Kokoda, la piste sanglante

                                                                                                                                                                                                                                                                 

         SECONDE GUERRE MONDIALE

GUERRE DU PACIFIQUE

Drapeau de l’Australie

PAPOUASIE-NOUVELLE-GUINÉE

Drapeau de la Papouasie Nouvelle Guinée

KOKODA, LA PISTE SANGLANTE

Du 21 juillet au 16 novembre 1942

Papouasie-Nouvelle-Guinée

Emblème de la Papouasie-Nouvelle-Guinée

La campagne de la « piste Kokoda » est une série d’opérations qui opposa l’Australie au Japon le long de la « piste Kokoda », durant la campagne de Nouvelle-Guinée lors de la guerre du Pacifique.

CONTEXTE

Afin de renforcer leurs défenses dans le Pacifique Sud et d’isoler l’Australie, les Japonais avaient décidé de s’emparer de Port Moresby, au sud de la Nouvelle-Guinée, et de Tulagi, au sud-est des îles Salomon.

PORT MORESBY (du nom du capitaine britannique John Moresby, qui en fit la découverte le 20 février 1873)

Papouasie-Nouvelle-Guinée

Capitale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la ville est située sur la côte sud de la Nouvelle-Guinée, dans la région habitée par la population motu. L’emplacement fut fréquenté par les missionnaires et par les commerçants à partir de 1874. Port Moresby comptait 41 000 habitants en 1966, dont 31 000 indigènes.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville fut l’objet principal des affrontements entre Japonais et Alliés. De nombreux Papous furent enrôlés dans le bataillon d’infanterie de Papouasie, jusqu’à ce que l’île soit prise par les Japonais. La ville, toujours aux mains des Alliés, devint une importante base militaire et se vida de sa population papoue, qui se réfugia dans des villages ou dans des camps. Port Moresby était alors le dernier verrou, représentant l’ultime rempart à l’invasion de l’Australie par les Japonais.

En mai 1942, la ville fut presque entièrement détruite lors de la bataille de la Mer de Corail. Mais, pour la première fois dans la guerre du Pacifique, le projet d’invasion japonais était mis en échec par la flotte australo-américaine.

Lire : la bataille de la mer de corail

Affiche de propagande australienne de 1942 faisant référence à la menace d’une invasion japonaise.

En février 1942, les projets nippons (qui consistaient à utiliser Port Moresby comme tête de pont pour une éventuelle invasion de l’Australie) furent abandonnés par le commandement japonais. L’état-major avait désormais pour objectif de s’emparer de Port Moresby afin d’isoler l’Australie de ses alliés américains. Le but était de prendre le contrôle d’une large voie maritime (reliant l’océan Pacifique à l’océan Indien) et d’y interdire la traversée des navires de transport de marchandises.

Initialement, le Japon voulait conquérir la région en y engageant un assaut amphibie. Mais, après sa petite victoire navale tactique lors de la bataille de la Mer de Corail (du 4 au 8 mai 1942), il abandonna ses projets de débarquement.

L’unique solution acceptable pour les Nippons consistait à mettre sur pied un assaut terrestre. Cette opération devait être menée par leurs garnisons, situées au nord, qui venaient d’établir des têtes de pont dans le secteur de Buna et de Gona, dans le Territoire de Nouvelle-Guinée. Les troupes japonaises traverseraient la chaîne Owen Stanley, pour pouvoir rejoindre Port-Moresby.

La piste Kokoda était la principale piste traversant ces zones de montagnes abruptes, couvertes de forêts denses ; et son contrôle allait s’avérer capital et terrible pour les deux belligérants.

La Piste Kokoda

Au début de l’attaque japonaise contre la Malaisie, les Australiens représentaient le tiers des effectifs (100.000 hommes). À la chute de Singapour, il devait en rester moins de 50.000…Le choc fut catastrophique en Australie (pays qui comptait environ 7 millions d’habitants).

La perte de tous ces jeunes soldats fut vécue par la population comme un de ses moments les plus tragiques ; d’autant que bien peu revinrent sur le sol de la patrie. Ces malheureux furent transférés de camp de prisonniers en camp de prisonniers. Tous étaient affamés, atteints de maladies tropicales, souffrant du sadisme, des brimades et des tortures infligées par leurs geôliers et tortionnaires nippons ; comme l’Allemagne Nazie, le Japon n’avait pas signé la convention de Genève sur la protection des prisonniers de guerre.

Ce qui était inconcevable et pire pour les Japonais, c’était l’éventuelle reddition de ses soldats. Ne pas mourir au combat était considéré comme une désertion, une trahison, un déshonneur absolu. Celui qui se rendait devenait un paria : sa famille était persécutée, subissant la vindicte populaire…Les Nippons ne pouvaient, ni ne voulaient accepter le comportement des soldats capturés, et leur « en faisaient voir » pour qu’ils finissent par se suicider ; tous les moyens de torture étaient bons pour y arriver. Le stade ultime de l’horreur allait être atteint en Papouasie-Nouvelle-Guinée, avec le cannibalisme…

En Nouvelle-Guinée, la situation n’était pas simple. L’île était partagée en deux parties presque égales : néerlandaise à l’ouest, et australienne à l’est.

Le terrain, au climat tropical et humide, s’apparentait à un bourbier impraticable pour des soldats. Les vallées profondes étaient infestées de serpents, d’insectes géants et autres vermines. À cela se rajoutaient des montagnes couvertes de jungles, que les pluies diluviennes rendaient impossibles à escalader.

Il n’existait que quelques pistes permettant de passer d’une vallée à une autre sans trop de dommages. Mais malheureusement, les éléments se déchaînèrent à tel point que marcher tenait de l’exploit sportif.

Les Australiens, eux, entretenaient des rapports très conflictuels avec les autochtones : les Papous, dont la culture séculaire, la manière de vivre et de penser, étaient tout simplement incompréhensibles pour les occidentaux venus de l’île-continent (Australie).

Idem pour les missionnaires qui essayèrent de convertir les « indigènes » de force, utilisant des moyens parfois scandaleux (menaces de mort, enlèvement d’enfants, etc..). Les résultats escomptés ne seront pas à la hauteur de leurs espérances !

Certains « aborigènes » (terme exagéré, voire incorrect) firent « semblant » d’entrer dans le jeu des évangélisateurs pour des avantages en nature (l’argent ne signifiait rien pour eux à l’époque), d’où un échec, surtout dû à la suffisance des propagateurs de la foi nouvelle…

Une exception quand même (car certains prêtres comprenaient mieux la mentalité locale que d’autres) : « Father Benson ». Celui-ci était aimé, accepté et protégé par les autochtones qui le voyaient comme un saint homme. Ouvert, simple, respectueux, il refusa d’évacuer le village où il vivait en harmonie avec les habitants locaux. Il fut assassiné par les Japonais avec les quatre religieuses qui travaillaient à ses côtés.

Dans les années 30, on nota une nette recrudescence du cannibalisme, un rituel papou. Ce fléau fut inadmissible pour les Australiens, qui prirent des mesures expéditives pour le combattre, et pendirent les coupables.

Mais la colère des autochtones s’amplifia : ils ne comprenaient rien aux lois des colonisateurs, ni ce qu’ils faisaient de mal en mangeant « l ‘âme d’un ennemi » …

Le 23 janvier 1942, ce fut le déclenchement des hostilités. Les Nippons attaquèrent Rabaul (en Nouvelle-Bretagne), juste au nord et à proximité de la colonie australienne…

Puis ils débarquèrent assez facilement dans la partie hollandaise de l’île, puisque aucune armée, digne de ce nom, ne pouvait leur être opposée. Les Pays-Bas représentaient une nation décimée par l’Allemagne nazie. Sans coups férir, les envahisseurs nippons s’orientèrent alors vers la Papouasie australienne

Le 19 février, ils bombardèrent Darwin, en territoire australien. Nul doute : l’invasion de l’Australie avait commencé…

Les Australiens, acculés, se trouvèrent donc dans l’obligation de se battre à n’importe quel prix ; la défense de leur pays commençait en Nouvelle-Guinée.

Toute la nation australienne fut mobilisée (la quasi-totalité des hommes en âge de combattre s’était déjà engagée, et était devenue « une armée de miliciens »). Ces hommes étaient issus du bush, rudes, parfois primitifs, habitués à une vie de paysans au cœur d’une nature encore sauvage. Ils étaient prêts à tous les sacrifices pour protéger leurs familles, y compris celui de leur vie. Ils possédaient des armes obsolètes, mais savaient très bien tirer.

Les lourdes pertes subies à Singapour (où tant d’hommes en âge de se battre avaient été perdus) allaient manquer pour les combats à venir… Bien entendu, à l’instar de la Première Guerre mondiale, les Néo-zélandais se battirent avec leurs cousins si proches ; mais ils n’étaient que 2 millions, et l’Australie à peine 7… Tous les hommes furent appelés sous les drapeaux…

FORCES EN PRÉSENCE

POUR LES JAPONAIS

 

 

Les forces japonaises engagées dans la Campagne de la Piste de Kokoda s’élèvent à 13 500 hommes.

Les troupes d’invasion nippones sont commandées par le maréchal Hisaichi Terauchi, et les généraux Hitoshi Imamura, Harukichi Hyakutake, et Tomitaro Horii.

POUR LES AUSTRALIENS

Les forces australiennes engagées dans la Campagne de la Piste de Kokoda s’élèvent à environ 500 hommes au début, puis jusqu’à 30 000 hommes en cours de bataille. A cela il faut rajouter l’aide précieuse apportée par le bataillon d’infanterie papou, le « BIP », ainsi que les « Fuzzy Wuzzy Angels ».

Les troupes Australiennes sont commandées par le field marshal Thomas Blamey, et par les lieutenant généraux Edmund Herring et Leslie Morshead.

LE BATAILLON D’INFANTERIE PAPOU (« BIP »)

C’était une unité de l’armée australienne levée en Papouasie pour servir pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle fut formée au début 1940 à Port Moresby, pour participer à la défense du territoire en cas d’invasion japonaise.

Cette unité était principalement composée de Papous autochtones volontaires, commandés par des officiers et sous-officiers australiens. Au cours de la guerre du Pacifique, le « PIB » (papou infantry batallion) participa à de nombreuses campagnes alliées en Nouvelle-Guinée. Il était rattaché à des unités et des formations des armées australiennes et américaines.

Le « BIP » mit du temps à se constituer (ses premiers membres ne furent officiellement affectés qu’en mars 1941). En 1942, il ne comptait que trois compagnies, toutes en sous-effectif et mal équipées.

Il fut ensuite utilisé pour des missions de reconnaissance et de surveillance contre les Japonais. La connaissance du milieu naturel de ses soldats autochtones pouvait être mise à profit. En juin 1942, le « PIB » fut envoyé pour patrouiller sur la côte nord de la Papouasie, et fut disséminé sur une vaste zone. Ces petits groupes furent les premiers à entrer en contact avec l’ennemi japonais lors de leur débarquement en Papouasie, avant de participer à la sanglante campagne de la piste Kokoda. Le « PIB » combattit au sein de la Force Maroubra, aux côtés du 39ème bataillon australien, à Kokoda, Deniki et Isurava. Il sera retiré du front avant que la campagne ne bascule définitivement en faveur des Australiens.

Après la reprise des têtes de pont nord de Buna, Gona et Sanananda, les Alliés lancèrent l’offensive en Nouvelle-Guinée.

En 1943, le « PIB » participa à l’avancée vers Salamaua. Puis, lors de la campagne de la vallée de Ramu et de la chaîne de Finisterre, il combattit le long des rivières Markham, Ramu et Sepik, et sur la péninsule de Huon.

Le « PIB » contribua à la prise de Finschhafen et de Sattelberg et, en 1943-1944, il poursuivit les Japonais lors de leur retraite le long de la côte nord vers Saidor.

En 1944, le bataillon fut momentanément retiré du front pour se réorganiser avec plusieurs bataillons d’infanterie de Nouvelle-Guinée (NGIB), créés ultérieurement par l’armée australienne.

En novembre 1944, il forma le Régiment des îles du Pacifique (PIR).

En 1945, il fut déployé à Bougainville, où ses compagnies furent partagées sur les fronts de Bonis à Buin durant les derniers mois de la guerre.

Leur efficacité était telle que les Japonais surnommèrent le « PIB », « Ombres Vertes » (en raison de leur capacité à se fondre dans la jungle et à en surgir de manière inattendue). Leurs soldats étaient réputés pour leur brutalité et leur acharnement.

Après la guerre, le bataillon fut utilisé pour la garde des prisonniers de guerre japonais, avant d’être dissous en août 1946.

En 1951, le PIR fut reformé, héritant à la fois du PIB et du NGIB.


LES « FUZZY WUZZY ANGELS »

C’était le nom donné par les soldats australiens aux porteurs de guerre « papou », en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Pendant la campagne de la piste Kokoda (du 21 juillet au 16 novembre 1942), ils furent recrutés ou enrôlés de force pour acheminer des vivres jusqu’au front, et transporter les troupes australiennes blessées, sur le terrain difficile des champs Owen Stanley, le long de la piste Kokoda. Leur compassion et leur dévouement leur ont valu le surnom d’« Anges ».

Photos ci-dessus : Kokoda, Nouvelle-Guinée, août 1942. Les natifs de Nouvelle-Guinée, les « Fuzzy Wuzzy Angels », rencontrent les officiers australiens sur un lieu de repos sur la piste de Kokoda.


DÉROULEMENT DES ÉVÉNEMENTS

Le 8 mars 1942, les Japonais débarquent en Papouasie sans rencontrer d’opposition véritable ; l’armée australienne n’est pas encore prête. Seuls des volontaires armés peuvent contester leur invasion. Ceux-ci sont bien entraînés, bien équipés, et connaissent parfaitement le terrain ; aussi bien que les Papous.

Au départ, l’hostilité de ces derniers envers les volontaires manque de se transformer en bataille rangée… De gros efforts sont entrepris par des officiers moins bornés que leurs collègues pour rétablir l’apaisement…Un calme qui s’annonce, au demeurant, très éphémère…

Nul ne peut alors imaginer que la sauvagerie des japonais va provoquer un retournement de l’attitude des Papous, et devenir l’amorce de la future victoire australienne. Car sans le ralliement des Papous à la cause alliée, le succès est inimaginable. En s’unissant, ils apprennent à se connaître, à se comprendre, voire à se respecter. D’ailleurs, après la victoire des troupes alliées, les Australiens reconnaîtront à l’unanimité tout ce qu’ils doivent aux Papous

Dès le pied posé sur le sol de Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Japonais commirent leurs premiers massacres ; des crimes de guerre : ils dévastèrent des villages indigènes en violant les femmes, en tuant vieillards et enfants abjectement (égorgements, émasculations, passage à la baïonnette, etc…), en décapitant, parfois en écorchant vive la population mâle, et en brûlant tout ce qui était vivant sur leur route.

Les quelques rescapés de ces meurtres de masse s’enfuient vers les villages de l’intérieur, et témoigneront de ce qu’ils ont vu et vécu. Les Papous abandonnent leurs villages, pénètrent dans la jungle inextricable et rallient les Australiens, qu’ils détestent pourtant…

Les soldats japonais se dirigent vers le sud, harcelés tout au long de leur route par les volontaires australiens qui emploient de multiples pièges pour les ralentir (fosses, trappes, sarbacanes empoisonnées…).

La haine que leur portent les Japonais atteint le paroxysme de l’hystérie collective. Ils deviennent fous et cherchent à se venger par tous les moyens. Lorsqu’ils capturent quelques soldats volontaires australiens, ils leur tranchent la tête au sabre.

Le terrain est affreux, boueux, tourmenté, truffé de pièges mortels. Pourtant il leur faut prendre les villages de Buna, puis de Gona, dans le territoire de Nouvelle-Guinée ; ensuite traverser la chaîne montagneuse Owen Stanley pour prendre à revers la capitale de la Papouasie, Port-Moresby.

Le Haut-Commandement japonais sous-estime grossièrement les Australiens et les Néo-zélandais qui les attendent, fins prêts. Pourtant, les volontaires les ont sévèrement battus alors qu’ils étaient en infériorité numérique.

Désormais, les Papous sont sur le sentier de la guerre… Leurs tambours s’entendent partout, en provenance du fond de la jungle… Ce qui crispe un peu plus les Japonais… pour l’instant… Bientôt, ce sera la panique !

Des événements cruciaux…

Du 4 au 8 mai 1942 se déroule la Bataille de la mer de Corail. Les Américains y remportent une victoire inespérée et importante. Les Nippons ne pourront jamais plus menacer les lignes de communications entre l’Amérique et l’Australie, ni débarquer des soldats au sud de la Nouvelle-Guinée.

Du 6 au 7 juin 1942, les Américains déciment la flotte Japonaise lors de la bataille de Midway. La route du Pacifique central est donc désormais coupée pour l’Empire du Japon.

Du 7 août 1942 au 9 février 1943, les Américains sont victorieux à Guadalcanal, pour la plus longue bataille de toute la guerre du Pacifique. Elle s’achèvera par un écrasement total de l’armée japonaise. Cette bataille va stopper la progression nipponne. Pour attaquer, il ne leur reste plus alors qu’une seule possibilité : s’emparer de la Papouasie.

Pour l’armée du Mikado, les Australiens et leurs alliés Papous ne sont pas des soldats valeureux ; ils en sont sûrs, ils vont les battre en un rien de temps. Ils vont vite déchanter…

LES NIPPONS ATTAQUENT…

Les premières escarmouches ont lieu le 23 juillet 1942 au nord-est du village de Kokoda, le long de la rivière Kumusi. 60 soldats australiens pataugent dans la zone, et font face à plus de 500 soldats japonais. La colonne des volontaires est forcée d’amorcer un repli, tout en tentant de ralentir au maximum l’avance de l’armée impériale vers l’aérodrome de Kokoda.

Le 26 juillet, des renforts australiens arrivent par avion ; ce qui porte à 77 hommes les défenseurs de Kokoda. Ils sont mal équipés et mal entraînés. Mais le 29 juillet, ils opposent une violente résistance aux troupes japonaises lorsque celles-ci se lancent à l’assaut de l’aérodrome ; aérodrome qui sera, malgré tout, pris le jour-même.

Après de violents affrontements pour conquérir l’aéroport du village, les Japonais, au prix d’énormes pertes, sont obligés d’engager tous leurs renforts pour percer. Le 9 août, les Australiens reçoivent l’ordre de faire retraite.

L’aérodrome perdu, le seul moyen pour les Australiens d’envoyer des hommes pour ralentir l’avancée japonaise vers Port-Moresby est de passer le long de la piste Kokoda. Ils sont aidés par des indigènes papous, qui leur servent de porteurs ou de guides.

Les pluies deviennent torrentielles, et la piste de Kokoda va bientôt se transformer en un bourbier où le moindre geste coûtera un effort surhumain.

Les hommes, harassés, trépignent dans ce magma vaseux. Certains n’arrivent même plus à avancer et meurent sur place, pétrifiés.

Une longue colonne d’individus hagards, tels des robots, serpente vers le sud …100 km de recul dans des conditions inouïes ! Le challenge paraît insurmontable. Et pourtant, avec le soutien des Papous, de nombreux blessés et malades australiens, et des miliciens, parviennent à regagner leurs lignes. Ils se rassemblent dans le village de Buna, et c’est avec beaucoup de difficultés que les Japonais les délogeront. Ils font alors retraite sur Gona, village encore plus au sud, d’où l’ennemi nippon les chasse à nouveau. A chaque fois, les Japonais y « laissent des plumes », et subissent d’incroyables pertes qui exaspèrent le Haut-Commandement de Tokyo.

Malgré tout, même en reculant constamment, les Australiens réussissent à ralentir l’adversaire tout en affaiblissant sa combativité. Les pertes japonaises affolent Tokyo, d’autant qu’on ne voit pas le bout de cette bataille. Le Haut-Commandement nippon décide alors de tenter de prendre en tenaille ces solides gaillards Australiens ; mais cela comporte des risques énormes.

L’AFFRONTEMENT SANGLANT D’AOÛT 1942

Cette image représente les troupes de la 25e brigade d’infanterie australienne traversant une crique le long du sentier Kokoda, elle est typique de tout mouvement de troupes

Le 21 août, le général Horii reçoit un renfort de 8 000 soldats, 3 000 hommes du génie, et 450 Marines, bien entraînés au combat de nuit et sous les pluies abondantes de la jungle. Avec ses troupes, il franchit la chaîne de montagne Owen Stanley puis rejoint Deniki, où commence l’expédition. Son unité dispose de deux mortiers de 70 mm, assez légers pour être transportés à dos d’homme ; ce qui lui donne un gros avantage.

Général Tomitarō Horii

Le 25 août, la fine fleur de l’infanterie de marine japonaise débarque à Milne Bay, située à la pointe orientale de la Nouvelle-Guinée.

VAINCRE OU MOURIR

Maintenant, les dés sont jetés : il n’y a plus de repli possible pour les Australiens. Ils sont coincés ; ils doivent vaincre ou mourir sur cette terre de Papouasie devenue leur cercueil. Ils ne céderont plus un pouce de sol sans combattre jusqu’au dernier homme, jusqu’à la dernière cartouche. Ils auront le « catastrophique » honneur de défier les forces nipponnes, dans un combat gigantesque qui va marquer pour toujours la conscience collective des soldats engagés dans la bataille. Chacun de ceux qui y participeront n’en reviendra indemne. Tous avoueront que leur vie en fut bouleversée, traumatisée. Une haine démesurée s’était emparée d’eux… Elle durera encore des dizaines années après la fin du conflit…

En ce 25 août 42, l’état-major australien attend l’assaut japonais contre Milne Bay. Ce qui est logique, vu la tournure que prend le conflit. Maintenant, cela dépend de la résistance des miliciens. On attend aussi l’intervention de l’aviation américano-australienne, en cours d’acheminement, et des troupes d’élite australiennes : les fusiliers-marins, gardés en réserve.

Les Nippons débarquent des chars légers, se ruent sur les centres opérationnels vitaux australiens (radios, radars, commandement), et y arrivent rapidement.

Le 26 août 1942 : une date que personne n’ignore en Australie…

25 juin 1942. Le KARSIK décharge le premier lot d’équipement et d’hommes du 55e Bataillon au quai Gili Gili à Milne Bay.

Les Australiens sont au bord de la reddition. Tous les combattants alors présents dans l’enceinte (opérateurs radio, logisticiens, sentinelles, ravitailleurs, cuisiniers même) se pressent en première ligne pour contenir la poussée japonaise. Les Nippons sont complètement ivres d’alcools et de drogues. Les hommes hurlent, en chargeant, leur tristement célèbre cri « Banzaï » qui paralyse l’adversaire, et que les soldats alliés entendent pour la première fois.

« Banzaï ! » : les origines d’un cri de guerre japonais

Le mot « Banzaï » est resté gravé dans l’imaginaire collectif comme étant le cri de guerre lancé par les soldats de l’armée impériale japonaise, lors de charges suicidaires pendant la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, ses origines remontent bien plus loin dans l’histoire, et n’avaient au départ rien de guerrier.

Le terme « Banzai » signifie littéralement « dix mille ans ». Il évoque une idée de longévité et de prospérité. Venu de Chine à l’époque impériale japonaise, il était utilisé comme une acclamation respectueuse à l’adresse de l’empereur : « Tenno Heika Banzai » (« longue vie à Sa Majesté l’Empereur »). Ce cri solennel, répété à l’unisson lors de cérémonies officielles, servait à exalter l’unité nationale et la loyauté au souverain.    

À partir de l’ère Meiji (fin XIXème siècle), alors que le Japon se modernise et militarise son idéologie, le « Banzai » prend une dimension nouvelle : il devient le cri guerrier de ralliement des troupes.

Dans les écoles, les combattants apprennent à le scander comme marque d’élan patriotique. Pendant la guerre russo-japonaise (1904-1905), il accompagnait déjà les assauts de l’infanterie, mais restait encore perçu comme une invocation au succès collectif plutôt qu’un appel à la mort.    

1er avril 1942, les troupes impériales japonaises victorieuses reçoivent la reddition des troupes USAFFE sur Bataan le tout premier jour du mois.

C’est durant la Seconde Guerre mondiale que le « Banzai » change de nature et se charge d’une intensité dramatique. Les soldats japonais sont alors formés par l’idéologie impériale, et par le « bushidō » (code des principes moraux que les guerriers japonais « samouraïs et bushi » étaient tenus d’observer). Les guerriers l’utilisent comme cri ultime avant de lancer des charges frontales massives contre les positions américaines ou alliées, notamment à Saipan, Tarawa ou Guadalcanal. Ces attaques, que les Américains qualifient de « Banzai charges », deviendront le symbole du sacrifice extrême, souvent voué à l’échec, mais marquant l’imaginaire par leur brutalité et la détermination désespérée des assaillants.

Ainsi, un mot issu d’un souhait de prospérité envers l’Empereur se transforme en cri de guerre, puis en synonyme d’assaut suicidaire.

Aujourd’hui, le terme conserve une double mémoire : celle d’un cri patriotique traditionnel encore utilisé au Japon lors de célébrations civiles, et celle, plus sombre, de la fureur guerrière des champs de bataille du Pacifique.

Lire :

le Cauchemar de Saipan

76 heures d’enfer sur l’atoll de Tarawa

Guadalcanal

Milne Bay

Le choc est énorme ; la haine prend le dessus et triomphe. Les combats au corps-à-corps mortels, visent à l’anéantissement de l’adversaire. Les hommes tombent dans des mares de sang, teintant la terre en rouge.

C’est à ce moment que les premiers avions alliés, volant à basse altitude, tirent sur les plages où débarquent les troupes japonaises, les fauchant par dizaines.

Un moment d’indécision gagne les assaillants, qui va durer jusqu’aux premières vagues d’assaut. Ce flottement va permettre aux défenseurs alliés (quasiment à bout de forces) de se reprendre et, dans une dernière tentative, de bloquer l’entrée du camp aux Nippons.

Mais une fois le moment de surprise passé, les vagues d’assaut japonaises suivantes se regroupent et repartent de plus belle à l’attaque. Désormais, personne ne peut plus refouler l’invasion ; les défenseurs alliés vont être débordés …

C’est alors que le commandement australien local, faisant preuve d’un sang-froid inouï, lance les fusiliers-marins dans la bataille, surprenant totalement les Japonais.

En un instant, les troupes d’élite australiennes arrivent à la hauteur des lignes de défense, les dépassent et se ruent sur l’ennemi, baïonnette au canon. L’affrontement est d’une violence inconnue, inimaginable. Les Nippons, décontenancés, fléchissent sous la charge et sont repoussés hors du camp. Mais les fusiliers-marins, épuisés, doivent s’arrêter à leur tour. Les pertes de l’ennemi sont colossales…

                                                                             LA BATAILLE D’ISURAVA  

Le 27 août 1942.

La piste Kokoda en Papouasie-Nouvelle-Guinée – 39 bataillon australien après la campagne de piste de Kokoda

La bataille d’Isurava (parfois aussi appelée « la bataille d’Isurava-Abuari » ou « la bataille d’Isuraba ») s’est déroulée du 26 au 31 août 1942. Elle faisait partie de la campagne de la piste Kokoda, en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

La bataille opposa les forces militaires australiennes (soutenues par les États-Unis) aux troupes japonaises du détachement des mers du Sud, du général de division Tomitarō Horii. Vers la mi-juillet 1942, elles débarquèrent autour de Buna et Gona, en Papouasie, avec l’intention de s’emparer Port Moresby, au sud, via la route terrestre.

Tôt dans la matinée du 27 août, sous le couvert du feu d’un canon lourd de montagne et d’un bombardement de mortier, les troupes japonaises attaquèrent et se ruèrent à travers la jungle sur les positions australiennes.

Les sections nord et ouest du périmètre australien du 39ème bataillon étaient détenues respectivement par les compagnies E et B. L’attaque contre la ligne nord de la compagnie E fut repoussée.

La jungle grouillait maintenant de troupes japonaises. Tout au long de la journée, elles se jetèrent, vague après vague, sur la position ouest de la compagnie B.

Alors que les Japonais semblaient ne pas se soucier de leurs pertes (de nouvelles troupes étaient toujours disponibles pour remplacer leurs morts), en fin d’après-midi, la Compagnie B, elle, ne pouvait pas remplacer les siens (ses rangs étant lourdement diminués). À tel point que les Japonais purent, dans un ultime assaut, franchir ses positions.

Juste au moment où tout semblait perdu pour la compagnie B, les troupes de l’AIF (« Australian Imperial Forces ») du « 2/14ème bataillon », arrivèrent à Isurava en renfort. À l’approche de la nuit, les Japonais, dépassés et affaiblis, se retirèrent dans la jungle et abandonnèrent le terrain.


L’HORREUR À MILNE BAY…

Milne Bay

Le 28 août, les Japonais, déchainés, reprennent l’offensive. Prudemment, les fusiliers-marins se retirent de l’aérodrome en construction de Turnbull Field, mais le gardent sous les feux de leurs mitrailleuses.

Le champ de bataille devient informe ; la boue est partout. Il s’apparente de plus en plus au « no man’s land » vécu par les soldats de la Grande Guerre. Les hommes tombent comme des mouches, malades de la dysenterie, des fièvres, du paludisme, mais résistent sur place. Face au courage des fusiliers-marins, la détermination japonaise à percer leurs lignes est un échec. C’est l’horreur sur ce champ de bataille de Milne Bay.

Des hurlements de blessés agonisants se font entendre, mais l’on ne peut pas les secourir. Les snipers redoutés guettent leurs proies. Pourtant dans ce formidable piétinement, dans ce marécage diabolique de sang et de boue, les Australiens stoppent les troupes japonaises.

DU CANNIBALISME AU REPAS ?

Comment les Australiens ont-ils pu résister ? Un seul sentiment peut transcender des hommes pour atteindre une résolution aussi puissante : la haine, la haine de tout ce que représente le camp d’en-face, à l’instar des Poilus français de la Première Guerre mondiale à Verdun (par exemple).

Ici, c’est à Milne Bay que les Australiens ont pris conscience de la barbarie de l’ennemi, qui assassina 37 prisonniers de guerre sur les 37 soldats capturés. Pour la première fois dans l’histoire de la Guerre du Pacifique, les Nippons, pour se nourrir, vont couper des morceaux de viande humaine, alors que ces prisonniers sont encore vivants ! On vient d’atteindre l’horreur absolue ; mais cette éventualité semble avoir été prévue par le Commandement local japonais en cas de pénurie alimentaire, donc…

LA CHAÎNE OWEN STANLEY

Dès le 17 septembre, le ravitaillement n’arrivant plus en raison de la domination aérienne des Américains, les troupes japonaises doivent survivre en mangeant herbes et racines. L’ordre de retraite arrive le 24 septembre.  Les soldats japonais, formés à ne jamais reculer et à se battre jusqu’au bout, fuient en désordre ; chacun cherchant à aller plus vite que ses camarades. Ils parviennent à la rivière Kumusi en loques, enveloppés dans des sacs de riz, pieds nus, leurs estomacs détruits par ce qu’ils ont mangé ; peu arrivent à survivre dans les hôpitaux. Ainsi, cette marche pour franchir la chaîne Owen Stanley se termine en tragédie.

Les effets de la bataille de Milne Bay seront immédiats : le moral des troupes alliées remonte, notamment celui des Australiens sur la piste de Kokoda, mais également celui des Américains engagés à Guadalcanal.

Les répercussions de cette victoire sont immenses en Australie. Les troupes alliées ont battu l’armée du Mikado ! L’enthousiasme et la ferveur sont extraordinaires. Malgré les lourdes pertes, la population a pris conscience que le cours du conflit venait de basculer du côté des Alliés

Pendant ce temps, sur la piste de Kokoda, les troupes japonaises atteignent le village de Ioribaiwa Ridge (à moins de 45 km au nord-est de Port Moresby) et s’en emparent. Les Australiens reculent, mais résistent. Des renforts arrivent dans les deux camps. Le 15 septembre, une grande bataille se prépare près du village, en bord de rivière ; les deux armées sont face à face … C’est une bataille décisive, chacun en a conscience… Mais le 24 septembre au matin, les Australiens constatent que l’ennemi a disparu.

Les Nippons se sont repliés en bon ordre vers les villages de Buna et de Gona, le long de la côte, vers Kokoda, plus à l’intérieur de l’île. Le commandement japonais vient de donner l’ordre à ses troupes de se retirer, pour renforcer les unités engagées face aux Américains à Guadalcanal.

Début octobre 1942, les Australiens lancent une offensive sanglante contre les Japonais en fuite vers le nord, accrochant l’ennemi partout. Les problèmes de ravitaillement sont effrayants : les hommes souffrent de malnutrition (tandis que la dengue, la dysenterie, le paludisme et les fièvres tropicales font des ravages parmi les soldats). Malgré la retraite, malgré les incessantes attaques australiennes, les Japonais résistent et se replient en bon ordre et avec discipline. L’ardeur des Nippons à combattre se détériore lentement mais sûrement… Les mortiers australiens font des ravages… L’ennemi continue sa retraite contrôlée jusqu’à Gona, tandis que le 2 novembre, sur la piste, les Australiens s’emparent de Kokoda et de son aérodrome. A Gona s’engage alors une lutte sans merci. Les Nippons, désespérés, y combattront jusqu’à la mort. Aucun ne se rendra. Mais de toutes façons, ça ne servirait à rien : les Australiens ne font plus de prisonniers.

Le 8 décembre, les unités australiennes attaquent le village de Gona et s’en emparent au prix de lourdes pertes.

Enfin, le 11 décembre 1942, la défense japonaise s’effondre sous les coups de boutoir australiens. Le matériel (de l’artillerie, des munitions et des chars) est arrivé, leur permettant de frapper fort l’ennemi et de le poursuivre. Ils tuent les soldats japonais au fur et à mesure de leur progression, ne leur autorisant aucun répit. Tous les soldats alliés savent ce que les Nippons ont fait à Milne Bay. Les Australiens découvrent les mêmes horreurs dans Gona : corps suppliciés auxquels il manque un bras, une jambe, traces de découpe au couteau sur des corps de prisonniers morts, mais aussi vivants… On murmure (comment est-ce possible ?) qu’à Buna, les soldats ont dû achever des prisonniers dépecés, moribonds, qui gisent à même le sol … Instincts déchaînés de guerriers appartenant à une société se proclamant hautement civilisée… Cette cruauté abjecte allant jusqu’à l’écorchement vif de prisonniers…Les Australiens n’oublieront, ni ne pardonneront jamais…

Après Gona, toutes les troupes et les renforts australiens marchent sur Buna, qu’ils encerclent et qui tombe le 2 janvier 1943. Un certain nombre de soldats japonais réussissent à s’échapper vers les marais autour du village, juste avant sa prise par les Australiens. Les fusiliers-marins les pourchassent, les traquent dans les marécages, et les massacrent jusqu’aux derniers.

La situation devient catastrophique pour les Japonais : la prise de Guadalcanal  est imminente, et les Américains arrivent en Nouvelle-Guinée. Les Japonais décident de sauver ce qu’ils peuvent de leurs conquêtes en Papouasie, et abandonnent la garnison de Guadalcanal  à son destin….

Les Australiens qui remontent la piste de Kokoda endurent un véritable supplice : des pluies torrentielles tombent sans discontinué, rendant leur marche surhumaine.

Le sommet du col est à 2000 mètres d’altitude. Il faut gravir la piste sur des kilomètres pour y arriver ; et le froid devient mordant. Vient ensuite la descente, qui apparaît plus facile. Mais le ciel se couvre d’épais nuages et les orages éclatent, diluant le tracé de la piste qui se fond dans la nature sauvage. Lorsque les conditions climatiques redeviennent correctes, la piste a disparu… Les hommes sont irrémédiablement stoppés. Peu importe ; chaque combattant prend alors une bêche, une pelle, son couteau, sa hache, ou n’importe quel ustensile tranchant, et creuse. On travaille la terre sur des kilomètres pour créer des marches ou un semblant piste… En glissant dans cette boue infâme, il y aura des accidents : des chutes, des membres cassés, mais les hommes progressent. Parfois, un cadavre de soldat japonais apparaît dans une position peu singulière. L’un d’eux a la chair du bras droit manquante ; les restes d’un repas de l’ennemi (cannibalisme japonais ou papou ?) … Les soldats australiens, qui ont perdu tout sens de la réalité, en plaisantent. Un moment de relâchement incongru, mais compréhensible dans un tel moment.

Les Papous sont omniprésents : sur la piste avec les Australiens, dans la jungle enveloppant « cette maudite piste ». Ils répandent la terreur parmi les soldats japonais, qui craignent d’être dévorés vivants à leur tour… Ce qui arrivera quelquefois… Et là, les Australiens fermeront les yeux… Le moral s’améliore parmi les soldats, qui s’encouragent réciproquement : au bout, ils perçoivent la victoire sur l’ennemi exécré.

Quelquefois un homme s’affaisse, victime de l’angoisse, de la peur, ou d’un effondrement nerveux… On le relève aussitôt : il ne doit pas rester là, avec les Papous on ne sait jamais… Enfin, les Australiens atteignent le sommet du col… Ils ne sauront jamais vraiment comment ils ont pu réaliser ce tour de force …

Ils récupèrent, et le 22 janvier 1943, enfoncent l’ennemi (auquel ils vouent une haine impardonnable) à Sanananda.

La campagne de Papouasie est terminée ; elle marquera à tout jamais l’inconscient collectif et l’histoire de l’Australie.

Drapeau du Japon

PERTES

Une plaque érigée le 24 novembre 1977 sur le Kokoda Trail à Imita Ridge dédiée à la mémoire des hommes de la 2ème AIF.

POUR LES AUSTRALIENS

Sur les 30 000 hommes engagés dans la bataille de Kokoda, les Australiens comptabiliseront 625 morts, 1680 blessés, et plusieurs milliers de malades.

POUR LES JAPONAIS

 

 

Sur les 13 500 hommes engagés dans la bataille de Kokoda, les Japonais compteront 6500 morts au combat ou de maladies, et 75 prisonniers.

CONSÉQUENCES

En ce jour 3 novembre 1942, le drapeau australien est hissé à Kokoda.

Cette bataille est la première de l’histoire où l’Australie a dû se battre pour sa propre sécurité.

Elle fut, et demeure pour l’éternité, « l’heure de gloire des Australiens ». Pour les Japonais, à l’inverse, ce fut leur cimetière…

Même si après-guerre, la perspective d’une invasion de l’Australie par le Japon demeurait improbable, c’était un danger que le pays ne pouvait ignorer à l’époque, surtout si, en cas de défaite sur la piste Kokoda, Port Moresby tombait aux mains des forces japonaises.

En 1944, le général Douglas MacArthur annonce que la campagne stratégique pour la Nouvelle-Guinée avait été remportée avec succès, bien qu’il ait reconnu qu’il restait des combats acharnés à venir.

Les soldats australiens, qui étaient en fait peu entraînés, y ont démontré un esprit farouche dans la droite ligne de leurs aînés de l’ANZAC Corps, lors de la Première Guerre mondiale, contribuant à sceller cette bataille dans la mémoire collective et dans l’histoire du pays.

IN MEMORIAM, LEST WE FORGET…

Bruce Steel Kingsbury naît le 8 janvier 1918 à Melbourne (Australie), et meurt le 29 août 1942 à Isurava, (Papouasie-Nouvelle-Guinée). C’était un soldat australien lors de la Seconde Guerre mondiale.

Bruce Kingsburry

Le 29 août 1942, le soldat (Private) Bruce Steel Kingsbury, 24 ans, du 2/14ème bataillon d’infanterie australien, combattait à Isurava, sur la piste de Kokoda, en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Pendant deux jours, son bataillon occupa des positions défensives, sous des attaques japonaises continues et féroces. Le matin du 29 août, les forces japonaises lancèrent un assaut puissant qui traversa le flanc droit du bataillon, et menaça de dépasser les lignes défensives du bataillon.

Avec seulement une poignée de survivants de son peloton d’origine, Kingsbury se porta immédiatement volontaire pour rejoindre un autre peloton chargé de contre-attaquer la percée de l’ennemi.

Armé d’un fusil Bren récupéré d’un camarade blessé, Kingsbury se précipita au-devant des tirs violents des mitrailleuses et des fusils.

Tirant au jugé, il chargea directement sur la ligne japonaise, fauchant des grappes de soldats ennemis et lui causant de lourdes pertes.

Son assaut impétueux ouvrit une brèche à travers les solides positions ennemies, démoralisant ses défenseurs et inspirant le reste de son peloton à charger. Kingsbury poursuivit avec précision le mitraillage des positions japonaises, forçant l’ennemi à se replier.

Son attaque stoppa l’avancée japonaise et permit aux Australiens de stabiliser leurs positions, empêchant ainsi la perte du quartier général du bataillon, et sauvant d’innombrables vies.

Mais alors que les Australiens commençaient à regagner le terrain perdu, Kingsbury fut frappé et tué par un sniper.  

La Croix de Victoria lui fut décernée à titre posthume : « à Kingsbury, pour sa bravoure exceptionnelle ». Sa famille recevra la médaille après qu’elle fut publiée dans la gazette, le 9 février 1943.

Sources :

Mes photos

Photos publique Facebook

https://fr.wikipedia.org/wiki/Campagne_de_la_piste_Kokoda

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Isurava

https://wukali.com/2025/03/17/papouasie-la-piste-sanglante-1942-43-les-australiens-face-aux-japonais-2465/2465/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bruce_Kingsbury

https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Papuan_Infantry_Battalion?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc

 

 

 

 

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