Les Témoins du Passé – Le Château féodal de Rochetaillée

LES TÉMOINS DU PASSÉ

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LE CHÂTEAU FÉODAL

DE

ROCHETAILLÉE

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Blason de Saint-Étienne

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Blason de La Loire

 

ÉDIFICE : château fort.

ÉPOQUE : Moyen Âge.

STYLE : médiéval.

ÉTAT : ruines, vestiges.

DATE DE CONSTRUCTION : XIIème et XVIème siècles.

PROTECTION : inscription par arrêté du 5 avril 1930.

SITUATION : Saint Étienne, Loire.

ÉTYMOLOGIE : vient de Rocatailla, Rupiscissa, Rochitailla.

PROPRIÉTAIRE : la ville de Saint Étienne.

Blasonde la ville de Saint-Étienne

ROCHETAILLÉE, LE BOURG

LOCALISATION

Rochetaillée est une commune française située dans le département de la Loire, en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Blason Auvergne Rhône Alpes

Blason Auvergne Rhône Alpes

La petite commune de Rochetaillée est située à 6km au Sud-Est de Saint Étienne. Sise sur la retombée septentrionale du Massif du Pilat, la ville est délimitée à l’Ouest par le Furan, au Nord par le Janon, et à l’Est par la Vallée du Gier. La commune correspond à une ligne de partage des eaux ; on dit que le château de Rochetaillée est à la « limite du partage des eaux d’Europe » ou que son toit « versait l’eau de pluie dans les deux mers ».

La pluie qui ruisselle autour du château médiéval s’en va d’un côté vers le Rhône et la Méditerranée, et de l’autre, vers la Loire et l’Atlantique. Du côté Nord le Janon, affluent du Rhône, se jette donc dans la Méditerranée et du côté Sud le Furan, affluent de la Loire, termine sa course dans l’Océan Atlantique.

Serait-ce une frontière naturelle entre deux France ? Pas du tout ! Très tôt le bourg fut une voie de circulation aisée entre les deux fleuves, le château y occupant une position privilégiée, haut perché sur son piton rocheux de quartz.

Blasonde la ville de Saint-Étienne

Blason de la ville de Saint-Étienne

LE CHÂTEAU DE ROCHETAILLÉE

ET SON HISTOIRE

 

Le château de Rochetailléee

Le château de Rochetaillée

Posé avec délicatesse sur son colossal éperon de quartz, le site nous apparaît aujourd’hui dans son ensemble sous la forme de ruines, qui semblent muettes pour l’éternité. Nul doute qu’il n’en fut rien ! La position stratégique du château, son aspect de forteresse inexpugnable, la rigueur de sa façade, nous laissent à penser que le site est trop beau pour ne pas avoir été convoité par les hommes. Sa position n’est certainement pas due au hasard, car le précipice qui le flanquait du côté Nord le rendait imprenable.

A l’origine, cette forteresse médiévale, bâtie selon un plan polygonal, accrochait ses murailles de schiste sombre au rocher par quatre colossales tours de défense, dont trois se dressent encore aujourd’hui.

Est-ce qu’un culte celtique fut célébré dans ces lieux ? Est-ce que les Romains s’y établirent ? Aucun vestige plausible n’a été découvert, aucune piste vraisemblable ne permet d’étayer cette thèse.  La seule chose dont nous sommes certains, c’est qu’au XIIème siècle il est fait mention de l’existence d’un château (en témoigne un accord effectué en 1167, entre le comte du Forez et l’Archevêque de Lyon).

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HISTORIQUE

– En 1173, la première mention attestant de l’existence du château limite les biens de l’Archevêque de Lyon Guichard et ceux du propriétaire, le comte du Forez.

– En 1195, une 2ème annotation apparaît dans une ordonnance de Rochetaillée lors d’une donation de biens à l’abbaye de Valbenoite.

– Parmi les propriétaires connus du château, on cite les familles de Jarez (vassaux du comte de Forez), des De Lignières, du seigneur de Monrond, des De Gaste de Lupé, et celles des Arthaud de Saint-Germain.

– Ensuite un dénommé Badol de Forcieu en fit l’acquisition, puis Jacques Bernou de Nantas (vers 1668), et enfin le Baron de Rochetaillée (vers 1812).

Aujourd’hui, la famille des Rochetaillée, descendante en ligne directe des Badol de Forcieu, peut tirer avantage de ce titre, mais a bien entendu abandonné le château, qui est devenu la propriété de la ville de Saint Etienne.

Les guerres de religion ; les Calvinistes

Elaboré tout d’abord comme une citadelle, avec ses archères, ses meurtrières, et ses passages de canons, la forteresse sera transformée (probablement vers la fin du XVIème siècle) en un lieu de vie plus confortable (en témoigne la construction de fenêtres à meneaux par exemple).

Fenêtre à meneau

Fenêtre à meneau

 

Fenêtre à meneau

Fenêtre à meneau

C’est justement avant ces aménagements que le château va connaître la période la plus douloureuse de son histoire, lors des guerres civiles au XVIème siècle. Les protestants, fortement implantés dans le Vivarais, menaient souvent des expéditions jusqu’à Bourg-Argental afin de semer le désordre. Le château de Rochetaillé représentait le dernier bastion qui pouvait leur bloquer la route du Forez. Pour lutter contre cette invasion imminente, la forteresse était maintenue en état de défense et occupée par des gens en arme.

En octobre 1562, malgré toutes ces précautions, le château tomba aux mains du capitaine calviniste Sarras. Un fois la place investie, les Calvinistes se ruèrent sur Saint-Étienne et la mirent à sac.

Les guerres de religion ; les Ligueurs cette fois !

En 1589, après un siège de 19 jours, le château fut repris par les Ligueurs Jacques Mitte de Chevrières et Anne d’Urfé.

La Ligue catholique, la Sainte Ligue ou la Sainte Union, sont les noms donnés pendant les guerres de Religion à un parti de catholiques dont le but était de défendre la religion catholique contre le protestantisme.

Les murailles du château furent mises à rudes épreuves lors du siège. Deux canons saisis au Lyonnais et de nombreuses couleuvrines occasionnèrent de larges brèches et finirent par écrouler les remparts.

Époque moderne

Une fois restauré, le manoir contenait en 1753, selon l’inventaire de Jacques de Bernou, baron de Rochetaillée : « une chapelle, au-dessous de laquelle est un bûcher, huit chambres, deux garde-robes et au-dessus, une grande galerie et deux greniers ; un ravelin dans lequel il y a une citerne et deux tours avec une cave ». On signale également, devant le château, « une grande allée de 80 pas de long et 16 à 20 de large » qui correspond en gros à la route, depuis le magasin d’alimentation général actuel et la boulangerie. La tradition rapporte qu’il existait aussi un plan incliné pour chevaux depuis le seuil du château jusqu’à cette allée.

Écrits de Maurice Bedouin (novembre 1982)

Au XIXème siècle, le château fait l’objet d’un démantèlement et une grosse quantité de pierres sont vendues.

Ce majestueux édifice, qui avait traversé les siècles sans trop de dommages jusqu’au XIXème siècle, sera la proie du vandalisme et donné en « pâture » aux récupérateurs de « tout poil ».

« J.A. de la Tour de Varan raconte comment les propriétaires d’alors cédèrent au plus offrant les armes de l’arsenal, le mobilier, les tapisseries et tentures, les tableaux et portraits, et même les plombs de la toiture, ainsi que les fers de rampes et de grilles, les bois et bien entendu, les pierres ».

Le château est désormais propriété de la ville de Saint-Étienne.

Blason de la ville de Saint-Étienne

Blason de la ville de Saint-Étienne

LE CHÂTEAU

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Le château, entièrement en schiste, est assis sur une lentille ou une dent de quartz haute de plus de 13 m et qui culmine à 786 m d’altitude. Le flanc Ouest dessineP1120792 une courte et abrupte pente. L’Est présente une élévation de plus de 20 m.

Les deux courtines s’évasent en un rectangle fermé au Nord par un troisième mur. La tour ronde se dresse à l’angle Nord-Ouest, et la barbacane en fer à cheval s’avance sur la courtine Ouest.

Actuellement, on accède à la barbacane par un escalier métallique. Un ancien manteau de terre, érodé depuis, aurait permis jadis un accès plus aisé depuis la route départementale.

 

EXTÉRIEURS

Comme je l’ai précité, l’édifice est bâti sur un promontoire, un éperon rocheux de quartz. Je pense donc que son accès va s’avérer laborieux. Mais non, à peine arrivé au village, nous nous trouvons P1120772déjà à 775 mètres d’altitude, et les façades sombres en schiste de la forteresse se dressent devant nous. A l’arrière du château, non loin du site, on peut stationner son véhicule sur un petit parking. Après avoir pris quelques photos je décide de faire le tour du manoir en ruine. Je veux m’en imprégner pour faire un bond dans le Moyen Âge ; car toutes ces vieilles pierres ont une âme et une histoire à raconter.

LES FAÇADES

 

L’ENTRÉE

L’accès au château se fait par une passerelle métallique. La prudence est donc de rigueur, il faut faire attention où l’on pose les pieds !

 

LA COURTINE SUD-OUEST

La courtine : architecture militaire médiévale qui relie deux tours.

LA BARBACANE

LE CHEMIN DE RONDE ET LA CITERNE

La période présumée de la construction de la barbacane, comprise entre le XVème siècle et le début du XVIème siècle, est affirmée par la forme des 5 canonnières taillées dans les blocs de grès monolithe, destinées à accueillir une arme à feu de type portatif (couleuvrine à main, bâton à feu).

Couleuvrine (vers 1500) au château de Vitré

Couleuvrine (vers 1500) au château de Vitré

 

A plus de 3 m en partant du sol, un ressaut court le long de la barbacane d’une longueur comprise entre o,6 et 0,8 m. Ce chemin de ronde permettait l’accès aux canonnières.

Le parement extérieur est homogène en moellons de schiste liés par un mortier granuleux de chaux. Le sol intérieur de la barbacane est composé de dalles reposant sur un lit de terre marron. Au-dessous se trouve une pièce souterraine voûtée, de forme rectangulaire, assimilée à une citerne accessible par une trappe circulaire ouvrant à même le sol.

Le parement intérieur de la citerne est recouvert d’un enduit de tuileau hydraulique, permettant le stockage de l’eau de pluie qui se déversait des toitures, et assurant ainsi des réserves en cas de siège du château.

Tuileau : enduit d’étanchéité romain de réemploi, composé de briques ou de tuiles broyées.

Des fragments de puits et un caniveau de récupération de l’eau en plusieurs modules ont été retrouvés lors des fouilles.

Gouttières et canalisations

Gouttières et canalisations

A partir du sol intérieur, l’escalier de grande dimension disposé au XVIème siècle a permis l’accès à l’intérieur du château en modifiant la courtine ouest. Une nouvelle porte a été construite, dont il ne reste que les piédroits.

Trou de boulin

Trou de boulin

 

Boulin : pièce de bois horizontale d’un échafaudage fixé dans la maçonnerie. Les éléments de bois trouvés permettent la datation au carbone 14.

 

LA TERRASSE SOMNITALE ET LA TOUR NORD-OUEST

La tour Nord, construite au XIIIème siècle, n’a pas subi de démolition récente comme on peut le constater sur les cartes postales de l’époque. Elle est construite en moellons de schiste liés au mortier jusqu’au sommet du second étage. Les ouvertures ainsi que les portes d’accès sont de type médiéval.

L’ouverture au rez-de-chaussée se rattache à une construction romane avec un arc plein cintre clavé.

 

Le sol de tomettes de terre cuite carrées posées sur un lit de mortier blanc sert de palier. Sur la partie Ouest, un vestige de fenêtres à meneaux témoigne d’une époque où le château servait d’habitation. En dessous, la présence d’une canonnière nous rappelle le caractère féodal du château au milieu du XVème Siècle.

LE DONJON SUD & LE PANORAMA

Ce donjon fut érigé aux alentours du XIIIème siècle. Les courtines Est et Ouest, dont les maçonneries sont liées à cette tour sur 6 m de haut environ, relèvent de cette même période de construction. Les pierres de taille moyenne sont en schiste, appareillées avec un mortier de chaux et terre marron clair, où l’on retrouve la présence de grosses inclusions de quartz.

Le donjon

Le donjon

L’entrée s’effectue à plus de 5 m du sol de la partie sommitale. Des traces de portes au niveau du second étage du donjon ont été découvertes pendant les fouilles archéologiques.

Le sol intérieur du donjon repose sur une voûte appareillée de dalles de schiste, disposées sur chant, extraordinairement préservée dans un château de la région Rhône-Alpes.

L’ouverture centrale, composée de blocs avec feuillures en granit, permettait l’accès au niveau inférieur (ou cul-de-basse-fosse) ventilé par un soupirail creusé dans la paroi occidentale.

Le sol inférieur du cul-de-basse-fosse est en terre battue ; il présente des traces d’incendie et contient des fragments de céramiques de la fin du Moyen Âge.

Placer de chant : debout sur son côté le plus étroit, en parlant d’une pierre, d’une brique.

 

PANORAMA

Blason de la ville de Saint-Étienne

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