Les Croisades. Des origines à l’appel du pape

 

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LES CROISADES

1095 – 1291

 

DES ORIGINES A L’APPEL DU PAPE URBAIN II

 

 

 

Un long chemin vers la terre du Christ

 

INTRODUCTION

Prêchées et bénies par les papes successifs, dirigées par les souverains des royaumes et des Empires de la vieille Europe, ces expéditions se devaient d’être les ambassadrices de tout ce que l’esprit de la chevalerie médiévale portait de bon en lui. Nonobstant, les Croisades furent, mise à part la 1ère, un échec militaire, mais sur le plan culturel et économique, l’Occident chrétien en ressortira enrichi. En effet, au sortir de cette aventure, l’Europe en sera bénéficiaire ; elle était en retard sur le mode de vie d’un Orient qui commence alors à décliner. On retiendra sur le plan géopolitique, la création des États latins d’Orient : les Comtés d’Edesse et de Tripoli, la Principauté d’Antioche, et le Royaume de Jérusalem. De pair, cette période engendrera le développement et la prospérité des républiques italiennes comme Amalfi, Gênes, Pise et Venise, qui tireront des profits considérables de cette aventure.

 

Combats entre chrétiens et musulmans

 

PROLOGUES

 

REPÈRES CHRONOLOGIQUES

Vers 325-326

L’Empereur Constantin 1er fait bâtir l’Église du Saint-Sépulcre à Jérusalem sur l’emplacement du tombeau du Christ. Le monument deviendra un lieu de vénération pour de nombreux Chrétiens.

Saint-Sépulcre

330

11 mai : Constantin le Grand fonde une « nouvelle Rome » sur la cité grecque de Byzance qu’il baptise de son nom, Constantinople.

395

Mort de l’Empereur Théodose : séparation définitive de l’Empire romain entre Orient grec et Occident latin.

Scission de l’Empire romain en 395 après Jésus Christ

638

– Les Arabes s’emparent de Jérusalem.

– 15 octobre : mort à Rome du pape Honorius 1er ; Séverin lui succède.

Honorius 1er

Avant 711

Les Wisigoths  occupent l’Ibérie.

L’Ibérie

711

Les Omeyyades, avec à leur tête le chef berbère Tariq ibn Ziyad, envahissent le sud de la péninsule. C’est le début de l’Espagne musulmane.

Al-Andalus : C’est l’appellation définissant la totalité des contrées de la péninsule ibérique et de la Septimanie. Elles furent sous l’autorité musulmane de 711, date de la première invasion omeyyade, à la chute de Grenade en 1492, lors de la « Reconquista » par l’armée catholique espagnole. L’Andalousie, de nos jours, région éponyme d’Al-Andalus, n’en composa qu’une infime partie.

Septimanie

718

Siège de Constantinople par les Arabes.

732

Charles Martel arrête les Arabes (Omeyyades) à Poitiers (France).

Califat Omeyyade en 750

 

Fin du 10ème siècle

Amorce d’une reconquête byzantine.

969

La ville d’Antioche est reprise par l’Empereur byzantin Nicéphore II Phocas.

Prise d’Antioche

L’empereur byzantin Jean Ier Tzimiskès envahit la Syrie, s’empare de Damas et progresse jusqu’en Galilée.

997

Saint-Jacques-de- Compostelle est prise par le chef musulman Al-Mansur.

1009

– Le Calife fatimide du Caire, Al-Hakim, fait détruire toutes les églises de Jérusalem, notamment la rotonde du Saint-Sépulcre, causant ainsi un véritable choc en Occident.

– 31 juillet : à Rome, Serge IV devient pape.

Serge IV

1036

Byzantins et Musulmans s’accordent pour reconstruire ces églises.

Calife : chef temporel et spirituel dans les États musulmans. Titre porté par les successeurs du prophète Mahomet.

Califat : comprend le territoire et la population musulmane qui y vit sous l’autorité d’un Calife. Trois Califats revendiqueront le rôle suprême du point de vue temporel et spirituel : Abbassides (Bagdad), Omeyyades (Damas puis Cordoue en Espagne) et Fatimides (Le Caire).

Vizir : haut fonctionnaire, ayant un rôle de conseiller ou de ministre auprès des dignitaires musulmans.

Atabeg : titre de noblesse turc. Sous l’hégémonie de la dynastie seldjoukide, il s’agissait d’un dignitaire qui avait le rôle de protecteur d’un jeune prince. A la mort de ce dernier, un Atabeg était désigné pour défendre les biens des héritiers.

 

 SITUATION EN  L’AN 1050

 

EN ORIENT

A Jérusalem, le premier hôpital pour les pèlerins voit le jour.

Au milieu du 11ème siècle, la communauté musulmane se partage entre deux grandes observances religieuses :

– D’une part, le Califat Fatimide du Caire. Il est de tradition shiite et s’étend à l’Égypte, la Palestine et la Syrie.

– D’autre part, le Califat Abbasside de Bagdad. Ce dernier, de tradition Sunnite, s’étend des rives de l’Euphrate aux plaines de l’Indus.

Les Califes Abbassides, faibles et impuissants, sont tributaires et vassaux des émirs « Buyides ». Ces derniers représentent une puissante dynastie, islamisée, aux pouvoirs grandissants, qui régnera sur l’Iran avant l’invasion des Turcs seldjoukides. Leur déclin, et les querelles internes entre les adeptes des deux obédiences religieuses respectives, vont aboutir à la disparition de la puissance des Abbassides. Cet événement voit l’avènement d’une nouvelle suprématie : les Turcs Seldjoukides, venus des plaines de l’Aral.

L’Empire Byzantin, pour sa part, est secoué par de sévères luttes intestines pour la maîtrise du pouvoir. Il s’efforce, avec grandes difficultés, de conserver les limites de ses frontières orientales, qui sont continuellement harcelées par les intrusions des émirs « Buyides ».

EN OCCIDENT

L’Europe Occidentale, fondamentalement chrétienne, est un véritable patchwork de petits états féodaux, aux alliances contradictoires, constamment en lutte les uns contre les autres.

En France : Henri 1er, roi des Francs, essaie d’imposer son autorité contre ses rivaux ; parmi eux se trouvent son propre frère, le duc de Bourgogne, Robert II de France et le comte Eudes II de Blois. L’enjeu est important puisqu’il s’agit de sauvegarder la dynastie des Capétiens.

Henri 1er

En Angleterre : une véritable guerre de succession entre branches rivales des dynasties saxonnes conduit sur le trône Édouard, dit le Confesseur, le dernier de la lignée des Wessex.

Édouard, dit le Confesseur

Dans le Saint-Empire : l’Empereur des Romains Henri III s’immisce dans les affaires de l’Église qui  vient d’élire trois papes, Benoit IX, Sylvestre III et Grégoire VI. Il organise une expédition, et intervient militairement au Saint-Siège à Rome pour remettre de l’ordre en déposant les trois pontifes (Synode de Sutry du 20 décembre 1046). Henri III imposera alors un pape allemand nommé Swidger, évêque de Bamberg, qui prendra le nom de Clément II.

Henri III

En Espagne : dans la péninsule ibérique, les invasions des Omeyyades, alliés aux Abbassides de Bagdad, ont anéanti depuis longtemps le royaume wisigoth, et font de Cordoue leur capitale. Vers le début du 10ème siècle, l’émir Abd er Rhaman III se prononce calife et provoque ainsi un schisme spirituel entre Bagdad et Cordoue. Plus tard, les Omeyyades disparaîtront dans l’anarchie totale. Une pléiade de petits royaumes indépendants et rivaux vont naître de cet effondrement. Dans le nord de la péninsule ibérique, les trois petits États chrétiens, Castille, Navarre et Aragon, mettent à profit cette situation et s’allient pour faire front à la menace musulmane.

Abbassides : dynastie arabe qui règne sur le Califat abbassides (750-1258), centrée sur Bagdad de 762 à 1055 (prise de la ville par les Mongols). Son fondateur, Abû al-`Abbâs surnommé As-Saffâh, est un descendant de ‘Abbas ibn ‘Abd al-Muttalib, le plus jeune oncle du prophète Mahomet.

Fatimides : dynastie du califat shiite positionnée sur l’Égypte (909-1171). Ses membres reconnaissent leurs origines comme descendants de Mahomet par sa fille Fatima.

Omeyyades ou Umayyades : dynastie arabe de califes positionnée sur Damas de 661 à 750, puis sur Cordoue (756-1030). Les Omeyyades gouvernent le monde musulman de 661 à 750. Ils tiennent leur nom de leur ancêtre ʾUmayyah ibn ʿAbd Šams, grand-oncle du prophète Mahomet. A son apogée leur empire s’étend de l’Inde et de l’Asie centrale à l’Atlantique ; leur tentative de conquête de l’Europe occidentale s’achève avec la défaite à la bataille de Poitiers en 732, remportée par Charles Martel.

Seldjoukides : membres de la plus importante des tribus turques qui ont émigré du Turkestan vers le Proche-Orient avant de régner sur l’Iran. Islamisé et organisé militairement, ce peuple conquiert un immense empire autant sur l’Empire Byzantin (prise de Constantinople en 1453) que sur les différents califats arabo-musulmans.

 

1054

– Désaccord et rupture sur le plan religieux entre Rome et Constantinople.

– 19 avril : mort à Rome du pape Léon IX ; Victor II lui succède.

Léon IX

1055

Les Turcs seldjoukides s’emparent de Bagdad. Le calife abbasside décerne le titre de sultan au vainqueur, le Turc seldjoukide Toghroul-Beg.

1060

Début de la conquête de la Sicile par les Normands ; elle se terminera en 1091.

1063

Croisade de Barbastro en Espagne, prêchée par le pape Alexandre II contre les Maures. Elle représente la première concentration guerrière chrétienne.

1065

La ville est reprise par les Maures lors d’une contre-attaque. Ces derniers massacreront la garnison,  réduisant à néant la victoire des Croisés deux ans plus tôt.

1066

Septembre : conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, septième Duc de Normandie.

1069

Les Seldjoukides prennent Jérusalem aux Fatimides.

1071

26 août 1071 : Bataille de Manzikert.

Bataille de Manzikert 1071

Défaite de l’armée byzantine conduite par l’empereur Romain IV Diogène, face aux troupes du sultan seldjoukides Alp Arslan, neveu et successeur de Toghroul-Beg.

Alp Arslan humiliant Romain IV Diogène à la bataille de Manzikert

1078

Les Turcs seldjoukides s’emparent de Jérusalem au profit des califes abbassides et aux dépens des califes fatimides. Les routes des pèlerins chrétiens d’Occident sont définitivement fermées vers Jérusalem.

Empire Seldjoukide

1085

Prise de Tolède, en Espagne. Le roi de León et de Castille Alphonse VI s’empare du royaume de Tolède, sous domination maure depuis 711. Cette bataille marque une date clé dans le processus de la « Reconquista » en Espagne, et sera souvent considérée comme une « croisade » en Occident.

– 25 mai : à Salerne, mort du pape Grégoire VII.

Grégoire VII

1088

12 mars : à Rome, Urbain II est élu pape.

Urbain II

1095

– 27 novembre : Concile de Clermont. Il se tient près de Notre-Dame du Port, au pied des remparts.

En ce jour de novembre 1095, la capitale de l’Auvergne grelote sous la neige. Malgré les morsures du froid, une foule considérable s’est réunie à Clermont pour l’arrivée du pape Urbain II. Lorsque celui-ci s’adresse à la foule perché sur une simple estrade en bois, la foule se tait et observe un grand silence. Tous les fidèles connaissent les bruits qui ont traversé toute l’Europe Occidentale concernant les événements en Terre Sainte ; et ils sont désastreux pour la chrétienté.

C’est au Concile de Clermont (aujourd’hui Clermont-Ferrand), que le pape Urbain II apprend à tout l’Occident réuni une nouvelle terrifiante : les routes de la Terre Sainte ont été coupées par des hordes Seldjoukides d’ascendance turcophone. Lors du synode, il fait savoir que l’empereur byzantin Alexis 1er Comnène a fait mander de l’aide auprès du Saint Siège, et que les Turcs marchent sur Constantinople, alors capitale de l’Empire latin d’Orient. Il faut rétablir le passage des Chrétiens à Jérusalem, que les Turcs, bientôt évincés par les Fatimides, leur ont fermé, et répondre ainsi à l’appel de l’Empereur d’Orient.

Concile de Clermont 1095

Lors du Concile, Urbain II, assisté de l’évêque Adhémar de Monteil, lance un appel aux chevaliers d’Europe occidentale, et prêche la Première Croisade afin de libérer les routes de la Terre Sainte. Il leur demande d’aller aider les Chrétiens d’Orient et de rétablir le Saint Sépulcre de Jérusalem. Ceux qui font le vœu de répondre à la requête du pape doivent coudre une croix d’étoffe sur leur tunique (d’où le nom de Croisé). Urbain II promet le salut aux pèlerins, lesquels seront absous de leurs péchés. Cet appel est considéré comme le facteur déclenchant de la Première Croisade.

Le prêche enflammé du pape Urbain II

« Ô fils de Dieu ! Après avoir promis à Dieu de maintenir la paix dans votre pays et d’aider fidèlement l’Église à conserver ses droits, et en tenant cette promesse plus vigoureusement que d’ordinaire, vous qui venez de profiter de la correction que Dieu vous envoie, vous allez pouvoir recevoir votre récompense en appliquant votre vaillance à une autre tâche. C’est une affaire qui concerne Dieu et qui vous regarde vous-mêmes, et qui s’est révélée tout récemment (1). Il importe que, sans tarder, vous vous portiez au secours de vos frères qui habitent les pays d’Orient et qui déjà bien souvent ont réclamé votre aide. En effet, comme la plupart d’entre vous le savent déjà, un peuple venu de Perse, les Turcs, a envahi leur pays. Ils se sont avancés jusqu’à la mer Méditerranée et plus précisément jusqu’à ce qu’on appelle le Bras Saint-Georges (2). Dans le pays de Romanie (3), ils s’étendent continuellement au détriment des terres des chrétiens, après avoir vaincu ceux-ci à sept reprises en leur faisant la guerre. Beaucoup sont tombés sous leurs coups ; beaucoup ont été réduits en esclavage. Ces Turcs détruisent les églises ; ils saccagent le royaume de Dieu. Si vous demeuriez encore quelque temps sans rien faire, les fidèles de Dieu seraient encore plus largement victimes de cette invasion. Aussi je vous exhorte et je vous supplie – et ce n’est pas moi qui vous y exhorte, c’est le Seigneur lui-même – vous, les hérauts du Christ (4), à persuader à tous, à quelque classe de la société qu’ils appartiennent, chevaliers ou piétons, riches ou pauvres, par vos fréquentes prédications, de se rendre à temps au secours des chrétiens et de repousser ce peuple néfaste loin de nos territoires. Je le dis à ceux qui sont ici, je le mande à ceux qui sont absents : le Christ l’ordonne. À tous ceux qui y partiront et qui mourront en route, que ce soit sur terre ou sur mer, ou qui perdront la vie en combattant les païens, la rémission de leurs péchés sera accordée. Et je l’accorde à ceux qui participeront à ce voyage, en vertu de l’autorité que je tiens de Dieu. Quelle honte, si un peuple aussi méprisé, aussi dégradé, esclave des démons, l’emportait sur la nation qui s’adonne au culte de Dieu et qui s’honore du nom de chrétienne ! Quels reproches le Seigneur Lui-même vous adresserait si vous ne trouviez pas d’hommes qui soient dignes, comme vous, du nom de chrétiens ! Qu’ils aillent donc au combat contre les Infidèles – un combat qui vaut d’être engagé et qui mérite de s’achever en victoire –, ceux-là qui jusqu’ici s’adonnaient à des guerres privées et abusives, au grand dam des fidèles ! Qu’ils soient désormais des chevaliers du Christ, ceux-là qui n’étaient que des brigands ! Qu’ils luttent maintenant, à bon droit, contre les barbares, ceux-là qui se battaient contre leurs frères et leurs parents ! Ce sont les récompenses éternelles qu’ils vont gagner, ceux qui se faisaient mercenaires pour quelques misérables sous. Ils travailleront pour un double honneur, ceux-là qui se fatiguaient au détriment de leur corps et de leur âme. Ils étaient ici tristes et pauvres ; ils seront là-bas joyeux et riches. Ici, ils étaient les ennemis du Seigneur ; là-bas, ils seront ses amis ! ».

Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, dans Recueil des historiens des croisades, historiens occidentaux. Cité par M. Balard, A. Demurger, P. Guichard dans Pays d’Islam et monde latin Xe-XIIIe siècles. Hachette, Paris, 2000.

1– Allusion possible à la venue d’une ambassade byzantine au concile de Plaisance en mars 1095.

2– Le Bosphore.

3– L’Empire byzantin en tant que seul héritier de l’Empire romain.

4– Le pape s’adresse aux évêques.

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