La bataille de la mer de Corail
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SECONDE GUERRE MONDIALE
GUERRE DU PACIFIQUE
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PAPOUASIE-NOUVELLE-GUINÉE

Drapeau de la Papouasie Nouvelle Guinée
LA BATAILLE DE LA MER DE CORAIL
Du 4 au 8 mai 1942

Le porte-avions de la Marine américaine USS Lexington (CV-2), brûlant et coulant après que son équipage ait abandonné le navire lors de la bataille de la mer de Corail, le 8 mai 1942.
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SOMMAIRE
La bataille de la mer de Corail (qui se déroula dans le Pacifique du 4 au 8 mai 1942) fut une bataille navale majeure qui opposa la Marine impériale japonaise (MIJ) aux forces navales et aériennes des États-Unis et de l’Australie. Cette bataille fut la première où les flottes adverses s’affrontèrent sans se voir, ni se tirer dessus, s’attaquant à distance depuis des porte-avions. Ce fut également le premier combat militaire entre porte-avions de l’Histoire.

Le porte-avions américain USS Lexington explose le 8 mai 1942, plusieurs heures après avoir été touché par une attaque aérienne japonaise
Afin de renforcer leurs défenses dans le Pacifique Sud et isoler l’Australie, les Japonais avaient décidé de s’emparer de Port Moresby (au sud de la Nouvelle-Guinée), et de Tulagi (au sud-est des îles Salomon).
Papouasie-Nouvelle-Guinée Capitale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la ville est située sur la côte sud de la Nouvelle-Guinée, dans la région habitée par la population motu. L’emplacement fut fréquenté par les missionnaires et par les commerçants à partir de 1874. Port Moresby comptait 41 000 habitants en 1966, dont 31 000 indigènes. Emblème de la Papouasie-Nouvelle-Guinée Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville fut l’objet principal des affrontements entre Japonais et Alliés. De nombreux Papous furent enrôlés dans le bataillon d’infanterie de Papouasie, jusqu’à ce que l’île soit prise par les Japonais. La ville, toujours aux mains des Alliés, devint une importante base militaire et se vida de sa population papoue, qui se réfugia dans des villages ou dans des camps. Port Moresby était alors le dernier verrou, représentant l’ultime rempart à l’invasion de l’Australie par les Japonais. En mai 1942, la ville fut presque entièrement détruite lors de la bataille de la Mer de Corail. Mais, pour la première fois dans la guerre du Pacifique, le projet d’invasion japonais était mis en échec par la flotte australo-américaine.

Placées sous le commandement général de Shigeyoshi Inoue, les forces engagées par la marine impériale du Japon pour cette opération (de nom de code MO) se composaient de plusieurs unités importantes de la force aéronavale japonaise. Pour assurer une couverture aérienne aux flottes d’invasion, elles comprenaient deux porte-avions lourds et un porte-avions léger.
Les services d’écoute des États-Unis avaient percé le plan d’invasion ennemi. Pour s’y opposer, ils envoyèrent deux groupes de porte-avions et une escadre de croiseurs américains et australiens, placés sous le commandement de l’amiral Frank J. Fletcher.
Les 3 et 4 mai, les forces japonaises envahirent et occupèrent Tulagi, alors que plusieurs navires de guerre furent interceptés ou coulés par les appareils de l’USS Yorktown. Prévenu de la présence des porte-avions américains dans la zone, le groupe aéronaval japonais entra dans la mer de Corail pour les détruire.
Le jour suivant, en prélude à la bataille de la mer de Corail, les navires qui se trouvaient au mouillage dans le port de Tulagi furent attaqués par des avions du porte-avion américain Yorktown.
Le 7 mai 1942, les attaques aériennes des deux forces aéronavales commencèrent. Elles se poursuivirent les deux jours suivants.
Le premier jour, les Américains coulèrent le porte-avions léger Shoho, tandis que les Japonais détruisaient un destroyer et un pétrolier américain.
Le lendemain, le porte-avions japonais Shokaku fut lourdement endommagé, l’USS Lexington coulé, et l’USS Yorktown légèrement touché.
Les pertes étant aussi très lourdes dans les escadrilles aériennes, les deux flottes se retirèrent de la bataille. ShigeyoshiInoue, sachant sa couverture aérienne affaiblie, reporta donc l’invasion de Port Moresby.
Cette bataille fut une victoire tactique pour les Japonais quant au nombre de navires coulés ; mais elle fut pour plusieurs raisons une victoire stratégique pour les Alliés.
En effet, l’expansionnisme japonais, jusque-là intraitable, fut pour la première fois stoppé. À tel point que les porte-avions Shokaku et Zuikaku (le premier sérieusement endommagé, et le second avec une escadrille réduite) ne purent être engagés à la bataille de Midway le mois suivant.
En revanche, les Américains, eux, réussirent à réparer l’USS Yorktown.
La perte à Midway de 4 de leurs porte-avions empêcha les Japonais de risquer une nouvelle invasion maritime de Port Moresby. Deux mois plus tard, les Alliés profitèrent de la faiblesse japonaise pour déclencher la bataille de Guadalcanal.
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CONTEXTE
Le 7 décembre 1941, le Japon lança une attaque aérienne pour anéantir la flotte du pacifique américaine basée à Pearl Harbor, dans l’archipel d’Hawaï. La flotte cuirassée américaine fut largement détruite, ce qui contraignit les États-Unis à déclarer la guerre au Japon.

Pearl Harbor
En déclenchant ce conflit, les Japonais prévoyaient de neutraliser pour un période indéfinie la puissance militaire américaine. Ce qui leur donnait un répit pour s’emparer des contrées riches en matières premières, et gagner du temps pour se préparer à l’inéluctable riposte des Alliés à venir.
De concert à l’attaque de Pearl Harbor, les Japonais lancèrent une offensive contre la Malaisie britannique ; ce qui entraîna la déclaration de guerre du Royaume-Uni, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, ainsi que des autres pays alliés.
Lire :La chute de Singapour.
Au cours des premiers mois de l’année 1942, l’avancée japonaise fut fulgurante. Elle engrangea une série de victoires (les batailles des Philippines, de Thaïlande, de Singapour, de Wake, des Indes orientales néerlandaises, des îles Salomon, des îles Gilbert et de Guam) ; autant de désastres militaires pour les Alliés qui subirent de lourdes pertes, alors que celles des Nippons furent relativement légères. Le Japon se préparait à utiliser ces territoires conquis pour établir une périphérie défensive ; ils avaient pour but d’épuiser les Alliés, puis de les contraindre à négocier.
Lire :
– la Marche de la mort de Bataan
Dès le début de la guerre, l’état-major de la marine japonaise préconisa une invasion du nord de l’Australie ; il fallait éloigner les menaces sur les positions défensives du Japon, dans le Pacifique Sud.
Mais pour le Japon, le projet était démesuré. L’armée impériale japonaise (AIJ) n’avait pas les forces armées ou les capacités nécessaires pour accomplir une telle opération. L’idée fut donc abandonnée.
C’est alors que le vice-amiral Shigeyoshi Inoue (commandant de la 4ème flotte, également appelée « Force des mers du Sud », composée de la plupart des unités navales dans le PacifiqueSud) proposa l’occupation de Tulagi, dans le sud-est des îles Salomon, et de Port Moresby, en Nouvelle-Guinée ; ce qui mettrait le nord de l’Australie directement sous la menace des appareils japonais.
Inoue considérait que la capture et le contrôle de ces zones augmenteraient la sécurité et la défense de la principale base japonaise à Rabaul, en Nouvelle-Bretagne. Le haut commandement nippon approuva sa proposition et envisagea des futures opérations à partir de ces bases ; comme la conquête de la Nouvelle-Calédonie, des Fidji et des Samoa, ce qui couperait les lignes de communication et de ravitaillement entre l’Australie et les États-Unis.
En avril 1942, l’armée et la marine organisèrent un plan, nommé « opération MO », qui prévoyait pour le 10 mai la capture de Port Moresby. Le plan comprenait aussi la conquête de Tulagi les 2 et 3 mai (une petite île où la marine établirait une base aéronavale pour des opérations contre les territoires alliés du Pacifique Sud).
Après la réalisation de l’opération MO, la marine prévoyait de lancer, le 15 mai, l’opération RY qui, avec les mêmes navires, devait s’emparer des mines de phosphate de Nauru et de Banaba.
D’autres opérations (comme l’opération FS) contre les Fidji, les Samoa et la Nouvelle-Calédonie étaient prévues à la suite des opérations MO et RY.
L’amiral Isoroku Yamamoto (commandant de la force aéronavale japonaise) planifiait une nouvelle opération pour le mois de juin. Il voulait attirer les porte-avions américains (qui n’avaient pas été détruits lors de l’attaque de Pearl Harbor) dans un affrontement décisif avec sa propre flotte dans le Pacifique central, près de l’atoll de Midway.

Isoroku Yamamoto
Dans un premier temps, Yamamoto détacha, pour soutenir MO, quelques navires dont deux porte-avions, un porte-avions léger, une escadre de croiseurs et deux escadres de destroyers. L’amiral de la flotte japonaise confia au vice-amiral Shigeyoshi Inoue la direction de l’escadre et de l’opération.
CHEZ LES ALLIÉS
Ce que les japonais ne savaient pas, c’était que l’US Navy et son Bureau des communications navales étaient parvenus à casser leurs codes secrets.
En mars 1942, les Américains pouvaient déchiffrer 15 % des codes RO ou D qui étaient utilisés par la marine impériale japonaise. À la fin du mois d’avril, ils étaient en mesure de comprendre jusqu’à 85 % des messages transmis avec le code RO.
En mars 1942, la mention de l’opération MO apparut pour la première fois dans des messages captés. Le 5 avril, les Américains en interceptèrent un de la marine japonaise, qui détachait un porte-avions et plusieurs autres grands navires en direction de la zone d’opération d’Inoue.
Le 13 avril, les Britanniques déchiffrèrent un autre message informant Inoue que la 5ème division aéronavale (composée des porte-avions Shokaku et Zuikaku) était en route depuis Formose (Taïwan) via la base de Truk (les îles Truk sont un groupe d’îles de Chuuk, dans le Pacifique, à environ 1 000 kilomètres au sud-est de Guam).
Les Britanniques transmirent le message aux Américains, en supposant que Port Moresby était la cible probable de MO.
L’amiral Chester Nimitz en conclut que les Japonais préparaient une opération d’envergure dans le Pacifique Sud pour le début du mois de mai, et que Port Moresby était selon toute probabilité l’objectif principal.
Pour les Alliés,Port Moresby était une base importante dans le sud-ouest du Pacifique en vue d’une contre-offensive ((planifiée par Douglas MacArthur) contre les forces japonaises.

Douglas MacArthur à Manille, 1945
L’état-major de Nimitz conclut également que l’opération MO pourrait comprendre des attaques aéronavales contre les bases alliées dans les Samoa et à Suva. Nimitz (le commandant des forces alliées du Pacifique), après avoir consulté l’amiral Ernest King (le chef des opérations navales), décida de combattre l’opération japonaise.
Le 29 avril, Nimitz ordonna à ses 4 porte-avions et à leurs escortes de se rendre dans la mer de Corail. La « Task Force 17 » (commandée par le contre-amiral Fletcher et composée du porte-avions USS Yorktown, escorté par trois croiseurs et quatre destroyers, et soutenu par un groupe de ravitaillement de deux pétroliers et de deux destroyers) se trouvait déjà dans le Pacifique Sud, et se dirigeait vers la mer de Corail.
La « Task Force 11 » (commandée par le contre-amiral Aubrey Fitch et composée du porte-avions USS Lexington, escorté par deux croiseurs et cinq destroyers) se trouvait entre les Fidji et la Nouvelle-Calédonie.
La « Task Force 16 » (commandée par le contre-amiral William F. Halsey et composée des porte-avions USS Enterprise et USS Hornet) revenait à Pearl Harbor après le raid de Doolittle dans le Pacifique central. Elle ne pouvait donc pas rejoindre le Pacifique Sud à temps pour participer à la bataille.
Jusqu’à l’arrivée de Halsey, Nimitz mit Fletcher, avec la « Task Force 16 », au commandement des forces navales alliées dans la zone du Pacifique Sud.
Quand bien même les opérations en mer de Corail étaient sous le commandement du général Douglas MacArthur, Fletcher et Halsey continuèrent à rendre des comptes à Nimitz.
D’après les messages radio interceptés émanant de la « Task Force 16 » alors qu’elle rentrait à Pearl Harbor, les Japonais estimèrent que tous les porte-avions américains, sauf un, se trouvaient dans le Pacifique central. Cependant, ne connaissant pas la position du dernier porte-avions, ils ne redoutèrent pas une attaque américaine contre l’opération MO.
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FORCES EN PRÉSENCE

Papouasie-Nouvelle-Guinée
POUR LES JAPONAIS

Les forces nippones étaient placées sous le commandement de l’amiral Shigeyoshi Inoue, et des vice-amiraux Takeo Takagi, Kiyohide Shima, Aritomo Goto et Chūichi Hara.
Les forces navales japonaises engagées dans la bataille de Midway étaient composées de 2 porte-avions (le Zuikaku et le Shokaku), 1 porte-avions léger (le Shoho), 9 croiseurs, 15 destroyers, 2 pétroliers, 1 transport d’hydravions, 12 transports, et 127 avions.
POUR LES ALLIÉS
Les forces américaines étaient placés sous le commandement des amiraux Frank J. Fletcher et Thomas C. Kinkaid, de l’amiral australien John Crace, du vice-amiral Aubrey Fitch, et du général George Brett.
Les forces navales américaines engagées dans la bataille de Midway étaient composées de 2 porte-avions (l’USS Lexington et l’USS Yorktown), 9 croiseurs, 13 destroyers, 2 pétroliers, 1 transport d’hydravions, et 128 avions.
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PRÉLUDE À LA BATAILLE

Papouasie-Nouvelle-Guinée
Le plan japonais prévoyait la prise de Port Moresby, situé sur la côte sud-est de la Nouvelle–Guinée. Une base japonaise dans ce secteur serait un terrible danger pour l’Australie, qui risquerait ainsi d’être envahie. Le danger de voir les Japonais étendre leur empire dans le Pacifique Sud, et par conséquent renforcer leurs défenses, est de ce fait envisageable.
À la fin du mois d’avril, les sous-marins japonais RO-33 et RO-34 exécutent une reconnaissance dans la zone des débarquements prévus pour l’invasion. Ils ne voient aucun navire allié dans la zone et retournent à Rabaul, respectivement le 23 et le 24 avril.
La force d’invasion japonaise de Port Moresby, commandée par le contre-amiral Koso Abe, est composée de 5 000 soldats de l’armée impériale japonaise, répartis dans 11 navires de transport. Ces navires quittent Rabaul le 4 mai pour effectuer une traversée de 1 560 km en direction de Port Moresby, où ils sont rejoints le lendemain par les unités de Kajioka.
Les Japonais engagent deux forces d’invasion navales : une petite, qui a pour objectif Tulagi (dans la partie Sud des îles Salomon), et une plus grosse, qui doit prendre Port Moresby. Ces troupes bénéficieront d’un support aérien et d’une force navale composée d’un porte-avions léger, de quelques croiseurs et de petits navires modifiés pour le combat.
La garnison alliée de Port Moresby compte environ 5 300 soldats, mal équipés et peu entrainés.
La force d’invasion de Tulagi est dirigée par le contre-amiral Kiyohide Shima. Elle est composée de deux mouilleurs de mines, deux destroyers, deux dragueurs de mines, deux navires ASM, et d’un transport avec 400 soldats. L’attaque, placée sous le commandement du contre-amiral Aritomo Goto, est appuyée par le porte-avions léger Shoho, quatre croiseurs lourds et un destroyer. Une seconde flotte de soutien (commandée par le contre-amiral Kuninori Marumo) composée de deux croiseurs légers, du transport d’hydravions Kamikawa Maru et de trois canonnières, doit rejoindre la flotte de Goto.
Le 3 ou le 4 mai, une fois la prise de Tulagi accomplie, la flotte doit se repositionner pour couvrir l’invasion de Port Moresby. Arrivé à Rabaul depuis Truk le 4 mai, Inoue conduit l’opération MO depuis le croiseur Kashima. Plus en retrait suivent deux porte-avions lourds (le Shokaku et le Zuikaku) avec leur escorte, composée de croiseurs et de destroyers.
L’US Navy (sous le commandement de l’amiral américain Frank Jack Fletcher), qui est au courant des plans ennemis grâce à ses services d’espionnage (notamment grâce au système de décodage « Magic »), envoie une force navale composée de deux de ses porte-avions (le Lexington, basé à Pearl Harbor, et le Yorktown), de croiseurs (dont deux de l’Australian Navy), de destroyers, de sous-marins, et d’un support aérien constitué de bombardiers, ainsi que d’hydravions.
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LE DÉBUT DES HOSTILITÉS
Le 3 mai
Le 3 mai 1942, la force japonaise de Shima débarque à Tulagi, au nord de la Mer de Corail, et occupe l’île. Tulagi est sans défense car la petite garnison, composée de commandos australiens et d’une unité de reconnaissance de la Royal Australian Air Force, vient d’évacuer juste avant l’arrivée de Shima.
Les Japonais établissent immédiatement la construction d’un centre de communications et d’une base aérienne pour hydravions. Le but est de pouvoir effectuer des missions de reconnaissance à plus longue distance dans les eaux alliées.
Les avions du Shoho protègent le débarquement jusque dans l’après-midi, alors que la flotte de Goto se rend à Bougainville pour se ravitailler, et préparer l’attaque de Port Moresby.
L’amiral Fletcher, qui a laissé le Lexington à l’arrière de l’escadre, part avec le Yorktown pour attaquer les Japonais.
Le 4 mai
Au large de Tulagi, les avions de Fletcher mènent trois attaques successives contre les navires de la force d’invasion japonaise de Shima.
Les avions de l’USS Yorktown surprennent les Japonais. Malgré le peu de dégâts occasionnés par cette attaque, ils coulent le destroyer Kikuzuki et 3 des dragueurs de mines, endommagent 4 autres navires, et détruisent 4 hydravions soutenant le débarquement.
Les Américains perdent 3 appareils ; mais tous les pilotes seront secourus. Après avoir récupéré ses avions dans la soirée du 4 mai, la Task Force17 se retire vers le sud pour rejoindre le contre-amiral Aubrey W. Fitch. Le 5 mai, Fletcher peut refaire le plein de ses réservoirs de carburant.
Le 6 mai
Malgré les dégâts, les Japonais poursuivent la construction de la base d’hydravions. À partir du 6 mai, ils commencent à exécuter des missions de reconnaissance depuis Tulagi.
À 10 h, un hydravion de reconnaissance Kawanishi, en provenance de Tulagi, repère la Task Force 17 de Fletcher et le pilote en informe aussitôt ses supérieurs. À 10 h 50, l’amiral Takeo Takagi reçoit l’information. Il envoie ses deux porte-avions et deux destroyers en direction de la Task Force 17, à environ 38 km/h, afin d’être prêt à attaquer le 7 mai dès l’aube. Sa force navale est placée sous le commandement de l’amiral Hara. Pendant ce temps, le reste de sa flotte termine son ravitaillement
Les Japonais progressent maintenant dans la Mer de Corail avec la force d’invasion de Port Moresby et sa couverture aérienne.
Les Américains et les Japonais se dirigent tous deux avec leurs porte-avions en direction de l’ouest. Ils ne savent pas à quel point ils sont si près les uns des autres. À un moment donné, seuls 70 miles les séparent !
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COMBAT ENTRE PORTES-AVIONS
Le 7 mai
À 6 h 25, la Task Force 17 se trouve à 213 km au sud de l’île Rossel. L’amiral Frank J. Fletcher envoie alors la flotte australienne de croiseurs et de destroyers du vice-amiral John Crace, pour bloquer le détroit de Jomard.
L’amiral Fletcher estime que le groupe aéronaval de Takagi se trouve quelque part au nord de sa position, autour des Louisiades. A partir de 6 h 19, pour reconnaître la zone, il demande à l’USS Yorktown d’envoyer 10 bombardiers en piqué SBD.
Pendant ce temps, pour essayer de localiser la flotte américaine, l’amiral japonais Takagi, situé à environ 560 km à l’est de la position de Fletcher, lance 12 torpilleurs Nakajima B5N.

Le Nakajima Ki-84
L’amiral Hara, pensant que les navires américains de Fletcher se trouvent au sud, conseille à l’amiral Takagi d’envoyer des appareils dans cette zone. Les croiseurs Kinugasa et Furutaka lancent quatre hydravions pour explorer le sud-est des Louisiades.
D’autres avions sont envoyés de Tulagi, de Rabaul et des Louisiades. Les deux flottes se préparent pour être prêtes à attaquer une fois que la flotte adverse aura été localisée.
À 8 h 15, un bombardier en piqué SBD, de l’USS Yorktown, localise la flotte de soutien de l’invasion de l’amiral Goto. Le pilote fait une erreur dans le message codé et signale la présence de « deux porte-avions et quatre croiseurs lourds » à 417 km au nord-ouest de la TF 17 de Fletcher. Celui-ci conclut que la principale force aéronavale japonaise a été repérée, et il lance tous ses appareils disponibles contre elle.
À 9 h 15, les appareils de Takagi arrivent sur la zone désignée, repèrent l’USS Neosho et l’USS Sims, et cherchent en vain les porte-avions américains.
À 10 h 13, l’escadrille de 93 avions décolle. Elle est composée de 18 F4F Wildcat, 53 bombardiers en piqué SBD, et 22 TBD Devastator.

TBD Devastator 6-T-4
À 10 h 12, l’amiral Fletcher reçoit un autre rapport envoyé par un groupe de trois B-17. Celui-ci lui indique la présence d’un porte-avions, de 10 transports et de 16 navires de guerre, à 56 km au sud de la position repérée par le pilote du SBD. Les deux pilotes ont en réalité vu la même chose : le Shōhō, les croiseurs de l’amiral Goto, et la force d’invasion de Port Moresby. Croyant avoir à faire au gros de la flotte aéronavale japonaise, Fletcher dirige alors ses appareils en direction de celle-ci.
C’est seulement à 10 h 51 que les équipages du Shokaku réaliseront leur erreur et leur confusion entre le pétrolier et le destroyer, avec des porte-avions. Takagi comprend alors que les porte-avions américains se trouvent entre lui et le convoi d’invasion ; ce qui place ce dernier en très grand péril. Il ordonne à ses appareils d’attaquer immédiatement l’USS Neosho et l’USS Sims, et de rentrer le plus vite possible sur les porte-avions.
À 11 h 15, les bombardiers-torpilleurs et les chasseurs abandonnent leur mission. Ils retournent vers les porte-avions avec leurs munitions, tandis que les 36 bombardiers en piqué attaquent les deux navires américains.
Le destroyer USS Sims est coupé en deux par trois bombes et coule immédiatement. Il n’y aura que 14 survivants sur les 192 membres d’équipage. L’USS Neosho est frappé par sept bombes, et l’un des bombardiers, endommagé par la DCA, s’écrase sur le pétrolier. Gravement atteint, le navire sombrera lentement.
Pendant ce temps, un avion-patrouille du Yorktown repère le porte-avion léger Shoho, au nord-est de l’île Misima, et 4 croiseurs lourds ; mais ils sont rapportés comme étant deux porte-avions et quatre croiseurs lourds. Le Yorktown et le Lexington envoient donc une énorme force d’attaque (composée de 53 bombardiers en piqué, 22 avions-torpilleurs et 18 chasseurs) afin d’anéantir ces navires. Ce n’est que vers midi qu’ils arrivent sur les navires ennemis ; ceux-ci sont complètement dépassés. Le premier groupe d’attaque, venant de l’USS Lexington, touche le Shoho avec 2 bombes de 450 kg et 5 torpilles, qui causent de lourds dégâts.
Complètement dévasté, le Shoho sombre à 11 h 35. Redoutant d’autres attaques, l’amiral Goto retire ses navires de guerre vers le nord, et à 14 h, dépêche le destroyer Sazanami pour secourir les survivants. Seuls 203 des 834 marins du navire seront retrouvés. Trois avions américains seront abattus. Les 18 appareils du Shoho seront détruits, et seuls 3 pilotes japonais de la patrouille de défense du navire parviendront à amerrir dans les Louisiades et survivront.
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ATTAQUE DES PORTES-AVIONS JAPONAIS
Le 8 mai
À 6 h 15, l’amiral japonais Hara lance 7 bombardiers-torpilleurs pour explorer une zone à 460 km au sud de sa position. L’escadrille est complétée par 3 appareils de Tulagi et un quatrième venant de Rabaul.
À 7 h, afin de fournir un rideau défensif supplémentaire, le groupe aéronaval est rejoint par 2 des croiseurs de l’amiral Goto, le Kinugasa et le Furutaka. Le convoi d’invasion, commandé par Goto, et les navires du contre-amiral Kajioka, se mettent en route pour se rejoindre à 74 km à l’est de l’île Woodlark, en attente de la bataille.
À 8 h 20, un SBD de l’USS Lexington trouve les porte-avions japonais et avertit la TF 17. Deux minutes plus tard, un appareil du Shokaku repère la TF 17 et en informe l’amiral Hara. Les deux flottes, distantes d’environ 390 km, s’activent pour lancer leurs forces aériennes.
À 9 h 15, les porte-avions japonais lancent 18 chasseurs, 33 bombardiers en piqué et 18 bombardiers-torpilleurs, commandés par le lieutenant-commandeur Kakuichi Takahashi.
Les Américains, eux, lancent de leur côté deux groupes séparés. À 9 h 15, l’escadron de l’USS Yorktown (composé de 6 chasseurs, de 24 bombardiers en piqué et de 9 bombardiers-torpilleurs) entame sa progression. À 9 h 25, le groupe de l’USS Lexington, qui comprend 9 chasseurs, 15 bombardiers en piqué et 12 bombardiers-torpilleurs, décolle lui aussi. Les deux groupes aéronavals ennemis foncent l’un sur l’autre.
À 10 h 32, les bombardiers en piqué de l’USS Yorktown arrivent en vue de la flotte japonaise, et attendent l’arrivée des bombardiers-torpilleurs, plus lents, pour mener une attaque conjointe.
À 10 h 57, les bombardiers en piqué de l’USS Yorktown commencent leur attaque du Shokaku. Le navire pivote lourdement sur tribord ; mais il est frappé par deux bombes de 450 kg, qui éventrent le gaillard d’avant et causent de gros dégâts au pont et aux hangars. Deux bombardiers en piqué américains et deux « Zeros » seront abattus durant le combat.
À 11 h 30, les avions de l’USS Lexington arrivent et se mêlent au combat. Deux bombardiers en piqué attaquent le Shokaku et le touchent avec une bombe de 450 kg. Les autres bombardiers en piqué de l’USS Lexington ne parviendront pas à localiser les navires japonais dans l’épaisse couverture nuageuse. Aucune des torpilles des bombardiers-torpilleurs ne trouvera sa cible. Les 13 « Zeros » en patrouille abattront trois « F4F Wildcat ».
Le Shokaku, avec son pont d’envol gravement endommagé et 223 membres d’équipage tués ou blessés, ne peut plus faire décoller ses appareils. Son commandant, Takatsugu Jōjima, demande la permission de se retirer de la bataille. Takagi accepte.
À 12 h 10, le Shokaku, accompagné de deux destroyers, se retire vers le nord-est.
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ATTAQUE DES PORTES-AVIONS AMÉRICAINS
À 10 h 55, l’USS Lexington repère les appareils japonais en approche à 128 km. Pour les intercepter, 9 F4F Wildcat décollent.
Le lieutenant-commandeur Shigekazu Shimazaki, à la tête de l’escadron des bombardiers-torpilleurs, lance 14 torpilles contre l’USS Lexington, et 4 contre l’USS Yorktown. Un Wildcat parvient à abattre un bombardiers-torpilleurs, et 8 SBD en patrouille de l’USS Yorktown réussissent à détruire 3 autres. Quatre SBD seront détruits par les « Zeros » accompagnant l’attaque japonaise.
À 11 h 13, l’attaque japonaise commence, alors que les porte-avions (distants de 2 700 m l’un de l’autre) et leurs navires d’escorte ouvrent le feu avec leur artillerie antiaérienne. Les 4 bombardiers-torpilleurs lancés contre l’USS Yorktown manquent tous leur cible. Les autres appareils attaquent l’USS Lexington, et à 11 h 20 le porte-avions est touché par deux torpilles. La première atteint les réservoirs de carburant, et les vapeurs de mazout commencent à se répandre dans les compartiments attenants. La seconde détruit à bâbord la principale canalisation d’eau, qui déborde et inonde les trois chaudières avant du navire qui s’arrêtent. Le porte-avions peut malgré tout continuer de naviguer à la vitesse de 44 km/h. Quatre bombardiers-torpilleurs japonais seront abattus par la DCA.
Les 19 bombardiers du Shokaku visent l’USS Lexington, tandis que les 14 autres se concentrent sur l’USS Yorktown. Deux bombes touchent l’USS Lexington et provoquent des incendies, qui seront maitrisés vers 12 h 33. À 11 h 27, le centre du pont d’envol de l’USS Yorktown est touché par une bombe de 250 kg anti blindage, qui traverse quatre ponts avant d’exploser, causant de graves dégâts structurels au hangar et tuant 66 hommes. 12 bombes manquent l’USS Yorktown, mais tombent suffisamment près pour endommager sa ligne de flottaison.
À partir de 12 h, les escadrons américains et japonais commencent à se retirer de la bataille et retournent vers leurs navires respectifs. Lors des retours, des appareils vont se croiser et de nouveaux combat auront lieu, dans lesquels le lieutenant-commandeur Kakuichi Takahashi sera tué.
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ARRÊT DES COMBATS
Malgré les dégâts subis, l’USS Yorktown et l’USS Lexington sont tous les deux capables de récupérer leurs avions. 46 appareils sur 69 reviendront dans le camp japonais, et se poseront sur le Zuikaku. Parmi ceux-ci, 3 « Zeros », 4 bombardiers en piqué et 5 bombardiers-torpilleurs, jugés trop endommagés, seront irrémédiablement jetés par-dessus bord.
À bord de l’USS Lexington, les pompiers parviennent à circonscrire les incendies et à rendre le navire de nouveau opérationnel. Mais à 12 h 47, des étincelles, produites par un moteur électrique, enflamment les vapeurs de carburant près du poste de commandement. L’explosion qui s’ensuit tue 25 marins et déclenche un énorme incendie. Vers 14 h 42, une seconde et puissante explosion produit un nouvel incendie. À 15 h 25, une troisième explosion a lieu, et à 15 h 38 les incendies sont considérés incontrôlables. À 17 h 7, l’équipage commence à abandonner l’USS Lexington. À 19 h 15, après avoir secouru les survivants (dont l’amiral Fitch et le capitaine Frederick C. Sherman), le destroyer USS Phelps tire 5 torpilles dans le navire en feu qui sombrera à 19 h 52.
260 hommes sur les 2 951 membres d’équipage sont morts. L’USS Phelps et les autres navires de soutien quittent immédiatement la zone pour rejoindre l’USS Yorktown et son escorte.
PERTES

L’USS Lexington
POUR LES AMÉRICAINS
1 porte-avions coulé, 1 porte-avions endommagé, 1 destroyer coulé, 1 pétrolier coulé, 69 avions détruits, et 656 morts.
POUR LES JAPONAIS
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1 porte-avions léger coulé, 1 porte-avions gravement endommagé, 1 destroyer coulé, 1 destroyer endommagé, 3 petits navires coulés, 1 croiseur lourd, 2 petits navires endommagés, 1 transport endommagé, 92 avions détruits, et 966 morts.
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USS Lexington (CV-2) — le légendaire porte-avions américain, vu ici en construction au chantier naval Fore River à Quincy, Massachusetts, au milieu des années 1920. Le légendaire porte-avions américain, vu ici en construction au chantier naval Fore River à Quincy, Massachusetts, au milieu des années 1920. À l’origine, il fut transformé en porte-avions, conformément aux termes du traité naval de Washington de 1922, qui visait à limiter les armements navals parmi les grandes puissances mondiales. Mis en service en 1927, le Lexington et son vaisseau jumeau USS Saratoga (CV-3) devinrent les premiers grands porte-avions de l’histoire de la Marine américaine, et contribuèrent à définir l’ère de l’aviation. Surnommé « Lady Lex », le Lexington déplaçait plus de 36 000 tonnes et transportait jusqu’à 90 avions ; un nombre étonnant pour son temps. Il présentait un long pont d’envol et une énorme structure d’îlot (des innovations qui établirent la norme pour les futurs projets de porte-avions). Son système de propulsion turboélectrique lui donnait à la fois vitesse et fiabilité, tandis que son équipe de chasseurs, de bombardiers et d’avions torpilles l’avait transformée en une base aérienne flottante capable de frapper des centaines de miles plus loin. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’USS Lexington joua un rôle crucial dans le théâtre de la Guerre du Pacifique. Il participa aux premiers raids contre les positions japonaises et à la bataille de la mer de Corail (mai 1942), la première bataille navale de l’histoire menée entièrement par des avions de porte-avions adverses. Malgré des combats acharnés, les avions du Lexington contribuèrent à infliger de lourds dégâts au porte-avions japonais Shōhō, et stoppèrent l’avancée du Japon vers l’Australie. Mais, pendant la bataille, il fut frappé par de multiples bombes et torpilles, ce qui déclencha des explosions massives et des incendies incontrôlables. Après des heures de vaillants efforts pour contrôler les incendies, l’ordre fut donné d’abandonner le navire. Le porte-avion fut sabordé par les destroyers américains pour empêcher sa capture. 260 membres de son équipage disparurent, tandis que plus de 2951 furent sauvés de la mer en feu. Des décennies plus tard, en 2018, son épave fut découverte, remarquablement préservée sur le sol de la mer de Corail, par l’équipage de Paul G. Allen. De ses jours pionniers dans l’aviation navale à sa fin héroïque dans la bataille, l’USS Lexington (CV-2) reste l’un des vaisseaux les plus emblématiques et les plus aimés de l’histoire navale américaine.
Explosion massive sur l’USS Lexington (CV-2) — Bataille de la mer de Corail, 8 mai 1942. L’USS Lexington repose aujourd’hui dans la mer de Corail, à environ 9 800 pieds de profondeur. Son épave est dispersée sur le fond en plusieurs grandes sections. La coque principale est dressée et s’étend sur environ quatre cents pieds, séparée le long de l’axe médian ; le côté tribord étant installé sur le plancher et le côté bâbord ouvert. Sa poupe est debout, et le pont repose entre les principales pièces comme un bloc détaché. Les dégâts sur toutes les sections montrent une défaillance structurelle profonde, due aux explosions internes et à l’effondrement qui a suivi. L’eau froide et profonde a ralenti la corrosion, de sorte que les avions, les positions des canons et les grandes jonctions restent faciles à identifier. De nombreuses structures (dont l’avion et les canons) sont encore clairement visibles, parce que la corrosion progresse lentement dans l’eau froide. L’USS Lexington Le « Lady Lex » a coulé le 8 mai 1942, lors de la bataille de la mer de Corail, après que des torpilles et des bombes l’ont paralysé et déclenché des incendies alimentés par les vapeurs de combustible. Les équipes de lutte incendies ont combattu les flammes pendant des heures, jusque dans l’après-midi où une explosion interne majeure a rendu la superstructure irrécupérable. L’équipage a abandonné le porte-avions en flammes au coucher du soleil. Pour empêcher sa capture, le destroyer USS Phelps l’a torpillé et sabordé. Le Lexington a sombré un peu avant huit heures du soir. Environ 216 hommes périrent dans le naufrage. Plus de 2700 furent sauvés au cours de l’une des plus grandes opérations d’évacuation de porte-avions du début de la guerre du Pacifique. L’USS Lexington CV-2 (« Lady Lex ») a emporté avec lui 35 avions dans les abîmes de la mer de Corail. Beaucoup étaient garés et armés sur le hangar et le pont d’envol lorsque les incendies se sont propagés. Le site de l’épave montre plusieurs avions encore près de la coque, dont des TBD Devastators et un Wildcat F4F, avec les ailes repliées. Ils sont allongés à environ 3000 mètres de profondeur et reposent dans l’eau froide et sombre. Ce naufrage a été une défaite majeure pour la marine américaine ; mais la bataille a stoppé un déplacement planifié des Japonais vers Port Moresby, et a montré comment les porte-avions pouvaient décider d’une campagne, même lorsque les deux flottes ne se voyaient pas.

Sources :
Mes photos
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_la_mer_de_Corail
https://fr.wikipedia.org/wiki/Campagne_de_la_piste_Kokoda
https://www.universalis.fr/encyclopedie/bataille-de-la-mer-de-corail/