La croisade des Albigeois – Raymond VI

La croisade des Albigeois

(1208-1244)

Raymond VI, comte de Toulouse

(1156-1222)

Raymond VI


Grandes figures de la Croisade des Albigeois

Le Midi de la France en 1209, après la mort de Raymond V


Albigeois : nom donné au 12ème siècle aux cathares du Languedoc.

Prologue

Le catharisme, une menace pour l’Église et pour le roi.

Vers le milieu du 12ème siècle, alors que l’Europe est dominée par une profonde et ardente foi catholique, le Midi toulousain est gagné par une hérésie toute aussi enflammée, le Catharisme. Cette nouvelle religion, qui apparaît vers le 12ème siècle dans les Balkans, s’appuie essentiellement sur une dualité. Ses disciples, « les Parfaits », croient en deux principes divins opposés : d’une part un monde spirituel avec un Dieu bon, celui de l’Évangile, et de l’autre un monde matériel et corrompu avec un prince du mal et des ténèbres, Dieu de l’Ancien Testament. Les valeurs morales et l’austérité de ses adeptes contrastent avec l’opulence et le relâchement des représentants de l’Église catholique. Les cathares rejettent les sacrements, les indulgences, le purgatoire et le culte des saints. Ils ne glorifient point le sacrifice de la croix, et ne reconnaissent pas le pape comme le successeur légal des apôtres. Refusant le concept de propriété et condamnant le serment, ils sont considérés comme subversifs par la société féodale et par la royauté. Les fondations du christianisme vont chanceler, au point de décider le pape Innocent III à déclarer les « Bons Hommes » et les « Bonnes Dames », hérétiques.

Innocent III.

En France, lorsque les croyances cathares apparaissent, la chrétienté est partagée au sein de l’Église et une grande divergence d’idées demeure entre les Français du Nord et les gens du Midi. Alors que ceux du Nord admettent la foi catholique romaine, dans les régions du Sud l’on a adopté l’« arianisme » depuis les premières heures du christianisme. Cette disparité va opposer le Languedoc à l’autorité de Rome, et faire de lui un foyer où les hérésies et les schismes vont se développer sans contrainte.

C’est à Arius (256-336), théologien alexandrin, que l’on attribue au début du 4ème siècle le courant de pensée théologien, l’« arianisme ». Sa pensée assure que si Dieu est divin, son fils Jésus, lui, est avant tout un humain mais possède cependant une part de divinité. C’est en 325 que le concile de Nicée, rassemblé par l’empereur Constantin, rejeta l’« arianisme » jugé hérétique.

L’étincelle

C’est vers le début du 13ème siècle, en 1204, que le pape Innocent III demande au roi Philippe Auguste (Philippe II) de mener une croisade contre les hérétiques cathares du Languedoc. Pour mener à bien la lutte contre cette nouvelle religion qui fait vaciller les dogmes de l’église catholique, le pape nomme dans cette région les légats apostoliques, Pierre de Castelnau et Arnaud Amaury. Le sud de la France va alors s’embraser dans une guerre fratricide, qui opposera ses habitants et ses seigneurs aux forces de l’Église Catholique qui ont pris la Croix. Plus connue sous le nom de Croisade des Albigeois, cette guerre dévastera le midi et durera plus de 30 ans. La région sera dévastée, pillée et ruinée. Les années de destructions et de combats vont plonger le pays dans la famine et l’appauvrissement. Avec autant de morts et de désolation, peut-on parler de génocide ? Même de nos jours, il est difficile de faire ressortir un véritable coupable de cette triste page de notre histoire.

Philippe II, dit Philippe Auguste.

Le 14 janvier 1208, alors qu’il traverse le Rhône près de Saint-Gilles à Trinquetailles, le légat Pierre de Castelnau est assassiné par un homme à la solde du Comte de Toulouse. Cet événement est considéré comme le déclencheur de la Croisade des Albigeois.

Assassinat de Pierre de Castelnau.

Le 10 mars, Pierre de Castelnau est canonisé. (Bulle d’Innocent III contre les assassins de Pierre de Castelnau). Toutes les tentatives du pape pour ramener les hérétiques au sein de l’Église catholique ont échoué. A la cour de France comme à Rome, on est décidé à mettre un terme aux ambitions d’indépendance du Languedoc.

Premier appel à la croisade

L’expédition porte officiellement le nom d’«Affaire de la Paix et de la Foi» (en latin, negotium pacis et fidei).
Innocent III promet les mêmes indulgences que pour un pèlerinage à Jérusalem. Philippe II refuse la proposition ; il est trop occupé dans son combat avec les Plantagenêts et ne prend pas part à la croisade contre l’hérésie cathare. Il préfère se tenir en retrait, ne voulant pas écorner son image en guerroyant contre des gens qui sont ses sujets. Il n’est pas d’accord avec le pape qui s’apprête à s’investir dans une affaire intérieure au pays, et il le lui fait savoir. Mais il accorde néanmoins sa bénédiction à ses vassaux et ne s’oppose pas à ce que l’abbé Guy des Vaux-de-Cernay recrute parmi les barons du nord.

Raymond VI de Toulouse.

Le légat pontifical Pierre de Castelnau essaie alors de se tourner vers Raymond VI de Toulouse, afin que celui-ci prenne la tête d’une force armée destinée à soumettre l’hérésie cathare. Mais le comte de Toulouse, descendant du notoire Raymond IV de Saint-Gilles, chef de la Première Croisade en terre sainte, réfute l’offre du pape, arguant qu’il ne veut pas combattre ses propres sujets. Jugé trop complaisant envers les ennemis de l’Église, il sera excommunié. Fait inédit dans l’Histoire, pour la première fois une croisade est dirigée contre des disciples du Christ. Cet événement ne semble pas troubler les contemporains de cette époque ; il est vrai que l’hérésie cathare ne peut être tolérée.

Raymond IV de Toulouse.

Les croisés sur les routes du Languedoc

Trois grands suzerains féodaux règnent alors sur le Languedoc : Pierre II d’Aragon, qui est aussi comte de Barcelone, de Gévaudan, de Roussillon, et seigneur de Montpellier, Raymond VI, comte de Toulouse, et Raimond-Roger Trencavel, vicomte de Béziers, de Carcassonne et d’Albi. En 1202, la sœur du roi Pierre d’Aragon, Eléonore d’Aragon, épouse le comte de Toulouse. Par ce mariage, les deux seigneurs deviennent beaux-frères.

Chronologie

Quelques dates :

1205

5 février : Folquet de Marseille (1155-1231) devient évêque de Toulouse.

1206

Dominique de Guzman, « futur Saint Dominique », (né en 1170 à Caleruega, non loin de Silos en Castille, mort à Rome le 6 août 1221) s’établit à Notre-Dame de Prouilhe, à Fangeaux, dont il devient le curé en 1214. Il ouvrira un refuge destiné à recevoir les femmes cathares après leur conversion.

Dominique de Guzmán.

1207

– Printemps 1207 : lors d’une rencontre avec des Cathares Dominique parvient à les convertir.
– 29 mai 1207 : Accusé d’être complaisant à l’égard des Cathares, Raymond VI de Toulouse est excommunié par Pierre de Castelnau, légat du pape Innocent III, et l’interdit est jeté sur ses terres.

– mai 1207 : Innocent III confirme par lettre la sentence d’excommunication de Raymond VI de Toulouse.

1208

– janvier : Raymond VI requiert vainement le pardon de l’Église.
Le 14 janvier 1208, le légat Pierre de Castelnau est assassiné par un homme à la solde du comte de Toulouse.
Le 10 mars, Pierre de Castelnau est canonisé. (Bulle d’Innocent III contre les assassins de Pierre de Castelnau). Toutes les tentatives du pape pour ramener les hérétiques au sein de l’Église catholique ont échoué. A la cour de France comme à Rome, on est décidé à mettre un terme aux ambitions d’indépendance du Languedoc.

Ruine et dévastation du Midi

1209

– Au printemps : le cœur de l’armée croisée se réunit à Lyon. Tandis que le gros des troupes se forme, Arnaud Amaury prend le commandement de l’expédition.
– 18 juin : acte de soumission de Raymond VI à l’Église. Il est publiquement flagellé et humilié à Saint-Gilles. Nonobstant, il rejoint la croisade et prend la croix.
– 22 juin : afin de protéger ses terres de la convoitise des barons du Nord, Raymond VI se joint à l’armée croisée, et ne peut donc pas être attaqué.

Cité médiévale de Carcassonne.

1211

Concile de Montpellier

En 1211, le concile se réunit à Montpellier pour statuer sur le cas du comte de Toulouse. Bien que Raymond VI se soit rallié à la croisade, les faveurs du synode ne penchent toujours pas de son côté. L’assemblée, réunie pour la circonstance, maintient donc sa sentence d’excommunication envers lui. Cette décision est assortie d’une charte qui devra être respectée, point par point, par le comte de Toulouse et ses descendants. Cette pénitence, qualifiée de « Charte Infâme » par les Toulousains, se présente comme suit :
1- Raymond VI de Toulouse doit renvoyer ses routiers (mercenaires regroupés en Grande Compagnies).
2- Il doit arrêter de protéger les hérétiques et les juifs.
3- Il doit faire maigre 6 jours par semaine.
4- Il doit porter des habits de drap sombre et rugueux.
5- Ses châteaux et les remparts de ses villes seront abattus.
6- Il lui sera interdit à lui et ses chevaliers de se rendre dans les villes.
7- Ses droits de péage lui seront retirés.
8- Il aura pour obligation de partir en terre sainte sous la garde des hospitaliers jusqu’à ce que Rome décide de son retour.
Si toutes ces conditions sont réunies, le concile se garde le droit de lui réattribuer ses fiefs, dès sa pénitence terminée….
Pierre II d’Aragon tente de négocier la paix entre Raymond VI de Toulouse, le légat Arnaud Amaury et Simon IV de Montfort.

Arnaud Amaury.

1213

– Janvier : le pape Innocent III suspend les hostilités ; une trêve est instaurée à l’initiative de Pierre II d’Aragon.

Armes d’Aragon.

– 21 janvier : Pierre II d’Aragon se déclare protecteur de son beau-frère, le Comte de Toulouse.

L’Occitanie et l’Aragon en 1213.

– mai : fin de la trêve. Le fils de Philippe Auguste, Louis, futur Louis VIII, prend la croix ; la croisade reprend.
– 12 septembre : bataille de Muret (Haute Garonne).

Bataille de Muret.

Victoire des troupes croisées de Simon IV de Montfort, sur celles de Pierre II d’Aragon le catholique, du Comte de Toulouse Raymond VI, de Raymond-Roger comte de Foix, et de Bernard IV de Comminges. Le roi d’Aragon, Pierre II, perdra la vie lors du combat.

Plan de la bataille de Muret.

En sortant victorieux de la bataille de Muret, Simon IV de Montfort annonce les débuts de la domination française sur l’Occitanie, et la fin des prétentions territoriales de la couronne d’Aragon au nord.

Enluminure de la bataille de Muret.

1215

Concile de Montpellier

– 8 janvier : le concile de Montpellier attribue provisoirement les biens de Raymond VI de Toulouse à Simon IV de Montfort.
Dominique de Guzman, « futur Saint Dominique », chargé par le pape d’extirper définitivement l’hérésie cathare, fonde l’ordre des dominicains.
– Toulouse accueille le premier contingent de frères prêcheurs, fondé par le futur saint Dominique.

Concile du Latran

– 11 novembre : ouverture du 4ème Concile de Latran.
– Appel du pape à la 5ème croisade vers l’Égypte (1217-1221).
– 30 novembre : clôture du 4ème Concile de Latran.

Innocent III et le 4ème Concile du Latran.

– 15 décembre : à l’issue du Concile de Latran, le pape Innocent III lègue définitivement le comté de Toulouse, le duché de Narbonne, les vicomtés de Carcassonne et de Béziers à Simon IV de Montfort. Le marquisat de Provence est donné à Raymond VII de Toulouse, le fils de Raymond VI de Toulouse.

Le 4ème concile du Latran (du 11 au 30 novembre 1215). Sur l’initiative du pape Innocent III, le 4ème concile du Latran est considéré comme le plus important concile du Moyen Âge. Durant trois semaines il va statuer sur les principes fondamentaux de l’église catholique et restaurer les mœurs en Occident. Les dogmes (expressions de la foi proclamées solennellement par l’Église) seront abordés par le pape ainsi que les sacrements, la réforme de l’Église, la conduite des prêtres et des fidèles, la croisade, le statut des juifs et des homosexuels.

1216

– Hiver : dépossédé de ses terres, Raymond VI de Toulouse s’enfuit en Espagne. Son fils Raymond VII, lui, reste en Provence.
– Avril : à Paris, Simon IV de Montfort rend hommage au roi Philippe Auguste. Ce dernier lui confirme ses droits et le reconnaît comme Comte de Toulouse.
– Mai : Raymond VII s’empare de Beaucaire et assiège le château tenu par Lambert de Limoux, un officier de Montfort.

Château de Beaucaire.

– juin : Montfort met le siège devant Beaucaire.
– 6 juin : retranché dans Beaucaire, le futur Raymond VII résiste aux assauts de Simon IV de Montfort. En l’absence de ce dernier, Toulouse tente de se soulever.
– 16 juillet : mort du pape Innocent III.
– 24 août : échec de Simon IV de Montfort devant Beaucaire. Les croisés lèvent le siège et s’en retournent à Toulouse pour tenter de réprimer le soulèvement.

1217

– Eté : raids de Simon IV de Montfort dans l’Ariège.
-Juillet : l’armée de Simon IV de Montfort part guerroyer dans la vallée du Rhône contre le comte de Valentinois, Aymar II de Poitiers. Le chef des croisés se bat du côté de Viviers, Montélimar, puis assiège Crest.
– septembre : siège de Toulouse.
Profitant de l’éloignement de l’armée du Nord, les Toulousains se révoltent, et demandent de l’aide à Raymond VI. Le Comte, bientôt rejoint par son fils Raymond VII, parvient à s’infiltrer dans la ville, où il organise sa résistance. Rappelé en catastrophe, Simon IV de Montfort rejoint son frère Guy de Montfort qui vient de débuter le siège de la ville.

Siège de Toulouse 1217.

1218

– 25 juin : percuté par un projectile lancé par une pierrière actionnée par des femmes, Simon IV de Montfort décède aux pieds des remparts de Toulouse.
– 26 juin : Amaury de Montfort succède à son père à la tête des armées du Nord.
– 25 juillet : levée du siège de Toulouse ; Amaury de Montfort se replie sur Carcassonne.

Le prince louis entre en lice

A la demande du pape Honorius III, le futur Louis VIII, fils du roi Philippe Auguste, donne son aval pour continuer la croisade.

 

Louis VIII.

Honorius III.

1219

– Mai : Louis VIII arrive dans le Languedoc à la tête d’une forte troupe composée d’une vingtaine d’évêques, une trentaine de comtes, six cents chevaliers et dix mille archers.
– 2 juin : le prince héritier Louis rejoint Amaury de Montfort qui assiège Marmande.

Siège de Marmande.

– 10 juin : reddition de Marmande ; cinq mille habitants sont massacrés et la ville est incendiée.
– 16 juin : début du 3ème siège de Toulouse par le prince Louis et Amaury de Montfort.
– Début août : après avoir été à maintes reprises victorieuses, les armées croisées échouent devant Toulouse. La ville demeure insoumise. La quarantaine achevée, le futur roi Louis VIII repart pour le nord de la France. Dès lors, Raymond VII entreprend la reconquête du royaume de son père.

1220

– Naissance de Jeanne de Toulouse, fille de Raymond-le-Jeune (Raymond VII) et de Dona Sancha d’Aragon.
– 13 juillet : second siège de Castelnaudary mené par Amaury de Montfort.
– Révolte des habitants de Béziers contre le légat Conrad de Porto.
– Prise de Lavaur, de Puylaurens et de Montréal par Raymond-le-Jeune.

1221

– prise de Montréal par Raymond-le-Jeune.
– prise de Minerve par Raymond-Roger de Foix.
– 6 août : mort de Dominique de Guzman (Saint Dominique).

Vers le rattachement du Languedoc à la couronne ?

1222

– Fondation du village de Cordes-sur-Ciel.

Blason de la ville de Cordes-sur-Ciel.

Haut lieu du Catharisme, cette cité médiévale se dresse comme un verrou militaire au nord du comté de Toulouse. Elle est fondée par le comte de Toulouse Raymond VII, pour protéger le Languedoc face à l’envahisseur français. La place forte ne sera jamais conquise.

Cordes-sur-Ciel.

– 2 août : mort de Raymond VI de Toulouse ; son fils Raymond VII lui succède. Ce dernier va continuer de guerroyer contre les armées croisées d’Amaury de Montfort afin de récupérer son héritage. Il demandera au roi de France Philippe II, Auguste, de lui en accorder la légitimité.
Roger-Bernard de Foix continue la lutte et reprend Fangeaux, Limoux et Pieusse.


Raymond VI, Comte de Toulouse

(1156-1222)

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Naissance et famille

Raymond VI naît le 27 octobre 1156 et meurt le 7 août 1222 à Toulouse. Il succède à son père Raymond V et devient comte en 1194. Ce grand seigneur du Midi règne sur un territoire immense. Il est successivement comte de Melgueil de 1173 à 1190, puis comte de Toulouse, de Saint-Gilles, de Rouergue en 1209, duc de Narbonne, marquis de Gothie et de Provence de 1194 à 1222. Il est le fils de Raymond V, comte de Toulouse, et de Constance de France, sœur du roi de France Louis VII.

Raymond VI.

Mariages et descendance

Raymond VI aura six épouses :
– Ermessinde la Grande Vicomtesse de Narbonne-Pelet (mariage en 1172).
– Beatrix Trencavel (mariage en 1175).
– Burgondie de Chypre, ou Bourgogne de Lusignan (mariage en 1193).

– Jeanne d’Angleterre (1165-1199). Il se marie en octobre 1196, à Rouen ; elle est la fille du roi Plantagenêt, Henri II d’Angleterre, et d’Aliénor d’Aquitaine. Deux de ses frères, Richard Cœur de Lion et Jean Sans Terre, seront rois d’Angleterre.
De cette union naîtra un fils : Raymond VII de Toulouse (1197-1249).

Jeanne et son frère Richard Cœur de Lion rencontrent Philippe II, enluminure vers 1230.

– Béatrice Comnène, princesse de Chypre (mariage en 1200).
– Eléonore d’Aragon (mariage vers 1202)

Lutte pour la défense du comté de Toulouse

Raymond VI.

Tout au long de son règne il se montre d’une grande souplesse politique. Cet homme cultivé, peu enclin à faire la guerre, compte parmi ses amis un nombre important de troubadours. Avisé, perspicace et réfléchi, il donne souvent l’impression de soumission pour mieux se relever et agir au moment propice. A la grande désapprobation du pape Innocent III, Raymond VI fera preuve d’une grande tolérance envers ses sujets hérétiques. Il tolérera le catharisme et la pratique de son culte sur ses terres. Cette religion est d’ailleurs soutenue par un grand nombre de ses vassaux, notamment les Trencavel. Mis en demeure par le souverain pontifical de chasser les « Bons Hommes » et les « Bonnes Dames » de ses fiefs, il fera dans un premier temps acte de soumission en prêtant serment, mais n’obéira pas.
Cette mansuétude à leur égard est jugée excessive par le pape, et Raymond VI est soupçonné, le 15 janvier 1208, d’être l’instigateur de l’assassinat du légat pontifical Pierre de Castelnau. Ce dernier est venu en terre du Languedoc inciter les fidèles au Christ à se soulever contre l’hérésie cathare. C’est donc contre son gré qu’en 1209, Raymond VI rejoint les croisés, probablement par pénitence et non sans avoir fait amende honorable. Mais rapidement, il quitte la croisade et change de camp pour se retourner contre ses anciens alliés. Il est vrai que les troupes croisées des barons du Nord, placées sous le commandement de Simon de Montfort, sont venues avant tout en quête de terres dans le Sud. Contraint à défendre ses fiefs, Raymond VI va s’opposer à l’avidité de ces derniers et s’allier avec le roi d’Aragon (son beau-frère par son mariage en deuxième noce). Le 12 septembre 1213, à la bataille de Muret, Raymond VI et Pierre II d’Aragon (qui trouvera la mort) sont défaits par Simon de Montfort.

Bataille de Muret.

En 1215, par décision du 4ème concile du Latran, Simon de Montfort se voit attribués les États du Comte de Toulouse. En septembre 1217, la lutte reprend, et avec l’aide des Aragonais, Raymond VI résiste victorieusement au siège de Toulouse mis en place par les croisés. Le 25 juin 1218, le chef des barons du Nord sera tué devant la ville. Dès lors, le Comte va reconquérir la presque totalité de ses biens et fiefs, avant de mourir subitement le 2 août 1222. Raymond VI, qui par deux fois a été excommunié par l’Église, se verra refusé un enterrement chrétien.

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