieuses embarcations.

Ce temps providentiel qui lui est attribué, Robert Lee va le mettre à profit et réunir 75 000 hommes tout autour de la ville.

Il a placé le général Stonewall Jackson sur son flanc droit, alors que le général James Longstreet a déployé ses troupes sur la gauche, le long d’un escarpement du nom de Marye’s Heights.

Du haut de ce promontoire, Robert Lee observe la mise en place de son plan de bataille. Il peut apercevoir sur l’autre rive du Rapahannock, côté nordiste, le manoir de Chatam où, trente années plus tôt, il avait courtisé sa future épouse Mary Anna Randolph Custis. Ambrose Burnside y a établi son quartier général.

Le 11 décembre

Les canons de l’Union commencent à pilonner Fredericksburg. La ville s’embrase rapidement, et le feu atteint une grande partie de la petite cité.

Le génie nordiste installe trois ponts flottants juste en face de Fredericksburg, et trois autres à trois kilomètres en aval. Sur cette position, les soldats du génie n’auront à craindre aucune riposte des tireurs d’élites confédérés. Alors que ceux qui installaient les pontons subiront dès le lever du jour une pluie de projectiles meurtriers. Nombreux sont ceux qui se demandent pourquoi les Confédérés ne leur opposent pas plus de résistance.

« Ils veulent nous laisser venir, dit un soldat nordiste, ils ne nous laisseront pas repartir aussi facilement ».

« La Guerre de Sécession », de Ken Burns.

Les tirailleurs sudistes continuent leur pression en maintenant leur tir sur les embarcations de l’Union qui s’apprêtent à traverser la rivière. Enfin trois régiments nordistes sont débarqués par bateau à Fredericksburg, et chassent les tireurs Confédérés de leurs positions.

En attendant l’assaut des hauteurs de Marye’s Heights, les troupes de l’Union s’adonnent à une frénésie dévastatrice et pillent la ville.

On pensait encore, à cette époque-là, que pour prendre un objectif, il fallait masser toutes les troupes face à l’ennemi, les faire charger et finir le travail à la baïonnette. Or il n’y a pratiquement pas eu de blessés ou de tués à la baïonnette pendant la Guerre de Sécession, pas plus que pendant la 1ère ou la 2ème Guerre Mondiale ; il y a eu très peu de combats au corps à corps. Mais les officiers pensaient qu’ils devaient concentrer toute leur puissance de feu, et donc tous leurs hommes. Ils les envoyaient en rangs serrés à l’assaut des positions ennemies qui les attendaient à l’abri, et qui faisaient un carnage.

Cité par Shelby Foote – « La Guerre de Sécession », de Ken Burns.

Le 13 décembre

Les Nordistes attaquent et se dirigent vers Marye’s Heights.

Lee n’en croit pas ses yeux ! « Comment peuvent-ils être assez fous pour attaquer ? ». Son artillerie couvre toutes les voies d’approche : il a placé des tireurs d’élites disposés sur quatre rangs, derrière un mur de pierre au bas de la colline.

Un de ses officiers déclare à James Longstreet : « Mon général, un poulet ne survivrait pas dans la zone de tir une fois que nous aurons ouvert le feu ».

« La Guerre de Sécession », de Ken Burns.

Un soldat raconte : « Quel spectacle que de les voir arriver, leurs baïonnettes brillaient au soleil, on avait l’impression de regarder se mouvoir un gigantesque serpent bleu acier. Nous pouvions voir nos obus exploser dans leurs rangs où ils faisaient des trous considérables. Mais ils continuaient d’avancer comme s’ils allaient venir droit sur nous et nous passer dessus. Nous leur envoyâmes une volée de mitraille et ils en furent tout ébranlés, ils firent encore quelques pas et les gars de Virginie et de Géorgie, qui étaient embusqués sur la route en contrebas, se levèrent et libérèrent un déluge de plomb sur la brigade qui venait vers nous ».

« La Guerre de Sécession », de Ken Burns.

Soldats confédérés derrière le mur

« Il n’y a pas de mots pour décrire le valeureux assaut de la brigade irlandaise ; nous en oubliâmes qu’ils étaient nos adversaires. Et devant tant de bravoure, les acclamations se mirent à fuser dans nos rangs ».

Général George Pickett.

« La Guerre de Sécession », de Ken Burns.


 

Horrible et insolite. C’est au cours de cette bataille que l’on a pu voir, par exemple, dans les deux camps, des Irlandais se battre les uns contre les autres. Les uns en gris, déployant leur drapeau vert, criant qu’ils se battaient pour leur indépendance, les autres en bleu, ne sachant pas trop pourquoi ils venaient se faire tuer sous la même bannière verte que leurs adversaires.

Extrait du livre « Du sang sur les bleuets » – « Les Sammies » de Jean-Marie Borghino.

Artillerie confédérée

Les assauts nordistes sont plus ou moins désespérés ; ils lancent des vagues d’attaque avec des unités de la taille d’une division.

De violents combats ont lieu vers le mur de Marye’s Heights. Les assaillants doivent affronter de nombreux obstacles ; un ravin et un petit marécage leur barrent le chemin, et freinent dangereusement leur progression. D’autant que les Sudistes, qui se sont positionnés derrière un mur de pierre de 800 mètres de long, couvrent et défendent ces obstacles. Ainsi, les troupes de l’Union se trouvent à découvert et voient tous leurs assauts bloqués à 25 mètres du mur. Ces vagues d’attaque successives laisseront presque à chaque fois derrière elles une centaine de morts et de blessés agonisants.

Les Confédérés se sont établis sur quatre rangées, composées de Caroliniens du Nord et de Georgiens. Cette subtile manœuvre leur permet de tirer, et de recharger pendant que les hommes de la rangée de derrière se mettent à tirer, et ainsi de suite. Le feu est si intense qu’il rappelle la cadence de tir d’une mitrailleuse.

Malgré cela, les vagues d’assaut nordistes maintiennent désespérément leur pression sur les positions sudistes. Ces derniers briseront les attaques de quatorze brigades, et garderont la ligne avec succès. La dernière brigade, irlandaise, se fera massacrer à son tour : en 10 minutes elle laissera 250 hommes à terre.

Ambrose Burnside comprend alors que la position ne peut pas être prise. Entre temps, 9000 de ses hommes sont tombés…

L’attaque est suicidaire, les soldats de l’Union avancent, selon un témoin de la scène, comme s’ils affrontaient une tempête de pluie ou de grêle. La tête et le corps à moitié tourné pour offrir moins de prise, les épaules voûtées. Les hommes de la brigade irlandaise parvinrent jusqu’à 25 mètres du mur pour être abattus par les défenseurs du 24ème régiment de Géorgie ; Irlandais eux-aussi…

« La Guerre de Sécession », de Ken Burns.

La charge de la brigade irlandaise

Un officier de l’Union, qui observe le spectacle depuis le clocher d’une église voisine, voit les soldats nordistes venir mourir par vagues au pied du mur de pierre. – « Ils semblent fondre, dit-il, comme de la neige sur un sol trop chaud ».

« La Guerre de Sécession », de Ken Burns.

La brigade irlandaise

« On parle toujours de la bravoure des soldats confédérés, ils sont présentés comme plus vaillants, plus fougueux… Mais je pense que le courage dont ont fait preuve les soldats de l’Union lors de la bataille de Fredericksburg, qu’ils ont perdue, est sans équivalent dans un camp comme dans l’autre. Ils ont continué de s’élancer contre ce mur aux pieds des Marye’s Heights, malgré les échecs successifs, c’est un singulier exemple de courage ».

Cité par Shelby Foote – « La Guerre de Sécession », de Ken Burns

Le colonel Joshua Lawrence Chamberlain et ses hommes du 20ème régiment du Maine font partie des milliers de soldats nordistes bloqués au pied de l’escarpement. Dans la nuit, la température descend au-dessous de zéro et un vent glacial se lève. Le froid ne fait qu’augmenter les souffrances des blessés qui agonisent, alors que le vacarme de la bataille s’est tu et que le calme est revenu.

« Dans le silence revenu, se mirent alors à retentir de nouveaux bruits, plus alarmants encore, un étrange phénomène de ventriloquie dont on ne pouvait déterminer la source. Une plainte sourde, comme si un millier de dissonances vibraient à l’unisson pour produire une note étrange, surnaturelle, terrible à entendre et à supporter, et pourtant surprenante dans sa proximité. Cette harmonie frémissante, rompue par les appels à l’aide, les uns suppliant qu’on leur donne à boire, les autres implorant Dieu, d’autres encore demandant à une main amie de finir ce que l’ennemi avait si atrocement commencé.

Joshua Lawrence Chamberlain

Certains déliraient, murmuraient d’une voix rêveuse le nom d’un être cher qu’ils imaginaient tendrement penché sur eux, avec à l’arrière-plan, vibrant en permanence, la note grave et profonde émise par les lèvres closes de tous ces hommes trop épuisés, trop braves pour dire leur agonie. Finalement, à bout de forces et d’énergie, j’écartais les corps de deux morts pour m’allonger entre eux, me servant de la poitrine d’un troisième comme d’un oreiller. Après m’être couvert le visage d’un pan de son manteau, je tentais de m’endormir ».

Joshua Lawrence Chamberlain « La Guerre de Sécession », de Ken Burns

Les survivants sont contraints de passer la nuit et toute la journée du lendemain sur le champ de bataille, cachés derrière les corps de leurs camarades tués, essayant de ne pas entendre le bruit sourd des balles ennemies qui s’enfoncent dans les cadavres. Les larmes aux yeux, le général Ambrose Burnside annonce qu’il mènera lui-même un nouvel assaut ; ses subordonnés l’en dissuadent. C’est un véritable carnage qui se solde par un désastre.

Un soldat dira : « A quoi bon nous battre tant que nous n’avons pas de bons généraux ! ».

« La Guerre de Sécession », de Ken Burns

Le soir, Joshua Lawrence Chamberlain et ses hommes enterrent les morts à la hâte dans des trous de fortune. Pendant qu’ils s’affairent, une aurore boréale illumine le ciel hivernal.

Aurore boréale sur le champs de bataille de Fredericksburg

« Il est très rare d’assister à une aurore boréale aussi loin dans le sud, pourtant ce soir-là, tout le ciel s’est embrasé, et les Confédérés ont pris cela comme un signe : Dieu tout puissant en personne célébrait ainsi leur victoire »

Cité par Shelby Foote – « La Guerre de Sécession », de Ken Burns

Les Nordistes ont perdu 12 600 hommes, les Sudistes 5300, et beaucoup manquent simplement à l’appel ; ils sont rentrés chez eux pour Noël !

Décimée, l’armée de l’Union reflue sur l’autre rive du Rappahannock ; une pluie glaçante se met à tomber. Les soldats vaincus de l’Union se regroupent de l’autre côté de la rivière sous les quolibets des Confédérés, qui reviennent prendre possession des ruines de Fredericksburg, entièrement dévastée.

Après la bataille, les Confédérés reviennent dans la ville et constatent les saccages et les pillages causés par les troupes de l’Union. La cité a été vandalisée, dévastée ; les Sudistes sont atterrés par tant de violence.

L’un des membres de l’état-major du général Thomas Jackson lui a demandé comment mettre un terme à toutes ces horreurs, et Jackson a répondu : « En les tuant, en les tuant tous ».   

Un homme courageux parmi les braves !

Richard Rowland Kirkland, connu sous le nom de « The Angel of Marye’s Heights » (août 1843 – 20 septembre 1863).

Le 13 décembre 1862, l’unité de Caroline du Sud de Richard Kirkland se trouve positionnée au mur de pierre, aux pieds de « Marye ‘s Heights ».

Au petit matin du 14 décembre, le lendemain de la bataille, 8000 soldats de l’Union gisent sur le sol devant le mur de pierre. Beaucoup d’entre eux agonisent, et souffrent atrocement de leurs blessures et du manque d’eau…

Des deux côtés, l’on pouvait entendre les cris de ces malheureux implorant de l’aide. Pendant des heures aucun des deux camps n’osait aller leur porter secours de peur d’être abattu par l’ennemi.

Au cours de la journée, Richard Kirkland se rend au poste de commandement du brigadier général Joseph Kershaw et l’informe qu’il souhaite aller porter secours aux blessés agonisants. Le général Joseph B. Kershaw refuse d’abord sa requête, mais se ravise un peu plus tard et lui donne sa permission. Kirkland demande aussi s’il peut brandir un mouchoir blanc : il veut montrer à l’ennemi ses intentions pacifiques, et éviter d’être pris pour cible. Le général lui répond que c’est impossible. Kirkland lui rétorque : « Très bien, monsieur, je vais tenter ma chance. »

Richard Kirkland rassemble alors toutes les cantines et gourdes qu’il peut transporter, et après les avoir remplies d’eau, il se dirige vers le champ de bataille. Il y retournera plusieurs fois, donnant aux soldats blessés de l’Union le précieux breuvage, des vêtements chauds et des couvertures.

Des deux côtés on regarde le courageux sergent confédéré accomplir sa tâche, sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré de part et d’autre des camps belligérants. Le général Joseph B. Kershaw déclarera plus tard qu’il l’a observé pendant plus d’une heure et demie accomplir son acte de bravoure et altruiste.

Au début, l’on pensait que les Nordistes ouvriraient le feu sur le malheureux soldat, ce qui aurait entraîné systématiquement la riposte confédérée. Kirkland se serait alors trouvé pris dans un feu croisé. Mais il n’en fut rien, et le valeureux sudiste ne s’arrêtera pas avant d’avoir aidé chaque soldat des deux camps, bleu ou gris.

A Fredericksburg, depuis ce jour, Richard Rowland Kirkland est entré dans la légende.

PERTES

POUR LES FÉDÉRAUX

 

 

 

Sur les 114 000 hommes de son armée, l’Union déplorera la perte de 12 653 victimes.

Tués : 1284.

Blessés : 9600.

Disparus et prisonniers : 1769.

POUR LES CONFEDERES

 

 

 

Sur les 72 500 hommes de son armée, la Confédération déplorera la perte de 5377 victimes.

Tués : 608.

Blessés : 4116.

Disparus et prisonniers : 653.

CONSEQUENCES

Le 14 décembre, le lendemain de la bataille, après avoir voulu engager le 9ème Corps d’armée dans un dernier assaut, Ambrose Burnside se résigne, et refranchit le Rappahannock avec les restes de son armée. Cette défaite comptera parmi les plus terribles du conflit. Dans le Nord, la population est horrifiée et accablée par l’ampleur du carnage de Marye’s Heights.

Les soldats fossoyeurs, réquisitionnés pour enterrer les morts, raconteront plus tard les horreurs de leur triste besogne : « Dans de nombreux cas, les cadavres étaient déjà en état de décomposition, certains n’avaient plus de tête, alors que d’autres étaient démembrés, sans parler de l’odeur pestilentielle qui se dégageait du champ de bataille ».

« La Guerre de Sécession », de Ken Burns.

Dans le Nord, cette défaite porta un grand coup au moral pour l’Union, aussi bien dans l’armée que chez les civils.

D’aucuns pensaient que Abraham Lincoln, las de tous ces échecs, allait démissionner, mais non, il n’en fut rien. Il resta à son poste.

Sources :

La Guerre de Sécession, Ken Burns.  

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Fredericksburg

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_de_bataille_lors_de_la_bataille_de_Fredericksburg

https://en.wikipedia.org/wiki/Richard_Rowland_Kirkland

 

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