La Croisade des Albigeois – Amaury VI de Montfort

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             La Croisade des Albigeois            

(1208-1244)

Amaury VI de Montfort

(1195-1241)

 

GRANDES FIGURES DE LA CROISADE DES ALBIGEOIS

 

Le Midi de la France en 1209, après la mort de Raymond V

 


Albigeois : nom donné au 12ème siècle aux cathares du Languedoc

 

LE CATHARISME, UNE MENACE POUR L’ÉGLISE ET POUR LE ROI

PROLOGUE

Vers le milieu du 12ème siècle, alors que l’Europe est dominée par une profonde et ardente foi catholique, le Midi toulousain est gagné par une hérésie toute aussi enflammée, le Catharisme. Cette nouvelle religion, qui apparaît vers le 12ème siècle dans les Balkans, s’appuie essentiellement sur une dualité. Ses disciples, « les Parfaits », croient en deux principes divins opposés : d’une part un monde spirituel avec un Dieu bon, celui de l’Évangile, et de l’autre un monde matériel et corrompu avec un prince du mal et des ténèbres, Dieu de l’Ancien Testament. Les valeurs morales et l’austérité de ses adeptes contrastent avec l’opulence et le relâchement des représentants de l’Église catholique. Les cathares rejettent les sacrements, les indulgences, le purgatoire et le culte des saints. Ils ne glorifient point le sacrifice de la croix, et ne reconnaissent pas le pape comme le successeur légal des apôtres. Refusant le concept de propriété et condamnant le serment, ils sont considérés comme subversifs par la société féodale et par la royauté. Les fondations du christianisme vont chanceler, au point de décider le pape Innocent III à déclarer les « Bons Hommes » et les « Bonnes Dames », hérétiques.

En France, lorsque les croyances cathares apparaissent, la chrétienté est partagée au sein de l’Église et une grande divergence d’idées demeure entre les Français du Nord et les gens du Midi. Alors que ceux du Nord admettent la foi catholique romaine, dans les régions du Sud l’on a adopté l’« arianisme » depuis les premières heures du christianisme. Cette disparité va opposer le Languedoc à l’autorité de Rome, et faire de lui un foyer où les hérésies et les schismes vont se développer sans contrainte.

C’est à Arius (256-336), théologien alexandrin, que l’on attribue au début du 4ème siècle le courant de pensée théologien, l’« arianisme ». Sa pensée assure que si Dieu est divin, son fils Jésus, lui, est avant tout un humain mais possède cependant une part de divinité. C’est en 325 que le Concile de Nicée, rassemblé par l’empereur Constantin, rejeta l’« arianisme » jugé hérétique.

 

L’ÉTINCELLE

C’est vers le début du 13ème siècle, en 1204, que le pape Innocent III demande au roi Philippe Auguste (Philippe II) de mener une croisade contre les hérétiques cathares du Languedoc. Pour mener à bien la lutte contre cette nouvelle religion qui fait vaciller les dogmes de l’église catholique, le pape nomme dans cette région les légats apostoliques Pierre de Castelnau et Arnaud Amaury. Le sud de la France va alors s’embraser dans une guerre fratricide, qui opposera ses habitants et ses seigneurs aux forces de l’Église Catholique qui ont pris la Croix. Plus connue sous le nom de Croisade des Albigeois, cette guerre dévastera le midi et durera plus de 30 ans. La région sera dévastée, pillée et ruinée. Les années de destructions et de combats vont plonger le pays dans la famine et l’appauvrissement. Avec autant de morts et de désolation, peut-on parler de génocide ? Même de nos jours, il est difficile de faire ressortir un véritable coupable de cette triste page de notre histoire.

Philippe II Auguste

Vers 1204, le diacre de Mirepoix demande à son seigneur, Raymond de Pareille, de rebâtir le Château de Montségur. Il est probable qu’ayant eu connaissance des projets du pape les concernant, les Parfaits (nom attribué ironiquement par les inquisiteurs aux Cathares), voulaient disposer d’un abri sûr pour s’y réfugier en cas de persécutions. Ces derniers préféraient se faire appeler « les Bonnes Dames et les Bons Hommes ».

 

PREMIER APPEL A LA CROISADE

L’expédition porte officiellement le nom d’«Affaire de la Paix et de la Foi» (en latin, negotiumpacis et fidei).

Innocent III promet les mêmes indulgences que pour un pèlerinage à Jérusalem. Philippe II refuse la proposition ; il est trop occupé dans son combat avec les Plantagenêts et ne prend pas part à la croisade contre l’hérésie cathare. Il préfère se tenir en retrait, ne voulant pas écorner son image en guerroyant contre des gens qui sont ses sujets. Il n’est pas d’accord avec le pape qui s’apprête à s’investir dans une affaire intérieure au pays, et il le lui fait savoir. Mais il accorde néanmoins sa bénédiction à ses vassaux et ne s’oppose pas à ce que l’abbé Guy des Vaux-de-Cernay recrute parmi les barons du nord.

Le légat pontifical Pierre de Castelnau essaie alors de se tourner vers Raymond VI de Toulouse, afin que celui-ci prenne la tête d’une force armée destinée à soumettre l’hérésie cathare. Mais le comte de Toulouse, descendant du notoire Raymond IV de Saint-Gilles, chef de la Première Croisade en terre sainte, réfute l’offre du pape, arguant qu’il ne veut pas combattre ses propres sujets. Jugé trop complaisant envers les ennemis de l’Église, il sera excommunié. Fait inédit dans l’Histoire, pour la première fois une croisade est dirigée contre des disciples du Christ. Cet événement ne semble pas troubler les contemporains de cette époque ; il est vrai que l’hérésie cathare ne peut être tolérée.

Raymond IV de Toulouse

Le choix d’Innocent III va se porter sur Simon de Montfort, un petit seigneur d’Île-de-France. Ce dernier va mettre le Languedoc à feu et à sang.

Simon IV de Montfort

 

 LES CROISES SUR LES ROUTES DU LANGUEDOC

Trois grands suzerains féodaux règnent alors sur le Languedoc : Pierre II d’Aragon, qui est aussi comte de Barcelone, de Gévaudan, de Roussillon, et seigneur de Montpellier, Raymond VI, comte de Toulouse, et Raimond-Roger Trencavel, vicomte de Béziers, de Carcassonne et d’Albi. En 1202, la sœur du roi Pierre d’Aragon, Eléonore d’Aragon, épouse le comte de Toulouse. Par ce mariage, les deux seigneurs deviennent beaux-frères.

 

CHRONOLOGIE

PRÉLUDE

– 5 février 1205 : Folquet de Marseille (1155-1231)  devient évêque de Toulouse.

 

Folquet de Marseille

 

Folquet de Marseille

1206 : Dominique de Guzman, « futur Saint Dominique », (né en 1170 à Caleruega, non loin de Silos en Castille, et mort à Bologne le 6 août 1221) s’établit à Notre-Dame de Prouilhe à Fangeaux, dont il deviendra le curé en 1214. Il ouvrira un refuge destiné à recevoir les femmes cathares après leur conversion.

Monastère de Prouilhe

1207

– Printemps 1207 : lors d’une rencontre avec des Cathares, Dominique parvient à les convertir.

– 29 mai 1207 : Accusé d’être complaisant à l’égard des Cathares, Raymond VI de Toulouse est excommunié par Pierre de Castelnau, légat du pape Innocent III ; ce dernier jette l’interdit sur ses terres.

– mai 1207 : Innocent III confirme par lettre la sentence d’excommunication de Raymond VI de Toulouse.

 

LA CROISADE DES BARONS DU NORD

1208

– janvier : Raymond VI requiert vainement le pardon de l’Église.

– 14 janvier : alors qu’il traverse le Rhône près de Saint-Gilles à Trinquetailles, le légat Pierre de Castelnau est assassiné par un homme à la solde du Comte de Toulouse. Cet événement est considéré comme le déclencheur de la Croisade des Albigeois.

Pierre de Castenau

– 10 mars : Pierre de Castelnau est canonisé. (Bulle d’Innocent III contre les assassins de Pierre de Castelnau). Toutes les tentatives du pape pour ramener les hérétiques au sein de l’Église catholique ont échoué. A la cour de France comme à Rome, on est décidé à mettre un terme aux ambitions d’indépendance du Languedoc.

Déclaré martyr par Innocent IV, puis béatifié, Pierre de Castelnau est célébré le 15 janvier dans les diocèses de Carcassonne et de Nîmes.

 


RUINE ET DÉVASTATION DU MIDI

1209

– Au printemps : le cœur de l’armée croisée se réunit à Lyon. Tandis que le gros des troupes se forme, Arnaud Amaury prend le commandement de l’expédition.

– 18 juin : acte de soumission de Raymond VI à l’Église ; il est publiquement flagellé et humilié à Saint-Gilles.  Nonobstant, il rejoint la croisade et prend la croix.

–  22 juin : afin de protéger ses terres de la convoitise des barons du Nord, Raymond VI se joint à l’armée croisée, et ne peut donc pas être attaqué.

– 22 juillet : prise de Béziers. La population est massacrée. On dénombrera entre 20 000 et 30 000 morts.

« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », telles auraient été les paroles du chef de la croisade Arnaud Amaury (ou Arnaud Amalric), légat pontifical et abbé de Cîteaux, lors de la prise de la ville de Béziers, le 22 juillet 1209. Selon le moine chroniqueur Cistercien Césaire de Heisterbach, qui fit un récit de cette croisade soixante ans plus tard, cette phrase aurait été lancée par le légat sous les remparts de la ville. L’ordre fut fidèlement exécuté et 30 000 personnes, hommes, femmes et enfants, furent massacrées. Le récit du moine allemand n’ayant été confirmé par aucun témoin contemporain, il y a tout lieu de penser que ces paroles, d’un humour très noir, ne furent jamais prononcées.

– 1er août : début du siège de Carcassonne. Tentative de médiation, sans succès, de Pierre d’Aragon entre Raimond-Roger Trencavel et les croisés d’Arnaud Amaury.

Carcassonne

– 15 août : capitulation de Carcassonne privée d’eau. Raimond-Roger Trencavel est fait prisonnier, et enfermé dans une de ses propres basses-fosses.

Reddition de Carcassonne

– fin août : à l’instigation d’Arnaud Amaury, Simon de Montfort prend la tête de la Croisade. Il  devient le nouveau vicomte de Carcassonne, Béziers, Albi et Razès.

Arnaud Amaury

– En automne : la « quarantaine » (service militaire obligatoire de 40 jours) s’achève pour un grand nombre de croisés, et les rangs de l’armée du Christ se disséminent. La résistance occitane en profite pour se réorganiser. Les « faydits » désertent leurs bastions, devenus vulnérables, pour gagner les forteresses de montagne difficiles à investir.

Prise de Carcassonne

Lors de la croisade des Albigeois, les « Faydits » étaient des chevaliers et des seigneurs du Languedoc qui avaient été dépossédés de leurs biens, fiefs et terres par les soldats croisés. Ils se rallièrent à la résistance occitane et luttèrent contre les armées venues du Nord.

 

SIMON DE MONTFORT LE LION

– Septembre : reddition de Fanjeaux.

– Septembre : les habitants de Castres font allégeance à Simon de Montfort.

Prise de Pamiers au comte de Foix, Raimond-Roger de Foix.

1211

CONCILE DE MONTPELLIER

En 1211, le concile se réunit à Montpellier pour statuer sur le cas du Comte de Toulouse. Bien que Raymond VI se soit rallié à la croisade, les faveurs du synode ne penchent toujours pas de son côté. L’assemblée, réunie pour la circonstance, maintient donc sa sentence d’excommunication envers lui. Cette décision est assortie d’une charte qui devra être respectée point par point par le Comte de Toulouse et ses descendants. Cette pénitence est qualifiée de « Charte Infâme » par les Toulousains.

– avril : bataille de Montgey.

Victoire des troupes du Comté de Foix, placées sous les ordres de Raymond-Roger de Foix, face aux forces de l’armée croisée.

Bataille de Montgey

– 3 mai : prise de la forteresse de Lavaur par Simon IV de Montfort. 400 cathares périssent sur le bûcher.

Dame Guiraude

La guerre devient impitoyable ; bûchers et massacres se multiplient. Avec la prise de Lavaur on atteint un sommet dans la cruauté. Les 80 défenseurs de la ville sont pendus ; la dame de Lavaur (Guiraude de Lavaur, dite aussi Guiraude de Laurac), figure emblématique de la résistance des Albigeois, bonne catholique, est livrée aux soudards, puis jetée, poignets liés, dans un puits. Les 400 « Parfaits » qui ont refusé de renier leur foi sont brûlés sur un bûcher ; il sera le plus important de la Croisade. On les enjoindra vainement à se convertir, et, comme à Minerve, ils iront à la mort en chantant.

Cathares sur le bûcher

– 5 juin : Raymond II Trencavel abandonne tous ses droits sur Carcassonne et Béziers à Simon IV de Montfort.

– 15 juin : l’armée des croisés bat celle du Comte de Toulouse devant la ville de Toulouse. Simon IV de Montfort commence le siège de la ville.

– 29 juin : Simon IV de Montfort quitte le siège de Toulouse et part ravager, en représailles, le comté de Foix.

– Septembre : premier siège de Castelnaudary.

Victoire des Croisés de Simon IV de Montfort face aux troupes assiégées de  Raymond VI de Toulouse.

Une pierrière manœuvrée par les croisées

1212

Guy des Vaux de Cernay devient évêque de Carcassonne.

– Arrivée dans le Languedoc de Pierre des Vaux de Cernay (chroniqueur de la Croisade des Albigeois. Il a participé à la 4ème croisade (1202-1204) ; il est le neveu de Guy des Vaux de Cernay.

–  Avril : Simon IV de Montfort reçoit des nouveaux renforts et se lance à la conquête de l’Albigeois et du Quercy.

– Les armées croisées sont victorieuses à Montcuq, Moissac, Castelsarrasin et Agen.

– Printemps : Chute de Puylaurens. Les croisés dominent la Gascogne et le Béarn.

– Retour d’Arnaud Amaury comme archevêque de Narbonne.

– A Pamiers, Montfort décrète l’abrogation des coutumes du pays d’Oc au profit de celles du nord de la France.

– Eté : Simon IV de Montfort conquiert l’Agenais.

– 25 juillet : Montfort s’empare de Penne-en-Agenais. Après un siège de 50 jours, la ville capitule.

– Décembre à Pamiers : Simon IV de Montfort fait rédiger une charte, « les statuts de Pamiers ». C’est une abrogation des coutumes civiles et religieuses des régions annexées dans le Midi au profit de celles du  nord de la France.

1213

– 12 septembre : bataille de Muret (Haute Garonne).

Bataille de Muret

Victoire des troupes croisées de Simon IV de Montfort, sur celles de Pierre II d’Aragon le catholique, du Comte de Toulouse Raymond VI, de Raymond Roger Comte de Foix, et de Bernard IV de Comminges. Le roi d’Aragon, Pierre II, perdra la vie lors du combat.

Plan de la bataille de Muret

En sortant victorieux de la bataille de Muret,Simon IV de Montfort annonce les débuts de la domination française sur l’Occitanie, et la fin des prétentions territoriales de la couronne d’Aragon au nord.

Armes d’Aragon

1214

– La région de Foix est à nouveau saccagée. Raymond Roger, Comte de Foix, se soumet à l’Église ; son château est investi et concédé en gage au légat du pape, qui le donnera par la suite à Simon de Montfort.

Blason de la ville de Foix

– Avril : le pape ordonne l’arrêt des combats. Nouvelle cessation des hostilités à la demande d’Innocent III. En novembre, le futur Concile de Latran décidera du sort du Languedoc.

– juin : Simon de Montfort s’empare de Marmande, Casseneuil, et rétablit son autorité sur l’Agenais.

1215

– 8 janvier : le Concile de Montpellier attribue provisoirement les biens de Raymond VI de Toulouse à Simon IV de Montfort.

Dominique de Guzman, futur « Saint Dominique », chargé par le pape d’extirper définitivement l’hérésie cathare, fonde l’ordre des dominicains.

– Toulouse accueille le premier contingent de frères prêcheurs, fondé par le futur Saint Dominique.

– 11 novembre : ouverture du 4èmeConcile de Latran.

– Appel du pape à la 5ème croisade vers l’Égypte (1217-1221).

– 30 novembre : clôture du 4èmeConcile de Latran.

4ème Concile de Latran

– 15 décembre : à l’issue du Concile de Latran, le pape Innocent III lègue définitivement le comté de Toulouse, le duché de Narbonne, les vicomtés de Carcassonne et de Béziers à Simon IV de Montfort. Le marquisat de Provence est donné à Raymond VII de Toulouse, le fils de Raymond VI de Toulouse.

 

 

LE CONCILE DE LATRAN

Le 4ème concile du Latran (du 11 au 30 novembre 1215). Sur l’initiative du pape Innocent III, le 4ème Concile du Latran est considéré comme le plus important concile du Moyen Âge. Durant trois semaines il va statuer sur les principes fondamentaux de l’église catholique et restaurer les mœurs en Occident. Les dogmes (expressions de la foi proclamées solennellement par l’Église) seront abordés par le pape ainsi que les sacrements, la réforme de l’Église, la conduite des prêtres et des fidèles, la croisade, le statut des juifs et des homosexuels.

1216

16 juillet : mort du pape Innocent III.

1217

– Eté : raids de Simon IV de Montfort dans l’Ariège.

-Juillet : l’armée de Simon IV de Montfort part guerroyer dans la vallée du Rhône contre le Comte de Valentinois, Aymar II de Poitiers. Le chef des croisés se bat du côté de Viviers, Montélimar, puis assiège Crest.

– septembre : siège de Toulouse.

Profitant de l’éloignement de l’armée du Nord, les Toulousains se révoltent, et demandent de l’aide à Raymond VI. Le comte, bientôt rejoint par son fils Raymond VII, parvient à s’infiltrer dans la ville, où il organise sa résistance. Rappelé en catastrophe, Simon IV de Montfort rejoint son frère Guy de Montfort qui vient de débuter le siège de la ville.

1218

Mort de Simon de Montfort

– 25 juin : percuté par un projectile lancé par une pierrière actionnée par des femmes, Simon IV de Montfort décède aux pieds des remparts de Toulouse.

Siège de Toulouse

– 26 juin : Amaury de Montfort succède à son père à la tête des armées du Nord.

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Amaury de Montfort

– 25 juillet : levée du siège de Toulouse. Amaury de Montfort se replie sur Carcassonne.

Pierrières, mangonneaux et trébuchets. Au soir du 25 juin 1218, une grande effervescence règne derrière les remparts de Toulouse. La cité fête les femmes qui ont actionné, lors de la bataille, la pierrière qui a propulsé le projectile meurtrier et tué Simon de Montfort, le chef de l’armée des Croisés. Cet engin diabolique, qui s’inspire du principe du balancier, est dans sa version primitive d’une redoutable efficacité. Il est doté d’un bras mobile fixé sur une poutre verticale. Une des extrémités est chargée d’un bloc de pierre ou d’un boulet, et sur l’autre, plus courte, l’on a fixé un système de câbles. Les servants actionnent l’engin en tirant un coup sec sur les cordes pour propulser le projectile. Avec le temps, la machine va subir des transformations et se perfectionner grâce à l’intervention de véritables ingénieurs. Elle change de nom et devient mangonneau. Un détail qui fait toute la différence, car la force motrice fournie par l’homme est remplacée par un contrepoids qui se substitue à la traction humaine. Enfin, elle prend le nom de trébuchet lorsque la présence de l’homme n’est plus demandée. Des projectiles de cent kilos peuvent alors être envoyés à plus de deux cents mètres avec une précision millimétrée. L’engin se révèle alors très efficace contre les murailles, et devient la hantise des villes assiégées. Il ne sera supplanté qu’avec l’avènement de l’artillerie.

 

 

Pierrière

 

Mangonneau

 

 

 

Trébuchet

 

LE PRINCE LOUIS ENTRE EN LICE

– A la demande du pape Honorius III, le futur Louis VIII, fils du roi Philippe Auguste, donne son aval pour continuer la croisade.

Louis VIII

Honorius III

1219

– Mai : Louis VIII arrive dans le Languedoc à la tête d’une forte troupe, composée d’une vingtaine d’évêques, une trentaine de comtes, six cents chevaliers et dix mille archers.

– 2 juin : le prince héritier Louis rejoint Amaury de Montfort qui assiège Marmande.

Siège de Marmande

– 10 juin : reddition de Marmande ; cinq mille habitants sont massacrés et la ville est incendiée.

– 16 juin : début du 3ème siège de Toulouse par le prince Louis et Amaury de Montfort.

– début août : après avoir été à maintes reprises victorieuses, les armées croisées échouent devant Toulouse. La ville demeure insoumise. La quarantaine achevée, le futur roi Louis VIII repart pour le nord de la France. Dès lors, Raymond VII entreprend la reconquête du royaume de son père.

1220

– Naissance de Jeanne de Toulouse, fille de Raymond-le-Jeune (Raymond VII) et de Dona Sancha d’Aragon.

–  13 juillet : second siège de Castelnaudary, mené par Amaury de Montfort.

– Révolte des habitants de Béziers contre le légat Conrad de Porto.

Raymond-le-Jeune s’empare de Lavaur, de Puylaurens, et de Montréal.

1221

prise de Montréal par Raymond-le-Jeune.

prise de Minerve par Raymond-Roger de Foix.

– 6 août : mort de Dominique de Guzman (Saint Dominique).

Dominique de Guzman

 

VERS LE RATTACHEMENT DU LANGUEDOC A LA COURONNE

1222

– 2 août : mort de Raymond VI de Toulouse ; son fils Raymond VII lui succède. Ce dernier va continuer de guerroyer contre les armées croisées d’Amaury de Montfort afin de récupérer son héritage. Il demandera au roi de France Philippe II, Auguste, de lui en accorder la légitimité.

Roger-Bernard de Foix continue la lutte et  reprend Fangeaux, Limoux et Pieusse.

1224

Amaury de Montfort se retranche dans Carcassonne assiégée.

Amaury de Montfort

– 14 janvier : après avoir perdu presque toutes les conquêtes de son père, il finit par quitter le midi de la France pour toujours.

1225

– Juin : avant de partir pour le Languedoc, le roi rédige son testament pour ses fils cadets.  D’importantes concessions constituent l’apanage royal. Le partage se fera comme suit : l’Artois ira à Robert de France, le Poitou et l’Auvergne à Alphonse de France, enfin l’Anjou et le Maine à Jean de France.

Robert d’Artois

– 29 novembre : début du Concile de Bourges pour régler l’hérésie cathare. Raymond VII réitère sa requête auprès du pape. Mais ce dernier se heurte à Amaury de Montfort, qui fait valoir ses droits en Occitanie et espère voir ses possessions du comté de Toulouse récupérées par la couronne de France.

– Mort d’Arnaud Amaury à l’abbaye de Fontfroide.

En juin 1225, Louis VIII vient de dicter son testament. Il ne pense pas alors à rendre son âme à Dieu. Pourtant sa vie touche à sa fin ; sa mort prématurée, au retour du siège d’Avignon, va déconcerter tout son entourage. Alors que le roi se meurt, il règne à la cour du monarque une vive inquiétude quant à sa succession et à l’avenir de la dynastie. Chez ses proches, une rumeur enfle selon laquelle il aurait été empoisonné.

1226

– 28 janvier : fin du Concile de Bourges. Raymond VII, n’ayant pas satisfait aux conditions imposées par le pape Honorius III, est excommunié.

Louis VIII prend la croix contre les Albigeois.

– Avril : promulgation d’une ordonnance, la première en France, qui condamne les hérétiques à être suppliciés par le feu.

– 17 mai : Louis VIII rassemble l’ost à Bourges, et prend le commandement de la nouvelle croisade dans le midi.

– 28 mai : l’armée royale atteint la ville de Lyon.

– 6 juin : les croisés mettent le siège devant la cité rebelle d’Avignon. Cette dernière refuse de se rendre.

– 10 juin : début du siège d’Avignon.

Siège d’Avignon

– 9 septembre : reddition d’Avignon après un siège de trois mois. A la suite de la chute de la ville, de nombreuses cités, comme Nîmes, Castres, Carcassonne et Albi, déposent les armes et se rallient au roi, qui soumet ainsi le Languedoc et s’empare du Toulousain.

Reddition d’Avignon

– Octobre : le roi quitte le Midi pour s’en retourner à Paris.

– 29 octobre : Louis VIII fait étape à Montpensier, en Auvergne, où il tombe gravement malade.

Louis VIII

– 3 novembre : souffrant de dysenterie et sentant sa mort prochaine, le roi organise sa succession. Il confie la régence à sa reine Blanche de Castille, et fait jurer à ses proches d’être fidèle à son fils aîné, encore mineur, le futur Louis IX (Saint Louis), et de le faire sacrer roi.

 

Blanche de Castille

 

Louis IX remettant la régence à sa mère, Blanche de Castille

– 8 novembre : mort de Louis VIII le lion.

 

 

Mort de Louis VIII

AMAURY VI DE MONTFORT

(1195-1241)

 

 

DYNASTIE

Maison de Montfort-l’Amaury.

Armes de la couronne de France

NAISSANCE ET FAMILLE

Amaury de Montfort naît vers 1195 et meurt en 1241 à Otrante, en Apulie. Il est le fils aîné de Simon IV de Montfort (1160-1218) et d’Alice ou (Alix) de Montmorency (vers 1174-1221).

Alice ou (Alix) de Montmorency (blason)

Depuis le 10ème siècle, la famille de Montfort possède tout l’ouest du Hurepoix (ancien pays de France situé au sud de Paris, dans l’actuel département de l’Essonne). En Île-de-France, Simon IV de Montfort est un des principaux vassaux du roi Philippe Auguste ; il est gruyer royal (officier public) de la forêt d’Yvelines. Sa mère, Amicia de Beaumont, issue du baronnage anglo-normand, est sœur et cohéritière de Robert de Leicester. Quant à son fils, Amaury de Montfort, à son titre de Baron de Montfort vient se rajouter, par sa mère, celui de Comte de Leicester.

TITRES

Comte de Montfort, comte titulaire de Toulouse, vicomte d’Albi, de Carcassonne et de Béziers et connétable de France.

MARIAGE ET DESCENDANCE

En 1220, à Carcassonne, il épouse Béatrix de Viennois (1205-1248). De cette union naîtront 5 enfants :

Jean 1er de Montfort ( en 1249).

– Marguerite de Montfort (1235-1289).

– Laure de Montfort.

– Adéla de Montfort (en 1279).

– Pernelle de Montfort (en 1275).

 

VAINCRE L’HÉRÉSIE CATHARE

Fils aîné de Simon de Montfort, Amaury de Montfort participe à la Croisade contre les Albigeois. En 1218, après la mort de son père, il hérite de ses conquêtes et devient le nouveau chef élu de l’armée des croisés. Il ne pourra pas s’imposer face aux forces toulousaines commandées par Raymond VI, puis par celles de son fils Raymond VII. En 1224, il capitule lors du siège de Carcassonne, mené par les Comtes de Toulouse et de Foix.  Amaury quittera le Midi de la France après avoir perdu presque toutes les conquêtes de son père. Il cèdera au roi Louis VIII  tous ses droits sur les terres languedociennes acquises par Simon de Montfort.

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