Jean Jaurès | Ah ! le « Villain » monsieur !

Jean Jaurès (1859-1914)     

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Ah ! le « Villain » monsieur !

Jean-Jaures-histoireIssu de la petite bourgeoisie du Tarn, Jean Jaurès, de son patronyme Auguste Marie Joseph Léon Jaurès, naît à Castres en 1859. Son père, n’ayant pas réussi dans le négoce, se tourne vers une petite exploitation agricole ; c’est l’époque des « vaches maigres ». Cette expérience fera percevoir au jeune Jaurès les difficultés rencontrées par le peuple. Elève brillant et assidu, il fait ses études au lycée Louis le Grand. En 1878, il sort premier à l’Ecole Normale en philosophie, et en 1881, troisième à l’agrégation de philosophie. Il devient professeur et enseigne au lycée Lapérouse à Albi. Puis en 1882, il devient Maître de conférences à la faculté des lettres de  Toulouse.

A 25 ans il entre en politique comme candidat au parti républicain, et sera élu aux élections législatives de 1885. Il subira un échec pour le mandat suivant en 1889.

En 1892, il se range aux côtés des mineurs grévistes de Carmaux, et adhère définitivement au socialisme la même année. Au nom de la liberté du travail, le président Sadi Carnot envoie 1500 soldats pour rétablir l’ordre. En plein scandale de Panama, le gouvernement semble prendre parti pour le patronat, et fustige le mouvement de grève. Jean Jaurès fera alors l’apprentissage de la lutte des classes. Son intervention lors du conflit force le gouvernement à intercéder au profit des grévistes. Les ouvriers du bassin minier le désignent pour les représenter à la Chambre. Il est élu le 8 janvier 1893. Il y siège en tant que socialiste indépendant et milite aussitôt contre les « lois scélérates ». Il devient l’une des figures majeures du socialisme français. Orateur brillant, il défend les plus faibles et la classe ouvrière.

Dans l’affaire Louis Dreyfus (1894-1906), il est d’abord favorable à la condamnation du capitaine parce qu’il est convaincu de sa trahison. Il ne comprend pas pourquoi celui-ci n’est pas fusillé en tant que traître à sa patrie. Il est de fait sur la place publique, que le peuple n’ignore pas que l’on passe par les armes, à « tort et à travers », et sans états d’âmes, de simples soldats coupables de violences. En 1898, après la révélation du « faux », produit par le commandant Henry, Jaurès s’engage, et prend définitivement faits et causes pour la défense de Dreyfus.

jean-jaures-histoire-villainEn 1902, il concourt à la création du Parti Socialiste Français et en 1905, à la rédaction de la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat.

En 1904, il fonde le journal l’Humanité qu’il dirigera jusqu’à sa mort. Et en 1905, il contribue à la création de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO).

Pendant les dix dernières années de sa vie, il lutte contre la montée des nationalismes. Il mène une ardente campagne contre la loi des trois ans de service militaire défendue par le député Emile Driant. Le 25 mai 1913, au Pré-Saint-Gervais, il fait un discours devant 150 000 personnes, mais malgré ce puissant rassemblement, la loi sera votée.

Avec l’attentat de Sarajevo le 28 juin 1914, et l’ultimatum de L’Autriche-Hongrie à la Serbie le 23 juillet 1914, les tensions guerrières se ravivent en Europe. Jaurès tente alors d’apaiser ce bellicisme naissant. Il menace le gouvernement d’instaurer l’ordre de grève générale décidé par l’Internationale ouvrière en cas de conflit. En tant que pacifiste de la première heure, ses discours le rendent impopulaire. Jaurès est détesté des partisans de la guerre.

C’est alors qu’un jeune étudiant nationaliste va entrer dans l’Histoire ; il se nomme Raoul Villain.

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Ah ! le « villain » monsieur !  En héritage de sa mère et de sa grand-mère, il est porteur, dès sa naissance, du germe de la folie. Cette démence va lui faire commettre l’irréparable en ce bel été 1914. Doux et poli, d’un caractère gentil, rien ne laisse supposer en lui un assassin. Refusant tous compromis de pacifisme, il dira un jour : « Les ennemis du dehors ne sont pas les plus redoutables ! » Il deviendra un  fervent nationaliste et adhérera à la « ligue des jeunes amis de l’Alsace-lorraine ». Et de toute évidence, à ses yeux, Jaurès devient l’homme de trop !

L’Histoire va alors s’accélérer, et en ce 31 juillet 1914, au Café du Croissant de la rue Montmartre, il abat, d’une balle de révolver dans la tête, le tribun socialiste.

Lors de son procès, il dira : « J’ai abattu le porte-drapeau, le grand traître de l’époque de la loi de trois ans, la grande gueule qui couvrait tous les appels de l’Alsace-Lorraine. Je l’ai puni, et c’était le symbole de l’ère nouvelle, et pour les français et pour l’étranger. »

Raoul Villain est acquitté le 29 mars 1919.

Les dés sont jetés, et plus aucune entrave ne peut s’opposer à la déferlante de violence que le monde s’apprête à vivre. Dans la foulée, l’assassinat de Jaurès favorise le ralliement de la gauche à l’Union Sacrée, et la grève générale n’est pas déclarée.

Une semaine après, dès le 7 août 1914, les premiers affrontements ont lieu sur les frontières franco-allemandes et belges, avec les premiers morts de la Grande Guerre…

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