Les Croisades – Urbain II

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LES CROISADES

(1095 – 1291)

URBAIN II

(1042 – 1099)

Croisé

Croisé

Lire: La Première Croisade

Un long chemin vers la terre du Christ

 

INTRODUCTION

Prêchées et bénies par les papes successifs, dirigées par les souverains des royaumes et des Empires de la vieille Europe, ces expéditions se devaient d’être les ambassadrices de tout ce que l’esprit de la chevalerie médiévale portait de bon en lui. Nonobstant, les Croisades furent, mise à part la 1ère, un échec militaire, mais sur le plan culturel et économique, l’Occident chrétien en ressortira enrichi. En effet, au sortir de cette aventure, l’Europe en sera bénéficiaire ; elle était en retard sur le mode de vie d’un Orient qui commence alors à décliner. On retiendra sur le plan géopolitique, la création des États latins d’Orient : les Comtés d’Edesse et de Tripoli, la Principauté d’Antioche, et le Royaume de Jérusalem. De pair, cette période engendrera le développement et la prospérité des républiques italiennes comme Amalfi, Gênes, Pise et Venise, qui tireront des profits considérables de cette aventure.

Combats-entre- Chrétiens-et Musulmans

Combats entre Chrétiens et Musulmans

 

URBAIN II

(1042 – 1099)

« Le Bienheureux Catholique »

Emblème- de- la -papauté

Emblème de la papauté

 

NOM DE FAMILLE

Eudes de Châtillon, ou Odon de Lagery.

Urbain II -Chatillon -sur -Marne

Statue d’Urbain II à Châtillon sur Marne

NAISSANCE

Eudes de Châtillon, ou Odon de Lagery, naît à Châtillon-sur-Marne, ou à Lagery en 1042 ; il meurt à Rome le  29 juillet 1099. Il sera le 159ème pape, et prendra le nom d’Urbain II de 1088 à 1099.

Naissance : Royaume de France.

Mort : Saint-Empire romain germanique.

 

ORDRE RELIGIEUX

Ordre de Saint Benoit.

Urbain- II

Urbain II

PONTIFICAT

Élection : le 12 mars 1088.

Intronisation : le 12 mars 1088.

Fin du pontificat : à sa mort, le 29 juillet 1099.

Béatification : le 14 juillet 1881 par Léon XIII. Urbain II est fêté tous les 29 juillet.

FAMILLE ET JEUNESSE

Eudes de Lagery est né à Châtillon-sur-Marne, près d’Épernay, vers 1042. Issu de la noblesse champenoise, son père Eucher, seigneur de Lagery, possède des terres à Lagery, à Brinson, et dans le sud de la Champagne. Il est vidame, c’est-à-dire qu’il gère les biens temporels de l’Archevêque Gui de Chatillon, avec lequel on subodore un lien de parenté. Ce lignage permettra à Eudes de naître dans le château du prélat. Très tôt, le jeune garçon est destiné à faire une carrière ecclésiastique. A Reims, dont les écoles sont renommées, Eudes reçoit la formation de moine bénédictin ; il a pour maître Bruno de Cologne, le futur fondateur de l’Ordre des Chartreux. C’est sans doute grâce à Gui de Chatillon qu’il obtient un canonicat (dignité de chanoine) à la cathédrale de Reims, et qu’il reçoit rapidement le sacerdoce (dignité et fonction de prêtre). Il deviendra archidiacre de Reims ; il a alors à peine treize ans.

L’HOMME DE CLUNY

En 1067, il entre chez les Bénédictins pour devenir grand prieur de l’Abbaye de Cluny, sous l’abbatiat d’Hugues de Semur. Cluny est alors à la pointe de la réforme monastique. Il y restera une dizaine d’années, et se formera à la politique ecclésiastique européenne. C’est pendant cette période qu’il y forgera ses convictions.

Hugues-de-Cluny

Hugues de Cluny

Abbaye- de -Cluny

Abbaye de Cluny

En 1079-1080, le pape Grégoire VII, à la recherche de moines clunisiens pour accomplir le renouveau de l’église, le fait venir à Rome. Il deviendra le conseiller intime du pape et soutiendra la réforme grégorienne (cette dernière vise à rendre la papauté indépendante des pouvoirs temporels). Après avoir été nommé cardinal-évêque d’Ostie par Grégoire VII, Eudes est  envoyé comme légat en Allemagne (de1084 à 1085).

Grégoire -VII

Une première élection et un coup pour rien !

 

Juste avant sa mort, à Salerne, le 25 mai 1085, Grégoire VII choisit son successeur : Didier, cardinal-prêtre du titre de Sainte-Cécile et abbé du Mont-Cassin. Mais il appréhende un refus de ce dernier ; en effet Didier, en raison de son âge, ne veut pas être pape et sent sa mort prochaine. L’élection est donc reportée. Il faut faire alors un choix entre Anselme de Lucques, Eudes de Lagery (évêque d’Ostie), et Hugues de Lyon. Cependant, le choix des cardinaux va se porter malgré tout sur Didier, qui mettra un an pour se décider et annonce que s’il est choisi, il repartira dans son abbaye. On l’exhorte à proposer un nom pour sa succession ; il suggère Eudes de Lagery comme héritier au trône de Saint Pierre : « Prenez-le, et placez-le sur le siège de Rome ! ». Les électeurs se réunissent en conclave, bien décidés à se conformer à ce conseil. Mais l’émergence d’un problème canonique imprévu, dont la nature n’est pas mentionnée dans les textes, rend rédhibitoire la décision des prélats. Afin d’éviter tout retard, et contre sa volonté, le choix des cardinaux va se porter sur Didier. Celui-ci est élu pape en 1086 et prend le nom de Victor III. Un coup pour rien… Eudes de Lagery devra encore patienter…

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Victor III

 

 Le Champenois Eudes de Chatillon est élu pape

 

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Urbain II

 

 Le 16 septembre 1087, Victor III s’éteint au Mont-Cassin dont il avait été l’abbé.

En 1088, Odon de Lagery succède à Victor III au Saint-Siège, et prend le nom d’Urbain II. Ce dernier va se positionner dans la lignée des grands papes réformateurs d’après l’An Mil, comme Grégoire VII, dont il continuera son œuvre.

URBAIN II, UN PAPE  RÉFORMATEUR

Urbain II désire tout d’abord admonester et épurer la chevalerie. Il veut éliminer la violence, et en terminer avec les conflits privés, permanents, féroces et tragiques entre seigneurs féodaux. L’appel de Clermont est dans la pure lignée des « Trêves de Dieu », par lesquelles le clergé exhorte les chevaliers à cesser leurs combats et à respecter les civils (femmes, enfants, prêtres…). En outre, Urbain II combattra la simonie (commerce de biens spirituels), le nicolaïsme (pratique de ceux qui, aux 10ème et 11ème siècles n’admettaient pas le célibat des prêtres), ou encore l’investiture des clercs par les laïcs.

Urbain -II

Urbain II

 

Royaume de France

Urbain II tentera de trouver une solution au conflit qui l’oppose au roi de France Philippe 1er : ce dernier s’était entiché de Bertrade de Montfort, l’épouse de Foulques IV d’Anjou, dit « le Réchin ». Ayant répudié son épouse Berthe de Hollande, il s’était remarié avec Bertrade de Montfort le 27 mai 1092.

 

Concile d’Autun

Le 16 octobre 1094, le Concile d’Autun, au nom du pape Urbain II, excommunie le roi Philippe 1er roi des Francs, coupable de bigamie et d’inceste : il a répudié Berthe de Hollande, et épousé sa cousine Bertrade de Montfort. Frappé d’anathème par l’Eglise, le roi ne participera pas à la Première Croisade.

Saint Empire

Un grand désordre trouble le pontificat d’Urbain II, agité par les luttes opposant la papauté et le Saint-Empire Germanique. Soutenant la réforme grégorienne de Grégoire VII, qui veut rendre l’Eglise indépendante des pouvoirs temporels, Urbain II va se trouver  confronté à l’Empereur  Henri IV.

Henri-IV-du-Saint-Empire

Henri IV du Saint Empire

 

Sous le pontificat de Grégoire VII, l’Empereur Henri IV avait chassé ce dernier de Rome, et nommé un antipape, Clément III (Guibert de Ravenne). En 1080, Eudes de Lagery, alors qu’il était le légat en France et en Allemagne de Grégoire VII, avait rencontré Henri IV avec pour objectif de démettre Clément III ; en vain.

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Clément III l’antipape

Mais par son attitude modérée, Urbain II trouvera la solution pour fédérer les Romains à sa cause, et son rival sera chassé de la ville éternelle.

En 1095, au Concile de Clermont, il réitèrera l’interdiction aux religieux de se soumettre à un laïc,  même au roi, préservant ainsi l’indépendance des pouvoirs de l’Église versus ceux de l’État.

L’appel du pape Urbain II au Concile de Clermont

 

*Lire:  Des origines à l’appel du pape Urbain II

 

« Dieu le veut ! »

 

1095

– 27 novembre : Concile de Clermont. Il se tient près de Notre-Dame du Port, au pied des remparts.

En ce jour de novembre 1095, la capitale de l’Auvergne grelote sous la neige. Malgré les morsures du froid, une foule considérable s’est réunie à Clermont pour l’arrivée du pape Urbain II. Lorsque celui-ci s’adresse à la foule perché sur une simple estrade en bois, la foule se tait et observe un grand silence. Tous les fidèles connaissent les bruits qui ont traversé toute l’Europe Occidentale concernant les événements en Terre Sainte ; et ils sont désastreux pour la chrétienté.

C’est au Concile de Clermont (aujourd’hui Clermont-Ferrand), que le pape Urbain II apprend à tout l’Occident réuni une nouvelle terrifiante : les routes de la Terre Sainte ont été coupées par des hordes Seldjoukides d’ascendance turcophone. Lors du synode, il fait savoir que l’empereur byzantin Alexis 1er Comnène a fait mander de l’aide auprès du Saint Siège, et que les Turcs marchent sur Constantinople, alors capitale de l’Empire latin d’Orient. Il faut rétablir le passage des Chrétiens à Jérusalem, que les Turcs, bientôt évincés par les Fatimides, leur ont fermé, et répondre ainsi à l’appel de l’Empereur d’Orient.

Concile-de-Clermont

Concile de Clermont

 

Lors du Concile, Urbain II, assisté de l’évêque Adhémar de Monteil, lance un appel aux chevaliers d’Europe occidentale, et prêche la Première Croisade afin de libérer les routes de la Terre Sainte. Il leur demande d’aller aider les Chrétiens d’Orient et de rétablir le Saint Sépulcre de Jérusalem. Ceux qui font le vœu de répondre à la requête du pape doivent coudre une croix d’étoffe sur leur tunique (d’où le nom de Croisé). Urbain II promet le salut aux pèlerins, lesquels seront absous de leurs péchés. Cet appel est considéré comme le facteur déclenchant de la Première Croisade.

Urbain_II

Urbain II

Le prêche enflammé du pape Urbain II « Ô fils de Dieu ! Après avoir promis à Dieu de maintenir la paix dans votre pays et d’aider fidèlement l’Église à conserver ses droits, et en tenant cette promesse plus vigoureusement que d’ordinaire, vous qui venez de profiter de la correction que Dieu vous envoie, vous allez pouvoir recevoir votre récompense en appliquant votre vaillance à une autre tâche. C’est une affaire qui concerne Dieu et qui vous regarde vous-mêmes, et qui s’est révélée tout récemment (1). Il importe que, sans tarder, vous vous portiez au secours de vos frères qui habitent les pays d’Orient et qui déjà bien souvent ont réclamé votre aide. En effet, comme la plupart d’entre vous le savent déjà, un peuple venu de Perse, les Turcs, a envahi leur pays. Ils se sont avancés jusqu’à la mer Méditerranée et plus précisément jusqu’à ce qu’on appelle le Bras Saint-Georges (2). Dans le pays de Romanie (3), ils s’étendent continuellement au détriment des terres des chrétiens, après avoir vaincu ceux-ci à sept reprises en leur faisant la guerre. Beaucoup sont tombés sous leurs coups ; beaucoup ont été réduits en esclavage. Ces Turcs détruisent les églises ; ils saccagent le royaume de Dieu. Si vous demeuriez encore quelque temps sans rien faire, les fidèles de Dieu seraient encore plus largement victimes de cette invasion. Aussi je vous exhorte et je vous supplie – et ce n’est pas moi qui vous y exhorte, c’est le Seigneur lui-même – vous, les hérauts du Christ (4), à persuader à tous, à quelque classe de la société qu’ils appartiennent, chevaliers ou piétons, riches ou pauvres, par vos fréquentes prédications, de se rendre à temps au secours des chrétiens et de repousser ce peuple néfaste loin de nos territoires. Je le dis à ceux qui sont ici, je le mande à ceux qui sont absents : le Christ l’ordonne. À tous ceux qui y partiront et qui mourront en route, que ce soit sur terre ou sur mer, ou qui perdront la vie en combattant les païens, la rémission de leurs péchés sera accordée. Et je l’accorde à ceux qui participeront à ce voyage, en vertu de l’autorité que je tiens de Dieu. Quelle honte, si un peuple aussi méprisé, aussi dégradé, esclave des démons, l’emportait sur la nation qui s’adonne au culte de Dieu et qui s’honore du nom de chrétienne ! Quels reproches le Seigneur Lui-même vous adresserait si vous ne trouviez pas d’hommes qui soient dignes, comme vous, du nom de chrétiens ! Qu’ils aillent donc au combat contre les Infidèles – un combat qui vaut d’être engagé et qui mérite de s’achever en victoire –, ceux-là qui jusqu’ici s’adonnaient à des guerres privées et abusives, au grand dam des fidèles ! Qu’ils soient désormais des chevaliers du Christ, ceux-là qui n’étaient que des brigands ! Qu’ils luttent maintenant, à bon droit, contre les barbares, ceux-là qui se battaient contre leurs frères et leurs parents ! Ce sont les récompenses éternelles qu’ils vont gagner, ceux qui se faisaient mercenaires pour quelques misérables sous. Ils travailleront pour un double honneur, ceux-là qui se fatiguaient au détriment de leur corps et de leur âme. Ils étaient ici tristes et pauvres ; ils seront là-bas joyeux et riches. Ici, ils étaient les ennemis du Seigneur ; là-bas, ils seront ses amis ! ». Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, dans Recueil des historiens des croisades, historiens occidentaux. Cité par M. Balard, A. Demurger, P. Guichard dans Pays d’Islam et monde latin Xe-XIIIe siècles. Hachette, Paris, 2000.

  1. Allusion possible à la venue d’une ambassade byzantine au concile de Plaisance en mars 1095.
  2. Le Bosphore.
  3. L’Empire byzantin en tant que seul héritier de l’Empire romain.
  4. Le pape s’adresse aux évêques.

Urbain II s’adresse à la foule en français : « Ô peuple des Francs ! Peuple aimé et élu de Dieu ! De Jérusalem et de Constantinople s’est répandue la grave nouvelle qu’une race maudite, totalement étrangère à Dieu, a envahi les terres chrétiennes, les dépeuplant par le fer et le feu. Les envahisseurs ont fait des prisonniers : ils en prennent une partie comme esclaves sur leurs terres, les autres sont mis à mort après de cruelles tortures. Ils ont détruits les autels après les avoir profanés. Cessez de vous haïr ! Mettez fin à vos querelles Prenez le chemin du Saint Sépulcre, arrachez cette terre à une race maligne, soumettez-là ! Jérusalem est une terre fertile, un paradis de délices. Cette cité royale, au centre de la terre, vous implore de venir à son aide. Partez promptement, et vous obtiendrez le pardon de vos fautes ! Souvenez-vous aussi que vous recevrez pour cela des honneurs et la gloire éternelle au royaume des cieux. » Des troubles et des chuchotements de plus en plus forts se firent entendre parmi la l’affluence. L’irritation atteignit son paroxysme lorsqu’un un cri surmonta la clameur ambiante « Dieu le Veut ! ». Ces paroles furent prononcées par un moine prédicateur présent ce jour-là, Pierre d’Amiens, dit Pierre l’Ermite. La foule reprit le cri comme un seul homme. Cette exhortation sera prononcée, par la suite, sur tous les champs de bataille en Terre-Sainte. La Première Croisade pouvait commencer…

– Lors du Concile, Urbain II renouvelle sa réprobation contre l’intervention du pouvoir temporel sur le spirituel, concernant la nomination des clercs. Il entend ainsi sauvegarder les prérogatives de l’Église contre toute ingérence de l’État, même celle du roi.

– Il proclame publiquement « la trêve de Dieu ou paix de Dieu », déjà prononcée lors des synodes précédents.

– Il confirme l’excommunication émise par l’évêque Hugues de Lyon contre le roi de France Philippe 1er, pour avoir épousé sa cousine, Bertrade de Montfort.

1096

Mars : Le pape Urbain II étend les croisades à l’Espagne.

 

MORT ET POSTÉRITÉ

1099

– 29 juillet : mort du pape Urbain II à Rome.

De son vivant, il apprendra les premiers succès des armées franques en Palestine, comme celui de la reddition d’Antioche, et la fondation des premiers États latins d’Orient.

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Fondation des premiers États Latins-d’Orient

– Le 15 juillet 1099, deux semaines avant qu’il n’expire, Jérusalem sera prise.

Siège- de - Jérusalem

Siège de Jérusalem

Urbain II meurt à Rome le 29 juillet 1099 ; son pontificat aura duré 11 ans, 4 mois et 18 jours. Il demeurera à la postérité comme étant le pape qui aura prêché la Première Croisade et réunifié l’Occident.  Son appel au Concile de Clermont restera célèbre.

Urbain II sera béatifié par le pape Léon XIII le 14 juillet 1881. Il est fêté tous les 29 juillet.

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