Guerre de Sécession – La prise de Fort Donelson

Drapeau des Etats-Unis de 1860 à 1863Drapeau-Confédéré

                                                                                      

 

LA GUERRE DE SÉCESSION

(1861-1865)

secession

LA PRISE DE FORT DONELSON

(Du 12 au 16 février 1862)

 

Bataille de Fort Donelson

Bataille de Fort Donelson

 

SOMMAIRE

La prise de Fort Donelson est une des plus importantes batailles du théâtre occidental de la Guerre civile américaine. Elle se déroule du 12 au 16 février 1862 dans le Comté de Stewart, Tennessee. Elle représente une victoire de première importance pour l’Union.

Après la chute du Fort Henry (sur la rivière Tennessee) tombé aux mains des nordistes le 6 février 1862, tous les efforts des troupes fédérales se portent sur le Fort Donelson situé sur la rivière Cumberland. Ce dernier se présente comme une sentinelle isolée qui bloque un couloir donnant accès vers le cœur de la Confédération, du Tennessee, sa capitale Nashville, et son industrie de guerre. L’issue des combats verra la victoire de l’Union permettant ainsi aux forces nordistes d’occuper tout le Kentucky et une bonne partie du Tennessee.

 

SITUATION

Situé dans le Tennessee (Comté de Stewart), près de la frontière avec le Kentucky, le Fort Donelson est un ouvrage fortifié construit sur les rives de la rivière Cumberland.

CONTEXTE

Le 7 mai 1861, l’État du Tennessee rejoint la Confédération des États du Sud. Le Kentucky, l’État voisin situé au nord, a proclamé sa neutralité dès le début des hostilités. Son statut d’État frontalier a été déterminant dans le choix de ne pas choisir un camp. Nonobstant, de nombreux partisans des deux belligérants, se battront dans les deux armées. Violant ainsi la noble neutralité du Kentucky.

Vers la fin de l’année 1861, le Kentucky a perdu à la fois sa neutralité, son rôle de zone tampon et de protection de l’Etat du Tennessee. Dès lors, 35 000 soldats sudistes se positionnent sur un territoire au sud du Kentucky, faisant face à 50 000 nordistes éparpillés dans le reste de l’État.

Le général Ulysses S. Grant, fort de sa victoire à Fort Henry le 6 février 1862, a ouvert la vallée de la Tennessee aux forces de l’Union et leur a donné le contrôle du trafic fluvial jusqu’au-delà de la frontière de l’Alabama. Désormais son objectif est de s’emparer de Fort Donelson, situé sur la rivière Cumberland à 18 kilomètres plus à l’Est.

Bataille de Fort Henry

Bataille de Fort Henry

La prise de celui-ci s’avère ardue, et ne se présente pas aussi simple que pour celle de Fort Henry. En effet, sa garnison est nombreuse (environ 16 000 hommes), son armement et ses retranchements redoutables. Mais sa chute permettrait le contrôle de la rivière Cumberland, ouvrant ainsi la voie aux forces de l’Union pour diriger des assauts directement jusqu’à Nashville.  

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SITUATION GÉNÉRALE DES ARMÉES

DÉBUT 1862

POUR LES FÉDÉRAUX

Drapeau des Etats-Unis de 1860 à 1863

L’armée du Nord, quant à elle, souffre énormément de l’absence d’un chef, d’un commandement centralisé. Trois zones distinctes se répartissent les opérations dans l’Ouest, et sont divisées en trois départements respectifs :

Celui du Kansas est placé sous les ordres du brigadier-général David Hunter (1802-1886). Celui du Missouri est commandé par le major-général Henry Wager Halleck (1815-1872) et celui de l’Ohio par le brigadier-général Don Carlos Buel (1818-1898).

Au début de l’année 1862, ces trois chefs n’ont toujours pas trouvé un accord sur une stratégie pour mener à bien leurs actions dans l’Ouest.

POUR LES CONFÉDÉRÉS

Drapeau-Confédéré

Dès le début de l’année 1862, toutes les forces sudistes, de l’Arkansas jusqu’au Cumberland Gap (lieu où se rencontrent les frontières des trois États, du Kentucky, du Tennessee et de la Virginie), sont placées sous les ordres d’Albert Sydney Johnston. Mais son armée est éparpillée sur un front très étendu. Sur son flanc gauche se trouvent Léonidas Polk (1806-1864) et ses 12 000 hommes. Sur son flanc droit, à Bowling Green (dans le Comté de Warren, Tennessee), les 4000 hommes de Simon Bolivar Buckner (1823-1914). Les cours des fleuves Tennessee et Cumberland sont défendus respectivement par les forts Henry et Donelson. Il est évident que ces deux ouvrages ne doivent en aucune manière tomber entre les mains des ennemis : les deux rivières doivent rester sous contrôle confédéré.

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SITUATION DES ARMÉES EN FÉVRIER 1862

DANS LE TENNESSEE

 

POUR LES FÉDÉRAUX

Drapeau des Etats-Unis de 1860 à 1863

LE PLAN DE BATAILLE

Pour l’Union, après la chute de Fort Henry, la prochaine étape est la prise du Fort Donelson, qui lui ouvrirait un accès direct à Nashville par la rivière Cumberland. C’est le général Grant qui en est l’instigateur. Mais son supérieur, le général Halleck, qui voit en lui un rival, n’est pas d’accord et considère son idée trop risquée. Halleck souhaite que l’attaque du Fort se fasse une fois que l’armée de Grant et celle de Don Carlos Buell seront réunies. Mais ce dernier tardant à bouger, le second informe son supérieur son intention de donner l’assaut le 6 février, puis de revenir à Fort Henry le 8.

Seul, sans renfort ou un quelconque soutien de l’Armée de Buell, il dira : « Le Fort Henry est à nous, je compte prendre et détruire le Fort Donelson le 8 »

Annonce quelque peu préconçue car contrairement à ce qu’il a annoncé, ce ne sera que le 12 février qu’il déclenchera son assaut, soit 6 jours après la prise de Fort Henry. A son corps défendant, Grant doit patienter. Le mauvais temps gêne considérablement le ravitaillement de ses soldats et, en outre, sa flottille, sous les ordres du commodore Andrew Hull Foote (1806-1863), a subi d’importantes avaries lors de la prise du Fort Henry et doit réparer.

Escadre navale du Mississippi

Escadre navale du Mississippi

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LES COMMANDANTS

 

– Major-general Henry W. Halleck (1815-1872).

– Brigadier-général Ulysses S. Grant (1822-1885).

– Amiral Andrew H. Foote (1806-1863).

– Brigadier-général John A. McClernand (1812-1900).

– Brigadier-général Charles F. Smith (1807-1862).

– Brigadier-général Lew Wallace (1827-1905).

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LES FORCES

ARMÉE DU TENNESSEE

C’est l’une des armées de l’Union pendant la Guerre Civile américaine (1861-1865). Placée sous les ordres d’Ulysses S. Grant, elle restera sous son commandement jusqu’à la victoire de Vicksburg, en 1863. Elle prend son nom de la rivière Tennessee, et évoluera sur le théâtre ouest du conflit. A sa création, elle comprend des divisions du district militaire de Cairo (Illinois), rattachées au « Department of Missouri ». Elle prendra successivement le nom d’ « Army of West Tennessee » pour devenir « Army of the Tennessee ». En 1864, l’armée passera sous le commandement de William T. Sherman ; elle sera dissoute le 1er août 1865.

On ne doit pas faire la confusion avec l’Armée confédérée du Tennessee du même nom, « Army of Tennessee », mise sur pied le 20 novembre 1862. Cette armée était alors la principale force sudiste située entre les Appalaches et le fleuve Mississippi, et tire son nom de l’État du Tennessee.

L’armée du Tennessee, du district du Caire, est composée de trois divisions commandées respectivement par les brigadiers généraux McClernan, Charles F. Smith et Lew Wallace. Soit au total 25 000 hommes, dont 15 000 opérationnels immédiatement dès le début de la bataille.

La flottille de canonnières de l’Ouest (escadre navale du Mississippi) est placée sous les ordres de l’amiral Andrew H. Foote. Elle se compose de :

– Quatre canonnières blindées (L’USS St. Louis, l’USS Carondelet, l’USS Louisville, et l’USS Pittsburgh).

– Trois canonnières à coque en bois (L’USS Conestoga, l’USS Tyler et l’USS Lexington).

– Deux canonnières en cours de réparation, à cause des avaries subies lors de la bataille de Fort Henry, le 6 février (l’USS Essex et l’USS Cincinnati).

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POUR LES CONFÉDÉRÉS

Drapeau-Confédéré

 

 

 

LES COMMANDANTS

 

– Général Albert Sydney Johnston (1803-1862).

– Brigadier-général John B.Floyd (1806-1863).

– Brigadier-général Gidéon Johnson Pillow (1806-1878).

– Brigadier-général Simon Bolivar Buckner (1823-1914).

– Brigadier-général Bushrod Johnston (1817-1880).

 -Lieutenant-colonel Nathan Bedford Forrest (1821-1877).

LES FORCES

Les forces confédérées sont constituées de 10 brigades, ce qui représente environ 17 000 hommes. Deux de ces unités et une brigade de cavalerie viennent de Fort Henry. Il faut noter que cette dernière est placée sous les ordres de Nathan Bedford Forrest.

LE FORT DONELSON

Il est baptisé du nom du brigadier-général Daniel Smith Donelson, celui-là même qui a entrepris son édification en 1861, et qui a choisi le lieu de sa construction.

Situé sur la rive gauche de la rivière Cumberland, il culmine sur une butte d’une hauteur de 30 mètres. Comparé au Fort Henry, le Fort Donelson a l’avantage de ne pas être en terrain inondable et de surplomber son adversaire. Cette position lui permet d’envoyer des tirs courbes et plongeants sur les navires qui s’aventurent à sa portée, dans sa ligne de visée.

Deux batteries ferment le couloir navigable sur la rivière. La première est composée de 3 obusiers de 32 livres et d’un « columbiad » de 10 pouces, la seconde de 9 canons de 32 livres et d’un canon rayé de 6,5 pouces. (Il est à noter que le « columbiad » et le canon rayé ont une portée de tir nettement supérieure aux canons de 32 livres). Enfin, la défense du fort contre les assauts terrestres est constituée de lignes de tranchées fortifiées, ainsi que des canons de campagne.

Columbiad de 15 pouces

Columbiad de 15 pouces

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LE TENNESSEE

« L’État des Volontaires»

 

Drapeau_du_Tennessee

 

 

 

16ème État Capitale : Nashville.

Date d’Entrée dans l’Union : 1er juin 1796.

La contrée était autrefois habitée par différentes tribus amérindiennes (à l’origine ce sont les premiers autochtones ayant occupé le continent américain). On distingue plusieurs peuples comme les Chicachas, les Creeks et les Cherokees.

Au milieu du 16ème siècle, les Espagnols explorent le territoire. D’abord en 1540 par le conquistador Hernando de Soto (né en 1496 ou 1497-mort en 1542), puis en 1673 par les Français Louis Jolliet (1647-1700) et Jacques Marquette (1637-1675) qui descendent le fleuve Mississippi.

En 1673, suite au Traité de Paris, la région devient propriété de la couronne d’Angleterre.

Vers 1760, de nombreux pionniers viennent s’établir dans la vallée de l’Holston, de la Watauga et de la Nolichucky. Parmi les premiers, on cite le célèbre Daniel Boone (1734-1820) qui explorera et colonisera le futur Kentucky.

En 1769 est créée la première colonie permanente à Watauga.

En 1772 un district indépendant voit le jour, la « Watauga Association », qui sera annexée par la Caroline du Nord en 1776.

En 1779, la première ville de l’État, Jonesboro, est fondée par des Caroliniens du Nord.

Après la Guerre d’Indépendance, la partie occidentale du Tennessee est cédée par la Caroline du Nord au gouvernement des États-Unis. La partie orientale, où se situe un gouvernement indépendant, devient en 1784 l’«État de Franklin ».

En 1788, la contrée est à nouveau administrée par la Caroline du Nord, et devient « Territoire au sud de la rivière Ohio » (Territory South of the River Ohio), ou Territoire du Sud-Ouest.

Le 1er juin 1796, le Tennessee intègre l’Union et devient le 16ème État américain.

État esclavagiste, le Tennessee essaie tout d’abord d’éviter la Sécession, et sera un des derniers à rejoindre la Confédération des États du Sud. Son territoire sera au cœur des combats, et d’importantes batailles auront lieu sur son sol, comme Fort Donelson (Février 1862), Chattanooga (novembre 1863), Franklin (novembre 1864) et Nashville (décembre 1864).

En mars 1866, le Tennessee sera le premier État confédéré à être réadmis au sein de l’Union.

En 1865, c’est au Tennessee que le Ku Klux Klan, société secrète sudiste, verra le jour.

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LA BATAILLE

LE 1er JOUR

Le 12 février, les forces de l’Union cantonnées à Fort Henry se mettent en route. Elles doivent se diriger vers Fort Donelson avec à leur tête Ulyses S. Grant. Celui-ci laisse en réserve derrière lui la division de Lew Wallace, encore incomplète, et qui doit être renforcée par une brigade détachée sur les unités de l’Ohio. 15000 hommes, 8 batteries et des unités de cavalerie attendent les canonnières nordistes qui redescendent la rivière Tennessee pour rejoindre la Cumberland. Ces renforts fluviaux porteront les troupes yankees à environ 25 000 hommes. Les soldats de l’Union avancent d’environ 5 miles (8 km) sur les deux routes séparant les deux forts. Toute la journée, leur marche est entravée par les assauts répétés de la cavalerie confédérée de Nathan Bedford Forrest qui a été envoyée par Buckner. Les cavaliers sudistes attaquent  la division de McClernand ; après un bref combat, ils se retranchent à l’abri dans les fortifications. Le retrait de la cavalerie confédérée permet aux troupes de l’Union de s’approcher au plus près des premières lignes de défenses sudistes. Les forces de Grant commencent à resserrer l’étau autour du Fort Donelson en essayant de bloquer tous les issues de fuites possibles des défenseurs sudistes. Sur la droite de Grant se trouve la division de McClernand, et sur la gauche celle de Charles F. Smith.

Grant sait que la partie qui commence ne sera pas de la même envergure qu’à Fort Henry. Le site de Donelson n’est en fait qu’un immense camp entouré de palissades. En outre, deux batteries surplombant la rivière, pourvues de 12 canons lourds, protègent le complexe fortifié. Il est évident que si la flottille de l’amiral Andrew H. Foote venait à se présenter, elle subirait un puissant tir de barrage. Les fantassins de l’armée de Grant se verraient alors contraints de franchir les lignes de tranchée ceinturant le fort, et d’endurer de lourdes pertes. Arrivé le 12 février, Grant établit son QG sur le côté gauche du front, à la maison du Widow Crisp.

C’est l’USS Carondelet qui est la première canonnière à se présenter sur la rivière. Immédiatement, elle déclenche plusieurs salves d’obus sur le fort, ce qui lui permet d’évaluer les défenses confédérées, puis elle s’éloigne afin d’éviter la riposte sudiste.

LE 14 FÉVRIER, DÉSASTRE NAVAL SUR LA CUMBERLAND !

Grant, qui a reçu 10 000 hommes de renforts, assiège et ceinture le fort afin d’empêcher les hommes de la garnison de s’enfuir. Il demande à ses canonnières qui sont maintenant en position de combat, de bombarder les lignes ennemies. Dans l’après-midi, les cuirassés naviguent sur le fleuve en direction de Fort Donelson. Ils se présentent sur deux lignes, les Timberclads (coques en bois) laissant partir devant eux les ironclads (coques en métal).

Ironclads

Ironclads

Les canonniers sudistes attendent que les assaillants se trouvent à moins de 400 mètres de leurs pièces d’artillerie pour riposter. Le tir des confédérés est précis et dévastateur, et les canonnières de l’Union subissent de plein fouet le feu des canons lourds qui se trouvent en surplomb. Les batteries surélevées du fort envoient leurs obus sur les parties vulnérables des navires cuirassés de la flottille nordiste. Les cibles se trouvant trop en hauteur, les bateaux, situés en contrebas, ne peuvent élever leur tir et répondre efficacement ; la hausse de leurs pièces d’artillerie s’avère insuffisante. Tout au contraire, les canons confédérés occasionnent de gros dégâts sur les navires de l’Union. Nombre de cheminées sont détruites ou endommagées, les pièces surélevées sont brisées, ce qui occasionne de nombreuses avaries parmi les unités nordistes. Les navires mis hors de combat sont retirés du théâtre de la bataille.

Plan de la bataille le 14 février

Plan de la bataille le 14 février

Au total, 500 coups seront tirés et vont endommager 3 cuirassés. L’USS St Louis sera touché à 59 reprises. Son gouvernail est brisé et le bâtiment dérive inexorablement vers l’aval. L’USS Louisville est désemparé : il a été percuté à son tour par 36 coups au but. Les confédérés emploient la technique du tir à ricocher : les obus frappent leur cible au niveau de l’eau, ce qui produisant ainsi de nombreuses inondations. L’USS Carondelet sera le dernier à quitter les lieux du combat, ayant été pour sa part frappé par 54 projectiles ; il combattra jusqu’au retrait de la flottille.

Les forces de l’Union déploreront la perte d’une cinquantaine de marins : 8 morts et 44 blessés. Du côté confédéré, il y aura peu de dégâts, et aucune perte.

La flottille d’Andrew H. Foote est défaite, et les défenses sudistes sont toujours intactes. Malgré tout, la situation sur le champ de bataille demeure inchangée. Grant maintient sa pression en poursuivant le siège, ce qui empêche les assiégés de recevoir des secours. Une seule alternative reste possible pour la garnison du fort : soit elle tente une percée, soit elle capitule.

Le lendemain, la décision est prise de risquer un assaut des lignes nordistes, afin de briser le blocus fédéral.

LE PLAN DES CONFÉDÉRÉS

Il consiste, dans un premier temps, à transpercer l’aile droite du dispositif de l’Union, ensuite à reculer vers l’Est, pour rejoindre des territoires où d’autres positions sudistes sont retranchées. La division de Buckner doit tout d’abord donner l’assaut, puis servir d’arrière-garde afin de protéger la retraite du gros des forces sudistes qui vient de percer. Pour exécuter cette périlleuse manœuvre, Buckner devra détacher un de ses régiments, le 30ème Tennessee, qui prendra position dans les tranchées, puis s’efforcera de contenir les assauts des forces fédérales.

Situation le 15 février au matin

Situation le 15 février au matin

LE 15 FÉVRIER, TENTATIVE DE PERCÉE DES CONFÉDÉRÉS

La nuit du 14 au 15 février est particulièrement glaciale. Les soldats de l’Union, qui se trouvent dans la position d’assaillants, souffrent énormément des conditions climatiques. Ils ont jusqu’alors supporté des températures assez clémentes pour la saison. Sans moyens efficaces pour se prémunir de cette aggravation du froid, leur résistance est mise à rude épreuve. Ils essaient alors de se réchauffer du mieux qu’ils le peuvent, sans se rendre compte des mouvements de l’ennemi qui commence à bouger. Il leur est défendu d’allumer un feu sous peine d’être aussitôt la cible des tireurs d’élite. Pendant ce temps, les Confédérés s’attroupent et réunissent une partie de leurs forces sur la droite des positions nordistes.

Situation le 15 février dans l'après-midi

Situation le 15 février dans l’après-midi

Le plan confédéré est mis à exécution et soudain, au petit matin, les sudistes, avec à leur tête Gidéon Johnson Pillow, se lancent à l’assaut de l’extrême droite des positions fédérales. La division de McClernand, prise au dépourvu, est submergée. Malgré une résistance tenace, les nordistes plient et reculent. Ils découvrent alors une brèche béante dans leurs rangs, le long de la rivière, sur le flanc droit. Celui-là même que les cavaliers de Nathan Bedford Forrest combattent à pied. La charge confédérée est telle qu’elle parvient à repousser son ennemi de 2 à 3 kilomètres vers l’Ouest. Il faudra attendre midi pour voir les lignes de l’Union se stabiliser.

MAIS OU EST GRANT ?

Grant ne se doute pas de ce qui se prépare, et n’envisage pas un seul instant qu’un assaut terrestre puisse être déclenché par les Confédérés. Le matin du 15 février, il se lève tôt pour aller rendre visite au commodore Andrew H. Foote sur son navire amiral, situé plus en aval. Il abandonne le champ de bataille pour une courte durée, en laissant des instructions strictes : aucun de ses généraux ne doit engager le combat en son absence. Nonobstant, il néglige de désigner un commandant en second pour parer à toute éventualité.

Grant et l’amiral Foote discutent des événements et de la poursuite des combats sur l’escadre des cuirassés de la flottille fédérale. Ils ne se doutent pas le moins du monde que la bataille de Fort Donelson a déjà commencé.

Lorsqu’on vient l’avertir des derniers événements, Grant se précipite pour organiser la contre-attaque. Lorsqu’il est de retour, il est 13 heures. Il constate alors avec étonnement que le général confédéré Pillow a stoppé sa charge, et que ses hommes ont regagné leurs positions de départ. En effet, conscient de la désorganisation de ses troupes et des pertes qu’il vient de subir lors de la tentative de percée, Pillow a préféré rebrousser chemin, malgré un départ d’attaque encourageant.

Tout d’abord, Grant envoie des renforts pour combler la brèche, celle-là même que McClernand vient de créer à son insu et malgré sa résistance opiniâtre. Soutenu par le bombardement des canons de la flottille de l’escadre cuirassée, il reprend tout le terrain perdu. Sur son aile droite il envoie trois brigades, flanquées chacune par une brigade de soutien, charger les lignes d’assaut sudistes. Lorsqu’arrive le soir, les troupes de l’Union ont annexé les tranchées défendues par le 30ème  du Tennessee.

Aucun gain de part et d’autre ; c’est le statu quo, alors que 4000 soldats restent à terre parmi les morts et les blessés. Un grand nombre, laissés sur le sol gelé, périront dans des conditions horribles, dues au grand froid. Les Confédérés, eux, sont démoralisés par tant d’efforts vains et de pertes considérables…

Les généraux confédérés Floyd, Buckner et Pillow l’ont bien compris ; ils prennent donc la décision de ne pas se risquer dans une nouvelle tentative de percée : celle-ci serait du suicide. L’effet de surprise n’est plus de circonstance ; les forces de l’Union sont maintenant prêtes à toute éventualité, et renforcées. L’étau s’est refermé sur Fort Donelson. Pourtant le général John B.Floyd parvient, par un tour de baguette magique, à faire embarquer 1500 de ses hommes sur un bateau vapeur et à s’échapper sur le fleuve. Quant à Gidéon Johnson Pillow, il décidera de s’enfuir tout seul dans une chaloupe, accompagné de son état-major, en n’oubliant pas de céder le commandement du fort à l’infortuné Simon Bolivar Buckner.

Ce dernier, avant de capituler, placera une partie de ses troupes sous les ordres de Nathan Bedford Forrest ; ils réussiront à s’enfuir  à cheval  par un gué, le Lick Creek, au matin du 16 février.

LE 16 FÉVRIER, LA CAPITULATION SANS CONDITION

La situation de Buckner est délicate, voire désespérée. Il déclare que s’il doit attaquer de nouveau, il pense n’être en mesure de résister que 30 minutes en subissant un taux de pertes de 75%. La seule solution acceptable pour lui et ses hommes, c’est une capitulation honorable…

Au matin du dimanche 16 février, Simon Bolivar Buckner envoie un message à ses assaillants.

Lors de la reddition du fort, lorsque Buckner demandera à Grant : « Quelles sont les conditions d’armistice ? », la réponse de ce dernier est brutale : « …votre courrier de ce jour proposant un armistice et l’établissement de commissions pour discuter des termes de la reddition vient de me parvenir. Aucune condition autre qu’une capitulation sans condition et immédiate ne saurait être acceptée. Je me propose d’occuper immédiatement vos positions… ».

Cette réponse lui vaudra son surnom de « Unconditionnal Surrender », jeu de mot avec les initiales de ses prénoms, « US ».

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PERTES

POUR LES FÉDÉRAUX

Drapeau des Etats-Unis de 1860 à 1863

Les pertes totales s’élèvent à 2691 hommes.

 

Dont :

– 507 morts.

– 1976 blessés.

– 208 prisonniers ou disparus.

POUR LES CONFÉDÉRÉS

 Drapeau-Confédéré

 

Les pertes totales s’élèvent à 13846 hommes.

Dont :

– 327 morts.

– 1127 blessés.

– 12392 prisonniers ou disparus.

– 48 pièces d’artillerie.

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BILAN & CONSÉQUENCES

La chute de Fort Donelson, 10 jours après celle de Fort Henry, marque une nouvelle victoire pour le Nord. Toutes deux sont à mettre à l’actif du général Ulysses S. Grant ; c’est un triomphe personnel… C’est aussi la première victoire majeure pour l’Union depuis le début de la guerre, qui en avait vraiment besoin à un moment où à  l’Est, la Confédération engrange les victoires. Un tiers des forces confédérées du Tennessee est paralysé. La voie vers Nashville, vers le Sud profond et son industrie de guerre, est grande ouverte.

Le 23 février, les forces sudistes du Tennessee, quatre fois moins nombreuses que celles des Yankees de Don Carlos Buell, ne peuvent freiner l’invasion. Albert Sydney Johnston est contraint

Don Carlos Buell

Don Carlos Buell

d’évacuer Nashville sans combattre. Il abandonner ainsi un centre d’armement confédéré capital ; le Président Jefferson Davis ne décolère pas… Nashville sera la première capitale d’un des États rebelles à être occupée par les forces nordistes. Bien évidemment, pour les Confédérés, c’est un désastre…

Quelques jours plus tard, John Pope s’empare de Columbus (capitale de l’Ohio) désertée par l’armée sudiste. Cette cité, appelée le « Gilbraltar du Mississippi », était le verrou protecteur de la ville de Memphis puis de Vicksburg. Désormais, le Kentucky et une bonne partie du Tennessee sont annexés à l’Union. Coupée en deux, la Confédération n’a plus la maîtrise des eaux du Mississippi. Dès lors, le Tennessee semble bel et bien perdu !

 

 

Le Président Jefferson Davis dira: « Events have cast on our arms and hopes the gloomiest of shadows. »

 

Dans le Sud, la défaite est âprement ressentie. Les forces confédérées sont contraintes de reculer plus au sud. L’armée sudiste a perdu presque un tiers de ses troupes, et ce qui reste est maintenant divisé en deux parties, distantes l’une de l’autre d’environ 300 kilomètres.

Dans le Nord, l’on fera sonner les cloches des églises et des feux d’artifices seront tirés pour fêter l’événement. On notera que cette bataille a démontré toute la nécessité et le bien fondé de conduire des opérations terrestres judicieusement appuyées par la marine fluviale.

Pour ce fait d’arme, Abraham Lincoln élèvera Ulysses S. Grant au grade de général de division. Il sera ainsi placé au second rang de l’armée de l’Ouest, juste après le général Halleck, qui en sera contrarié et jaloux. La victoire de Donelson à l’Ouest donne à l’Union une grande victoire stratégique à un moment crucial. Pendant ce temps, sur le front de l’Est, dans la péninsule et dans la vallée de la Shenandoah, les fédéraux vont essuyer défaites sur défaites…

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