Les Croisades – La prise de Jérusalem

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LES  CROISADES

 (1095-1099)

LA PRISE DE  JÉRUSALEM

(15 juillet 1099)

 

« Dieu le veut ! »

 

Croisé

Croisé

Un long chemin vers la terre du Christ

LIRE :

1 – Des origines à l’appel du pape Urbain II

2 – La Première Croisade

 L’APPEL DU PAPE, URBAIN II, AU CONCILE DE CLERMONT

1095

– 27 novembre : Concile de Clermont. Il se tient près de Notre-Dame du Port, au pied des remparts.

En ce jour de novembre 1095, la capitale de l’Auvergne grelote sous la neige. Malgré les morsures du froid, une foule considérable s’est réunie à Clermont pour l’arrivée du pape Urbain II. Lorsque celui-ci s’adresse à la foule perché sur une simple estrade en bois, la foule se tait et observe un grand silence. Tous les fidèles connaissent les bruits qui ont traversé toute l’Europe Occidentale concernant les événements en Terre Sainte ; et ils sont désastreux pour la chrétienté.

C’est au Concile de Clermont (aujourd’hui Clermont-Ferrand), que le pape Urbain II apprend à tout l’Occident réuni une nouvelle terrifiante : les routes de la Terre Sainte ont été coupées par des hordes Seldjoukides d’ascendance turcophone. Lors du synode, il fait savoir que l’empereur byzantin Alexis 1er Comnène a fait mander de l’aide auprès du Saint Siège, et que les Turcs marchent sur Constantinople, alors capitale de l’Empire latin d’Orient. Il faut rétablir le passage des Chrétiens à Jérusalem, que les Turcs, bientôt évincés par les Fatimides, leur ont fermé, et répondre ainsi à l’appel de l’Empereur d’Orient.

Concile-de-Clermont

Concile de Clermont

Lors du Concile, Urbain II, assisté de l’évêque Adhémar de Monteil, lance un appel aux chevaliers d’Europe occidentale, et prêche la Première Croisade afin de libérer les routes de la Terre Sainte. Il leur demande d’aller aider les Chrétiens d’Orient et de rétablir le Saint Sépulcre de Jérusalem. Ceux qui font le vœu de répondre à la requête du pape doivent coudre une croix d’étoffe sur leur tunique (d’où le nom de Croisé). Urbain II promet le salut aux pèlerins, lesquels seront absous de leurs péchés. Cet appel est considéré comme le facteur déclenchant de la Première Croisade.

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Urbain II

Urbain II s’adresse à la foule en français : « Ô peuple des Francs ! Peuple aimé et élu de Dieu ! De Jérusalem et de Constantinople s’est répandue la grave nouvelle qu’une race maudite, totalement étrangère à Dieu, a envahi les terres chrétiennes, les dépeuplant par le fer et le feu. Les envahisseurs ont fait des prisonniers : ils en prennent une partie comme esclaves sur leurs terres, les autres sont mis à mort après de cruelles tortures. Ils ont détruits les autels après les avoir profanés. Cessez de vous haïr ! Mettez fin à vos querelles Prenez le chemin du Saint Sépulcre, arrachez cette terre à une race maligne, soumettez-là ! Jérusalem est une terre fertile, un paradis de délices. Cette cité royale, au centre de la terre, vous implore de venir à son aide. Partez promptement, et vous obtiendrez le pardon de vos fautes ! Souvenez-vous aussi que vous recevrez pour cela des honneurs et la gloire éternelle au royaume des cieux. » Des troubles et des chuchotements de plus en plus forts se firent entendre parmi la l’affluence. L’irritation atteignit son paroxysme lorsqu’un un cri surmonta la clameur ambiante « Dieu le Veut ! ». Ces paroles furent prononcées par un moine prédicateur présent ce jour-là, Pierre d’Amiens, dit Pierre l’Ermite. La foule reprit le cri comme un seul homme. Cette exhortation sera prononcée, par la suite, sur tous les champs de bataille en Terre-Sainte. La Première Croisade pouvait commencer…

 

DEUX SORTES DE CROISADES VOIENT LE JOUR :

 

1- « LA CROISADE DES GUEUX »

Urbain II avait projeté au mois d’août le départ des fidèles vers la Terre-Sainte. Mais des dizaines de milliers de chrétiens de toutes conditions, femmes suivant leurs époux, enfants, vieillards, s’étaient mis immédiatement en route avant la date fixée par le pape. Au cri évocateur de « Dieu le veut ! Dieu le veut ! », ils étaient sûrs de leur foi inébranlable et de leur force. Leurs prières, d’après eux, suffiraient à faire tomber les remparts de Jérusalem. Partis de France en mars, sans protection militaire, ils étaient plus de 12 000 avec à leur tête un fanatique illuminé, Pierre l’Ermite, et un noble, Gauthier Sans Avoir. Presque en même temps, deux autres colonnes de pèlerins quittaient l’Allemagne. Totalement démunis en armes et en ravitaillement, ils longèrent le Danube pour rejoindre Constantinople, puis la Palestine. Méconnaissant les contrées traversées et sans repères géographiques, ils ignoraient presque tous où se trouvait leur destination. Pillant et dévastant tout sur son passage pour se nourrir, la « Croisade des Gueux » se transforma vite en désastre. Nonobstant, ils furent nombreux à atteindre Constantinople, où l’Empereur Alexis 1er leur fit traverser le Bosphore. N’écoutant que leur foi, alors que le Basileus leur avait recommandé d’attendre l’arrivée de la Croisade des Barons, ils poursuivirent leur route jusqu’à Nicée, place forte tenue par les Seldjoukides. Là, ils furent anéantis par les archers turcs. Quelques navires de la flotte byzantine récupérèrent les malheureux rescapés.

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Pierre l’Ermite haranguant les foules

 

2- « LA CROISADE DES BARONS », ou « LA CROISADE DES SEIGNEURS ».

Dans les six derniers mois de l’année 1096, un énorme dispositif militaire prend forme en Europe. Les préparatifs vont bon train pour donner naissance à la formation de la 1ère Croisade. Des moyens considérables sont rassemblés en hommes et en matériels. Ils ont pour objectif, pense-t-on avec ferveur, de libérer les routes de la Terre-Sainte. Cette colossale expédition prend le nom de « Croisade des Seigneurs », car aucun monarque n’y prend part ; ils ont tous été excommuniés par le pape. Ce sera donc sans Philippe 1er, roi de France, ni Guillaume II le Roux, roi d’Angleterre, et sans l’Empereur germanique Henri IV, du Saint-Empire, que la puissante armée chrétienne partira pour la Palestine.

 

Les seigneurs qui dirigent l’expédition vont se montrer courageux et intrépides et s’assurer d’une grande renommée.

LA CROISADE SE COMPOSE  DE QUATRE ARMÉES :

1- Hugues de Vermandois (frère du roi de France Philippe 1er), Robert Courteheuse (fils de Guillaume le Conquérant), et Robert de Flandres dirigent l’armée du Nord.

 

2- l’armée du Rhin et de la Meuse est conduite par les deux frères, Baudouin de Boulogne et Godefroy de Bouillon.

                                                                             

 

3- l’armée du Midi de la France est placée sous le commandement de Raymond IV de Saint-Gilles.

 

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Raymond IV de Toulouse

4- l’armée d’Italie est sous les ordres du Normand Bohémond de Tarente, accompagné de son neveu Tancrède de Hauteville.

                                                                      

 

CHRONOLOGIE

 

UN CROISE SUR DIX ATTEINT LA TERRE SAINTE !

Les historiens et les chroniqueurs de l’époque évaluent entre 5 et 7000 le nombre des chevaliers ayant participé au siège de Jérusalem. Au Moyen-âge, les osts des armées occidentales comptant alors 7 à 12 piétons pour un chevalier, les troupes franques devaient être environ 50 à 60 000 en Palestine. En y ajoutant les prêtres, les moines, les pèlerins, les femmes et les enfants, ils pouvaient atteindre les 100 000. Ce sont les chiffres évalués par le chroniqueur Raymond d’Aguilers,* qui estimait l’armée initiale partie d’Occident à 100 000 combattants. Sous les remparts de Jérusalem, elle ne totalisait plus que 1200 chevaliers et 10 à 12 000 fantassins, dont les charpentiers, les artisans et les marins venus en renfort. Les forces croisées de Bohémond de Tarente et de Baudouin de Boulogne étant restées respectivement à Antioche et à Edesse, seul 1 soldat chrétien sur 10 aurait donc atteint la Terre Sainte, ou y aurait survécu aux premiers combats.

* Durant la Première Croisade, Raymond d’Aguilers était le chapelain du Comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles. Il a écrit lors de cette campagne une chronique en latin : « Historia Francorum qui ceperunt Jerusalem » (Histoire des Francs qui ont pris Jérusalem).

 

1096

– Printemps-été : une première vague de Croisés issue du peuple se met en route pour la Terre Sainte. Elle est conduite par Pierre l’Ermite et Gauthier Sans Avoir. Elle prendra le nom de « Croisade populaire ».

– Mars : Le pape Urbain II étend les croisades à l’Espagne.

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Pierre l’Ermite en prière devant le Saint Sépulcre

CIVITOT

– 21 octobre : à Civitot (camp militaire près de Nicée), les pèlerins de la « Croisade Populaire » de Pierre l’Ermite  sont massacrés par Kilij Arslan, le sultan seldjoukide de Roum (sultanat de Roum en Anatolie de 1077 à 1307)). Gauthier de Poissy et son neveu Gauthier Sans-Avoir seront tués lors du combat.

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Combat entre Chrétiens et Musulmans

CONSTANTINOPLE

– 23 décembre : Godefroy de Bouillon approche de Constantinople.

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Godefroy de Bouillon

1097 

– Avril-mai : arrivée à Constantinople de Godefroy de Bouillon, de Bohémond de Tarente et de Raymond de Saint-Gilles.

NICÉE

– 19 juin : prise de Nicée par les Francs. Avec ses 40 000 Croisés, Godefroy de Bouillon assiège Nicée tenue par les Turcs. Après sa reddition, la ville sera rendue aux Byzantins.

 

DORYLEE

1er juillet : bataille de Dorylée, en Anatolie.

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Bataille de Dorylée

L’armée croisée d’occident, dirigée par Bohémond de Tarente, Adhémar de Monteil et Godefroy de Bouillon, est attaquée par la cavalerie du sultanat de Roum commandée par Kilij Arslan 1er. Après six heures de combats acharnés, les Francs remportent la victoire ; les troupes Seldjoukides sont en déroute. La domination des Turcs sur l’Asie Mineure se voit remise en cause pour une longue période.

 

ANTIOCHE

– 20 octobre : début du siège d’Antioche, en Turquie.

UN RESPECT RÉCIPROQUE.

Malgré les divergences qui les opposent, après la bataille de Dorylée, Occidentaux et Orientaux, Francs et Turcs, vantent respectivement la bravoure de leur adversaire. Les Francs eux-mêmes, qui ont subi tant de dangers, reconnaissent qu’ils n’ont jamais rencontré des combattants semblables aux Seldjoukides (Turcs), tant ils firent preuve de courage, de bravoure et de vaillance au combat (notes du moine historien Guilbert de Nogent). De part et d’autre, une grande estime se développe, surtout parmi les cavaliers des deux camps. Même si ce sont les seules valeurs qu’ils peuvent accorder à ces « infidèles » venus d’Occident, les musulmans demeurent élogieux quant à l’« incomparable » valeur militaire des Croisés.

1098

– Les Fatimides reprennent Jérusalem aux Turcs seldjoukides.

– Mars : les Francs fondent le comté d’Edesse en Turquie. Alors qu’ils s’étaient engagés à rendre la ville aux Byzantins, ils décident de la conserver et provoquent la colère légitime du Basileus.

 

– 3 juin : dans le Nord, les Croisés s’emparent d’Antioche. La ville sera prise grâce aux renforts du prince Bohémond de Tarente, chef des Croisés normands de Sicile.

Prise d'Antioche

Prise d’Antioche

– 28 juin : échec cuisant du sultan chef de guerre Kerboga pour reprendre Antioche. Son armée est mise en déroute, et doit battre en retraite. Rentré à Mossoul, il sera discrédité et accablé par ses pairs.

Lors du siège de la ville, les Croisés, cernés, dépourvus de vivres et d’armes pour contenir les assauts des Turcs, sont démoralisés et leur situation très critique. Survient alors un fait imprévu : un prêtre du nom de Pierre Barthélémy prétend, grâce à une vision et à la révélation de Saint André, avoir découvert la « Sainte Lance ». Cette nouvelle inattendue redonne du courage à l’armée chrétienne qui, dans un dernier sursaut, attaque l’armée du chef turc Kerboga et la disperse.

Découverte de la Sainte Lance

Découverte de la Sainte Lance

– 28 juin : sous le gouvernement de Bohémond de Tarente, devenu Bohémond 1er, Antioche devient « Principauté franque » en dépit de la forte contestation de Raymond IV de Toulouse.

– 1 août : mort à Antioche d’Adhémar de Monteil, évêque du Puy, légat du Pape.

– 26 août : les Égyptiens prennent Jérusalem aux Turcs.

1099

– Janvier : depuis le nord de la Syrie, les Francs avancent sur Jérusalem. Conduits par Raymond de Saint-Gilles, ils sont rejoints  par Godefroy de Bouillon.

LES CROISES METTENT LE SIÈGE DEVANT JÉRUSALEM

 

Le siège : Première Croisade du 7 juin au 15 juillet 1099.

Prise de Jérusalem par les Croisés

Prise de Jérusalem par les Croisés

Le 7 juin 1099, les Francs mettent le siège devant Jérusalem. La cité est l’une des plus fortifiée du Moyen-âge. Durant près d’un mois, ils vont résister, malgré la chaleur accablante, le manque d’eau et de vivres. Après d’interminables et méticuleux préparatifs, ils vont enfin pouvoir se lancer à l’assaut des murailles de la ville Sainte. L’attaque est prévue pour le 14 juillet…

Prise de Jérusalem

Prise de Jérusalem

CONTEXTE

Il n’est pas banal ! La situation est surprenante. L’armée franque, partie pour libérer les routes de la Terre Sainte sous contrôle Seldjoukide, se trouve face à une cité occupée, depuis le 26 août 1098, par les troupes fatimides. Par le passé, ces  derniers n’avaient jamais fait obstacle à la venue des pèlerins chrétiens dans la ville sacrée.

Fatimides : dynastie du califat shiite positionnée sur l’Égypte (909-1171). Ses membres reconnaissent leurs origines comme descendants de Mahomet par sa fille Fatima.

 

PRÉLIMINAIRES

1098

Après la prise d’Antioche le 3 juin, l’armée croisée occupera la région jusqu’à la fin de l’année. Le 28 juin, la cité devient « Principauté franque » sous le gouvernement de Bohémond de Tarente, devenu Bohémond 1er d’Antioche. Adhémar de Monteil, évêque du Puy et légat du Pape, meurt le 1er août ; Bohémond de Tarente réclamera la ville pour son compte, en dépit de la forte contestation de Raymond IV de Toulouse. De son côté, Baudouin de Boulogne s’est établi à Edesse, pour y fonder un comté. Des désaccords sérieux ont pris forme entre les différents chefs croisés. Raymond IV de Toulouse, contrarié d’avoir été mis sur la touche dans la répartition du butin, a abandonné les lieux pour assiéger Ma’arrat al-Numan. A la fin de l’année, c’est une armée franque réduite qui s’ébranle vers Jérusalem.

1099

Le siège d’Arqa

Le 5 janvier, la forteresse de Ma’arrat al-Numan est prise est détruite par Raymond IV de Toulouse. Accompagnée de ses vassaux Robert de Normandie et Tancrède de Hauteville (neveu de Bohémond de Tarente), l’armée croisée reprend la direction du sud en longeant la côte, vers Jérusalem. La piétaille, vêtue en pèlerins, avance nu-pieds, nullement inquiétée par les chefs  locaux, qui préfèrent commercer avec les Chrétiens plutôt que de les affronter dans un combat qu’ils jugent inégal et perdu d’avance. Il est vrai aussi que les  musulmans sunnites préfèrent subir l’autorité des Francs plutôt que celle des Fatimides chiites.

EN ROUTE VERS LE SUD

Soucieux de s’octroyer sa part du gâteau, Raymond IV de Toulouse assiège Arqa. Le siège durera du 14 février au 13 mai ; la ville ne tombera pas. Forcée de se retirer au bout de trois mois de lutte, l’armée croisée du Comte de Toulouse poursuit sa route vers Jérusalem.

En février, Robert II de Flandres, Godefroy de Bouillon et Gaston IV du Béarn se mettent en route vers le sud et emboîtent le pas de Raymond IV de Toulouse.

SITUATION

Partis de Ma’arrat le 13 janvier 1099, les Croisés ont parcouru 500 kilomètres.

Le 12 février ils arrivent à Arqa, en avril à Tripoli, le 19 mai à Sidon, le 20 mai à Beyrouth, le 23 mai à Tyr, le 25 mai à Césarée et le 3 juin à Ramla.

Épuises, diminués par les combats et le manque de nourriture, ils parviennent enfin sous les remparts de Jérusalem. La ville pour laquelle les Francs ont entrepris un si long et si dangereux périple se trouve enfin sous leurs yeux ; un grand nombre en pleure de joie.

La cité qui se dévoile sous leurs yeux présente :

– Au couchant, la citadelle, ou « Tour de David », protégeant la route qui escalade la colline vers la porte de Jaffa.

– Au levant, l’enceinte d’Aram al-Cherif avec ses deux sanctuaires fortifiés, Qubbat al Sakhra (Dôme du Rocher) et la mosquée al-Aqsa. Les remparts surplombent les pentes raides du ravin de Cédron et du vallon de la Géhenne.

Dès que se répand la nouvelle de l’arrivée des armées croisées, le gouverneur fatimide Iftikhar ad-Dawla fait condamner ou empoisonner les sources des environs de la cité, et place les troupeaux à l’abri derrière les murs.

Le siège de Jérusalem

Le siège de Jérusalem

 

UNE PRÉVISION ET UN PREMIER ÉCHEC

Reprenant la tactique de la prise d’Antioche, environ 20 mois auparavant, chacun des seigneurs francs va donner l’assaut à un secteur de la cité. Au Nord, près de la porte Saint-Etienne, se positionnent Robert de Normandie et Robert de Flandre. Godefroy de Bouillon et Tancrède de Hauteville s’établissent à l’Ouest, de part et d’autre de la porte de Jaffa et de la forteresse. Raymond de Saint-Gilles, lui, se cantonne au Sud, sur les contreforts de la colline de Sion, face à la porte de David. La vallée encaissée du Cédron offre une barrière naturelle et permet au Croisés de laisser l’Est et le Sud-Est sans défense.

La ville est abondamment pourvue en vivres, et l’eau est stockée dans d’immenses citernes. En outre l’arment dont disposent les assiégés s’avère largement supérieur à celui des Francs. Le temps semble travailler en leur faveur ; pour les Croisés, le siège se présente sous de mauvais auspices… La Croisade est en péril ! A l’intérieur de la cité la résistance s’organise, d’autant qu’une armée de secours est partie d’Égypte. Si les défenseurs de Jérusalem tiennent jusque là, il en sera fini des espoirs Chrétiens de libérer les lieux saints et le but final aura échoué. Il faut donc faire vite…

C’est l’été et il fait une chaleur torride ; les conditions des assiégeants sont épouvantables. Le seul point d’eau le plus proche se situe devant la muraille sud, au bassin de Siloé. L’approvisionnement au puits est dangereusement exposé aux flèches des archers ennemis. Pour assurer le ravitaillement, les Francs doivent aller le chercher plus loin à huit kilomètres. Un malheur n’arrivant jamais seul, la nourriture commence à manquer ; il faut prendre la ville le plus vite possible.

Le 12 juin, les chefs de la Croisade effectuent un pèlerinage au Mont des Oliviers. Suivant l’avis d’un vieil ermite qui leur prophétie la victoire pour le lendemain, les Francs se lancent à l’assaut comme prévu. Mais ils essuient un échec ; les pertes étant sévères, ils doivent se retirer. Le revers de cette attaque, lancée avec autant de ferveur religieuse, provoque une déconcertante désillusion chez les Chrétiens. Ils sont convaincus dorénavant de ne plus rien tenter avant d’être parfaitement équipés en machines de guerre.

PIERRIÈRE

Cet engin diabolique, qui s’inspire du principe du balancier, est dans sa version primitive d’une redoutable efficacité. Il est doté d’un bras mobile fixé sur une poutre verticale. Une des extrémités est chargée d’un bloc de pierre ou d’un boulet, et sur l’autre, plus courte, l’on a fixé un système de câbles. Les servants actionnent l’engin en tirant un coup sec sur les cordes pour propulser le projectile.

Pierrière

Pierrière

MANGONNEAU

Avec le temps, la machine va subir des transformations et se perfectionner grâce à l’intervention de véritables ingénieurs. Elle change de nom et devient mangonneau. Un détail qui fait toute la différence, car la force motrice fournie par l’homme est remplacée par un contrepoids qui se substitue à la traction humaine.

 

Mangonneau

Mangonneau

TRÉBUCHET

Enfin, elle prend le nom de trébuchet lorsque la présence de l’homme n’est plus demandée. Des projectiles de cent kilos peuvent alors être envoyés à plus de deux cents mètres avec une précision millimétrée. L’engin se révèle alors très efficace contre les murailles et devient la hantise des villes assiégées. Il ne sera supplanté qu’avec l’avènement de l’artillerie.

Trébuchet

Trébuchet

 

Le 17 juin, six navires chrétiens accostent au port de Jaffa, chargés d’armes, de matériel et de ravitaillement. Sans perdre de temps, les charpentiers de deux galères génoises s’activent et se mettent à la tâche. Mais bientôt le bois vient à manquer. Partis chercher le précieux matériau dans les collines de Samarie, Tancrède de Hauteville et Robert de Flandre découvrent dans une grotte des vieux madriers. Cette trouvaille impromptue va permettre la construction d’échelles et autres castelets roulants, équipés de catapultes.

 LA VISION DE PIERRE L’ERMITE

Le 6 juillet, Adémar, l’évêque du Puy, apparaît en songe à Pierre l’Ermite. Il lui ordonne de jeûner pendant trois jours et de faire une procession solennelle, pieds nus, autour des remparts de Jérusalem. A cette condition, si les Chrétiens sont fidèles, après neuf jours de lutte la ville sera prise par les Croisés. Respectant la vision du moine, la procession se forme et se dirige au Mont des Oliviers sous les quolibets et injures des Musulmans qui insultent les Chrétiens du haut des murs.

L’assaut est donné dans la nuit du 13 au 14 juillet.

14 JUILLET

A l’aube, toutes les forces franques sont passées à l’attaque simultanément sur tous les fronts.

Au nord de la ville, Godefroy de Bouillon fait installer un castelet roulant (tour en bois) au pied des murailles et l’escalade, accompagné de son jeune frère Eustache de Boulogne. Depuis le sommet de l’engin de siège, il prend l’initiative des opérations, sans se préoccuper des projectiles (flèches et pierraille) qui lui sont envoyés par l’ennemi. Vers midi, Godefroy de Bouillon réussit à lancer une passerelle vers le chemin de ronde du rempart ; audacieux et intrépide, il harangue ses soldats du haut des murs.

De toutes parts la ville est assaillie ; les murailles de la forteresse sont ébranlées par les boulets des mangonneaux. Lourdement carapacés dans leurs armures, les Croisés escaladent castelets et échelles et se hissent vers les hauteurs des remparts à l’aide de cordes.

LE MANGONNEAU, L’ANCÊTRE DU CANON

De même que les pierrières et les trébuchets, le mangonneau est une machine de guerre se servant du principe de la fronde. C’est une forme de catapulte, destinée à lancer toutes sortes de projectiles, pierrailles ou tonnelets remplis de matières incendiaires. Agissant aux pieds des remparts d’une forteresse, les servants sont dangereusement exposés sous les tirs des archers ennemis. Pour améliorer leur protection, l’engin est doté sur le dessus d’une triple claie, réalisée avec des branches d’osier tressées et doublées de cuir. Au milieu de la bataille, on peut reconnaître le mangonneau de Godefroy de Bouillon : il est paré d’une croix resplendissante d’or, sur laquelle est placée une figure du Seigneur Jésus.

Le Mangonneau

Le Mangonneau

15 JUILLET

Sur les remparts, les hommes de Godefroy de Bouillon réussissent enfin à éliminer les défenseurs. Quelques uns se faufilent, pénètrent à l’intérieur de la cité, et s’empressent vers la porte de Joséphat qu’ils ouvrent toute grande. Pendant ce temps, au nord, Tancrède de Hauteville s’empare du Dôme du Rocher. Au sud, Raymond de Saint-Gilles obtient la capitulation de la ville.

Il est midi, « à l’heure ou le seigneur a vécu sa passion » ; après un siège éprouvant et de difficiles combats, Jérusalem est redevenue chrétienne.

Mais la bataille est loin d’être terminée. Au prétexte de « purifier » les Lieux Saints, les Croisés vont, plusieurs jours durant, commettre un horrible carnage.

« LE SANG FORMA DES RUISSEAUX »

Soldats et pèlerins se ruent et se répandent dans la ville conquise. Dans les rues, dans les maisons, ils pillent, exécutent les guerriers, massacrent femmes et enfants, musulmans, juifs et même chrétiens. Bien qu’il soit en usage de mettre à mort les défenseurs des garnisons qui ont refusé de capituler, tous les chroniqueurs de cette époque sont unanimes pour souligner le caractère épouvantable de la tuerie.

UN BUTIN CONSIDÉRABLE

LA PRISE DE JÉRUSALEM VUE PAR GUILLAUME DE TYR

« C’était le sixième jour de la semaine et la neuvième heure de la journée. Il semble que ce moment fut choisi par Dieu même, puisque à pareil jour et à pareille heure, le Seigneur avait souffert dans la même ville pour le salut du monde […]Le duc [Godefroy de Bouillon] et tous ceux qui étaient entrés avec lui s’étant réunis, couverts de leurs casques et de leurs boucliers, parcouraient les rues et les places, le glaive nu, frappant indistinctement tous les ennemis qui s’offraient à leurs coups, et n’épargnant ni l’âge ni le rang. On voyait tomber de tous côtés de nouvelles victimes, les têtes détachées des corps s’amoncelaient çà et là, et déjà l’on ne pouvait passer dans les rues qu’à travers des monceaux de cadavres […] Dès qu’ils furent parvenus sur les remparts, ils allèrent ouvrir la porte du Midi, qui se trouvait près de là, et tout le peuple chrétien pénétra facilement par ce nouveau côté. L’illustre et vaillant comte de Toulouse entra dans la place […]Les autres princes, après avoir mis à mort dans les divers quartiers de la ville tous ceux qu’ils rencontraient sous leurs pas, ayant appris qu’une grande partie du peuple s’était réfugiée derrière les remparts du Temple, y coururent tous ensemble, conduisant à leur suite une immense multitude de cavaliers et de fantassins, frappant de leurs glaives tous ceux qui se présentaient, ne faisant grâce à personne, et inondant la place du sang des infidèles. Ils accomplirent ainsi les justes décrets de Dieu, afin que ceux qui avaient profané le sanctuaire du Seigneur par leurs actes superstitieux, le rendant dès lors étranger au peuple fidèle, le purifiassent à leur tour par leur propre sang, et subissent la mort dans ce lieu même en expiation de leurs crimes. On ne pouvait voir cependant sans horreur cette multitude de morts, ces membres épars jonchant la terre de tous côtés, et ces flots de sang inondant la surface du sol […]. On dit qu’il périt dans l’enceinte même du Temple environ dix mille ennemis sans compter tous ceux qui avaient été tués de tous côtés […]. Chacun s’emparait à titre de propriété perpétuelle de la maison dans laquelle il était entré de vive force et de tout ce qu’il y trouvait ; car avant même qu’ils se fussent emparés de la ville, les croisés étaient convenus entre eux qu’aussitôt qu’ils s’en seraient rendus maîtres, tout ce que chacun pourrait prendre pour son compte lui serait acquis, et qu’il le posséderait à jamais et sans trouble en toute propriété. Après ces premières dispositions, les princes déposèrent les armes, changèrent de vêtements, purifièrent leurs mains, et, marchant pieds nus, le cœur rempli d’humilité et de contrition, ils se mirent en devoir de la plus grande dévotion, poussant des gémissements, versant des larmes, embrassant tous les objets de leurs pieux hommages et élevant vers le ciel leurs profonds soupirs ».

D’après Guillaume de Tyr, 12ème siècle.

                                                              

 

LA PRISE DE JÉRUSALEM VUE PAR D’AUTRES CHRONIQUEURS

 

« Les pèlerins s’élancèrent vers le palais de Salomon et massacrèrent sans pitié tous les Sarrasins qui s’y trouvaient. Le sang coula en si grande quantité qu’il forma des ruisseaux dans la cour royale et que les hommes y trempaient leurs pieds jusqu’aux talons. Les petits enfants augmentaient l’horreur de ces scènes par leurs cris horribles et leurs larmes amères. Mais c’était inutilement qu’on implorait la pitié des chrétiens » (Albert d’Aix)

Environ 70 000 personnes se sont alors réfugiées dans la mosquée d’al-Aqsa. Toutes seront massacrées, de même que les imams et les religieux du sanctuaire. Dans la fureur générale, les chevaliers, débordés par les événements, sont impuissants pour réfréner la folie meurtrière de leurs hommes et celle du petit peuple. Tous veulent châtier ces infidèles et leur faire payer les souffrances qu’ils ont endurées depuis leur départ d’Europe.

« Les chrétiens tuent, c’est un véritable massacre ; la ville est couverte de sang et de cervelle. Robert de Normandie se conduisit admirablement ce jour-là ; tous les autres aussi d’ailleurs », précisent Richard le Pèlerin et Graindor de Douai dans la Chanson de geste « La Conquête de Jérusalem ».

Ce jour-là, certains seigneurs ne peuvent extraire leurs prisonniers à une mort irrémédiable. Ils perdent ainsi le gain de rançons importantes. Cependant, les Juifs rescapés sont vendus comme esclaves, et seuls les gardiens de la citadelle auront la vie sauve et reconduits à Ascalon.

« Les barons de France occupent chacun, sans hésiter, une maison pour se loger » et « le butin qu’ils rapportent a été bien partagé, à chacun selon son rang. Toute l’armée de Dieu a été comblée et rassasiée. Quand il leur sembla que le Sauveur était assez vengé, c’est-à-dire qu’il ne resta personne dans la ville, ils allèrent avec larmes et gémissements, en se battant la poitrine, adorer le saint tombeau », relate l’historien Jules Michelet.

Les Francs de toutes conditions pillent sans retenue les habitations des particuliers et les sanctuaires de l’Islam, récoltant ainsi d’immenses richesses. « Lassés de tuer », les Croisés se réunissent au Saint-Sépulcre, où ils rendent grâce à Dieu. Puis, dans l’Eglise de la Résurrection, ils chantent un Te Deum à la fois rayonnant et reconnaissant…

« Les Francs restèrent une semaine dans la ville, occupés à massacrer les musulmans. Les personnes qui avaient quitté la Syrie arrivèrent à Bagdad au mois de ramadan et y firent un récit qui arracha les larmes de tous les yeux. Elles pleuraient, et le peuple entier pleurait avec elles. Elles racontèrent les malheurs qui avaient frappé les musulmans de nobles et vastes contrées, le massacre des hommes, l’enlèvement des femmes et des enfants, le pillage des propriétés. Telle était la douleur générale qu’on ne pensât plus à observer le jeûne », rapporte le chroniqueur arabe Ibn al-Athir (1160-1233).

 

L’ISLAM CHOQUE PAR LA SAUVAGERIE DES CHRÉTIENS

Dans tout le Proche-Orient, la conduite barbare des Francs engendre colère, ressentiment et révolte. Les tueries consécutives à la prise de Jérusalem marqueront les esprits pendant plusieurs siècles. Cette épreuve douloureuse provoquera un obstacle grave à la paix entre Chrétiens et Musulmans.

1099- Jérusalem

1099- Jérusalem

 

CONSÉQUENCES

 

1099

– Fondation des États latins d’Orient.

Etats latins d'Orient

États Latins d’Orient

Beaucoup de pèlerins retournent en Occident après avoir fait leurs dévotions. Leur but est atteint, ils ont fait oraison sur le tombeau du Christ et Jérusalem est libérée. Mais d’autres Croisés choisissent de rester en Orient…

Les Etats Latin d'Orient en 1102

Les États Latin d’Orient en 1102

– 29 juillet : mort du pape Urbain II à Rome.

Urbain- II

Urbain II le Catholique

 

– 12 août : bataille d’Ascalon (en Israël sur la côte méditerranéenne).

L’armée des Croisés, commandée par Godefroy de Bouillon, affronte celle des Fatimides, placée sous les ordres du vizir d’Égypte Al-Afdhal. La puissante charge des cavaliers francs met les Egyptiens en déroute. Le massacre est à la hauteur du butin récolté : énorme. Cette victoire assoit la possession de la Palestine aux Chrétiens. Dorénavant il va falloir la tenir et l’administrer…

godefroy-de-bouillon-et-ses-chevaliers

Godefroy de Bouillon et ses chevaliers

– 12 août : départ des barons croisés. Raymond de Saint-Gilles, le Comte de Normandie et le Comte de Flandre quittent la Palestine. Seuls 3000 chevaliers, sur les 130 000 hommes qui ont pris part à la Première Croisade, restent auprès de Godefroy de Bouillon.  Commence alors la difficile construction des Etats Latins : le Royaume de Jérusalem, la Principauté d’Antioche et les Comtés de Tripoli et d’Edesse.

1100

18 juillet : mort de Godefroy de Bouillon. Son frère, Baudouin de Boulogne, lui succède à la tête du royaume franc de Jérusalem. Ce dernier n’aura de cesse d’agrandir l’héritage de son aîné. Jusqu’en 1118, il reprendra aux Turcs les villes de Saint-Jean d’Acre, de Beyrouth et de Sidon.

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