Charles V « Le Sage », un roi souffreteux

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CHARLES V « LE SAGE », UN ROI SOUFFRETEUX !

Charles V le sage fait construire la Bastille pour défendre l’enceinte de Paris.

 

LES MAUX DU ROI CHARLES

SOMMAIRE

Jusqu’à sa mort (le 16 septembre 1380, à l’âge de 42 ans), le roi de France Charles V, « le Sage », souffrira de nombreuses affections chroniques. Ces maux fréquents et ses ennuis de santé vont l’affaiblir peu à peu. Nonobstant, sa constitution fragile ne l’empêchera pas de mener, tant bien que mal, une vie normale. Pour se soigner, il aura recours à toute une panoplie de remèdes, baumes et onguents de toutes sortes, le plus souvent empiriques.

Au XIVème siècle, la médecine est quasi inefficace, et fait bien souvent appel à du charlatanisme. Si le 13 septembre 1364, le roi ne meurt pas d’une grave crise cardiaque, ce n’est pas le fait des soins prodigués par ses médecins, mais surtout parce que ce n’était pas l’heure de rendre son âme à Dieu… 

Le roi Charles V de France et la reine Jeanne de Bourbon

UN ROI CHÉTIF ?

Comparé à ses frères et beaux-frères, Charles fait figure de « laissé-pour-compte ». En effet, eux sont tous de solides gaillards, pleins de vigueur et d’entrain. D’ailleurs tous deviendront sexagénaires. Charles V, lui, affiche le physique d’un homme chétif et souffreteux.

Cette description est quelque peu excessive ; le roi n’est si pas chétif qu’on l’a décrit : il pèse 73kg en 1362 après une longue maladie, et 77,5 kg en 1368.

L’historien Jules Michelet le décrit ainsi : « Charles était né vieux. Il était faible et malade ».

En 1349, à l’âge de onze ans, il contracte une affection qui va laisser de nombreuses séquelles.

Il monte à cheval, fait quelques parties de chasse, et se comporte avec vaillance et courage au combat. Cependant, sa santé précaire va lui interdire les tournois et l’écarter des champs de bataille : on signale que sa main droite est si enflée que le roi ne peut soulever des objets trop lourds.

L’historienne française Françoise Autrand (spécialiste d’histoire politique du Moyen Âge) conclut « qu’il s’agissait d’une typhoïde mais la longueur d’évolution et les séquelles ne sont pas en faveur de ce diagnostic. Les séquelles font évoquer un problème lymphatique, peut-être dû à un accès de peste bubonique (un tiers de la population européenne en est morte cette année-là), mais l’évolution semble bien lente. L’hypothèse la plus probable serait une adénite tuberculeuse qui aurait fini par guérir en provocant des fistules, et aurait laissé les séquelles lymphatiques ».

En fait, le roi Charles V souffre de nombreuses affections. En témoigne le dossier médical du docteur Auguste Brachet (1845-1898), établi au début du XXème siècle.  Ce dernier s’est efforcé de rassembler de nombreux documents (témoignages, extraits de chroniques, sources administratives concernant le roi) dans une Pathologie mentale des rois de France

Portrait de Charles V figurant dans une lettre C ornée au début d’une charte royale datée de 1367. Paris, Archives nationales.

L’observation des portraits peints ou des effigies sculptées du monarque révèle l’évolution de sa condition physique entre vingt-cinq et quarante ans. Au fil du temps, on constate qu’il affiche une silhouette plus amaigri et que sa taille se voûte.

Le roi Charles V

LA GOUTTE, UNE GRAVE CRISE…

Au printemps 1362, Charles V aurait été atteint d’une sérieuse crise de goutte ; le docteur Auguste Brachet (philologue français, romaniste et journaliste) fait état d’une fièvre typhoïde avec complications. Cette infection aurait engendré un abcès à son royal bras gauche, précision que l’on retrouve dans les Chroniques. En outre, il aurait aussi souffert d’une infirmité à la main droite, qui affichait un œdème ou une déformation articulaire. D’après les chroniques de Jean Froissart, ces affections pouvaient être les conséquences d’abcès dentaires qui auraient dégénéré en ostéite (sorte de tuberculose osseuse).    

Jean Froissart naît vers 1337 à Valenciennes et meurt vers 1410 à Chimay. Il est l’un des plus importants chroniqueurs de l’époque médiévale. Ses Chroniques couvrent la première moitié de la guerre de Cent Ans, à partir de la déposition d’Édouard II en 1326 jusqu’à 1400. Elles constituent une source indispensable pour la connaissance du XIVème siècle et de la culture chevaleresque de l’époque en Angleterre et en France.

Selon un autre diagnostic, le roi Charles V aurait souffert tout au long de sa vie de la goutte.

Cette « maladie des riches gens », terme qui la désignait à l’époque, est la résultante d’une consommation exagérée de viande. En effet, seules les personnes riches pouvaient s’en procurer, alors que d’une manière péjorative les légumes, appelés racines ou herbes, étaient la nourriture de base des pauvres.    

Une autre précision concernant les habitudes du roi Charles nous est rapportée par la chroniqueuse Christine de Pizan (philosophe et poétesse italienne de naissance vénitienne, née en 1364, morte en 1430).

Christine de Pizan écrivant dans sa chambre (1407)

Elle affirme que le roi ne traînait pas à table et évitait les plats trop riches : « Il ne se chargeait moult de diverses viandes car il disait que les qualités de viandes diverses troublent l’estomac et empêchent la mémoire. »

Quelle que soit la maladie dont a souffert Charles V (goutte, rhumatisme ou infection osseuse), une dernière affection provoquera une crise cardiaque fatale. Pourtant, de nombreux chroniqueurs affirmeront que cette mort est d’origine criminelle ; une chose courante à l’époque…

Jean Froissart affirme que le Valois aurait été empoisonné, une mort commanditée par le roi de Navarre, Charles II le Mauvais.

Charles II de Navarre dit (Charles le Mauvais)

Des rumeurs ont été imputées à l’entourage direct du roi, et en particulier à son frère le duc Louis d’Anjou.

Louis Ier, duc d’Anjou.

UNE MÉDECINE PRIMITIVE…

A cette époque-là, la médecine est rudimentaire. Les remèdes entre science et croyance sont inefficaces pour soulager les petites et grandes souffrances, comme la grave crise cardiaque dont le roi est atteint le 13 septembre 1364. 

Pour se soigner, le roi a recours à l’hagiothérapie : il se tourne vers les saints du Paradis, tels Côme et Damien (des médecins du IIIème siècle).

Charles V

Il a avec lui des reliques de Saint-Étienne, censées le guérir de la maladie de la pierre, et de Saint Laurent, qui protège des souffrances aux reins comme le lumbago et les coliques néphrétiques. Enfin, il invoque Saint Christophe pour soigner les douleurs dentaires.    

De surcroit, il ingère diverses potions, ordonnées par ses « physiciens » et préparées par ses « herbiers ». Il ingurgite aussi de la « thériaque », un remède où, parmi les soixante composants, se trouve de l’opium, et qui est sensé calmer la douleur lors des crises de goutte.

D’autre part, il utilise la mandragore, une « herbe qui fait dormir ». Une plante qui contient une substance similaire à la belladone, et qui a des pouvoirs antispasmodiques et anesthésiques.

Parmi les physiciens du roi, on trouve Thomas de Pizzano, le père de Christine de Pizan. En sus de ses attributions de médecin, celui-ci aurait, selon sa fille, donné des conseils au roi grâce à sa « science d’astrologie ».

En dépit de la maladie et de tous ces traitements archaïques, le roi Charles V a pu régner et assurer sa fonction de souverain au moins jusqu’à l’été 1379. Date à laquelle sa santé paraît décliner sérieusement.

C’est alors que la Cour, redoutant une épidémie, quitte l’insalubrité de Paris pour Montargis, où l’air est plus sain.

Lire : L’insalubrité de Paris au Moyen Âge.

Pavage des rues et caniveau central

Au mois de septembre suivant, le roi est victime d’une sévère crise cardiaque, mais contrairement à celle qui l’a tant fait souffrir en 1364, cette fois il ne se relèvera pas…  

Charles V dans une cathèdre de bois, en train de lire un ouvrage posé sur une roue à livres, tandis qu’une main céleste bénit le souverain.

UN CURIEUX COFFRE A PHARMACIE !

Partout où il se déplace, Charles V emporte un coffre de cyprès dont lui seul détient la clé : il renferme différents talismans censés protéger ou guérir de la maladie. Le roi a ainsi à sa disposition la « pierre qui guérit de la goutte », « une pierre d’éponge », réputée pour briser le caillou du rein et dissoudre la goutte, ainsi qu’une « courroie de cuir de lion », dont les effets réduisent les calculs en poudre. Une petite bourse renferme « deux pierres en os bonnes contre le venin », le bézoard, supposé expulser du corps les matières toxiques et les poisons. On trouve également dans le curieux contenu de ce coffre à pharmacie un morceau de salamandre, qui passe pour guérir les scrofules.

 

Sources :

Mes photos

Photos publique Facebook

Les rois de France des Éditions Atlas (Valois directs).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_V_le_Sage

https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Cent_Ans

http://chrisagde.free.fr/valdirects/ch5vie.php3?page=4

 

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