Le Sacre de Pépin le Bref

LES CAROLINGIENS

Denier de Lyon sous Pépin le Bref

LE SACRE DE PÉPIN LE BREF

Le sacre de Pépin le Bref

Successeurs des Mérovingiens, les Carolingiens (appelés aussi Carlovingiens jusqu’à la fin du XIXème siècle) sont une dynastie de rois francs qui régnèrent sur l’Europe occidentale du VIIIème au Xème siècle.

Le terme carolingien est issu de « Carolus », qui est à la fois le nom latin de Charles Martel (Carolus Martellus), le précurseur de cette dynastie, et celui de son petit-fils Charlemagne (Carolus Magnus), reconnu comme le plus célèbre des rois de cette lignée.

En accord avec l’Église catholique, Pépin le Bref et son successeur Charlemagne furent à l’origine de grandes réformes dans les domaines religieux, administratifs, législatifs et éducatifs.

Fleur de lys

LE SACRE DE 751

Sacre de Pépin le Bref à Saint-Denis (huile sur toile de François Dubois, 1837).

En 750, Pépin obtient le titre de roi des Francs, titre reconnu par le pape Zacharie ; cependant il n’en a pas la légitimité divine. La séparation politique avec la dynastie mérovingienne en demande une nouvelle, religieuse celle-là. Celle qui doit faire consacrer par l’Église la succession naturelle de père en fils. Cette continuité est assurée par le sacre royal, dont l’onction puise son symbole dans celle du baptême de Clovis Ier (premier roi franc mérovingien, vers 500). L’onction, qui représente le sceau d’une alliance particulière entre l’Église et le roi des Francs, est également une référence aux anciens rois hébreux dans une période alors favorable à l’Ancien Testament.

Lire : le baptême de Clovis

En novembre 751, à Soissons, après l’élection de Pépin par l’assemblée des Francs, les évêques des Gaules le sacrent au nom de l’Église catholique. Ils lui donnent une onction en marquant son front avec de l’huile, le « Saint chrême », pour lui transmettre le Saint-Esprit (comme cela se faisait déjà lors d’une cérémonie chez les rois wisigoths de Tolède, ou comme l’onction des rois d’Israël dans la Bible). Par cette onction (probablement administrée par l’archevêque Boniface de Mayence), le roi des Francs est désormais investi par Dieu d’une mission de protection de l’Église.

De plus, le droit divin lui confère une sacralité, dont la traduction politique est de « diriger les peuples que Dieu lui confie selon le dogme catholique, au nom de l’Église ». Mais cette légitimité a un coût politique : celui de protéger et d’aider l’Église et celui qui la dirige, le pape Zacharie. Depuis Rome, celui-ci a donné son approbation au changement de dynastie.

En novembre 751, au champ de mai, à Soissons, Pépin le Bref se fait élire roi des Francs, et acclamer par une assemblée d’évêques des Gaules, de nobles et de leudes (grands du royaume). Pépin devient donc le premier représentant de la dynastie carolingienne.

En l’an 751, Pépin se fait élire roi des Francs lors d’une assemblée d’évêques, de nobles et de leudes.

Après avoir reçu les acclamations du peuple, Pépin se fait hisser sur le pavois, comme le veut l’usage germanique.

L’élévation sous le pavois est un rite, une coutume : celle de montrer un chef en le portant haut dans la foule, debout sur un bouclier, pour que tous l’acclament et le reconnaissent comme chef.

LE SACRE DE 754, UNE CÉRÉMONIE FAMILIALE…

En 753, le pape Étienne II s’est trouvé confronté aux idées expansionnistes des Lombards, qui ont dans Rome de nombreux alliés, et qui revendiquent l’annexion du duché de Rome. Après plusieurs vaines tentatives de négociations avec leur chef Aistolf, les pourparlers subissent un échec.

Étienne II sait qu’il ne peut compter sur le soutien de son protecteur naturel, l’Empereur byzantin Constantin V. Celui-ci s’insurge ; il n’est pas d’accord. Il ne reconnaît ni la domination du pape sur l’Église chrétienne, ni ses droits sur les anciens territoires de l’Empire en Italie. D’après lui, ces territoires sont la propriété de l’Empire d’Orient et Pépin le Bref n’a aucune légitimité pour les céder au pape.

L’Italie en 751

Alors désappointé, le Saint Père se tourne vers les Francs et fait part à Pépin le Bref de son intention de le rencontrer en France pour examiner, avec lui, la situation en Italie.

Le 28 juillet 754, le Saint-Père Étienne II renouvelle le sacre de Pépin le Bref. Cet acte solennel, trois ans après avoir été investi par les évêques, associe les fils de Pépin le Bref au sacre. Charles, le futur Charlemagne, et Carloman partagent la gloire de leur père en recevant eux-aussi l’onction divine. Le roi devient l’élu de Dieu, et par là-même toute la famille est légitimée pour régner sur le peuple franc.

En renouvelant le sacre du roi des Francs trois ans après que celui-ci s’est fait proclamer et investir par les évêques, Pépin le Bref va sceller l’alliance de la papauté avec la lignée  carolingienne.

ÉTIENNE II FRANCHIT LES ALPES…

6 janvier 754 – rencontre diplomatique entre Pépin le Bref et le pape Étienne II

En plein hiver, bravant le froid, la neige et les crues des rivières alpines, franchissant les fleuves tumultueux et les sommets les plus difficiles, l’homme de Dieu ne s’arrêtera face à aucun obstacle, aucun danger… Il deviendra le premier pape à passer les Alpes !

Pour sa part, Pépin le Bref abonde en bienséance et en considération envers le souverain pontife, son prestigieux visiteur. Il envoie à sa rencontre les plus hautes personnalités religieuses du royaume, tel l’abbé Fulrad de Saint-Denis.

En Champagne, près de Langres, le pape est accueilli par le prince Charles, le futur Charlemagne, qui va avoir bientôt douze ans.

Le 6 janvier 754, à Ponthion, près de Vitry-le-François, le roi des Francs se présente en personne et s’avance vers le Saint-Père, descend de cheval, s’agenouille, puis attrape le cheval par la bride pour le guider.

Il reproduit ainsi le geste d’allégeance de l’empereur Constantin le Grand à l’égard du pape Sylvestre Ier.

En ce jour de l’Epiphanie, l’arrivée à Ponthion s’effectue dans l’allégresse générale, au milieu des hymnes et des cantiques.

Un tableau assez singulier se déroule dans l’oratoire du palais : c’est maintenant au tour du Saint-Père de s’agenouiller devant le roi des Francs. Etienne II le supplie de venir à son secours contre ces Lombards qui le menacent. S’ensuivent plusieurs entretiens entre les deux protagonistes, et un premier accord est conclu.

Le lendemain, ils font route vers Saint-Denis, où le souverain pontife s’installera pour l’hiver. (Les moines de l’abbaye de Saint-Denis ont participé à l’éducation de Pépin le Bref, et le roi des Francs y est très attaché).

Basilique Saint Denis

PÉPIN, CARLOMAN, CHARLES ET BERTHE…

Sacre de Pépin le Bref par Étienne II , à Soissons, le 28 juillet 754.

Le 28 juillet 754, Étienne II bénit un nouvel autel de l’abbaye de Saint-Denis, dédié aux Saints Apôtres. Enfin, il renouvelle le sacre de Pépin le Bref, donnant en même temps l’onction à ses deux jeunes fils, Charles et Carloman.

Dans la « Clausula de octione pipinni », un moine de Saint-Denis raconte : « Le seigneur très florissant, le pieux roi Pépin, par l’autorité et l’ordre du seigneur pape Zacharie, de sainte mémoire, par l’onction du Saint-Crème reçu des mains des saints évêques des Gaules et par l’élection de tous les Francs, fut élevé sur le trône royal. Trois ans après, par les mains du pape Étienne, il fut oint et béni de nouveau comme roi et patrice au nom de la sainte Trinité, le même jour que ses fils Charles et Carloman, dans l’église des Saints Martyrs »

Puis, après avoir également oint et sacré la reine Berthe au Grand Pied, le pape « confirma de sa bénédiction, par l’esprit aux sept langes de feu, les premiers d’entre les Francs et leur enjoignit à tous, par la menace de l’interdit et la peine de l’excommunication, de ne jamais prétendre à l’avenir élire un roi né autre que ceux-là mêmes que la divine piété a jugé bon d’exalter et qu’elle a décidé, par l’intercession des Saints Apôtres, de confirmer et consacrer par la main du très saint pontife, leur vicaire ».

C’est ainsi que la dynastie carolingienne succède à celle des Mérovingiens. Suite à cette cérémonie solennelle, les Carolingiens, et eux seuls, sont légitimés par Dieu pour régner sur les Francs.

Pendant deux siècles, ils conserveront cette distinction royale accordée par le Saint- Père, le chef de l’église romaine lui-même.

LES CAROLINGIENS, DÉFENSEURS DE ROME

En 754, au cours de la cérémonie du sacre, Pépin le Bref est fait par le pape Étienne II « Patrice des Romains », titre qui s’applique aussi à ses deux fils. Cette distinction, qui est issue de l’Empire Romain d’Orient, a jusqu’à présent été portée par l’exarque de Ravenne comme représentant en Italie de l’Empire d’Orient.

Ce transfert d’attribution signifie que le pontife change de protecteur. Pour le pape, il s’agit d’une forme d’adoption spirituelle.

Lorsqu’il sollicite Pépin le Bref pour venir à son secours contre les Lombards, le Saint-Père lui écrit ce message : « Vous êtes mes fils adoptifs, venez arracher des mains de mes ennemis ma cité de Rome » (..) Vous que j’aime tant (…) soyez assurés qu’entre tous les peuples celui des Francs m’est particulièrement cher. »

Désormais, c’est sur Pépin le Bref et ses fils que le Saint-Père compte pour défendre Rome. Le roi des Francs y mènera effectivement deux expéditions victorieuses au cours des deux années suivantes.

Par la suite, Charlemagne s’appliquera avec ardeur à honorer la distinction de « Patricius romanorum ».   

Charles Martel


Sources :

Les rois de France des Éditions Atlas (Les Carolingiens).

Photos publiques Facebook

https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9pin_le_Bref

 

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