Les Croisades – Aliénor d’Aquitaine

 

600px-Cross-Pattee-alternate_red.svg600px-Cross-Pattee-alternate_red.svg

LES CROISADES

(1095 – 1291)

Croisé

Croisé

ALIÉNOR D’AQUITAINE

(1122 ou 1124 – 1204)

 

« La grand-mère de l’Europe Féodale »

 

Armes d'Alienor d'Aquitaine

Armes d’Aliénor d’Aquitaine

 

Lire :

1 – Des origines à l’appel du pape Urbain II

2 – La Première Croisade

3 – La Deuxième Croisade

PROLOGUE

Louis VI était encore vivant, mais plus pour très longtemps. Il souffrait de dysenterie, une maladie provoquée par un excès de ripaille riche et abondante. Cette épreuve douloureuse annonçait sa mort prochaine, lorsqu’il reçut au château de Béthisy-Saint-Pierre (forêt de Compiègne) un messager venu d’Aquitaine. Ce dernier lui apportait le testament du duc Guillaume X qui venait de trouver la mort en faisant un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. A la lecture du précieux document scellé, le roi prit connaissance des dernières volontés du duc :

« Je désire laisser mes filles Aliénor et Péronelle sous la protection du roi mon seigneur. Je désire (s’il plaît à mon seigneur), qu’Aliénor soit mariée au seigneur Louis, fils du roi, et je lui donne l’Aquitaine et le Poitou ».

« Extraits des Chroniques de France  »

La mort de Guillaume X

La mort de Guillaume X

En écoutant les dernières paroles du seigneur d’Aquitaine, Louis VI leva les yeux au ciel et prononça ces mots :

« Je vous remercie, ô mon Dieu, de me donner avant ma mort ce repos et cette consolation de laisser mon fils établi en puissance, et marié à l’héritière d’un si riche domaine qui va agrandir le beau royaume de France ».

« Extraits des Chroniques de France »

Louis VI, malade, peut rendre son âme en paix !

Gisant de Louis VI

Gisant de Louis VI, le Gros

Il est vrai que les chevaliers d’Aquitaine ne tarissaient pas d’éloges sur la duchesse Aliénor. Elle jouissait d’une inestimable renommée, on la disait la plus belle et la plus séduisante. Dotée d’un sourire plaisant, d’un regard exquis, de manières nobles et gracieuses, elle était pourvue d’un esprit pétillant et cultivé, privilégiant l’amour de la poésie, les fêtes et les fleurs. Une véritable bénédiction pour le roi qui se mourait…

Aliénor d'Aquitaine

Aliénor d’Aquitaine

Petite-fille du notoire troubadour Guillaume d’Aquitaine, Aliénor hérite d’une écrasante succession. Propulsée à la tête du plus beau duché d’Occident, elle est déjà femme quand son père agonisant, le duc d’Aquitaine, la place sous la protection du roi de France, Louis VI. Elle épousera son fils, le futur Louis VII, réputé pour avoir été le monarque le plus morose de son époque. C’est le couple le plus mal assorti qu’on puisse imaginer. Tous les hommes sont amoureux d’elle, excepté le roi son époux, qui a des apparences et des mœurs de moine.

DYNASTIE

Maison de Poitiers.

NAISSANCE ET FAMILLE

Née vers 1122 au château de Belin près de Bordeaux, et morte le 31 mars 1204 à Poitiers, Aliénor est la fille du duc Guillaume X d’Aquitaine (1099-1137) et d’Aénor de Châtellerault (1103-1130). Elle est seule héritière d’un grand et riche duché qui s’étale de la Loire aux Pyrénées.

TITRES :

Duchesse d’Aquitaine du 11 avril 1137 à sa mort, le 31 mars 1204.

Reine des Francs du 1 août 1137 au 21 mars 1152.

Reine Consort d’Angleterre du 25 octobre 1154 au 6 juillet 1189.

 

MARIAGE

 

1 – ALIÉNOR, REINE DE FRANCE

 

Louis VII

Louis VII

Le 25 juillet 1137, Aliénor d’Aquitaine (ou de Guyenne) épouse à Bordeaux le futur roi de France Louis VII. Par ce mariage (ils ont le même âge), la duchesse d’Aquitaine apporte en dot à la couronne de France, la Guyenne, la Gascogne, le Poitou, le Périgord et le Limousin

Aliénor d'Aquitaine

Aliénor d’Aquitaine, cathédrale de Poitiers

Louis VII, dit « le Jeune » (parce qu’il est le fils cadet de Louis VI), surnommé aussi « le Fleuri », est destiné dès son enfance à embrasser une carrière ecclésiastique. Il reçoit donc une éducation de clerc à l’abbaye de Saint-Denis. Les années de sa jeunesse s’écouleront dans la solitude des cloîtres, la retraite, l’isolement et la prière. De cette empreinte monastique, Louis conservera un tempérament austère, une profonde piété et peu d’enclin au maniement des armes. Pas de quoi réchauffer le cœur et la couche de sa jeune épouse, Aliénor d’Aquitaine.

 

 

ALIÉNOR REINE DES FRANCS

Belle, intelligente, ayant reçu une éducation distinguée, elle est pourvue d’un caractère excessif et libre. Ce qui est tout le contraire de celui du roi, dévot, froid et monacal. Dès son installation à la cour de France, Aliénor y impose les us et les coutumes de celles de Poitiers qu’elle prétend plus raffinées et moins mélancoliques. Elle déclare bientôt qu’elle ne limitera pas ses prétentions aux seuls attraits d’une belle souveraine. Elle veut dévoiler sa véritable personnalité, et afficher sa différence aux regards des seigneurs du royaume. Elle se devra de rayonner dans les jeux, faire acte de présence auprès du roi et chevaucher avec grâce et courage un noble destrier. Elle préside aux joutes et aux tournois, auxquels participent des chevaliers qu’elle fait mander d’Aquitaine et du Poitou.

Devenue une femme mûre, Aliénor est désormais consciente de sa puissance. Elle désire s’asseoir sur un trône où elle règne par sa beauté, et briller de tout son éclat de reine. A sa cour, elle écoute les chants des ménestrels, et s’enrichit des récits et contes des troubadours. Aliénor y répand de nouvelles habitudes alimentaires (les confitures) et vestimentaires (les couleurs deviennent éclatantes et les décolletés échancrés apparaissent). La jeune souveraine introduit de nouveaux jeux de toutes sortes, modifiant totalement l’ambiance jusqu’alors un peu morose de l’entourage de Louis VII.

Pour Aliénor, se contenter de l’affection de son roi qu’elle croit alors aimer, ce n’est pas suffisant; elle veut le pouvoir…

LES PREMIÈRES DIFFICULTÉS DU ROI

– En 1138, Louis VII se querelle avec l’éminent abbé Bernard de Clairvaux ; il dénie l’élection de l’évêque de Poitiers. Enfin, pour l’évêché de Langres, le roi octroie son investiture à un moine de l’abbaye de Cluny et non au postulant proposé par Bernard de Clairvaux.

Louis VII

Louis VII

– C’est en 1140 que surgissent les premières complications. Louis VII prend position dans une rivalité familiale qui oppose les petits-enfants de Guillaume le Conquérant. Matilde et Etienne de Blois, tous deux prétendants, revendiquent le trône d’Angleterre. Son choix se portera sur Matilde. En échange, Louis agrandira le domaine royal en recevant comme rétribution le Vexin, aux limites de la Normandie, l’Île-de-France et la place forte de Gisors. Mais Etienne de Blois, voulant faire reconnaître ses droits, débarque en Normandie. Louis VII renie son alliance avec Matilde, et traite avec Etienne en se faisant certifier la possession du Vexin. Face à cet imbroglio, le conflit ne s’éteindra qu’avec la disparition des deux partis.

Louis VII se fâche aussi avec son vassal Thibaut de Champagne. La cause en serait un problème d’adultère entre la jeune sœur d’Aliénor d’Aquitaine et le mari de la nièce du comte de Champagne.

 

– En 1141, au siège de Bourges, Louis VII décide de faire introniser son propre prétendant contre Pierre de la Châtre, élu du chapitre de la cité, et appuyé par le pape Innocent II. Ce dernier excommuniera le Capétien. En 1142, Pierre de la Châtre trouve alors refuge en Champagne. Après avoir envahi le comté, Louis VII brûle Vitry-en-Perthois. Cependant, pour obtenir la levée de l’interdit sur ses terres, il se voit contraint d’accepter l’élection de l’archevêque de Bourges.

 

DE CETTE UNION NAÎTRONT :

Marie de France, comtesse de Champagne (1145 – 11 mars 1198). En 1164, elle épouse Henri 1er de Champagne, comte de Troyes, dit « Le Libéral ». Elle sera régente du Comté de Champagne de 1190 à 1197.

 Marie de France, comtesse de Champagne

Marie de France, comtesse de Champagne

Alix de France, comtesse de Blois (1150 – 1195). En 1164, elle épouse Thibaud  V de Blois dit « Le Bon » (1129-1191), comte de Blois (1152-1191) et de Chartres, sénéchal de France.

 

ALIÉNOR ET LA  DEUXIÈME CROISADE

 

LES PROVOCATIONS DE LA REINE

Les comportements volages qu’on lui prête avec certains de ses chevaliers attisent chez le roi des soupçons de jalousie à son encontre.  (Certains chroniqueurs lui attribuent une aventure avec l’évêque de Poitiers Gilbert de la Porrée, et avec le connétable d’Aquitaine Saldebreuil).

Aliénor d'Aquitaine

Aliénor d’Aquitaine

Dès les débuts du mariage, elle exerce un grand ascendant sur son époux, très entiché, qu’elle pousse à prendre la Croix et à partir pour la Terre Sainte.

Avant son départ, Aliénor s’est évertuée à parcourir son duché d’Aquitaine afin de rassembler ses vassaux et les convaincre de participer à l’expédition. C’est ainsi qu’au printemps 1147, elle accompagne le roi lors de la Deuxième Croisade.

Combats entre Chrétiens et Musulmans

Combats entre Chrétiens et Musulmans

– 11 juin 1147 : départ de Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine pour la Deuxième Croisade. De nombreux nobles en font de même et partent en Terre Sainte accompagnés de leurs dames et de leurs servantes. L’armée qui débarque en Orient est donc composée en majorité de femmes.

 

C’est avec un grand émerveillement que la belle d’Aquitaine séjourne à la cour de l’Empereur byzantin Manuel Comnène. Elle est subjuguée par les fastes et l’éclat de la vie orientale à Constantinople.

Arrivée des Croises à Constantinople

Arrivée des Croises à Constantinople

Durant cette période, on lui prête une liaison avec son oncle et ancien tuteur, Raimond de Poitiers, prince d’Antioche. En apprenant cette nouvelle, le roi, dépité et courroucé, renonce à reprendre le comté d’Edesse (acte dénoncé, selon les historiens comme une faute politique). Louis VII décide alors de se lancer vers Jérusalem. Face au refus d’Aliénor de le suivre, ce dernier doit l’entraîner de force. La campagne se soldera par un échec écrasant. Après la défaite de l’expédition, le couple royal prend le chemin du retour dans deux navires distincts. Le trajet sera riche en péripéties. La nef d’Aliénor est capturée par des navigateurs byzantins lors d’une bataille entre Roger II de Sicile et l’Empereur Manuel Comnène. Délivrée aussitôt par les Normands, elle se retrouve en Sicile avec le roi. Les relations du couple royal sont brouillées et la discorde règne.

1148

L’INCIDENT d’ANTIOCHE

Au printemps, la Croisade fait une halte de dix jours à Antioche, où le couple royal est accueilli par Raymond de Poitiers, oncle d’Aliénor, prince d’Antioche. Durant le séjour, l’oncle et la nièce s’entendent comme deux « larrons en foire » et passent beaucoup de temps ensemble. Une certaine ambiguïté naît alors de cette relation, et le roi commence à nourrir des soupçons sur la fidélité de son épouse ; une querelle longtemps entretenue éclate entre les deux époux. Louis VII désire quitter Antioche pour se diriger vers Jérusalem. Aliénor refuse de suivre son mari, prétextant qu’elle ne veut pas laisser son oncle. C’est lors de cette altercation que la reine fait allusion au degré de consanguinité qui existe dans leur couple. Cet argument, rédhibitoire pense-t-elle, lui donnera le cas échéant le droit de demander l’annulation de leur mariage.

Hautaine et enjouée, Aliénor semble outrager par sa bonne humeur la morosité monacale du Capétien. Tant d’insouciance indigne le roi. Sous peu, les empressements du prince d’Antioche vont aller au-delà des attentions d’un oncle et de la considération d’un vassal ; et Louis devient jaloux. Lorsque Raymond de Poitiers demande au roi de lui prêter main forte pour repousser le sultan d’Iconium « Nûr al-Dîn », qui veut s’emparer d’Antioche, de Damas et des Etats Latins, Louis répond : « J’ai fait vœu (…) de ne guerroyer contre qui que ce fût, jusqu’à ce que j’aie accompli mon pèlerinage à Jérusalem ». Le prince d’Antioche demande alors à la reine d’insister pour lui. Le roi indigné s’adresse à sa reine : – Quoi ! Vous comptez pour si peu l’accomplissement d’un vœu ?… Quel intérêt vous presse pour Raimond ? Nous avons séjourné trop longtemps à sa cour ; il est temps de partir. – Partez, dit Aliénor ; pour moi je n’ai pas fait de vœu, et je reste ; que prétendez-vous en alliant tant d’austérité à tant de jalousie ? Ne puis-je me reposer chez mon oncle après la fatigue de cette longue route, sans que vos soupçons m’y assiègent ? – Si vous êtes innocente, prouvez-le en me suivant, répète le roi. – Il me convient de rester et non de partir, répond Aliénor. Les altercations se renouvèleront plusieurs fois de la sorte et la reine osera parler de séparation : « Nous sommes parents, dit-elle, et, si vous me persécutez, je réclamerai ; je pourrai alors rester là où il me plaît ». Elle obéira de gré ou de force malgré tout ; le roi la fera enlever. Elle retrouvera son époux plus loin, au-delà d’Antioche.

« Extraits des Chroniques de France »

 

ALIÉNOR KIDNAPPÉE PAR SON MARI

Encouragé par ses barons encore plus humiliés que lui, Louis VII prend enfin une décision urgente et un rien déshonorante. En pleine nuit, il fait enlever sa femme. Contrainte, elle le suivra jusqu’à Jérusalem. Au-delà du geste, c’est plus un réflexe d’époux blessé et embarrassé, qu’une stratégie politique et militaire. Le 30 juin 1149, Raymond de Poitiers, lui, sera tué dans une embuscade tendue par Nûr al-Dîn, le fils et successeur de Zenghi. Il sera décapité et sa tête sera expédiée dans un panier à son vainqueur (le calife de Bagdad).

 

CHRONOLOGIE

– juillet 1149 : retour de Terre Sainte du roi Louis VII et de la reine Aliénor d’Aquitaine.

– 13 janvier 1151 : mort de l’abbé Suger de Saint-Denis.

Pour sa conduite et au prétexte de sa légèreté, le mariage sera « annulé » le 21 mars 1152 par le synode de Beaugency. Nul n’est dupe des raisons qui séparent les époux, mais la situation du roi, publiquement bafoué au vu et au su de tous, est devenue intenable. Quand Louis VII demandera le « divorce », ce ne sera pas pour adultère mais pour cause de consanguinité, tous deux étant cousins aux 4èmes et 5èmes degrés (on parle de mariage annulé, le divorce n’existant pas à l’époque).

Répudiation d'Aliénor d'Aquitaine

Répudiation d’Aliénor d’Aquitaine

LA CONSANGUINITÉ DU COUPLE ROYAL CONFIRMÉE

Deux mois après la mort de son conseiller et ministre Suger, le mardi précédant Pâques, Louis VII est à Beaugency. Il tient séance au milieu d’une assemblée de prélats les plus notoires de France. Aliénor est absente ; il est question de procéder à la requête du roi afin de décider de la nullité du mariage. Les motifs avancés par le roi sont exposés par le chancelier :

« Il est inutile, dit-il, d’insister sur les chagrins du roi, et sur ce qui s’est passé en Palestine ; il n’est personne qui ne connaisse les bruits qui ont couru, et le roi, qui veut respecter l’honneur de cette grande princesse, ne doit pas approfondir la vérité des faits dont la certitude l’obligerait à déployer toute sa sévérité. Il s’en rapporte à la reine elle-même. Lorsqu’elle a voulu à Antioche se séparer du roi son époux, elle a invoqué la parenté comme un témoignage de la nullité de son mariage ; c’est ce que le roi soumet au jugement de l’Assemblée. Si la parenté est prouvée, l’union de Louis avec Aliénor sera annulée ». L’archevêque de Bordeaux, chargé de prendre la parole pour la reine, n’insiste sur la première partie, que pour dire : « Que si on craignait de découvrir la vérité, il n’était pas juste d’adopter des soupçons contre l’honneur de la reine, et de fonder le mécontentement du roi sur des faits dont la preuve était douteuse ; cela est injurieux à l’honneur de la reine et à celui du roi son époux», dit l’orateur. Puis il ajoute : « A l’égard de la parenté, il est vrai, et la reine elle-même le reconnaît, qu’elle existe du quatrième au cinquième degré par femmes de la maison de Bourgogne ; la reine ne prétend pas le contester, mais sans doute elle préférerait s’unir au roi pour demander une dispense que de consentir à la séparation. Toutefois elle s’en rapporte aux légitimes juges, au très saint père, et au roi, notre sire, son époux ».

« Extraits des Chroniques de France »

Aux dires des témoins, l’assemblée certifia donc la parenté des deux époux. La séparation de corps est prononcée le 21 mars 1152 et donne toute liberté aux deux parties de contracter une autre alliance. Deux évêques et deux des seigneurs présents sont chargés d’aller annoncer à la reine le résultat de l’audience.

On lit dans les « Annales d’Aquitaine » : Incontinent qu’elle en fut avertie, elle tomba évanouie d’une chaire [chaise] où elle était assise, et fut plus de deux heures sans parler ni desserrer les dents. Quand elle fut un peu revenue, elle commença de ses clairs et verts yeux à regarder ceux qui lui avaient premièrement dit la dure nouvelle en leur disant : « Ah ! Messieurs, qu’ai-je fait au roi pourquoi il me veut délaisser ? En quoi l’ai-je offensé ? Quel défaut a-t-il trouvé en ma personne ? Je suis jeune assez pour lui, je ne suis point stérile… Je suis riche assez ; je lui ai toujours obéi, et si nous parlons de lignage, je suis de la lignée de l’empereur Othon le premier, et du roi Lothaire, descendue de la vraie tige de Charlemagne ; et davantage, nous sommes parents par père et par mère, si il le veut connaître ».

« Extraits des Chroniques de France »

L’amertume du moment passé, et aussitôt consolée, Aliénor reprend vite ses esprits. L’épouse répudiée se retrouve à la tête de son immense fief. Le roi ayant rappelé ses garnisons, tout le Poitou et toute l’Aquitaine n’obéissent plus qu’au nom d’Aliénor. De Blois où elle se sent menacée d’enlèvement par le comte d’Anjou, Geoffroy Plantagenêt, qui veut l’épouser, elle s’enfuit pour Tours. Enfin, elle se réfugie à Poitiers, d’où elle compte bien rencontrer et épouser Henri Plantagenêt, duc de Normandie, frère de Geoffroy.

A 32 ans, le roi Louis VII doit se trouver une autre reine pour lui assurer un héritier mâle sur le trône de France. D’autant que la belle Aliénor n’a donné naissance qu’à deux filles : Marie de France (1145-1198) et Alix de France (1150-1195).

Armes du royaume de France

Armes du royaume de France

2 – ALIÉNOR REINE d’ANGLETERRE

 

Armes d'Aliénor d'Aquitaine

Armes d’Aliénor d’Aquitaine

Au mois de mars 1152, le mariage entre Louis VII et Aliénor d’Aquitaine est annulé. Dès le mois de mai, Aliénor d’Aquitaine convole en secondes noces avec Henry Plantagenêt, duc de Normandie, comte d’Anjou, du Maine et de Touraine. (Elle lui apporte en dot le duché d’Aquitaine). Celui-ci sera sacré roi d’Angleterre en décembre 1154. Dès lors, Louis VII se trouvera en conflit permanent avec le Plantagenêt, ce dernier gardant en dot l’immense et riche duché d’Aquitaine, domaine subordonné à la Couronne de France.
 

 Aliénor dAquitaine et Henri Plantagenêt.

Aliénor d’Aquitaine et Henri Plantagenêt.

Le 19 décembre 1154, Henri Plantagenêt et Aliénor d’Aquitaine sont couronnés roi et reine d’Angleterre par Thibaut du Bec, Archevêque de Cantorbéry. La cérémonie, assez discrète, a lieu dans la salle des comtes de Poitiers. Par cette union, c’est tout l’esprit occitan qui envahit l’Anjou, la Normandie et l’Angleterre.

 

ALIÉNOR, LA GRAND-MÈRE DE L’EUROPE FÉODALE

Aliénor donnera huit enfants (dont cinq fils) à son second époux, Henri. Tout paraît donc aller pour le mieux dans son second mariage. Pourtant la reine prend plus d’intérêt à s’occuper de  son propre duché qu’à l’Angleterre, son nouveau royaume, où d’ailleurs, contrainte et forcée, elle séjournera peu de temps. Elle est préoccupée par son duché d’Aquitaine, qui est troublé par l’indiscipline de ses barons. Afin de gérer au mieux le problème et de s’allier la bourgeoisie, en fine politicienne elle octroie des chartes et des franchises aux villes. Elle décide de la construction de nombreux édifices (débuts des travaux d’une nouvelle cathédrale à Poitiers en 1162). Poitiers devient alors le centre du raffinement et de la poésie ; artistes, poètes et musiciens y affluent de toutes parts.

DE CETTE UNION NAÎTRONT :

Guillaume Plantagenêt (1153-1156).

Henri, dit le Jeune, héritier du trône (1155-1183). Il épousera Marguerite, fille du roi de France Louis VII, dit le Jeune.

Mathilde (1156-1189). Elle épousera en 1168 Henri le Lion, duc de Saxe et de Bavière. Elle sera la mère de l’empereur Othon IV.

Richard, dit Richard Cœur de Lion (1157-1199), roi d’Angleterre. Il épousera Bérangère de Navarre, et disparaîtra sans héritier.

Richard Cœur de Lion

Richard Cœur de Lion

Geoffroy (1158-1186). Il deviendra duc de Bretagne par son mariage en 1181 avec la duchesse Constance, fille et héritière du duc Conan IV le Petit.

Aliénor (1161-1214). Elle épousera le roi Alphonse de Castille (1155-1214), et sera la mère de Blanche de Castille.

Jeanne (1165-1199). Elle épousera en 1177 Guillaume II roi de Sicile (1154-1189), puis en 1196 Raymond V comte de Toulouse, et deviendra abbesse de Fontevraud.

Jean, dit Jean sans Terre (1166-1216). Il deviendra roi d’Angleterre (1199-1216) au détriment de son neveu Arthur. Il épousera Isabelle d’Angoulême qui donnera naissance à Henri III d’Angleterre, roi d’Angleterre (1207-1272).

Jean Sans Terre et sa mère Aliénor d'Aquitaine

Jean Sans Terre et sa mère Aliénor d’Aquitaine

RÉPARTITION DE L’HÉRITAGE ROYAL

Comme le veut la tradition, Henri II projette de céder à son fils aîné Henri Court-Mantel  le trône d’Angleterre et le duché de Normandie, à son deuxième fils Richard (le préféré d’Aliénor), l’Aquitaine et l’Anjou, enfin à Geoffroy la Bretagne. Rien n’est envisagé pour le cadet de ses fils Jean. Ce dernier restera dans l’Histoire sous le nom de Jean Sans Terre. Mais la mésentente règne au sein des Plantagenêt. La mort prématurée de l’héritier, Henri Court-Mantel, décédé de maladie, oblige le roi à revoir les attributions de sa lignée. Henri envisage de transmettre les domaines de Richard à Jean, son fils préféré. Mais Richard, en total désaccord avec ce nouveau partage, ne veut pas se séparer de ses fiefs continentaux. Les disputes familiales vont s’éterniser entre les fils et leur père, jusqu’à la mort de ce dernier, le 6 juillet 1189, à Chinon.

 

 

ALIÉNOR ECARTEE DU POUVOIR

Aliénor, duchesse de Normandie, reine d’Angleterre, ne trouve pas le bonheur dans son mariage avec Henri. Celui-ci est frivole et surtout n’a pas le désir de lui laisser le pouvoir. Elle a comme tâche d’élever ses huit enfants. Furieuse, Aliénor fait sans cesse des scènes à son mari. Il faut dire que depuis longtemps Henri II ne s’intéresse plus guère à sa reine, qu’il ne voit que très peu. Aliénor est alors âgée de cinquante ans, et sans doute lassée par ses dix accouchements. Le roi, lui, est amoureux de sa favorite, la « Belle Rosemonde  Clifford ».

Rosemonde Clifford

Rosemonde Clifford

LA FRONDE

En 1173, lorsque ses fils se soulèvent contre leur père, Aliénor va s’opposer à son mari en prenant le parti de ses enfants Henri et Richard, puis Jean. Elle ira même jusqu’à leur fournir des armes et les poussera à faire alliance avec l’Écosse contre le roi. Cette fronde est appuyée par Louis VII, roi de France, par le roi d’Écosse Guillaume 1er et par de puissants barons anglais. Manœuvrant ainsi, la duchesse d’Aquitaine espère recouvrer le pouvoir. Aliénor tente alors de se réfugier auprès de Louis VII à Paris, mais elle est arrêtée par les soldats d’Henri II son époux.

Henri II et Aliénor

Henri II et Aliénor

Henri II ne supporte plus la notoriété grandissante de la duchesse d’Aquitaine et de son indépendance dans la gestion des affaires politiques. Le roi essaiera tout d’abord de faire annuler le mariage, mais il aura un refus de Rome par l’intermédiaire de son nonce apostolique, le cardinal Ugucione. Lassé par son épouse qui lui fait tant d’ombrage, il la fait emprisonner durant seize ans à Chinon et dans divers châteaux d’Angleterre. Elle ne sortira de sa captivité qu’après la mort de son mari, le 6 juillet 1189, et l’avènement de son fils Richard sur le trône d’Angleterre, la même année.

LA FIN DE SA VIE

Aliénor recouvre enfin la liberté ; elle a alors près de 70 ans. Toujours aussi énergique, elle n’a rien perdu de son sens des affaires politiques, pour lesquels elle porte une bienveillance toute particulière. Toujours gouvernante de l’Aquitaine et du Poitou, elle parcourt l’Angleterre et libère les prisonniers de feu son mari après leur avoir fait prêté serment de fidélité au nouveau roi. Jusqu’au début 1191, elle régente le royaume pendant l’absence de son fils Richard. (Ce dernier est parti faire la Troisième Croisade (1189-1192) afin de libérer Jérusalem prise par Saladin, trois ans plus tôt, en 1187).

Aliénor n’a de cesse de vouloir renforcer l’autorité de Richard Cœur de Lion, son fils chéri. Par jalousie et par soif de pouvoir, elle écarte la jeune Bérangère d’Aragon, sœur de Philippe Auguste, roi de France, promise alors à Richard. Il n’est pas question pour Aliénor de partager sa régence ; elle veut rester seule sur le trône d’Angleterre. Aliénor finira malgré tout par accepter, et le 16 mai 1191, à Limassol, Richard Cœur de Lion épousera Bérangère d’Aragon.

Bérengère de Navarre

Bérengère de Navarre

Le pouvoir de Richard est constamment remis en cause par son frère Jean, dit Jean sans Terre, qui veut usurper le trône d’Angleterre alors que son frère guerroie en Terre Sainte. Pour se faire, il s’est allié avec le roi de France, Philippe II Auguste, revenu de Palestine. Ce dernier cherche à agrandir son domaine royal aux dépens des territoires continentaux appartenant à la couronne d’Angleterre. Aussi, lorsque Philippe II Auguste veut s’emparer de Gisors et envahir la Normandie, c’est Aliénor en personne qu’il trouvera en face de lui pour défendre la cité.

Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste.

Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste.

Durant son retour de Terre Sainte à l’automne 1192, Richard Cœur de Lion doit faire une halte à Vienne. C’est à Erdberg (Vienne), lors de cet arrêt, qu’il est capturé par le duc Léopold V de Babenberg.

Léopold V de Babenberg

Léopold V de Babenberg

Après avoir été retenu prisonnier à Dürnstein, en Autriche, il est livré à l’Empereur Henri VI du Saint Empire. Ce dernier exigera une rançon colossale de 150 000 marcs d’argent, ce qui équivaut à deux années de recettes du Royaume d’Angleterre.

Henri VI du Saint-Empire

Henri VI du Saint-Empire

Durant la captivité de son fils chéri, Aliénor se démène et se dévoue corps et âme pour activer sa libération. Elle s’adresse au pape et lui écrit une lettre indignée afin qu’il intercède en sa faveur. Après avoir réuni à grand peine la somme demandée, elle part elle-même chercher son fils. En 1200, après son retour triomphal en Angleterre, Aliénor se retire au monastère de Fontevraud, en gardant toutefois, de sa retraite, un œil vigilant sur les affaires politiques du royaume.

Monastère de Fontevraud

Monastère de Fontevraud

Richard sera libéré en février 1194. Cinq années plus tard, le 6 avril 1199, il mourra des suites de ses blessures lors du siège du château de Châlus-Chabrol.

Gisant de Richard Coeur de Lion Fontevraud

Gisant de Richard Cœur de Lion , abbaye de Fontevraud

Pourtant, Aliénor n’a pas le choix : elle ne doit pas abandonner le pouvoir dans les mains d’un autre lignage que le sien. Bon gré mal gré, elle encourage son dernier fils Jean sans Terre à monter sur le trône. Nonobstant, elle ne pourra pas empêcher les nombreuses erreurs politiques et les sévices du règne de son fils.

Jean Sans Terre

Jean Sans Terre

Le 31 mars 1204, Aliénor s’éteint à Poitiers, à l’âge de 82 ans. Quelques temps plus tard, Philippe Auguste réunira son duché d’Aquitaine au royaume de France.

Gisant d'Aliénor d'Aquitaine

Gisant d’Aliénor d’Aquitaine

 

Armes d'Aliénor d'Aquitaine

Donnez votre avis sur l'article

commentaire(s)

Ecrit par le .

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. 4 août 2017

    […] les insoumises : Aliénor d’Aquitaine Wikipédia : Aliénor d’Aquitaine le blog de Jean-Pierre Borghino sur Aliénor d’Aquitaine […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge