La Croisade des Pastoureaux – 1251

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LES CROISADES

(1095 – 1291)

 

LA CROISADE DES PASTOUREAUX

(1251)

SEPTIÈME CROISADE

 (1248-1254)

 

« Dieu le veut ! »

 

Croisé

Croisé

 

Un long chemin vers la terre du Christ

 

INTRODUCTION

Prêchées et bénies par les papes successifs, dirigées par les souverains des royaumes et des Empires de la vieille Europe, ces expéditions se devaient d’être les ambassadrices de tout ce que l’esprit de la chevalerie médiévale portait de bon en lui. Nonobstant, les Croisades furent, mise à part la 1ère, un échec militaire, mais sur le plan culturel et économique, l’Occident chrétien en ressortira enrichi. En effet, au sortir de cette aventure, l’Europe en sera bénéficiaire ; elle était en retard sur le mode de vie d’un Orient qui commence alors à décliner. On retiendra sur le plan géopolitique, la création des États latins d’Orient : les Comtés d’Edesse et de Tripoli, la Principauté d’Antioche, et le Royaume de Jérusalem. De pair, cette période engendrera le développement et la prospérité des républiques italiennes comme Amalfi, Gênes, Pise et Venise, qui tireront des profits considérables de cette aventure.

 

 Lire :

1 – Des origines à l’appel du pape Urbain II

2 – La Première Croisade

3- La Deuxième Croisade

4- La Troisième Croisade

5- La Quatrième Croisade

6- La Cinquième Croisade

7- La Sixième Croisade

8- La Septième Croisade

 

SOMMAIRE

La Septième Croisade, souhaitée par le pape Innocent IV, est la première des deux expéditions projetées et dirigées par le roi de France Louis IX en Terre Sainte. Lancée par ce dernier en 1244, elle se met en route quatre ans plus tard et accoste en Égypte en 1249. Lors de la Sixième Croisade (1228-1229), les négociations de Frédéric II de Hohenstaufen avaient permis de récupérer Jérusalem sans coup férir (traité de Jaffa, 11 février 1229). En 1248, le sultan Égypte reprend la ville sainte et décime l’armée chrétienne. Le roi de France veut donc attaquer les musulmans au cœur de l’Égypte, et les obliger ainsi à restituer les territoires occupés. Cependant, au 13ème siècle, la ferveur religieuse n’est plus la même que pour la Première Croisade (1095-1099) ; elle s’est émoussée au fil du temps et des échecs. Saint Louis, qui prend la route avec son épouse Marguerite de Provence et ses deux frères, Robert d’Artois et Charles d’Anjou, s’est vu contraint d’obliger nombre de ses seigneurs à se croiser avec lui. Le 28 août 1248, le roi et sa suite embarquent à Aigues-Mortes. Construit à l’initiative de Louis IX, ce nouveau port permet d’avoir un débouché sur la méditerranée et de se libérer de la domination des marines italiennes concernant le transport de troupes par mer. Ils accostent sur l’île de Chypre le 17 septembre 1248 pour y passer l’hiver. Louis et sa suite débarquent ensuite près de Damiette et prennent la ville le 5 juin 1249. Puis les Francs font route vers le Caire, où ils sont assaillis et subissent un harcèlement permanent des troupes musulmanes de l’émir Fakhr-ad-Din Yusuf. A la bataille de Mansourah, le 9 février 1250, l’armée croisée, affaiblie, décimée, doit, malgré la victoire, céder le terrain et faire retraite. Robert d’Artois, le frère du roi, est tué avec une grande partie de sa chevalerie. Louis sera même fait prisonnier lors de la débâcle. Le roi sera libéré contre une forte rançon (un million de dinars), acquittée essentiellement par les Templiers. Le 6 mai 1250, Damiette est rendue aux musulmans. Louis IX passera les quatre années suivantes à réorganiser les défenses des principautés franques afin qu’elles puissent se prémunir des attaques mamelouks. En avril 1254, Louis IX quitte la Terre Sainte.

 

Combats- entre Chrétiens et Musulmans

Combats- entre Chrétiens et Musulmans

 

Le Sultanat Mamelouks gouvernera l’Égypte et la Syrie de 1250 à 1517. Les Mamelouks sont issus de la garde d’esclaves mercenaires à la solde du Sultan ayyoubide. Ils renverseront ce dernier en 1250 lors de la Septième Croisade.

 

ÉVÉNEMENTS ANTÉRIEURS

CHRONOLOGIE

 1248

– 12 juin : Louis IX et la Septième Croisade partent de Saint Denis.

Départ de Saint-Louis pour la Croisade

Départ de Saint-Louis pour la Croisade

– 25 août : embarquement de Saint-Louis et de la Septième Croisade à Aigues-Mortes.

Aigues Mortes vue des remparts

Aigues Mortes vue des remparts

– 7 septembre : arrivée de Saint-Louis et de la Septième Croisade à Chypre.

Arrivée de Saint-Louis à Nicosie

Arrivée de Saint-Louis à Nicosie

Péninsule Ibérique, Reconquista

Le 23 novembre, Ferdinand III de Castille s’empare de Séville.

1249

Languedoc : croisade contre les albigeois

Le 27 septembre Raymond VII meurt à Millau. Le roi et l’Église ayant réussi à l’empêcher de se remarier, il décède sans descendance. Son gendre Alphonse de Poitiers et de France lui succède.

Orient

– 30 mai : Saint-Louis et la Septième Croisade quittent Chypre et s’embarquent pour Damiette.

– 5 juin : Saint-Louis et la Septième Croisade accostent à Damiette.

Débarquement des Croisés à Damiette 1249

Débarquement des Croisés à Damiette 1249

– 6 juin : Prise de Damiette par les Croisés.

– 20 novembre : Saint-Louis et la Septième Croisade quittent Damiette et prennent la direction du Caire.

– 23 novembre : mort d’Al-Malik as-Sâlih Najm ad-Dîn Ayyûb (1207-1249), sultan d’Égypte. Son fils Al-Malik al-Mu`azzam Tûrân Châh lui succède.

1250

Orient

– 8 février : bataille de Mansourah.

Bataille de Mansourah

Bataille de Mansourah

– 11 février : mort de Guillaume de Sonnac (mort au combat, à la bataille de Mansourah), 17ème Grand Maître de l’Ordre du Temple. Renaud de Vichiers lui succède.

Armoiries Guillaume de Saunhac

Armoiries Guillaume de Saunhac

– 28 février : arrivée de Al-Malik al-Mu`azzam Tûrân Châh à Mansourah.

– 6 avril : Saint-Louis est fait prisonnier ; son armée se rend aux Ayyoubides.

Louis IX fait prisonnier

Louis IX fait prisonnier

– 2 mai Al-Malik al-Mu`azzam Tûrân Châh est assassiné par les Mamelouks.

Assassinat de Turan Shah

Assassinat de Turan Shah

– 6 mai : Louis IX est libéré en échange de la ville de Damiette.

– 8 mai : Saint-Louis quitte l’Égypte et part en Syrie.

– 13 mai : arrivée de Louis IX à Saint-Jean-d’Acre.

– 9 juillet : Al-Malik an-Naser Salah ad-Dîn Yusuf (1228-1260), sultan ayyoubide d’Alep, entre dans Damas.

1251

– le jour de Pâques, départ de la Croisade des Pastoureaux.

PASTOUREAUX : terme que l’on utilisait à l’époque pour désigner les bergers ; il transmettra son nom à la Croisade.

 

Croisade des Pastoureaux

Croisade des Pastoureaux

LA CROISADE DES PASTOUREAUX, LES ORIGINES…

Lors de la prise de Mansourah par Louis IX durant la Septième Croisade, l’armée franque est victime d’une épidémie de peste ou probablement de dysenterie, de typhus et de scorbut. Malgré la victoire, le roi de France, deux de ses frères et son armée sont pris au piège et faits prisonniers. La nouvelle parvient en Occident où elle déclenche l’incrédulité : comment un roi chrétien très croyant a-t-il pu être écarté de la protection divine et abandonné par Dieu ?

Certains prédicateurs populaires, comme un dénommé Job ou Jacob ou encore Jacques, moine hongrois de l’abbaye de Cîteaux, affirment que Jérusalem ne pourra jamais être prise par les nobles, les riches et les orgueilleux. Ce moine fascine les foules car il prétend posséder une lettre de la Vierge Marie qui lui dit que seuls les déshérités, les humbles, les pauvres et les bergers pourront y parvenir, et qu’il a été désigné pour être leur guide.

Conduits par Jacob, le « maître de Hongrie », le jour de Pâques 1251, des milliers de bergers, de paysans et de petites gens se croisent et se dirigent sur Paris. Ils sont armés de haches, de couteaux et de pieux. On en dénombre 30 000 à Amiens et peut-être 50 000 dans la capitale, où ils sont accueillis par Blanche de Castille, la régente.

LE DÉROULEMENT

Voilà bientôt trois ans que Louis IX est parti pour la Terre Sainte. Quant à Blanche de Castille, cet hiver de l’an de grâce 1250 ne lui a réservé que des malheurs : la défaite de Mansourah en février puis, le 6 avril, la capture de son fils chéri. Si les monarques d’Europe se détournent du sort réservé à ce dernier, le petit peuple, lui, est prêt à guerroyer. En l’absence du roi, prisonnier du sultan d’Égypte, la vieille reine assure la régence et s’efforce de réunir la colossale rançon demandée pour sa libération.

Très en colère, elle dit : « Le pape Innocent IV ose prêcher une nouvelle croisade alors que mon fils est en prison ! Je ne tolérerai pas qu’un seul baron ose se croiser plutôt que de verser la rançon qui délivrera le roi. Le devoir d’assistance au suzerain prime tous les autres ! J’ordonne que tous les biens, terres et châteaux de ceux qui se croisent à l’injonction du pape soient saisis ! »

Pour l’heure, Blanche, âgée de soixante ans, ne possède plus d’armée pour se défendre et s’opposer à la convoitise de ses voisins. Les villes d’Avignon, Arles ou Marseille déclinent systématiquement toute contribution au paiement de la rançon du roi.

La reine a sollicité en vain tous les monarques d’Europe afin d’intervenir pour hâter la délivrance du Capétien. Le pape Grégoire IX, en lutte avec l’Empereur Frédéric II, lui a prodigué quelques bonnes paroles, mais c’est tout. Elle a même cherché un soutien auprès de sa famille et s’est tournée vers le fils de sa sœur Bérengère, le roi Ferdinand de Castille. Ce dernier, anxieux dans son combat avec les Maures, a refusé de lui prêter assistance : son royaume d’abord ! Même le roi Haakon de Norvège s’est désisté. Blanche de Castille ne sait plus à quel saint se vouer et supplie Dieu de lui envoyer un signe, de lui monter le chemin, la voie qui lui permettra de reprendre espoir. C’est alors qu’elle apprend que des paysans ont pris la croix pour se rendre en Terre Sainte, lutter contre les infidèles et aller porter secours au roi de France .

Dans un premier temps elle soutient cette ferveur populaire. Mais les puissants du royaume de France estiment que ce mouvement est trop dangereux sur le plan social et religieux. N’accuse-t-il pas les clercs de cupidité et d’orgueil ? Et n’impute-t-il pas aussi à la chevalerie de mépriser les miséreux et de s’enrichir sur le compte de la Croisade ?

« LE MAÎTRE DE HONGRIE  »

Esseulée, implorant en vain des secours qui n’arrivent pas, Blanche finit par tendre l’oreille aux rumeurs qui circulent.  A-t-elle le choix ? Vers pâques 1251, un nommé Jacob se présente comme l’envoyé de la Vierge Marie pour prêcher la Croisade aux bergers. Rapidement, dans le Brabant, en Flandre, en Picardie, les paysans sont des centaines puis des milliers à rejoindre ce moine blasphémateur de l’abbaye de Cîteaux. Ils suivent aveuglément ce nouveau prophète qui guérit par imposition des mains, prêche devant des foules immenses de déshérités ; il se fait appeler le « maître de Hongrie ». Partis 30 000, ils sont bientôt plus de 100 000 ! Aucune ville n’est en sécurité, et n’ose résister alors que leur comportement devient agressif. Au début, ce « Maître de Hongrie » est perçu comme un homme de Dieu. Mais très vite, la multitude de pauvres hères qui le suit, ces « pastoureaux », se transforme en horde et se livre au pillage. Le « Maître de Hongrie » et son « armée sainte » font rapidement figure de fléau…

« N’est-ce pas là l’armée divine que je réclame à Dieu dans mes prières ? » dit la reine.

Saint Louis et sa mère Blanche de Castille

Saint Louis et sa mère Blanche de Castille

Ignorant les conseils qui lui sont prodigués et qui l’incitent à la prudence contre les faux prophètes et prédicateurs de tous bords, Blanche, désespérée, croit voir là un signe de Dieu qui répond enfin à ses suppliques. Elle recevra donc ce « Maître de Hongrie » et son « armée sainte » à l’abbaye de Maubuisson.

Abbaye de Maubuisson

Abbaye de Maubuisson

« Grande reine, je suis envoyé par Dieu pour délivrer ton fils », dit Jacob.

Il n’en faut pas plus pour persuader la régente à bout d’espérance ; ce sont exactement les mots qu’elle souhaite entendre. Convaincue et soulagée, elle autorise le « Maître de Hongrie » à prêcher en chaire à Notre-Dame de Paris.

Vers la fin mai, à la grande stupeur des religieux, ce dernier commence un discours ahurissant. Il revendique l’égalité pour les démunis et les déshérités, immédiatement et non après la mort. Il stimule ainsi les foules à s’insurger contre le pouvoir établi et, dès le prêche terminé, ses fidèles se dispersent dans Paris. A Amiens, ils molestent les clercs, qui sont trop riches, les bourgeois, considérés comme des affameurs, les nobles qui refusent d’aller délivrer le roi, et aussi les Juifs. Malgré l’intervention des vigiles, de nombreux religieux seront assassinés à la Sorbonne et dans le quartier de l’Université.

La révolte affectera de nombreuses villes comme Rouen, Orléans et Tours. Dans cette dernière, il faudra l’intervention des forces du roi pour réprimer les violences des Pastoureaux faites au Juifs. En quête de nourriture, les villes sont pillées, comme à Bordeaux, où il faudra l’intervention des troupes de Simon de Montfort pour mater l’insurrection. Le phénomène se propage en Rhénanie et dans le nord de l’Italie. Les combats s’intensifient et la répression devient de plus en plus cruelle. Quelques survivants seulement parviendront jusqu’à Marseille, où ils s’embarqueront pour Saint-Jean-d’Acre, et rejoindront ainsi les Croisés en Terre Sainte.

Bien trop tard, Blanche comprend alors son erreur. Ses conseillers, preuves et rapports à l’appui, lui font admettre que cette « croisade» a dégénéré en jacquerie et que les Pastoureaux n’ont ni le désir ni la possibilité de délivrer le roi, son fils chéri. Elle donne aussitôt des ordres pour qu’on éradique ce désastre le plus rapidement possible du royaume de France. Dès lors, le « Maître de Hongrie » est qualifié d’hérétique et de sorcier ; il faut l’éliminer. Le 11 juin, à Villeneuve-sur-Cher, Jacob, l’envoyé de Dieu, est capturé et exécuté. Leur « icône » disparue, les foules de mendiants se dispersent, l’insurrection s’apaise et se meurt…

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