La Croisade des Albigeois – Raymond-Roger Trencavel

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 La Croisade des Albigeois

(1208-1244)

Raymond-Roger Trencavel

(1185-1209)

Raymond-Roger Trencavel


 GRANDES FIGURES DE LA CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS

Le Midi de la France en 1209, après la mort de Raymond V

Albigeois : nom donné au 12ème siècle aux cathares du Languedoc.

PROLOGUE

LE CATHARISME, UNE MENACE POUR L’ÉGLISE ET POUR LE ROI

Vers le milieu du 12ème siècle, alors que l’Europe est dominée par une profonde et ardente foi catholique, le Midi toulousain est gagné par une hérésie toute aussi enflammée, le Catharisme. Cette nouvelle religion, qui apparaît vers le 12ème siècle dans les Balkans, s’appuie essentiellement sur une dualité. Ses disciples, « les Parfaits », croient en deux principes divins opposés : d’une part un monde spirituel avec un Dieu bon, celui de l’Évangile, et de l’autre un monde matériel et corrompu avec un prince du mal et des ténèbres, Dieu de l’Ancien Testament. Les valeurs morales et l’austérité de ses adeptes contrastent avec l’opulence et le relâchement des représentants de l’Église catholique. Les cathares rejettent les sacrements, les indulgences, le purgatoire et le culte des saints. Ils ne glorifient point le sacrifice de la croix, et ne reconnaissent pas le pape comme le successeur légal des apôtres. Refusant le concept de propriété et condamnant le serment, ils sont considérés comme subversifs par la société féodale et par la royauté. Les fondations du christianisme vont chanceler, au point de décider le pape Innocent III à déclarer les « Bons Hommes » et les « Bonnes Dames », hérétiques.

En France, lorsque les croyances cathares apparaissent, la chrétienté est partagée au sein de l’Église et une grande divergence d’idées demeure entre les Français du Nord et les gens du Midi. Alors que ceux du Nord admettent la foi catholique romaine, dans les régions du Sud l’on a adopté l’« arianisme » depuis les premières heures du christianisme. Cette disparité va opposer le Languedoc à l’autorité de Rome, et faire de lui un foyer où les hérésies et les schismes vont se développer sans contrainte.

C’est à Arius (256-336), théologien alexandrin, que l’on attribue au début du 4ème siècle le courant de pensée théologien, l’« arianisme ». Sa pensée assure que si Dieu est divin, son fils Jésus, lui, est avant tout un humain mais possède cependant une part de divinité. C’est en 325 que le concile de Nicée, rassemblé par l’empereur Constantin, rejeta l’« arianisme » jugé hérétique.

L’ÉTINCELLE

C’est vers le début du 13ème siècle, en 1204, que le pape Innocent III demande au roi Philippe Auguste (Philippe II) de mener une croisade contre les hérétiques cathares du Languedoc. Pour mener à bien la lutte contre cette nouvelle religion qui fait vaciller les dogmes de l’église catholique, le pape nomme dans cette région les légats apostoliques, Pierre de Castelnau et Arnaud Amaury. Le sud de la France va alors s’embraser dans une guerre fratricide, qui opposera ses habitants et ses seigneurs aux forces de l’Église Catholique qui ont pris la Croix. Plus connue sous le nom de Croisade des Albigeois, cette guerre dévastera le midi et durera plus de 30 ans. La région sera dévastée, pillée et ruinée. Les années de destructions et de combats vont plonger le pays dans la famine et l’appauvrissement. Avec autant de morts et de désolation, peut-on parler de génocide ? Même de nos jours, il est difficile de faire ressortir un véritable coupable de cette triste page de notre histoire.

 

Philippe Auguste

Le 14 janvier 1208, alors qu’il traverse le Rhône près de Saint-Gilles à Trinquetailles, le légat Pierre de Castelnau est assassiné par un homme à la solde du comte de Toulouse. Cet événement est considéré comme le déclencheur de la Croisade des Albigeois.

 

Pierre de Castenau

 

Le 10 mars, Pierre de Castelnau est canonisé. (Bulle d’Innocent III contre les assassins de Pierre de Castelnau). Toutes les tentatives du pape pour ramener les hérétiques au sein de l’Église catholique ont échoué. A la cour de France comme à Rome, on est décidé à mettre un terme aux ambitions d’indépendance du Languedoc.

Innocent III

PREMIER APPEL A LA CROISADE

L’expédition porte officiellement le nom d’«Affaire de la Paix et de la Foi» (en latin, negotium pacis et fidei).
Innocent III promet les mêmes indulgences que pour un pèlerinage à Jérusalem. Philippe II refuse la proposition ; il est trop occupé dans son combat avec les Plantagenêts et ne prend pas part à la croisade contre l’hérésie cathare. Il préfère se tenir en retrait, ne voulant pas écorner son image en guerroyant contre des gens qui sont ses sujets. Il n’est pas d’accord avec le pape qui s’apprête à s’investir dans une affaire intérieure au pays, et il le lui fait savoir. Mais il accorde néanmoins sa bénédiction à ses vassaux et ne s’oppose pas à ce que l’abbé Guy des Vaux-de-Cernay recrute parmi les barons du nord.

Le légat pontifical Pierre de Castelnau essaie alors de se tourner vers Raymond VI de Toulouse, afin que celui-ci prenne la tête d’une force armée destinée à soumettre l’hérésie cathare. Mais le comte de Toulouse, descendant du notoire Raymond IV de Saint-Gilles, chef de la Première Croisade en terre sainte, réfute l’offre du pape, arguant qu’il ne veut pas combattre ses propres sujets. Jugé trop complaisant envers les ennemis de l’Église, il sera excommunié. Fait inédit dans l’Histoire, pour la première fois une croisade est dirigée contre des disciples du Christ. Cet événement ne semble pas troubler les contemporains de cette époque ; il est vrai que l’hérésie cathare ne peut être tolérée.

Raymond IV de Saint-Gilles


LES CROISES SUR LES ROUTES DU LANGUEDOC

Trois grands suzerains féodaux règnent alors sur le Languedoc : Pierre II d’Aragon, qui est aussi comte de Barcelone, de Gévaudan, de Roussillon, et seigneur de Montpellier, Raymond VI, comte de Toulouse et Raimond-Roger Trencavel, vicomte de Béziers, de Carcassonne et d’Albi. En 1202, la sœur du roi Pierre d’Aragon, Eléonore d’Aragon, épouse le comte de Toulouse. Par ce mariage, les deux seigneurs deviennent beaux-frères.

CHRONOLOGIE

QUELQUES DATE :

1207

– 29 mai 1207 : Accusé d’être complaisant à l’égard des Cathares, Raymond VI de Toulouse est excommunié par Pierre de Castelnau, légat du pape Innocent III, et l’interdit est jeté sur ses terres.
– mai 1207 : Innocent III confirme par lettre la sentence d’excommunication de Raymond VI de Toulouse.

1208

– janvier : Raymond VI requiert vainement le pardon de l’Église.
Le 14 janvier 1208, le légat Pierre de Castelnau est assassiné par un homme à la solde du comte de Toulouse.

Innocent III au Concile de Latran

Le 10 mars, Pierre de Castelnau est canonisé. (Bulle d’Innocent III contre les assassins de Pierre de Castelnau). Toutes les tentatives du pape pour ramener les hérétiques au sein de l’Église catholique ont échoué. A la cour de France comme à Rome, on est décidé à mettre un terme aux ambitions d’indépendance du Languedoc.

Déclaré martyr par Innocent IV, puis béatifié, Pierre de Castelnau est célébré le 15 janvier dans les diocèses de Carcassonne et de Nîmes.

Le choix d’Innocent III va se porter sur, Simon de Montfort un petit seigneur d’Île-de-France. Ce dernier va mettre le Languedoc à feu et à sang…


RUINE ET DÉVASTATION DU MIDI

1209

– Au printemps : le cœur de l’armée croisée se réunit à Lyon. Tandis que le gros des troupes se forme, Arnaud Amaury prend le commandement de l’expédition.
– 18 juin : acte de soumission de Raymond VI à l’Église ; il est publiquement flagellé et humilié à Saint-Gilles. Nonobstant, il rejoint la croisade et prend la croix.
– 22 juin : afin de protéger ses terres de la convoitise des barons du Nord, Raymond VI se joint à l’armée croisée, et ne peut donc pas être attaqué.
– 22 juillet : prise de Béziers ; la population est massacrée. On dénombrera entre 20 000 et 30 000 morts.

« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». Selon le moine chroniqueur Cistercien, Césaire de Heisterbach, telles auraient été les paroles du chef de la croisade Arnaud Amaury (ou Arnaud Amalric), légat pontifical et abbé de Cîteaux, lors de la prise de la ville de Béziers, le 22 juillet 1209.

– 1er août : début du siège de Carcassonne. Tentative de médiation, sans succès, de Pierre d’Aragon entre Raimond-Roger Trencavel et les croisés d’Arnaud Amaury.

Cité médiévale de Carcassonne

– 15 août : capitulation de Carcassonne privée d’eau. Raimond-Roger Trencavel est fait prisonnier, et enfermé dans une de ses propres basses-fosses.

Capitulation de Carcassonne

– fin août : à l’instigation d’Arnaud Amaury, Simon de Montfort prend la tête de la croisade. Il devient le nouveau vicomte de Carcassonne, Béziers, Albi et Razès.

– En automne : la « quarantaine » (service militaire obligatoire de 40 jours) s’achève pour un grand nombre de croisés, et les rangs de l’armée du Christ se disséminent. La résistance occitane en profite pour se réorganiser. Les « faydits » désertent leurs bastions, devenus vulnérables, pour gagner les forteresses de montagne difficiles à investir.

Blason de la ville de Béziers

Lors de la croisade des Albigeois, les « Faydits » étaient des chevaliers et des seigneurs du Languedoc qui avaient été dépossédés de leurs biens, fiefs et terres par les soldats croisés. Ils se rallièrent à la résistance occitane et luttèrent contre les armées venues du Nord.

– Septembre : reddition de Fanjeaux.
– Septembre : les habitants de Castres font allégeance à Simon de Montfort.
Prise de Pamiers au comte de Foix (Raimond-Roger de Foix).
– Les habitants d’Albi font allégeance à Simon de Montfort.

Armoiries des seigneurs de Montfort

Prise de Preixan et de Montréal.
– Fin octobre : rencontre entre Pierre d’Aragon et Simon de Montfort.
– 10 novembre : Raymond-Roger Trencavel meurt au fond de son cachot, probablement de soif et de dysenterie (Simon de Montfort sera accusé plus tard de l’avoir fait empoisonner).


Raymond-Roger Trencavel

(1185-1209)

Armoiries des  Trencavel

ORIGINES : Maison Trencavel.

Vicomte de Béziers, d’Ambialet et d’Albi, fiefs tenus du comte de Toulouse.

Cathédrale Sainte Cécile d’Albi

Vicomte de Carcassonne et de Razès, fiefs tenus du comte de Barcelone (roi d’Aragon).

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Il est un des personnages principaux de la Croisade des Albigeois ; il en sera la première victime (mort emprisonné le 10 novembre 1209).

FAMILLE ET NAISSANCE

Raymond-Roger naît en 1185 et meurt en 1209, à 24 ans.
Il est le fils de Roger II Trencavel et d’Adélaïde de Toulouse ; il est aussi le neveu de Raymond VI de Toulouse. Accusés par le pape Innocent III de défendre l’hérésie cathare, le comte de Toulouse et son neveu et vassal, le vicomte de Trencavel, seront frappés d’excommunication.

MARIAGE

En 1203, Raymond-Roger épouse Agnès, fille de Guilhem VIII de Montpellier et d’Agnès de Castille. De cette union naîtra un fils, Raymond II Trencavel. En 1209, suite à la mort de son père, ce dernier reprendra le flambeau et poursuivra la lutte contre les barons du Nord.

FAITS D’ARMES

En juillet 1209, les croisés pillent et mettent à sac la ville de Béziers. Raymond-Roger Trencavel est contraint de se replier sur Carcassonne.
D’aucuns ont avancé que Raymond-Roger Trencavel, chargé des négociations pour la reddition de la ville, avait été arrêté durant les pourparlers. D’autres ont prétendu qu’il se constitua prisonnier, afin de servir d’otage et de monnaie d’échange pour sauver les habitants de la cité. Le 15 août 1209, après 14 jours de siège, la ville capitule. Écroué dans une basse-fosse, Raymond-Roger Trencavel meurt quelques mois plus tard, probablement de soif et de dysenterie.

Médaillon des Trencavel

CONSÉQUENCES

– En 1209, après le massacre de Béziers et la prise de Carcassonne, Simon de Montfort, par son zèle et son courage, est élu chef de la Croisade contre les Albigeois.
– En 1215, le Concile de Latran confère à Simon de Montfort les titres de comte de Toulouse, de duc de Narbonne, de vicomte de Béziers et de Carcassonne

Le 4ème concile du Latran (du 11 au 30 novembre 1215). Sur l’initiative du pape Innocent III, le 4ème Concile du Latran est considéré comme le plus important concile du Moyen Âge. Durant trois semaines, il va statuer sur les principes fondamentaux de l’église catholique et restaurer les mœurs en Occident. Les dogmes (expressions de la foi proclamées solennellement par l’Eglise) seront abordés par le pape, ainsi que les sacrements, la réforme de l’Eglise, la conduite des prêtres et des fidèles, la croisade, le statut des juifs et des homosexuels.

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