Les Témoins du passe – L’abbaye du Thoronet

LES TÉMOINS DU PASSE

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L’ABBAYE DU THORONET

Abbaye du Thoronet (5)

Le Thoronet

Blason de la ville du Thorone

Blason de la ville du Thoronet

 

Var

Blason des Bouches du Rhône

Blason du département du Var

DIOCÈSE : Fréjus-Toulon.

FONDATION : 1146.

 CONGRÉGATION : Ordre cistercien.

PÉRIODE OU STYLE : Roman cistercien

DÉBUT DE CONSTRUCTION : 1160.

FIN DES TRAVAUX : 1175-1190.

PROTECTION : inscription sur la liste des monuments historiques de 1840.

L’ORDRE CISTERCIEN : vers le 12ème siècle, l’ordre monastique clunisien est à son apogée, et se manifeste ostensiblement par sa puissance, sa gloire, et sa richesse. Un moine, du nom de Robert de Molesme, décide alors de revenir à la règle stricte de Saint Benoît écrite en 534. Celle-là même qui prône l’humilité, l’obéissance, la pauvreté et le juste équilibre entre le travail et la prière. En 1098, il fonde le monastère de Cîteaux, près de Dijon, qui donnera son nom au nouvel ordre (Cistercien). A partir de 1109, Etienne Harding codifie la règle cistercienne.

UN ORDRE EN PLEIN ESSOR

Entre 1113 et 1115, Cîteaux fonde les quatre premières de ses abbayes « filles » : La Ferté, Pontigny, Morimond et Clairvaux. En 1115, Étienne Harding envoie le jeune abbé Bernard à la tête

Bernard de Clairvaux

Bernard de Clairvaux

d’un groupe de moines, pour fonder une nouvelle maison cistercienne dans une clairière isolée près de Bar-sur-Aube : le Val d’Absinthe, qui deviendra « Clairvaux ».

Sous son abbatiat, Bernard, de 1115 jusqu’à sa mort en 1153, confirme avec force la règle de Saint Benoît ; Clairvaux devient alors le centre de l’ordre cistercien, qui essaime à travers toute l’Europe. Dénonçant avec vigueur l’ostentation de Cluny, Bernard de Clairvaux donne l’élan de la rigueur et du dénuement. Chez les Cisterciens, que l’on appelle les « moines blancs », le mot d’ordre est alors le travail et la prière. En 1153, à la mort de Saint Bernard, plus de 160 moines vivent à Clairvaux ; l’ordre cistercien est en pleine ascension : il compte désormais 350 abbayes.

SITUATION

L’Abbaye du Thoronet est une abbaye cistercienne située sur la commune du Thoronet, dans le département du Var (région Provence-Alpes-Côte d’Azur).

Blason de Provence-Alpes Côte d'Azur

Blason de Provence-Alpes Côte d’Azur

CONTEXTE

Avec ses « sœurs provençales », les deux autres étant Silvacane dans les Bouches du Rhône, et Sénanque dans le Vaucluse, l’abbaye du Thoronet est l’une des trois abbayes cisterciennes de Provence. Sa notoriété, elle la doit probablement en grande partie à l’abbé Foulques, mort en 1231. Ce dernier, d’abord troubadour, sera abbé du Thoronet, puis évêque de Toulouse. C’était un proche de Saint Louis, lui-même protecteur de l’Ordre cistercien.

ORIGINES & FONDATION

En 1136, un groupe de 12 moines quitte l’abbaye de Mazan, en Ardèche, pour fonder un monastère qu’ils construiront 15 ans plus tard près de Lorgues. Le 14 avril 1136, Paulin, premier abbé, et sa communauté, s’installent sur la commune de Tourtour, à l’abbaye de Florièyes, près de l’actuel site du Thoronet. Cet emplacement primitif est dû en grande partie aux dons de terrains de la famille de Castellane. La construction débute en 1160 et dure jusqu’en 1230. Au début du 13ème siècle, une vingtaine de moines et quelques dizaines de frères convers vivent dans le monastère.

LES FRÈRES CONVERS : ils représentaient ceux qui étaient chargés des travaux manuels. Les Convers n’étaient pas admis au chapitre et n’intervenaient pas lors des décisions importantes. D’où l’expression « n’avoir pas droit au chapitre ».

ENTRÉE DU DOMAINE

PLAN DE L’ABBAYE

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1- Église abbatiale 5 – Salle capitulaire 9 – Lavabo
2 – Enfeu 6 – Passage 10 – Cellier
3 – sacristie 7 – Escalier du dortoir 11 – Courette
4 – Armarium 8 – Cloître 12 – Bâtiments des convers

 

1 – L’ABBATIALE

ABBATIALE : Une abbatiale, ou église abbatiale, est une église spécialement construite pour une abbaye.

 

EXTÉRIEURS

Dès notre arrivée, l’imposante façade occidentale sobre et fonctionnelle s’impose à notre regard. La bâtisse est simple, épurée, et l’harmonie de ses proportions est étonnante. Au premier abord, son aspect est rude, mais l’édifice dégage une énergie d’une grande puissance, qui s’affiche par la qualité et l’assemblage des pierres taillées, dressées avec soin. Les dimensions de l’église sont modestes : 40 mètres de longueur sur 20 de largeur. Le plan de construction de la bâtisse, en croix latine, se distingue facilement de l’extérieur, car l’église est constituée d’imposants volumes géométriques, ordonnés dans un esprit de précision absolue.

Il n’y a pas de portail central : l’entrée de l’église n’était pas ouverte aux fidèles. On distingue seulement deux portes latérales qui s’ouvrent sur les bas-côtés, celle des convers à gauche et celle des moines à droite. On peut apercevoir aussi, creusé dans le mur sud de l’église, un des rares enfeus extérieurs de Provence.

ENFEU : caveau ou niche, aménagés dans l’épaisseur d’un mur pour y placer un cercueil ou une urne funéraire.

 

Enfeu

Enfeu

INTÉRIEUR

La nef voûtée en berceau brisé est constituée de trois travées, qui s’ouvrent sur les bas-côtés par des immenses arcades. Une 4ème travée est flanquée par les bras du transept, dont chacun débouche sur deux chapelles absidiales. Le chœur liturgique de l’église se termine en abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four, percée de trois fenêtres en plein cintre, symbolisant la Trinité. L’absence de tout décor accentue la pureté des formes.

Il est à noter que, comme dans les églises de Cîteaux et de Clairvaux, les absidioles composant les chapelles du transept s’alignent avec l’abside centrale. Cette forme d’agencement place ainsi le schéma de l’abbatiale du Thoronet dans l’héritage des abbayes fondatrices, et non dans celui d’églises plus élaborées et plus novatrices, à la mode à cette époque. Les offices chantés dans ces lieux étaient accentués par une acoustique exceptionnelle, et rythmaient la vie spirituelle des moines.

La nef est couverte d’une voûte en berceaux brisés, soulignée à chaque travée par un arc doubleau. L’extrémité des arcs aboutit sur des demi-colonnes qui reposent elles-mêmes sur des culots.

En terme d’architecture, le culot désigne un motif décoratif constitué d’arabesques et de feuillages. Il est utilisé dans les frises, les bas-reliefs, et aussi dans d’autres ornements tels que les rosaces, entrelacs …

On découvre le positionnement des stalles contre le mur ; la base des demi-colonnes engagées marque la hauteur des chapelles du transept, créant ainsi une unité à l’ensemble de l’édifice. L’idée d’unité est également inoculée par la lumière qui se répand abondamment par les verrières, et dont la diffusion à travers la nef est accentuée par la voûte en berceau.

 

2 – LE CLOCHER

Le clocher originel date de 1160-1180. Sa flèche de pierre s’élève à plus de 30 mètres.

En 1147, les directives du Chapitre général de 1157 ordonnent : « On ne fera pas de tours de pierre pour les cloches ».

Un siècle plus tard, en 1257, le Chapitre rectifie : « …ni des clochers de bois d’une altitude immodérée, qui déshonorent la simplicité de l’Ordre ».

En 1274, de nouvelles instructions verront le jour ; le Chapitre tolère la construction de clochers modestes et de pierre. Un modèle d’édification rendu nécessaire eu égard à la violence des vents ; comme ceux de Provence.

 

 3 – LA SALLE DES MOINES

A la suite de divers glissements de terrain, il ne reste que très peu d’éléments de cette pièce. La salle des moines du Thoronet pourrait se comparer avec celles des abbayes de Silvacane et de Sénanque, qui sont, elle-aussi voûtées de croisées d’ogives et pourvues d’une cheminée. Les fonctions de cette salle sont multiples : les moines s’y rendent pour y exercer différentes tâches (travaux de couture, artisanat, formation des novices…).

C’est la seule pièce chauffée du monastère, excepté la cuisine ; les moines peuvent y déposer les encriers afin que l’encre ne gèle pas en hiver. Cette salle sert de « scriptorium », lieu où l’on copie les manuscrits.

4 – L’ARMARIUM OU BIBLIOTHÈQUE

Il mesure environ 3 mètres sur 3, et devait contenir de nombreux livres et manuscrits.  Il touche l’église à la hauteur de l’arcade et du cloître, à l’extrémité sud de la salle capitulaire. C’est une salle voûtée qui se démarque par une entrée pourvue d’une fine colonnette supportant un épistyle triangulaire. L’armarium abritait des livres de chœur et divers manuscrits, mais il semble qu’il ait aussi contenu des livres de médecine, de géométrie, de musique, d’astrologie, ainsi que des ouvrages d’Aristote, Ovide, Horace ou Platon.

Dans l’architecture cistercienne ancienne, l’armarium est une pièce de petite dimension se situant entre l’église abbatiale et la salle capitulaire, et débouchant directement dans le cloître. Celui-ci abritait les manuscrits et les livres d’usages liturgique, usuellement utilisés par les moines. L’armarium possédait souvent un placard extérieur de rangement, à proximité de la porte d’entrée de l’abbatiale.

5 – LA SALLE CAPITULAIRE

C’est la salle où se réunit chaque jour la communauté religieuse du monastère. Autour de son abbé, chacun écoute un chapitre de la règle de Saint-Benoît ; celle-ci en compte soixante-treize. C’est le seul endroit où il est autorisé de parler. C’est dans ce lieu que les moines prennent des décisions concernant la communauté. C’est ici aussi que se font les prises d’habits, les professions monacales et l’élection du Père Abbé. Les religieux prennent place sur des gradins, le Père Abbé au centre de la pièce. Les lieux sont propices à l’écoute, car l’acoustique y est excellente grâce aux nervures de pierre de la voûte d’arête. On peut ainsi y parler sans effort…

L’architecture y est des plus élaborée et déjà influencée par le gothique, avec des voûtes sur croisée d’ogives reposant sur deux colonnes aux chapiteaux décorés.

6 – LE DORTOIR

Il se trouve à l’étage au-dessus, et occupe la totalité de l’étage de l’aile des moines. C’est une vaste salle qui est pourvue d’une entrée de jour depuis la galerie orientale du cloître, et un accès de nuit débouchant directement dans l’abbatiale. Le dortoir est surmonté d’une longue voûte en berceau, harmonisée par des arcs doubleaux.

ARC-DOUBLEAU ou ARCDOUBLEAU : C’est un arc perpendiculaire à l’axe de la voûte, et qui prend appui contre les parois intérieures d’un édifice ; il « double » la voûte. On retrouve cette forme de construction notamment dans le style de l’architecture romane.

Arc.doubleau

Arc-doubleau

En entrant sur la gauche, on peut voir dans l’angle sud-ouest, la cellule du père abbé. Quelques marches mènent à une petite pièce construite à l’écart du dortoir principal.

Le dortoir des moines, même s’il jouxte les lieux sacrés du monastère, reste avant tout un endroit voué aux nécessités et aux besoins corporels de ses occupants. En témoigne une abondante luminosité, d’une qualité très différente de celle qui filtre dans l’abbatiale. Dans le dortoir, la lumière se déverse à flot à travers deux rangées d’ouvertures plein cintre. Devant chaque baie prenait place la couche d’un moine. L’emplacement des paillasses est délimité sur le sol par un dallage en pierre.

7 – LE PARLOIR

Il se situe entre le cloître et le jardin extérieur. C’est le seul endroit où les moines pouvaient parler, et où ils se répartissaient les tâches journalières avant de se rendre aux travaux des champs…

8 – LE CLOÎTRE

Le cloître est avant tout un lieu de méditation et de lecture. Il représente le chœur du monastère, et fait le lien entre l’église et les bâtiments de la vie communautaire. L’endroit est austère : en témoigne l’épaisseur des murs dans lesquels prennent place des arcades géminées, pourvues d’un oculus unique au centre des tympans, ainsi que les chapiteaux surmontant les colonnes dépourvus de décorations.

 

9 – LE RÉFECTOIRE

De ce dernier il ne reste plus que des ruines, sans doute car la partie nord de l’abbaye fut édifiée sur un sol plus argileux, donc moins stable. De la même manière qu’à Silvacane et à Sénanque, le réfectoire est parallèle à la galerie du cloître.

10 – LE LAVABO

C’est un des plus purs exemples de lavabo cistercien. Par sa taille et sa forme, il marque un saillant dans l’alignement du préau du cloître, avec lequel il est contigu et communicant. La coupole de pierre de son toit est soutenue par six ogives.

 

11 – LE BÂTIMENT DES CONVERS

Il date du 13ème siècle. En partie restauré, il était constitué d’un réfectoire au rez-de-chaussée et d’un dortoir à l’étage. Il est à noter que la construction du bâtiment des convers est de qualité équivalente à celle des moines, ce qui est inaccoutumé. Il est élevé sur deux échelons : on distingue dans la partie inférieure un réfectoire voûté d’ogives, et dans la partie supérieure un dortoir où la lumière du jour peut filtrer au-travers de nombreuses baies. Il mesure 36 mètres de longueur. Cette robuste bâtisse accueillait des latrines à deux niveaux. Afin de rajuster la forte déclivité du sol, une pièce sera construite au rez-de-chaussée, probablement utilisée comme remise. Elle sert aujourd’hui d’oratoire.

12 – LE CELLIER

C’est de nos jours une longue pièce rectangulaire qui flanque la galerie ouest du cloître. La configuration du bâtiment n’est plus celle d’origine, cette partie de l’édifice ayant connu de nombreux changements et remaniements. Une magnifique voûte en berceau brisé surmonte cette salle. Au 16ème siècle, le cellier devient une cave à vin. Il est à noter l’existence de cheminées de ventilation : celles-ci servaient à l’évacuation des vapeurs d’alcool intempestives.

 

Il reste encore quelques vestiges de l’époque, par exemple des cuves à vin du 18ème siècle, ainsi qu’un pressoir à huile actionné par un système à vis. En effet les moines fabriquaient le vin et l’huile d’olive, principales sources de revenus de l’abbaye.

Blason de la ville du Thorone

Blason de la ville du Thoronet

 

 

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