La Croisade des Albigeois – Pierre de Castelnau

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La Croisade des Albigeois

(1208-1244)

 

Pierre de Castelnau

 

(Vers 1170 –  14 janvier 1208)

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Le Midi de la France en 1209, après la mort de Raymond V

Albigeois, nom donné au 12ème siècle aux cathares du Languedoc

 

LE CATHARISME, UNE MENACE POUR L’ÉGLISE ET POUR LE ROI

 

Vers le milieu du 12ème siècle, alors que l’Europe est dominée par une profonde et ardente foi catholique, le Midi toulousain est gagné par une hérésie toute aussi enflammée, le Catharisme. Cette nouvelle religion, qui apparaît vers le 12ème siècle dans les Balkans bulgares, s’appuie essentiellement sur une dualité. Ses disciples, « les Parfaits », croient en deux principes divins opposés : d’une part un monde spirituel avec un Dieu bon, celui de l’Évangile, et de l’autre un monde matériel et corrompu avec un prince du mal et des ténèbres, Dieu de l’Ancien Testament. Les valeurs morales et l’austérité de ses adeptes contrastent avec l’opulence et le relâchement des représentants de l’Église catholique. Les cathares rejettent les sacrements, les indulgences, le purgatoire et le culte des saints. Ils ne glorifient point le sacrifice de la croix, et ne reconnaissent pas le pape comme le successeur légal des apôtres. Refusant le concept de propriété et condamnant le serment, ils sont considérés comme subversifs par la société féodale et par la royauté. Les fondations du christianisme vont chanceler, au point de décider le pape Innocent III à déclarer les « Bons Hommes » et les « Bonnes Dames », hérétiques.

En France, lorsque les croyances cathares apparaissent, la chrétienté est partagée au sein de l’Église et une grande divergence d’idées demeure entre les Français du Nord et les gens du Midi. Alors que ceux du Nord admettent la foi catholique romaine, dans les régions du Sud l’on a adopté l’« arianisme » depuis les premières heures du christianisme. Cette disparité va opposer le Languedoc à l’autorité de Rome, et faire de lui un foyer où les hérésies et les schismes vont se développer sans contrainte.

C’est à Arius (256-336), théologien alexandrin, que l’on attribue au début du 4ème siècle le courant de pensée théologien, l’« arianisme ». Sa pensée assure que si Dieu est divin, son fils Jésus, lui, est avant tout un humain mais possède cependant une part de divinité. C’est en 325 que le Concile de Nicée, rassemblé par l’Empereur Constantin, rejeta l’« arianisme » jugé hérétique.

Arius

L’ÉTINCELLE

C’est vers le début du 13ème siècle, en 1204, que le pape Innocent III demande au roi Philippe Auguste (Philippe II) de mener une croisade contre les hérétiques cathares du Languedoc. Pour mener à bien la lutte contre cette nouvelle religion qui fait vaciller les dogmes de l’église catholique, le pape nomme dans cette région les légats apostoliques, Pierre de Castelnau et Arnaud Amaury. Le sud de la France va alors s’embraser dans une guerre fratricide, qui opposera ses habitants et ses seigneurs aux forces de l’Église Catholique qui ont pris la Croix. Plus connue sous le nom de Croisade des Albigeois, cette guerre dévastera le midi et durera plus de 30 ans. La contrée sera ravagée, pillée et ruinée. Les années de destructions et de combats vont plonger le pays dans la famine et l’appauvrissement. Avec autant de morts et de désolation, peut-on parler de génocide ? Même de nos jours, il est difficile de faire ressortir un véritable coupable de cette triste page de notre histoire.

Philippe Auguste

Vers 1204, le diacre de Mirepoix demande à son seigneur, Raymond de Pareille, de rebâtir le Château de Montségur. Il est probable qu’ayant eu connaissance des projets du pape les concernant, les Parfaits (nom attribué ironiquement par les inquisiteurs aux Cathares) voulaient disposer d’un abri sûr pour s’y réfugier en cas de persécutions. Ces derniers préféraient se faire appeler « les Bonnes Dames et les Bons Hommes ».

Montségur

PREMIER APPEL A LA CROISADE

L’expédition porte officiellement le nom d’«Affaire de la Paix et de la Foi» (en latin, negotium pacis et fidei).

Innocent III promet les mêmes indulgences que pour un pèlerinage à Jérusalem. Philippe II refuse la proposition ; il est trop occupé dans son combat avec les Plantagenêt et ne prend pas part à la croisade contre l’hérésie cathare. Il préfère se tenir en retrait, ne voulant pas écorner son image en guerroyant contre des gens qui sont ses sujets. Il n’est pas d’accord avec le pape qui s’apprête à s’investir dans une affaire intérieure au pays, et il le lui fait savoir. Mais il accorde néanmoins sa bénédiction à ses vassaux et ne s’oppose pas à ce que l’abbé Guy des Vaux-de-Cernay recrute parmi les barons du nord.

Le légat pontifical Pierre de Castelnau essaie alors de se tourner vers Raymond VI de Toulouse, afin que celui-ci prenne la tête d’une force armée destinée à soumettre l’hérésie cathare. Mais le comte de Toulouse, descendant du notoire Raymond IV de Saint-Gilles, chef de la Première Croisade en terre sainte, réfute l’offre du pape, arguant qu’il ne veut pas combattre ses propres sujets. Jugé trop complaisant envers les ennemis de l’Église, il sera excommunié. Fait inédit dans l’Histoire, pour la première fois une croisade est dirigée contre des disciples du Christ. Cet événement ne semble pas troubler les contemporains de cette époque ; il est vrai que l’hérésie cathare ne peut pas être tolérée.

Raymond IV de Toulouse

Le choix d’Innocent III va se porter sur Simon de Montfort, un petit seigneur d’Île-de-France. Ce dernier va mettre le Languedoc à feu et à sang.

Événements antérieurs – Avril 1202 : départ de Venise de la 4ème croisade. – 12 avril 1204 : prise de Constantinople. – Avril 1204 : fondation de l’Empire latin d’Orient.

Conquête de Constantinople 1204

CHRONOLOGIE

– 5 février 1205 : Folquet de Marseille (1155-1231)  devient évêque de Toulouse.

 

Folquet de Marseille

Folquet de Marseille

1206 : Dominique de Guzman, futur « Saint Dominique », (né en 1170 à Caleruega, non loin de Silos en Castille, mort à Bologne le 6 août 1221) s’établit à Notre-Dame de Prouilhe, à Fangeaux, dont il deviendra le curé en 1214. Il ouvrira un refuge destiné à recevoir les femmes cathares après leur conversion.

Monastère de Prouilhe

1207

– Printemps  : lors d’une rencontre avec des Cathares, Dominique parvient à les convertir.

– 29 mai  : accusé d’être complaisant à l’égard des Cathares, Raymond VI de Toulouse est excommunié par Pierre de Castelnau, légat du pape Innocent III ; ce dernier jette l’interdit sur ses terres.

– mai  : Innocent III confirme par lettre la sentence d’excommunication de Raymond VI de Toulouse.

LA CROISADE DES BARONS DU NORD

1208

– janvier : Raymond VI requiert vainement le pardon de l’Église.

– 14 janvier : le légat pontifical Pierre de Castelnau est assassiné par un homme à la solde du comte de Toulouse.

– 10 mars : Pierre de Castelnau est canonisé. (Bulle d’Innocent III contre les assassins de Pierre de Castelnau). Toutes les tentatives du pape pour ramener les hérétiques au sein de L’Église catholique ont échoué. A la cour de France comme à Rome, on est décidé à mettre un terme aux ambitions d’indépendance du Languedoc.

Pierre de Castelnau

Déclaré martyr par Innocent IV, puis béatifié, Pierre de Castelnau est célébré le 15 janvier dans les diocèses de Carcassonne et de Nîmes.

LES CROISES SUR LES ROUTES DU LANGUEDOC

Trois grands suzerains féodaux règnent alors sur le Languedoc : Pierre II d’Aragon, qui est aussi comte de Barcelone, de Gévaudan, de Roussillon, et seigneur de Montpellier, Raymond VI, comte de Toulouse, et Raimond-Roger Trencavel, vicomte de Béziers, de Carcassonne et d’Albi.

Comté de Toulouse

Armoiries d’Aragon


Pierre de Castelnau

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Assassiné le 14 janvier 1208

 

 

ARCHIDIOCÈSE DE MONTPELLIER

NAISSANCE : vers 1170.

DÉCÈS : le 14 janvier 1208.

Pierre de Castelnau réside au couvent de Fontfroide, un monastère Cistercien dans les Corbières, situé dans la cité de Narbonne (Aude, France), avant de devenir archidiacre de Maguelone.

Abbaye de Fontfroide

C’est en 1203 que le pape Innocent III le nomme légat pontifical, et le charge de mission dans le Languedoc pour éradiquer l’hérésie cathare. A Rome on veut ramener le Comte de Toulouse Raymond VI dans le giron de l’Église romaine, et le convaincre de prendre la tête d’une croisade contre les hérétiques.

Sa puissante charge de légat pontifical extraordinaire l’entraîne sur les routes du Midi où il prêche l’Évangile à la manière des Apôtres. Pierre de Castelnau est accompagné de Rainier, moine de Cîteaux, et de Dominique de Guzman, le fondateur de l’Ordre des Frères Prêcheurs, le futur Saint Dominique.

Abbaye de Cîteaux

Les envoyés du Saint Père font vœux de pauvreté et se déplacent à pied. Sur place, ils font face à une vive résistance de la population. Début janvier, les deux hommes, le tout-puissant représentant du pape et Raymond VI, se rencontrent à Saint Gilles, en Provence, dans la résidence du Comte de Toulouse. Le débat est houleux ; Pierre de Castelnau lui reproche l’excessive complaisance qu’il prodigue envers les cathares. Après une  violente dispute, Raymond VI refuse catégoriquement de combattre ses propres sujets.

Abbatiale de Saint-Gilles

Raymond VI (1156-1222) est un descendant du notoire Raymond IV de Saint-Gilles, chef de la 1ère croisade en terre Sainte. Il est âgé de 51 ans, il est croyant, érudit, et indépendant envers l’Église de Rome. Il méprise son relâchement et son goût du luxe ostentatoire. Après la mort de sa 1ère épouse, il répudiera les trois suivantes, pour enfin convoler en justes noces avec Jeanne d’Angleterre (1165-1199), la fille d’Henri II le Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine, qui lui donnera un fils unique, Raymond VII de Toulouse (1197-1249). En 1202, Raymond VI épouse la sœur du roi Pierre II d’Aragon, Éléonore d’Aragon. Par ce mariage, les deux seigneurs deviennent beaux-frères.

Ne pouvant amener le Comte de Toulouse à ses desseins, Pierre de Castelnau l’excommunie, et jette l’interdit sur ses terres (punition suprême qui se traduit par l’exclusion des sacrements de l’Église). Puis il se retire avec ses émissaires.

Le 14 janvier, sur son chemin de retour, Pierre de Castelnau  est assassiné par un écuyer de Raymond VI, alors qu’il traverse le Rhône près de Saint-Gilles, à Trinquetailles. Cet événement est l’élément déclencheur de la Croisade contre les Albigeois.

Pour Innocent III, ce drame est la goute d’eau qui fait déborder le vase.

Dès le mois de mars, Pierre de Castelnau est canonisé (Bulle d’Innocent III contre les assassins de Pierre de Castelnau), puis le pape lance l’appel à la Croisade, une encyclique est adressée aux Comtes, Barons et simples fidèles de France : « En avant, donc, chevaliers du Christ ! En avant, vaillantes recrues de l’armée chrétienne ! Appliquez-vous à détruire l’hérésie par tous les moyens que Dieu vous inspirera. Quant au comte de Toulouse chassez-le, lui et ses complices, des tentes du Seigneur. Dépouillez-les de leurs terres, afin que des habitants catholiques y soient substitués aux hérétiques éliminés… »

La Croisade contre les Albigeois peut commencer. Elle durera jusqu’à la prise du château de Montségur le 16 mars 1244, et avec le dernier bûcher où 200 cathares seront brûlés. En 1255, les deux derniers bastions cathares tomberont à leur tour : le château de Quéribus et Niort-de-Sault (Niort).

 

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