Aigues-Mortes, un port royal ! – 1248

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AIGUES-MORTES, 

UN PORT ROYAL  !

(1248)

 

Blason de la ville Aigues-Mortes

Blason de la ville Aigues-Mortes

SEPTIÈME CROISADE

 (1248-1254)

 

« Dieu le veut ! »

 

Croisé

Croisé

Un long chemin vers la terre du Christ

 

INTRODUCTION

Prêchées et bénies par les papes successifs, dirigées par les souverains des royaumes et des Empires de la vieille Europe, ces expéditions se devaient d’être les ambassadrices de tout ce que l’esprit de la chevalerie médiévale portait de bon en lui. Nonobstant, les Croisades furent, mise à part la 1ère, un échec militaire, mais sur le plan culturel et économique, l’Occident chrétien en ressortira enrichi. En effet, au sortir de cette aventure, l’Europe en sera bénéficiaire ; elle était en retard sur le mode de vie d’un Orient qui commence alors à décliner. On retiendra sur le plan géopolitique, la création des Etats latins d’Orient : les Comtés d’Edesse et de Tripoli, la Principauté d’Antioche, et le Royaume de Jérusalem. De pair, cette période engendrera le développement et la prospérité des républiques italiennes comme Amalfi, Gênes, Pise et Venise, qui tireront des profits considérables de cette aventure.

 

 

Lire :

1 – Des origines à l’appel du pape Urbain II

2 – La Première Croisade

3- La Deuxième Croisade

4- La Troisième Croisade

5- La Quatrième Croisade

6- La Cinquième Croisade

7- La Sixième Croisade

8- La Septième Croisade

 

La Septième Croisade, souhaitée par le pape Innocent IV, est la première des deux expéditions projetées et dirigées par le roi de France Louis IX en Terre Sainte. Lancée par ce dernier en 1244, elle se met en route quatre ans plus tard et accoste en Égypte en 1249. Lors de la Sixième Croisade (1228-1229), les négociations de Frédéric II de Hohenstaufen avaient permis de récupérer Jérusalem sans coup férir (traité de Jaffa, 11 février 1229). En 1248, le sultan d’Égypte reprend la ville sainte et décime l’armée chrétienne. Le roi de France veut donc attaquer les musulmans au cœur de l’Égypte, et les obliger ainsi à restituer les territoires occupés. Cependant, au 13ème siècle, la ferveur religieuse n’est plus la même que pour la Première Croisade (1095-1099) ; elle s’est émoussée au fil du temps et des échecs. Saint Louis, qui prend la route avec son épouse Marguerite de Provence et ses deux frères, Robert d’Artois et Charles d’Anjou, s’est vu contraint d’obliger nombre de ses seigneurs à se croiser avec lui. Le 28 août 1248, le roi et sa suite embarquent à Aigues-Mortes. Construit à l’initiative de Louis IX, ce nouveau port permet d’avoir un débouché sur la méditerranée et de se libérer de la domination des marines italiennes concernant le transport de troupes par mer. Ils accostent sur l’île de Chypre le 17 septembre 1248 pour y passer l’hiver. Louis et sa suite débarquent ensuite près de Damiette et prennent la ville le 5 juin 1249. Puis les Francs font route vers le Caire, où ils sont assaillis et subissent un harcèlement permanent des troupes musulmanes de l’émir Fakhr-ad-Din Yusuf. A la bataille de Mansourah, le 9 février 1250, l’armée croisée, affaiblie, décimée, doit, malgré la victoire, céder le terrain et faire retraite. Robert d’Artois, le frère du roi, est tué avec une grande partie de sa chevalerie. Louis sera même fait prisonnier lors de la débâcle. Le roi sera libéré contre une forte rançon (un million de dinars), acquittée essentiellement par les Templiers. Le 6 mai 1250, Damiette est rendue aux musulmans. Louis IX passera les quatre années suivantes à réorganiser les défenses des principautés franques afin qu’elles puissent se prémunir des attaques mamelouks. En avril 1254, Louis IX quitte la Terre Sainte.

Aigues Mortes vue des remparts

Aigues Mortes vue des remparts

MAMELOUKS : sont issus de la garde d’esclaves mercenaires à la solde du Sultan ayyoubide. Ils renverseront ce dernier en 1250 lors de la Septième Croisade. Le Sultanat Mamelouks gouvernera l’Égypte et la Syrie de 1250 à 1517.

 

 

Combats entre Chrétiens et Musulmans

Combats entre Chrétiens et Musulmans

 

AIGUES-MORTES

(1248)

 

Blason de la ville Aigues-Mortes

Blason de la ville Aigues-Mortes

 

SITUATION & PROJET

Dès 1240, Saint-Louis désire rompre avec l’influence des marines italiennes pour le transport de troupes et de marchandises en direction de la Terre Sainte. Leur suprématie est grande en Méditerranée où elles tirent des profits considérables avec les Croisades. Les républiques comme Amalfi, Gênes, Pise et Venise sont devenues riches et prospères. Le capétien doit se libérer de cette prépondérance transalpine.

A cette époque là, Marseille est la propriété de son frère Charles d’Anjou, Agde celle du Comte de Toulouse, et Montpellier celle du roi d’Aragon. En avril 1229, le comte Raymond VII de Toulouse a cédé ses fiefs et terres du Languedoc à la couronne par le traité de Meaux-Paris. En même temps, la même année, le royaume s’est agrandi de deux sénéchaussées, celles de Beaucaire et de Carcassonne ; ce qui lui octroie ainsi pour la première fois un débouché sur la Méditerranée. 

1240, LA LOCALISATION DU PORT

Pour commercer avec l’orient et s’implanter dans le Midi, Louis IX se met en quête d’un lieu propice à la construction d’un port autonome pour son royaume. Les pays de Narbonne et de Montpellier ne sont pas fiables : le premier reste fidèle à la dynastie comtale de Toulouse et le second, dépendance épiscopale de Maguelonne, est sous emprise aragonaise. Une solution « ex nihilo » semble retenir les faveurs du Capétien. Son intérêt va se porter sur un site doté d’une position stratégique à l’embouchure du Petit- Rhône sur le Grau de la Chèvre ; Aigues-Mortes.

DÉBUT DE LA CONSTRUCTION DU PORT

Dès 1240, des négociations vont être entreprises avec l’abbaye Saint-Pierre de Psalmodi. En 1248, des échanges de terrains permettront au domaine royal de devenir propriétaire d’une large zone du littoral.

La construction par les Bénédictins d’un réseau de voies et chemins en direction de Nîmes avait permis son désenclavement. Bien que cernée d’étangs d’eaux stagnantes et insalubres, et placée sous la menace d’ensablement, la région appartient désormais au domaine royal.  

Ruines de l'abbaye de Psalmody

Ruines de l’abbaye de Psalmody

UN SITE PORTUAIRE ET URBAIN « EX NIHILO »

L’émergence de terre d’un ensemble portuaire et urbain neuf nécessite des fonds colossaux. Pour financer le projet, les riches citadins et les communautés religieuses seront largement sollicités. Dès 1241, avec les débuts des travaux, des mesures distinctes sont prises, et des privilèges sont attribués aux transporteurs, charretiers, et convoyeurs… Par exemple, pour l’acheminement des matériaux comme le bois et la pierre en provenance de toutes les régions du royaume, les péages seront supprimés.

En outre, le roi accordera une charte de consulat et de nombreux avantages aux habitants de la nouvelle cité. Ces derniers seront exemptés, durant une période de vingt ans, de taille, de gabelle et de chevauchée.

LA TAILLE : impôt direct apparu au 12ème siècle en échange de la protection fournie par le seigneur. Elle se substitue au service des armes dû par tout homme libre.

LA GABELLE : impôt indirect, très impopulaire, prélevé sur le sel. Cette taxe royale est en vigueur au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime.

LA CHEVAUCHÉE : inspection faite dans diverses régions et provinces du royaume par des hommes de l’entourage du roi, porteurs d’une charge royale.

Depuis son vœu de Croisade en 1244, Louis IX est bien décidé à s’embarquer pour la Terre Sainte, non pas d’un territoire étranger au royaume, mais bien du sol de France. Il veut désormais qu’Aigues-Mortes devienne le point de départ et de passage obligé vers Jérusalem. Aussi n’aura-t-il de cesse de pousser les bâtisseurs à activer les travaux, afin que ceux-ci soient terminés en temps opportun.

L’agencement et l’installation du chantier prévoient deux zones distinctes. Deux ensembles sont définis : l’étang et la lagune.

– L’étang forme un port intérieur ; c’est un abri sûr et protégé autour duquel la ville peut s’étirer et se développer. 

– La lagune, située à deux kilomètres, se présente comme un port maritime en eaux profondes qui peut accueillir des bateaux de plus gros tonnage.

En outre, les deux zones sont reliées entre elles par plusieurs canaux, et un entrelacement de voies navigables autorise le transport de marchandises vers l’intérieur des terres. 

RICHE ET PROSPÈRE

En 1248, le roi Louis est enchanté de la tournure et de l’avancement des travaux, même s’ils sont inachevés. Le modèle en damier autour duquel s’agencera la cité, l’enceinte provisoire et la grosse tour de Constance, l’éblouissent.

Une route est tracée entre les marais et une tour y est construite : la tour Carbonnière ; elle servira de tour de guet et protègera l’entrée de la cité.

Alors que chevaliers et soldats s’activent aux préparatifs de la Septième Croisade, la cité prend les allures démesurées d’un arsenal où s’affairent une foule d’ouvriers et d’artisans.  Dans le port, la nef royale « la Monjoie » et une trentaine de navires attendent, prêts à embarquer. Avec le creusement du chenal du Grau-du-roi, désormais la lagune est reliée directement à la mer. Pour la première fois, le 25 août 1248, un monarque français appareille pour la Terre Sainte depuis son propre port sur la Méditerranée.

En 1266, le pape Clément IV accorde au roi Louis IX de prélever un denier par livre sur les marchandises transitant par Aigues-Mortes. Cet argent servira au financement de la construction des remparts de la ville. Les derniers aménagements et fortifications de la cité portuaire ne seront terminés que sous les règnes de ses descendants, son fils Philippe III le Hardi et son petit-fils Philippe IV le Bel.

Nef vénitienne de Saint-Louis

Nef vénitienne de Saint-Louis

C’est sous le règne de Philippe III le Hardi que les remparts seront construits, ceinturant et fortifiant ainsi définitivement la petite ville.

Jusqu’au milieu du 14ème siècle commence alors pour Aigues-Mortes et sa région une ère de prospérité. Situés au carrefour des routes entre l’Occident et l’Orient, la ville et le port, tant désirés par Saint-Louis, s’enrichiront avec le commerce des draps et des grains, des épices et de la soie.

LA TOUR DE CONSTANCE : Construite à l’angle nord-ouest de la ville, elle a été érigée à grand frais. La tour culmine sur Aigues-Mortes et sa partie la plus ancienne depuis 1248. Sa hauteur est de 40 mètres, et elle possède deux étages aux voûtes d’ogives. Au sous-sol, des entrepôts et des magasins sont aménagés pour y stoker des réserves et autres produits. Ce colossal donjon doit protéger les commerçants, marchands et pèlerins s’apprêtant à embarquer pour la Palestine. Elle commande à la fois l’entrée de la ville, celle du port et l’unique voie qui traverse les marais. Elle sert aussi d’ « amer » (point fixe et remarquable sur la côte ou en mer et qui sert de repère), de vigie et de phare pour la navigation.

 

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